TRAVAUX DU PROFESSEUR L ALLEMAND
M. Laliemand a pris pour sujet de ses Lettres sur r encéphale ^ les différentes formes des altérations organiques de cet appareil : M. le professeur Bouillaud lui en a fait un reproche. Sans doute il aurait pu intituler son ouvrage: Recherches sur les injlammaiions de V encéphale y puisqu'il rapporte à l'inflammation tous les désordres organiques qui sontl'objet de ses rechercbes ;
mais il a voulu prouver le fait avant de rannoncer : d'ailleurs , il est possible qu'en poursuivant ses recherches, il rencontre autre chose que des inflammations. Au surplus, ce titre n'aurait-il pas soulevé contre lui tous les ennemis de la méthode physiologique? ne l'eût-on pas honni et mis à l'index de prime-abord ? et , une fois sa sentence de proscription prononcée , Tamour-propre n'eût-il pas fait à ses adversaires un injuste devoir de ne plus revenir sur leur jugement, quel que fût le bonheur avec lequel le professeur de Montpellier eût justifié l'opinion qu'il aurait annoncée dans le titre de son ouvrage?
Suivant nous, M. Lallemand a mis dans l'exposition des principes de la doctrine physiologique une adresse à laquelle il doit de n'avoir pas rencontré une opposition trop virulente et trop acharnée. Il a d'abord traité des ramollissemens : ces mots n'ont choqué personne ; ils étaient en faveur. On a rendu justice à l'exactitude de ses descriptions et à la justesse de ses rapproche mens : on lui a seulement reproché d'avoir attribué ces désordres à Tinflammation.
Il a poursuivi sa tâche , et les infiltrations purulentes , les abcès, les kystes, les méningites de la périphérie, de la base, des centres, sont venus se ranger à côté des affections précédentes, comme dépendans d'un mécanisme toujours le même : nouveaux murmures; mais on s'était déjà mis en avant parles éloges, il y avait eu de l'écho , la réputation de l'ouvrage était faite ; l'envie a dû se contenter de détacher quelques fleurons de la couronne de l'auteur.
Le professeur a continué, sans s'inquiéter des petites avanies qu'on voulait lui faire ; les indurations , les cicatrices, les ossifications, les exhalations, les épanchemens, etc., ont été ramenés à l'inflammation ; et toutes les perturbations fonctionnelles, à l'irritation. A partir de ce point, la méthode physiologique a été hautement avouée, solennellement proclamée par l'auteur,
et son œuvre a fini par lui concilier la faveur de l'opinion générale, à laquelle ses adversaires se sont vus forcés de souscrire.
; On voit que M. Lallemand a saisi l'ensemble des maladies irritatives de l'encéphale ; qu'il les a rapprochées et soumises à une grande loi , dont la réalité ne pouvait plus être contestée ; enfin , qu'il a accompli un chef-d'œuvre de doctrine, pendant que les autres anatomo-pathologistes, tremblant pour l'individualité et l'indépendance de leurs maladies ^ élaboraient péniblement des œuvres d'ontologie et d'anarchie médicale.
Quelques détails, peu multipliés toutefois , sur la manière dont M. Lallemand a procédé à l'exécution de ce beau travail, justifieront ce que nous venons d'avancer.
Il a d'abord étudié les ramollissemens : les uns étaient avec injection sanguine, et ceux-là avaient leur siège principal dans la substance grise ; il en a fait remarquer la couleur rougeâtre, et y a signalé les globules sanguins : les autres se présentaient avec infiltration purulente, ou bien avec du pus déjà réuni en petites collections.
Les abcès ont paru ensuite, comme correspondant à un degré d'ancienneté un peu plus avancé, mais toutefois encore récens , puisqu'ils n'étaient point enkystés. Ceux dont la date était plus reculée, ont présenté des kystes, et ceux-ci ont été reconnus d'autant plus avancés dans l'organisation, que la maladie avait plus d'âge.
Yoilà donc les ramollissemens rapprochés des abcès, et l'une des entités des anatomo-pathologistes purs a disparu.
Mêmes rapprocliemens lumineux sur les symptômes et les accidens. L'auteur fait voir qu'ils sont plus ou moins intenses, suivant la marche de Tinflammation. Ainsi le simple ramollissement, très rétréci, n'occa-
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sioneque des tiraillemens, des fourmillemens dans les muscles du côté opposé; et aussitôt qu'il est complet, ces muscles se paralysent. S'il est intense et plus étendu , la fluxion, qui rend le cerveau turgescent , amène la perte des relations et même un état fébrile. S'agit-il des collections purulentes , l'auteur fait voir que la maladie a marché plus lentement , puisque les accidens n'ont apparu qu'après que les globules de pus avaient eu le temps de se rassembler en foyers. hejOL^ teur plus grande encore si le kyste a eu le temps de h! se former autour du pus, et d'y prendre un certain degré d'organisation. Dans ce cas , la suppuration semble avoir commencé dans un foyer très circonscrit, et avoir écarté lentement les fibres cérébrales sans les rompre , du moins en nombre considérable ; ce qui a permis au foyer d'acquérir des dimensions assez grandes avant que les tiraillemens et les paralysies se déclarassent. On sent qu'alors aussi la fièvre a dû manquer; et le moment d'un surcroît de fluxion dans le lobe comprimé par l'épanchement a été celui de l'explosion des accidens dont souvent une mort subite est venue révéler la cause cachée.
Le professeur distingue avec une rare sagacité ce qui , dans les symptômes , correspond à la fluxion ou congestion générale de l'encéphale, d'avec ce qui dépend du travail inflammatoire local. Les saignées ^ les réfrigérans, etc., ont-ils dissipé la congestion, les lésions sensitives et musculaires restent seules. Mais voulez-vous savoir ce qui va se passer dans le foyer ou dans son pourtour? observez la marche ultérieure. S'il n'y a que compression par l'abcès ou solution par une suppuration imparfaite (ramollissement), vous n'observerez que les paralysies : si l'irritation continue à agir sur des fibres cérébrales , il y aura des fourmillemens , des rétractions, des epgourdissemens tant qu elles ne seront pas roppue^. Aussitôt qu'elles le
seront, la paralysie deviendra plus profonde ou plus étendue : de nouvelles congestions générales se formeront, et les relations seront encore interrompues. - Alors la dégradation des fonctions nerveuses fera des progrès ; l'inflammation se disséminera dans les viscères; la mort sera imminente et inévitable.
Au contraire, posez qu'une collection purulente soit bien circonscrite par un kyste, et qu'aucun travail inflammatoire, voisin ou éloigné, ne la complique, la paralysie diminuera, et la guérison, plus ou moins complète, sera possible ici comme à la suite des épanchemens hémorrhagiques par rupture, et elle s'opérera par le resserrement et la réduction du kyste, en une cicatrice, c'est-à-dire par le même mécanisme que la guérison de l'hémorrhagie par rupture de la pulpe cérébrale.
Mais ce travail d'amélioration est interrompu , plus tôt ou plus tard , par de nouveaux fourmillemens, etc. S'ils ont lieu dans les membres déjà paralysés dont ils interrompent l'immobilité , soyez sûr qu'un nouveau travail inflammatoire, tendant au ramollissement et à la collection, se passe dans le pourtour de l'ancien foyer : si les fourmillemens cessent, et que la paralysie revienne plus profonde ou plus étendue, ce travail a produit son effet ; un surcroît de solution de continuité de fibres cérébrales vient de s'opérer.
Est-ce dans les muscles du côté encore intact que vous voyez apparaître les fourmillemens , les raideurs? croyez que le travail inflammatoire résolutif des fibres cérébrales s'est déclaré dans l'hémisplière cérébral opposé, qui jusque là n'avait rien souffert de semblable.
Ces cas sont rares : ce qui est plus fréquent, c'est le développement consécutif d'une arachnitis.Cette phlegmasie est-elle générale? le délire et les convulsions se déclareront avec la fièvre, si elle est aiguë , et la gastro-
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entérite ne manquera guère de s y ajouter. Si l'arachnitis n'est que chronique, mais toujours générale, ce sera la démence de la paralysie générale qui se fera remarquer ; mais cette combinaison n'est pas la plus commune. Ce qu'on rencontre le plus souvent, c'est l'arachnitis partielle : si elle siège autour du lobe où est située l'encéphalite, les convulsions des membres paralysés et le délire la révéleront ; si elle éclate du côté opposé , les muscles encore intacts seront le siège de mouvemens convulsifs. Ce délire et ces convulsions seront en proportion des forces. Si les sujets sont encore robustes, ils pourront être furieux et vivement convulsés; s'ils sont débiles ou décrépits, si un certain degré de congestion les rend obtus et semiidiots, vous n'observerez qu'un délire obscur, un marmottement, un chuchotement, et les convulsions seront peu intenses.
Supposez maintenant qu'un de ces malades pousse des cris de douleur avec ou sans fureur, cris qui viennent interrompre sa stupeur, et que les yeux soient convulsés , déviés , roulans , et les muscles de la face hideusement agités ; la phlegmasie a pénétré dans les ventricules, l'irritation s'étend à la base du cerveau. Vous jugerez facilement des progrès qu'elle y fera, comme de sa descente dans le rachis , par les désordres convulsifs des muscles du col^ du diaphragme et des autres respirateurs. Comparez les arachnitis aiguës , soit périphériques, soit centrales, avec cette démence accompagnée de paralysie générale, complète ou non, et cet état somnolent habituel , qui correspond aux arachnitis chroniques de M. Calmeil, avec collections séreuses sous l'arachnoïde et dans les ventricules cérébraux , vous trouverez de graîides différences ; mais l'auteur vous prouvera qu'elles ne dépendent que du degré et de la marche de l'inflammation.
Quoique non traitées e.r/?7'o/c.5'^o, les hémorrhagies
CgS MEDECIN i: DE LA FRANCE.
par rupture (le la pulpe cérébrale ne sont point omises. On les trouve avec leur caractère spécial , qui consiste à produire des hémiplégies subites, qui tendent lentement ensuite à la guérison, hors les cas où elles s'associent aux encéphalites ramollissantes et suppurantes : elles ne sont qu'une modification du grand phénomène de l'inflammation.
Ainsi M. Lallemand embrasse dans ses vastes considérations physiologiques sur les encéphalo-méningites aiguës et chroniques, toutes les maladies qui ont fait le sujet des monographies isolatrices dont nous avons donné l'idée dans le cours de ce volume.
Il est un point sur lequel les praticiens lui devront une reconnaissance particulière : c'est d'avoir bien fait sentir, et même d'avoir prouvé, en quelque sorte à satiété, que toute rechute à la suite d'un premier accident cérébral paralytique, ou à tiraillemens, à convulsions, à perte plus ou moins complète des relations, est le résultat d'un nouveau travail irritatif développé dans des tissus encore intègres, dépendant des changemens survenus dans les tissus déjà altérés , travail qui tend à produire des désordres organiques pareils à ceux déjà mentionnés; travail anti-normal qui vient malheureusement interrompre le travail normal de la guérison auquel toutefois la nature revient constamment, opiniâtrement, aussitôt que la nouvelle irritation vient d'être calmée. On peut donc être assuré que ce travail réparateur existe, quels que soient l'âge des sujets et le nombre des désordres auxquels il doit remédier, aussitôt que l'on observe une diminution un peu soutenue dans les accidens ; et c'est à tort que les auteurs ont vu dans les séries d'accidens cérébraux répétés durant une longue suite d'années , tantôt l'effet de l'âge et d'une détérioration progressive de l'entité nutrition, tantôt une seule inflammation multiforme travaillant d'un seul jet à la destruclioji de l'organe, tantôt enfin
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le résultat d'un vice caché, sur la nature duquel ils n'ont pu dire rien de précis.
C'est avec la même justesse de jugement que notre auteur fait observer que ces mêmes auteurs avaient contracté l'habitude d'attribuer toute la série des accidens aux altérations organiques les plus grosses, les plus frappantes, méconnaissant les époques des diverses altérations et les accidens qui leur correspondent. Il leur reproche aussi de n'avoir tenu note que des lésions organiques de la partie à laquelle il leur plaisait d'attribuer tous les symptômes, et d'avoir ignoré que des altérations différentes pouvaient produire des symptômes semblables, et les mêmes lésions des symptômes différens , suivant les nuances de la force , delà sensibilité, et suivant le degré de vétusté des lésions locales.
Tous ces reproches nous paraissent fondés , puisqu'il s'agit des cas à lésions différentes , et de différens âges et degrés, qui sont incontestablement les plus nombreux , et Ton doit en tenir compte pour pouvoir lire avec fruit les cliniciens et les anatomo-pathologistes.
M. Lallemand ne traite des indurations qu'après avoir épuisé ce qui est relatif aux ramollissemens et aux suppurations. Ces indurations, sur lesquelles les anatomopathologistes ne se sont pas encore avisés décomposer une monographie , sont encore rapportées à l'inflamraation. L'auteur leur assigne les mêmes symptômes extérieurs qu'aux suppurations , à cela près qu'elles peuvent être la cause de vives et longues céphalalgies et de convulsions, le plus souvent intermittentes ou même périodiques. Il n'y a point encore rattaché les tubercules, les cancers, les encéphaloïdes , du moins d'une manière explicite. Du reste , il fait très bien observer que les tumeurs inflammatoires ne sont grisâtres, rouges ou brunes, que dans la substance grise,
et qu'elles sont blanchâtres ou jaunâtres dans la blanche. Cette remarque sur la couleur des phlegmasies encéphaliques endurcies avait été déjà faite par rapport aux ramollissemens , etc. Elle prouve l'injustice de quelques anatomo-pathologistes, qui ont Tair de découvrir, au préjudice de notre auteur, que l'inflammation n'est jamais colorée dans la substance blanche ; ce qui n'est pas exact d'ailleurs , puisqu'il est des congestions cérébrales véritablement inflammatoires, et des cas traumatiques où cette substance est tellement , injectée qu'elle est vraiment plus rouge que blanche. M. Lallemand cite expressément des faits où l'induration était bicolore, siégeant ou dans la substance du pied d'hippocampe, ou dans les circonvolutions , etc. , parce qu'elle était formée en partie de la substance blanche, et en partie delà grise. Que peut-on lui reprocher après cela.»^
Le professeur de Montpellier pense que l'induration de la substance cérébrale a toujours été précédée d'un ramollissement. Cette sentence résulte autant des rapprochemens très multipliés qu'il a eu l'occasion de faire, que d'une conception théorique déduite des analogies. Il a fait voir plusieurs fois, chez le même sujet, des couches inflammatoires de différens degrés de densité^ avec un noyau rouge au centre, où se trouvait la plus forte consistance; et il en a conclu que le même phénomène avait présidé à leur formation. C'était toujours l'inflammation dont les attaques successives avaient été signalées par des fourmillemens dans les membres et des retours de congestion. Il a donc prouvé qu'il y avait souvent identité de symptômes entre les ramollissemens de M. Rostan , et les indurations rouges inflammatoires. On ne saurait donc rigoureusement conclure du groupe de symptômes si bien décrits par M. Rostan, que la maladie va marcher, sans pas rétrograde, jusqu'à la résolution com-
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pîète, la perte des relations et la mort. De nombreuses observations , rapportées et rapprochées par M. Lallemand, prouvent en effet que si l'encéphalite partielle est arrêtée dans sa marche, par la densification du point ramolli, il y a marche apparente vers la gucrison , comme dans leshémorrhagies de M. Rochoux; et qu'il en peut arriver autant plusieurs fois dans le pourtour, ou bien au voisinage de ce premier noyau induré; ce qui empêche qu'on ne puisse assigner un terme à ces attaques successives d'encéphalite, dont la dernière est toujours la moins consistante, et peut même se présenter dans l'état le plus complet de ramollissement.
M. Lallemand explique ces indurations, par la fixation des globules sanguins épanchés en petites masses, dans le tissu pulpeux de l'encéphale. L'irritation se met à diminuer, et ne va pas jusqu'à la suppuration. Considérées de cette manière, les indurations dont il s'agit seraient des congestions irritaîives, intermédiaire? entre l'hémorrhagie de M. Rochoux , et le ramollissement de M. Rostan ; elles pourraient aussi se compliquer de l'une ou de l'autre , et nuire ainsi à la netteté du diagnostic auquel ces deux anatomo-pathologistes ont aspiré. Il ne resterait donc de positif et de diagnosticable sans équivoque , au premier abord , que l'irritation inflammatoire, agissant partiellement sur un point de l'encéphale, et la marche de la maladie rendrait ensuite tel ou tel mode d'altération organique plus ou moins probable^ mais jamais certain. C'est bien ainsi que nous avons toujours conçu l'utilité de l'analomie pathologique dans la plus grande majorité des cas. Après avoir cru, d'abord, que l'hémorrhagie par rupture de la pulpe encéphalique, pouvait seule expliquer les paralysies subites, non précédées de raideurs, fourmillemens, mouvemens convulsifsdes membres, notre professeur a bien été forcé
d'avouer que les raptus inflammatoires partiels, qui se font dans cette même pulpe , pouvaient produire de semblables paralysies (chose que nous avons soutenue dans la seconde édition de cet Eœamen ) soit que ces irritations aboutissent ensuite à l'induration, soit qu'elles se terminent par la l'infillration ou la collection purulente.
A quoi tient le mode de terminaison des encéphalites partielles par induration ? à l'état constitutionnel sans doute, car M. Lallemand prouve que les attaques de cette affection peuvent être brusques et tenir de l'état aigu, ou se former avec lenteur. Dans l'un comme dans l'autre cas, les céphalalgies fixes,continues ou périodiques , les raideurs et autres phénomènes musculaires peuvent précéder les congestions apoplectiformes et les paralysies ; mais des cas se sont présentés où l'attacjue paralytique reparaissait brusquement sans ces prodromes, et de telle manière qu'on aurait pu croire à l'épanchement par rupture encéphalique de M. Rochoux.
L'auteur a remarqué (jue lorsque les encéphalites partielles indurées sont voisines de la périphérie, elles tendent à y provoquer des arachnitis; et que lorsquelles sont situées dans les corps striés, et rapprochées des ventricules, elles manquent rarement d'exciter l'inflammation et la collection dans la membrane qui tapisse ces cavités. Ce rapprochement, qui est d'un bon physiologiste, démontre l'inconvénient grave des isolemens habituels desanalomo palhologistes.
Que les monographes y prennent garde : il est facile de rassembler des faits d'altération organique qui se ressemblent; mais en conclure que d'autres altérations ne sauraient jamais provoquer les mêmes symptômes, et voir des complications fortuites dans toutes les propagations ou les sympathies de l'altération dont on traite, afin de mieux l'isoler, sont choses fort déli-
cates. Nous en avons administré plus d'une preuve. Il est vraiment curieux et consolant pour la science, de voir ainsi se rapprocher et s'unir , sous les deux rapports les plus intéressans, celui des causes et celui des moyens curatifs, des syptômes dont on ne sait que faire avant l'autopsie dans les erremens de l'anatomie pathologique vulgaire , et des altérations dont les descriptions, toutes minutieuses qu'elles sont^ ne tendent qu'à faire des maux aussi éloignés par leur nature, que rapprochés par leur désolante incurabilité.
L'auteur n'a point borné ses considérations aux cas d'inflammations cérébrales de causes internes; il s'est habilement aidé des cas traumatiques. Il a fait voir l'identité des inflammations qui dépendent des plaies, des fractures, des contusions, des commotions, avec celles que produit l'action des irritans qui parviennent à Tencéphale par les modifications irritatives pures et simples de l'action vitale, lia comparé entre eux les désordres matériels, les perturbations vitales directes ou sympathiques de ces deux ordres de causes. Il a fait voir les méningites de l'un et de l'autre ; il a prouvé que les encéphalites traumatiques qui pénètrent dans le parenchyme produisent les mêmes accidens que les spontanées. Il a fait plus , car il a soutenu avec une hardiesse digne d'éloges, que si les chirurgiens obtiennent aujourd'hui plus de succès que les médecins dans les maladies encéphaliques ; c'est qu'ils sont plus hardis dans l'emploi des saignées que ces derniers , à qui de vieux préjugés font méconnaître souvent les inflammations, en obsédant leur esprit par des idées d'adynamie, d'ataxie , et autres essentialités chimériques. A cette occasion , notre auteur paie un juste tribut à la chirurgie militaire, en citant M. Gama^ qui a démontré la supériorité des saignées locales, prolongées, dans le traitement des affections traumatiques de l'appareil encéphalique, sur tous les autres moyens
;jo4 MEDECINE J3E LA FRANCE.
connus (i). Gel hommage rendu à la chirurgie militaire , dans la personne d'un de ses chefs les plus distingués , mérite d'être remarqué à une époque où la chirurgie civile affecte un superbe dédain sur les travaux et les découvertes de nos chirurgiens d'armées, presque tous d'ailleurs physiologistes.
L'esprit de rapprochement qui préside aux travaux du professeur Lallemand, ne lui a pas permis de négliger l'influence des inflammations des organes sensitifs, placés auprès de l'encéphale, sur les membranes et sur la substance pulpeuse de cet appareil, et réciproquement. Il a montré l'inflammation des otites pénétrant dans les lobes moyens, avec ou sans carie , aussi bien que la simultanéité des deux phlegmasies , dont Tune peut servir de révulsif à l'autre, ou du moins la suspendre pour quelque temps. C'est surtout aux approches de la mort j lorsqu'une encéphalite du lobe moyen devient purulente, que l'otite, qui pourrait coexister, paraît suspendue. Il fait également voir que, dans les cas où l'on suppose qu'un abcès du cerveau s'est terminé par une suppuration auriculaire^ il n'y a point eu pénétration du pus cérébral dans l'oreille ; mais une irritation plus ou moins inflammatoire de l'encéphale, que la suppuration d'une otite a déplacée par une crise comm.e on en voit tant. Mais il n'a pas omis de faire observer que si le pus du cerveau n'a pas la propriété de perforer l'os temporal pour s'épancher par Toreille, l'inflammation des cavités auriculaires et mastoïdiennes peut très bien , en cariant et détruisant la substance osseuse , ou en suivant la roule des nerfs acoustique et facial, pénétrer dans le cerveau, et y devenir promptement funeste. Ainsi les cas de communication, de coïncidence et de transports successifs ont été pareillement exposés et judicieusement appréciés.
La pénétration de la phlegmasie au cerveau par les
fosses nasales n'a point été omise non plus, et toutes
f,\ Ti-nifpHr«; Dlriirsdola tôtc et de rcncéohalitc , etc. Paris, 1 83o.
ANAT. PATHOL. — Î^ROFESSEÙR LALLEftlAND. ^oS
les lésions matérielles , et tous les symptômes qui se rattachent à ces différens cas ont été suffisamment comparés, et l'ont été sous des rapports assez multiplies pour faire disparaître ces distinctions arbitraires de nature ou d*essence par lesquelles les monographes anatomo-pathologistes de l'encéphale ont essayé d'isoler et d'essentialiser les modes de lésion , qu'ils avaient pris pour sujet de leurs recherches : ceci soit dit toutefois sans aucune intention d'atténuer la valeur de leurs utiles recherches, car, telles qu'elles sont, nous sommes heureux de les posséder ; mais seulement afin de prouver qu'ils auraient pu beaucoup mieux faire, si leur éducation médicale eût été dirigée suivant la méthode physiologique.
M. Lallemand a suivi les progrès du travail réparateur qui succède au travail désorganisateur de l'inflammation, jusqu'aux différentes formes des cicatrices, et à leur réduction définitive en tissu cellulaire, trame commune et élément primitif, suivant plusieurs physiologistes, de tous nos tissus. Malheureusement ce travail s'accomplit bien rarement, à cause des nouvelles irritations exercées par une foule d'agens stimulateurs , très bien signalés par notre physiologiste, qui viennent porter la désorganisation dans l'encéphale , ou détériorer la nutrition en phlegmasiant les viscères. Mais il n'est pas de notre objet de le suivre dans ces recherches, dont l'intérêt est pourtant incontestable ; nous allons donc fixer l'attention de nos lecteurs sur un autre sujet. 11 s'agit de quelques idées émises par l'auteur sur l'action de certaines fibres de l'encéphale : il le faut, car ces idées ont quelque rapport avec celles que nous avons exposées sur le même sujet , à Toccasion des recherches de M. Calmeil.
Il résulte, de réflexions anatoraico-physioîogiques très judicieuses du professeur Lallemand. que les maladies qui rompent la continuité, ou seulement empêchent
le mouvement des fibres cérébrales clans les corps striés , les couches optiques, les pédoncules du cerveau, dans la substance du cervelet, dans la protubérance annulaire, et dans la moelle rachidienne, produisent des paralysies , parce que tontes ces fibres communiquent directement avec la moelle épinière, tandis que les alfections de la partie centrale du cerveau , c'està-dire du corps calleux, du septum lucidum etde la voûte à trois piliers, n'en produisent pas, quoiqu'elles puissent déterminer des convulsions. Voici comment l'auteur explique cette différence : -Or, de chaque côté, le corps calleux se prolonge transversalement dans les deux hémisphères du cerveau par des fibres qui vont jusqu'aux circonvolutions, en croisant la direction de celles qui communiquent avec la moelle épinière ; en avant et en arrière, le corps calleux se recourbe sur lui-même , pour embrasser la double origine du piher antérieur et des deux piliers postérieurs de la voûte, ainsi que le septum lucidum, qui se continue avec lui sur la ligne médiane. Toutes ces parties sont donc renfermées entre la face inférieure et les deux replis du corps calleux, lequel ne communique qu'avec les hémisphères du cerveau. Ainsi , dans ces cinq observations (d'affections du corps calleux sans paralysie), aucune des parties affectées n'avait de communication directe avec la moelle; et comme cette circonstance est exactement la même dans toutes, et que ce sont les seules dans lesquelles nous n'ayons pas observé de paralysie , il est évident que c'est à elle seule qu'il faut attribuer l'absence de ce symptôme ; mais puisque ces parties ne communiquent pas avec la moelle , comment leur inflammation a-t-elle pu déterminer des convulsions? De la même manière que les inflammations de l'arachnoïde , en produisant une irritation dans les parties voisines : ainsi , l'absence de paralysie dans ces cas S'est pas une exception, * [Lettre 11% p. 278.)
Il est évident pour nous que l'idée de cette distinction est empruntée à Gall ; nous regrettons que l'auteur ne l'ait pas nommé. C'est Gall qui a démontré que le système nerveux du corps calleux et de ses dépendances forme ui^ système à part; mais il n'en a pas indiqué les fonctions. Nous avons osé aller plus loin que Gall et que M. Lallemand, en parlant des travaux de M. Calmeil. Nous avons mis la sensibilité dans la pulpe qui tapisse tous les ventricules , jusque dans le cervelet, et nous l'avons faite continue avec la surface postérieure de la moelle épinière. Nous avons déduit des faits pathologiques, en attendant d'autres preuves, qui viendront plus tard, que le reste de la substance nerveuse du corps calleux est le siège de la pensée, des instincts et des affections ; enfiu nous avons dit, toujours d'après une induction qui nous estpropre, car nous ne l'avons point trouvée ailleurs, que les fibres blanches, qui du corps calleux'divergent vers les circonvallations , n'avaient, ne pouvaient avoir d'autre usage que celui de mettre les nerfs de la pensée et des instincts, etc., en rapport avec les fibres nerveuses destinées aux muscles.
Comme nous croyons que le cervelet est fait sur le modèle du cerveau, nous y admettons une pulpe centrale du sentiment, continue avec la surface postérieure de la moelle, et derrière elle des fibres, non de pensée, mais de quelques impulsions instinctives, venant des viscères qui divergent vers la périphérie^ pour s*ymettre en rapport avec les fibres du mouvement, sur lesquelles les instincts agissent exactement comme la pensée. D'après le même principe, nous voyons la convergence des fdjres destinées aux muscles , dans les pédoncules du cervelet, comme elle existe dans les pédoncules du cerveau , et des fibres qui s'en détachent pour marcher avec celles de ces derniers et produire les cordons antérieurs de la moelle.
Quelques détails peuvent nous échapper ; nous ne
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nous arrêtons encore ici qu'au plan d'organisation , et nous croyons que toutes les observations de M. Lallemand viennent , aussi bien que celles de M. Calmeil , à Tappui de notre idée.
En effet, il n'y a point eu de paralysie directe dans l'affection du système nerveux central du corps calleux, mais il y a eu des douleurs lorsque l'inflammation a tourmenté la surface interne des ventricules ; l'irritation qui causait cette douleur s'est propagée, on voit comment, dans les fibres des hémisphères et de la base, qui vont aux muscles, et il y a eu des convulsions; enfin, lorsque la compression a été effectuée, soit par la distension des ventricules, soit par la dépression des corps calleux , etc. , les relations ont disparu avec la pensée et les affections; et comme les muscles ne pouvaient plus être mus par la volonté, ils sont restés immobiles, et n'ont plus été agités que par l'irritation irradiant des points malades, c'est-à-dire d'une manière convulsive, irrégulière, et rarement.
Cette explication de notre part était utile pour que nos lecteurs pussent distinguer ce qui vient de nous, de ce que nous devons à Bell , à M. Magendie , à Gall et à M. le professeur Lallemand. :
Répétons-le en terminant , nous sommes bien loin de croire avoir tout dit sur cette matière [si délicate ; mais nous aurons beaucoup fait si nous donnons aux pathologistes et aux expérimentateurs l'idée de nouyelles recherches et de nouveaux rapprochemens.
Conclusion sur M. Lallemand,
Quiconque voudra réfléchir à la tâche que M. Lallemand s'est imposée , jugera qu'elle est immense et faite pour occuper la vie entière d'un homme. Elle n est pas terminée , car son essence est de rapprocher les faits à mesure qu'ils se présentent , et d'en tirer des
A.NAT. PATHOL. — ' PROFESSEUR LALLEMAND. *JOQ
inductions pour les soumettre au monde savant. Or, les faits ne cessent point de se multiplier, et M. Lallemand ne peut et ne doit pas plus se borner pour l'avenir à ceux qui sont de sa pratique , qu'il ne l'a fait pour le passé. Nous ne manquerons jamais de collecleurs d'observations; c'est le travail brut de la science : il exige du talent et la triture du métier ; mais il n'exige pas de génie , et il ne le suppose nullement. C'est à ce dernier, toujours fort rare, qu'est réservée la gloire de faire servir les observations aux progrès de la science ; car les collecteurs ne font que l'encombrer, et M. Lallemand est du petit nombre des hommes à qui la nature donne le génie. Sa conception est vaste , sa mémoire forte , son attention soutenue; il voit dans le détail aussi nettement qu'il voit dans l'ensemble; il n'oublie rien, et ses œuvres portent l'empreinte de l'unité systématique bien conçue. Que ce mot révolte quelqu'un, peu nous importe; nous disons la vérité : ceux qui affectent le mépris des conceptions systématiques , par la seule raison qu'il y en a de vicieuses , sont des esprits étroits qui , tous sans exception, sont les très humbles esclaves d'un système ; tandis que l'esprit vaste et fort les embrasse dans leur ensemble, et les domine tous également.
C'est en suivant la marche adoptée par M. Lallemand , que l'anatomie pathologique peut être vraiment utile à la science; c'est ainsi que les médecins doivent la concevoir et la traiter. Il a rapproché entre eux les cas analogues ; il les a comparés à ceux qui paraissent le plus en différer. 11 a signalé les causes, le développement, la marche des phénomènes de vitalité aberrante, qui produisent les altérations des organes. Il ne s'est donc pas borné à montrer les désorganisations agissant sur l'économie, et produisant des symptômes ; il a pris le travail désorganisateur à sa source, et a fait
voir comment il arrivait à son terme, et comment il était possible de l'arrêter en temps opportun. Il a donné les raisons des différentes formes des altérations que ce travail peut produire; et loin d'isoler ces formes pour leur assigner à chacune un groupe de^symptômes arbitraires, il les a rapprochées, comparées, et a cherché, avec une patience infatigable, les raisons des ressemblances et des différences des groupes symptômatiques qui peuvent leur correspondre : différences des causes extérieures , différences du tempérament général , du tempérament local , influences des habitudes de souffrances , des diversions résultant des complications et des modificateurs eu ratifs; rien n'a été négligé pour porter la lumière sur chacun des sujets qu'il a traités. En un mot, M. Lallemand a été, dans toute la force du terme , un anatomo-pathologiste - physiologiste. C'est dans l'état actuel de la science un titre qu'il ne partage qu'avec un bien petit nombre d'auteurs.
On parle beaucoup de statistique aujourd'hui : M. Lallemand ne l'a pas négligée; il en a laissé de beaux modèles; il en adonné l'exemple à des médecins qui font maintenant beaucoup de bruit avec ce moyen , comme s'il pouvait suppléer à tous les autres ; mais M. Lallemand a eu l'art de l'utiliser à propos, sans qu'il portât préjudice aux considérations physiologiques qui font le principal mérite de son bel ouvrage.
Nous avons cependant quelc^ues reproches à faire au professeur Lallemand : nous ne nous arrêterons pas aux points de doctrine où sa théorie peut différer de la nôtre : de telles chicanes seraient puériles avec un homme de sa taille ; mais nous dirons que ses dernières lettres sont moins érudites que les premières ; on voit assez que des occupations trop multipliées l'arrachent aux études du cabinet, et ne lui laissent que cequ'elles ne peuvent lui ravir, la logique , la puis-
ANAT. PATHOL. — PROFESSEUR BOUILLAtD. 7I I
sance de rapprochement et l'étendue des conceptions. Nous en gémissons pour la science et pour l'auteur lui-même; pour l'auteur, car nous avons des raisons de craindre qu'en s'isolant trop des travaux contemporains , il ne devienne injuste envers des hommes qui ont droit à ^on estime et à ses égards ; pour la science , car, par cette même raison , il ne ferait pas pour elle tout ce qu'elle a droit d'attendre de ses moyens, de son âge et de ses bonnes intentions.