CHAPITRE XLV
TRAVAUX DE M. LE PROFESSEUR BOUILLAUD SUR LES MALADIES DE l'eNCÉPHALE.
Convaincu, aussi bien que M. Lallemand, de la supériorité de la méthode physiologique sur toutes les autres, M. Bouillaud en a fait l'application aux maladies de l'encéphale (i) ; mais il a procédé d'une autre manière , au lieu de commencer par la recherche des modes d'altérations organiques, et de se donner beaucoup de peine pour prouver qu'ils ne sont dus qu'à l'inflammation , le professeur de Paris commence par poser en fait qu'ils ne sont que les résultats divers de ce phénoniène morbide; et son ouvrage reçoit le titre de Traité de Vencéphallte. Mais son sujet doit être divisé, et, pour ses subdivisions, l'auteur a recours, non pas aux formes résultant des groupes à^s> symptômes, mais à celles des altérations de l'encéphale; de cette manière, son ouvrage se rattache à Tanatomie pathologique , ainsi qu'on en peut juger par
(i) Traité clinique et physiologique de V encéphalite ou in- Jlammation du cerveau^ et de ses suites , telles que le ramollisse' ment y la suppuration, les tubercules , le squirrhe, le cancer j etc. Paris, 1825, in-S*^.
7ia MEDECINE DE LA FAaNCE.
les titres de ses quatre sections : r encéphalites qui ne laissent à leur suite que rougeur, injection et tuméfaction; 2° encéphalites suivies de ramollissement et suppuration, soit à pus disséminé, soit à pus rassemblé dans un foyer; 3° encéphalites suivies d'abcès enkistés; 4" encéphalites suivies de diverses productions morbides.
Dans ses recherches sur les trois premières sections, l'auteur se conforme aux principes et même à la plupart des opinions de M. Lallemand, qui lui étaient très connues, et sur lesquelles il porte des jugemcns'motivés, son traité ayant paru entre la quatrième et la cinquième lettre de M. Lallemand.
Dans la dernière section de son ouvrage , M. Bouillaud va plus loin que ce dernier, car il n'hésite pas à prononcer que les squirrhes , les encéphaloïdes , les tubercules , et autres productions attribuées par l'opinion commune à des causes particulières , spéciales, et dont M. Lallemand ne s'est point encore occu\iQ ex prof es so^ ne peuvent être autre chose que des effets des inflammations chroniques de l'encéphale. Le mot de subinflammation ne paraît dans l'ouvrage de M. Bouillaud seul, pas plus qu'il n'a paru dans celui de MM. Bertin et Bouillaud sur les maladies du cœur. Ce professeur n'y voit sans doute autre chose que des nuances de l'inflammation ordinaire. Sur ce point, nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs à ce qui a été dit à l'occasion des travaux de M. Gendrin. C'est avec beaucoup d'ordre, de méthode , et avec une louable sévérité d'induction que notre auteur procède à l'exposition de ces quatre divisions cardinales de l'encéphalite. Il n'oublie pas non plus de les comparer avec les méningites, les maladies de la moelle , et fournit ainsi les bases du diagnostic différentiel. M. Bouillaud est toujours clair, précis, positif; c'est le caractère de son talent. Presque toujours il
AN4T. PATHOL. — PROFESSEUR BOUILLAUD. JlS
parle avec assurance et conviction ; mais il sait s'arrêter là où la certitude l'abandonne , et ne paraît pas se plaire dans les conjectures. Ces qualités et les principes qu'il professe , font de ce professeur un excellent classique, dont les ouvrages resteront comme des modèles précieux.
Il n'hésite pas un instant à se conformer aux doctrines de M. Lallemand dans les points où il se trouve d'accord avec lui, et il en fait la déclaration formelle sans chercher par des réticences ou par des équivoques à le déprécier. S'il n'est pas de son avis en quelques points , il l'attaque ouvertement, et soutient ses propres opinions sans amertume et sans ironie.
Nous n'entreprendrons point, comme on doit bien le penser, de donner l'analyse détaillée d'un ouvrage qui est dans la bibliothèque et dans la mémoire de tous les médecins qui ont suivi les progrès de la science. Exposer, rapprocher, comparer les faits, en tirer des conclusions que tout esprit sévère est forcé d'adopter, voilà ce que nous trouverions dans l'ouvrage de M. Bouillaud , comme nous l'avons trouvé dans celui de M. Lallemand. Tous deux sont de la même école , et les différences qui les distinguent au premier abord sont celles du nombre des faits qu'ils ont observés , lus, médités, et dans le temps qu'ils ont consacré à ce travail.
Les autres différences sont celles du talent et du génie; mais sur ce point il ne nous appartient pas de prononcer. Nous dirons seulement que la priorité pour l'application de la méthode au sujet, et par conséquent la publication des idées-mères , appartient à M. Lallemand.
Nous ne nous arrêterons, dans l'examen de l'ouvrage de M. Bouillaud, que sur les faits ou les points de doctrine qui nous paraîtront propres à jeter un
7l4 MÉDECINl^ DE LA FRANCE.
nouveau jour sur la physiologie et la pathologie de l'encéphale.
L'histoire générale des encéphalites est distribuée de la manière suivante :
1° Caractères anatomiques ;
^2° Caractères physiologiques , ou signes et symptômes de l'encéphalite ;
3« Modifications des symptômes de l'encéphalite, suivant la portion du cerveau qu'elle affecte ;
4° Modifications des symptômes de l'encéphalite, selon que l'encéphalite occupe la substance blanche ou la substance grise du cerveau ;
5'' Résumé de ce qui précède et des travaux alo^s publiés de M. Lallemand ;
& Influences sympathiques de l'encéphalite ;
7° Causes ;
8^ Traitement.
Nous allons présenter les principales réflexions que nous a suggérées la lecture de cet important travail :
\ ° Les caractères anatomicjues sont d'abord exposés d'une manière générale, et, comme tout le reste, extraits des observations rapportées par l'auteur : on y trouve quatre périodes.
Dans la première, turgescence et injection sanguine, consistance augmentée de la substance de l'encéphale. Dans la seconde, ramollissement par l'effet de l'infiltration séro-purulente, et qu'il ne faut pas confondre avec la fragilité de la substance cérébrale, dont la découverte est due, suivant l'auteur, à M. Dupuytren. Nous présumons qu'il ^ veut parler de ce ramollissement connu de tous ceux qui pratiquent des autopsies, et qui s'observe dans ce tissu, comme dans tous les autres, à la suite des maladies aiguës» prolongées , et des maladies chroniques, avec exténuation générale.
Troisième période : pus rassemblé en foyers , abcès dont le pus varie , pouvant être crémeux , filant, ver-
AN AT. PATHOL. — PROFESSEUR BOUILLÂUD. -JlK
dàtre, granulé, séreux. Il fait voir le bon pus se collant au pourtour du foyer, où il s'organise en fausse membrane , origine des kystes. L'auteur présume que ces kystes peuvent résorber le pus qu'ils circonscrivent , et cite Riobé.
La quatrième période est celle de la formation de ce qu'on a nommé productions acc;identelles. M. Bouillaud comprend dans ces productions les tubercules, les formes cancéreuses, squirrheuses, encéphaloïdes, enfin les formes cartilagineuses, osseuses et cellulaires, dernier terme de la réduction des kysles. Il parle aussi des formes mélaniques et érecliles que M. Cruveilhier a trouvées; mais notre auteur n'en a point recueilli d'exemples. Ces productions peuvent se combiner, et même sous l'influence d'une cause unique qui en est le point de départ. Or, les observations citées par l'auteur ont prouvé que c'était l'inflammation , puisque souvent on a vu les mêmes productions être la suite de violences extérieures. Dans d'autres cas, l'inflammation, quoique de cause interne, n'en était pas moins évidente, et ses traces paraissaient à côté des productions que l'on attribue à toute autre cause. Comme on pourrait bien nier que la démonstration de l'état inflammatoire fut toujours possible dans les tubercules , les encépbaloïdes , les tissus lardacés, M. Bouillaud exprime Tidée que si ce n'est pas toujours l'inflammation qui les produit , c'est au moins l'irritation. Il ne manque donc ici que lé mot de subinflammation , qui serait utile pour distinguer cette irritation de toute autre; mais l'auteur ne Ta pas admis dans son ouvrage.
M. Bouillaud blâme, avec beaucoup de raison, celix qui admettent autant de causes qu'il y a de formes dans les altérations organiques; mais il ajoute que l'histoire de ces altérations ne sera complète que lorsque Ton aura déterminé la raison des différences
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qu'elles présentent entre elles, que l'on aura analysé les phénomènes moléculaires qui se passent clans leur formation , et qu'enfin l'on connaîtra les rapports existans entre leur composition anatomique et chimique, et celle des parties solides et liquides dans le sein desquelles elles se forment. C'est demander le secret de la chimie organique. Eh! comment espérerait-on le trouver lorsqu'on ne possède pas encore celui de la chimie brute? Il termine en avertissant qu'il faut avoir égard aux effets de la production comme corps étrangers.
2° "Les^ caractères physiologiques ou signes etsymp^ tomes de V encéphalite ^ offrent d'abord les symptômes de l'inflammation générale du cerveau : elle commence par la forme frénétique. L'auteur la décrit fort bien dans la nuance fébrile : cette nuance correspond , va-t-on dire , à l'arachnoïdile ou méningite des auteurs; mais M. Bouillaud répond qu'il n'y a point d'arachnoïde générale sans une vive irritation de la masse encéphalique. En effet, l'autopsie montre alors turgescence , consistance et forte injection sanguine dans celte substance. Il est inutile d'ajouter que le siège principal de la congestion sanguine irritative est dans la pie-mère , d'où l'irritation se communique à la substance grise , de là à la blanche , et enfin dans tout l'encéphale; le délire, le tremblement musculaire, les convulsions diverses en sont la suite.
La seconde période est celle de compression. H décrit l'état soporeux avec ses inégalités d'irritation ou agitation musculaire en diverses parties. Cet état peut alterner d'abord avec le précédent, mais, dans les cas funestes, il finit par être continu.
Tous les médecins savent le reste, c'est-à-dire la mort dans l'état stertoreux, ou la mort subite, etc. Nous ne nous y arrêterons pas.
Viehnentensuite les symptômes à^X encéphalite par "
AÎTAT. PATHOL. — PRÔFr.âSEtJR tiOUILLAUD. ^17
tielle. C'est ici la répétition de MM. Lallemand et Rostan. M. Bouillaud commence \)'àr\a période d'irritation , et fait remarquer , dans ces groupes de symptômes, qui sont rarement bien purs, la complication des arachnitcs partielles, qui d'ordinaire ne sont que la propagation du point d'encéphalite , dont l'irritation s'étend vers un point correspondant de la périphérie, ou dans les ventricules. L'auteur pense que les lésions sensitives qui peuvent se rencontrer dans les groupes de symptômes ne correspondent jamais à l'inflammation des circonvallations supérieures et latérales du cerveau , ni à celle des corps striés et des couches optiques. Ces lésions accusent toujours, suivant lui, l'inflammation de la base de l'encéphale, dans L point où s'insèrent les nerfs des sens. En conséquence , il place l'intelligence avec les mouvemens volontaires, et peut-être même la sensibilité dans les corps striés et les couches optiques , et les centres de chaque phénomène sensitif au point de la base encéphalique où s'insèrent les nerfs de nos sens.
Ces conclusions sont tout-à-fait en opposition avec celles que nous avons tirées nous-même des effets des divers sièges des inflammations encéphaliques. Il est évident pour nous que les renflemens striés et optiques ne contiennent que des fibres de mouvement entremêlées de matière grise. Quant aux sensations, leur lésion ou leur perte par l'affection des points où leurs nerfs s'insèrent, prouve seulement que ces nerfs sont malades dans un point de leur trajet ; mais nullement que la sensation se passe dans ce point. S'il y a quelques probabilités en faveur de M. Bouillaud, nous les discuterons plus tard.
La période de suppuration et de désorganisation de la substance enflammée est traitée fort bien aussi, et conformément aux vues du professeur Lallemand. Il eût été impossible à un esprit aussi droit, aussi ami
J\S Ml^DECINE DE LA FRANCK.
du vrai , que M. Bouillaud, de s'en écarter. Après avoir amené tous les phénomènes d'excitation musculaire et sensitive à l'abolition complète, l'auteur fait la réflexion^ que les sens particuliers ne se paralysent qu'avec la sensibilité générale.
Ce fait dépose clairement en faveur de notre opinion : qu'on nous montre des centres particuliers pour chaque perception sensitive , et toute notre théorie s'écroule sans effort. Mais cela nous semble impossible ; le siège des sensations doit être lié avec celui de la sensibilité et des idées. Nous croyons, en attendant qv^'on nous prouve le contraire, que les impressions faites sur les extrémités des nerfs des divers sens n'acquièrent le caractère de perceptions sensitiveset d'idées que lorsqu'elles sont parvenues dans la surface interne des ventricules latéraux, et qu'elles ont mis en action le système médullaire des corps calleux.
Notre auteur pense, avec M. Lallemand,que la désorganisation de cette période de l'encéphalite ne produit pas de lésions directes dans les fonctions intellectuelles lorsqu'elle n'existe que d'un seul côté; mais que la turgescence par congestion sanguine, qui l'accompagne, les abolit indirectement parla compression qu'elle exerce sur le lobe opposé. Cette idée de M. Lallemand peut être juste, puisqu'une saignée suffit, dans la plupart des cas, pour rétablir ces fonctions; elle est appuyée par l'effet de la réduction des hernies du cerveau d'un seul côté, d'où résulte cette même abolition qui se dissipe aussitôt que cessant de comprimer, ou permet à la hernie de reparaître en dehors. Toutefois , il n'en résulte pas que les fonctions intellectuelles aient un siège double dans les deux lobes ; la compression exercée sur les corps calleux produit le même effet : il en est ainsi de l'accumulation d'un fluide ou du développement d'un corps étranger dans les ventricules. En un mot, toute compression peut le
produire , et l'on peut aussi bien s'en prendre à la pression exercée sur le système nerveux des ventricules et des corps calleuît, qu'à celle soufferte par les renflemens optiques et striés. C'est un fait général pour toutTenccphale, et qui est de nulle valeur pour la détermination du siège des facultés intellectuelles.
La période de la formation et du développement des productions accidentelles les présente toutes , ainsi que nous l'avons dit, dans notre auteur, sous une seule con» sidération.Les effets qui en résultent sont la compression de la substance cérébrale environnante, d'où l'abolition des fonctions auxquelles elle préside, et à la fin des paralysies sans retour. S'il paraît d'autres symptômes, ils dépendent d'une autre maladie qui vient établir des complications, qui toutefois sont déterminées par la maladie primitive agissant comme corps étranger, ainsi que l'a prouvé M. Lallemand. Gesont, en somme, des encéphalites nouvelles qui peuvent avoir toutes leurs terminaisons déjà décrites , des hémorrhagies , des méningites, des congestions sanguines, des exhalations ou épanchemens, etc., qui se combinent de diverses manières. Tous ces faits ont déjà passé sous les yeux de nos lecteurs.
30 Les modifications des symptômes de V encéphalite suivant la portion du cerveau qu'elle affecte sont la partie la plus délicate que notre auteur eût à traiter. Il place en tête les modifications du système musculaire selon le siège de l'affection cérébrale. Après Willis et Sabourait, qui n'avaient fait que soupçonner les rapports des muscles avec les diverses régions du cerveau , l'auteur cite Saucerote, qui, le premier, a émis des idées claires sur la correspondance des membres avec certaines parties du cerveau. Selon cet auteur, 1" les membres puisent le principe de leurs mouvemens dans l'hémisphère qui leur est opposé; ao les fibres destinées aux mouvemens des membres, des lè^
vres , des yeux , viennent de tous les points du cerveau se rassembler aux corps cannelés (i) ; 3° outre le croisement connu du buljje rachidien , il y en a un autre qui fait aller les fibres de devant à Tarrière et celles de larrière à lavant, de sorte que l'origine des nerfs des membres antérieurs est dans la région postérieure du cerveau ; et celle des nerfs des membres postérieurs dans la région antérieure de ce viscère ; 4° dans les paralysies par épanchement , cet épanchenient comprime immédiatement la partie qui corres* pond aux membres les plus affectés , et médiatement l'autre partie.
Voilà des idées qui ont quelques rapports avec celles de M. Lallemand ; mais combien cet auteur a dépassé son modèle pour la précision des faits : combien surtout il les a rectifiés!...
Toutefois l'idée du second entrecroisement de Sancerote se retrouve dans l'opinion de MM. Serres , Foville et Pinel-Grandchamp, qui se sont crus autorisés par les faits à soutenir que les corps striés et leurs radiations antérieures président aux mouvemens des membres inférieurs, et les couches optiques, avec leurs radiations, aux mouvemens des membres supérieurs. D'une autre part. Petit de Namur, ajoute M. Bouillaud , avait fait dépendre les mouvemens des membres de la partie supérieure des hémisphères cérébraux. On ne produirait ^ selon lui , la paralysie dans les expériences directes , qu'en attaquant les corps cannelés ou striés , on ces fibres vont converger,
Nous avons rassemblé ces opinions pour faire voir le développement et la progression des idées sur les fonctions motrices de l'encéphale : exposons maintenant celles de M. Bouillaud j nous proposerons ensuite
(i) Les couches optiques n'étaient pas à cette époque assimilées aux corps strio^s ou cannelés, Oa n'y a pensé quQ depuis Gall.
ANAT. PATIIOL. — PUOFESSI'UR iîOUlLLAUD. 72 1
les nôtres, dont le développement est resté incomplet dans ce que nous avons dit précédemment.
Voici ce qui résulte des recherches de notre auteur sur ce sujet ; i° Paralysie de la parole, lésion des lobules antérieurs du cerveau ; 2° paralysie des membres inférieurs^ lésion des lobules moyens ou des corps striés; mais ce fait n'est pas pour lui aussi bien prouvé que le précédent ; 3** paralysie des membres supérieurs, lésion des couches optiques ou des lobides postérieurs du cerveau; la même paralysie peut résulter de la lésion du point de jonction de ces lobules avec le moyen, ou même de la ligature de la partie postérieure du cerveau dans les expériences. La paralysie des muscles de l'œil n'accompagne pas toujours celle des muscles des membres. L'observation clinique n'a pas démontré, dit M. Bouillaud, quel est le point qui lui correspond.
Il rend compte ensuite des résultats des expériences qui attribuent le sens de la vision à un rameau de la cinquième paire ; les mouvemens volontaires de l'œil à la troisième et à la sixième paire; les mouvemens instinctifs du même organe à la quatrième paire, dite autrefois le nerf pathétique , qui se trouve ainsi sur la ligne des nerfs respirateurs.
L'auteur fait , après cela, quelques réflexions sur les fonctions des diverses parties de l'encéphale. Si les animaux auxquels on a enlevé les lobes cérébraux peuvent encore marcher, courir, mouvoir les mâchoires, les yeux, les paupières , etc. , cela n'est pas eu contradiction avec les cas de paralysie et d'apoplexie, puisque les hommes qui en sont affectés retirent leurs membres lorsqu'on les pince fortement. Ils sont alors dans le cas des animaux mutilés, comme il vient d'être dit, car ces derniers ne peuvent , pas plus que l'homme, diriger les mouvemens de leurs membres par des combinaisons intellectuelles.
^;i2 MÉOFCINK DE LA FRANCK.
Sur ces cas nous avons quelques réflexions à faire.
L'insertion de tous les nerfs cérébraux est également à la base de l'encéphale. Celle de la huitième paire y est aussi bien que celle des nerfs de l'ouïe et de la vue, qui soiit les principales sources de nos connaissances sur ce qui se passe dans le monde extérieur. Les nerfs olfactifs , qu'on dit insérés au fond de la scissure de Sylvius , se prolongent également jusqu'à la base, et y trouvent, comme les optiques, qu'on peut suivre jusqu'aux tubercules quadrijumaux, la couche blanche du sentiment. S'ils avaient besoin des fibres motrices, ils les y trouveraient aussi.
Au surplus, soit qu'il y ait, soit qu'il n'y ait pas de fibres du mouvement dans les nerfs cérébraux , ils s'insèrent tous à la base de l'appareil encéphalique, et les inflammations qui se déclarent à cette base ne peuvent jamais manquer de léser leurs fonctions.
Voici maintenant la différence que nous apercevons entre ces nerfs. Il en est qui n'ont besoin que de celte insertion pour l'exécution de leurs fonctions; telle est la huitième paire, qui ne cesse d'agir et de provoquer l'action des muscles respirateurs , quoiqu'on ait enlevé toute la substance cérébrale qui est placée au-dessus de son pMnt d'insertion , jusqu'à ce que cette insertion soit détruite, ainsi que l'ont prouvé les expériences de Legallois. Tous les nerfs respirateurs insérés au-dessous de cette même paire reçoivent d'elle l'impulsion qui les force à dilater la poitrine; mais, privés de l'influence de cette paire, ils restent dans l'inaction. Mais les muscles respirateurs ont d'autres fonctions quecelle de faire respirer : la volonté s'en sert pour la production de la parole, etc. Il faut donc que les nerfs qui leur donnent le mouvement communiquent avec la masse cérébrale, et cette communication n'est nullement douteuse. Donc lorsque le cerveau sera détruit ou comprimé, celte partie dçs fonctions des nerfs res-
pirateurs sera abolie. Il ne restera que celle qui est relative à la respiration , et celle-ci persistera autant que la vie , parce qu'elle n'a point besoin de l'influence de l'intellect.
Pour les muscles des membres , la question est beaucoup moins claire. Il doit y avoir des différences dans leur dépendance de la partie intellectuelle, suivant le degréde l'échelle zoologique.il paraît très certain qu'ils n'agissent point chez l'homme d'une manière régulière et coordonnée, sans l'influence de l'intellect, ou du moins des opérations instinctives ( exemple : les mouvemens du fœtus). Ils peuvent tout au plus, dans les cas où ils sont paralysés par les altérations cérébrales, exciter des mouvemens momentanés provoqués par le pincement, la brûlure, etc. Encore peut-on attribuer ces mouvemens à ce qui reste de fonction à la partie sensitive et instinctive du cerveau. Mais M. Magendie montre des lapins privés des lobes cérébraux, qui se grattent le nez avec leurs pattes lorsqu'on y applique de l'ammoniaque; et d'ailleurs tout le monde sait qu'un canard auquel on a coupé la télé peut encore marcher et sauter. Plus on descend dans l'échelle, plus ces mouvemens combinés des muscles locomoteurs deviennent prononcés et durables : il n'est personne qui n'ait admiré les mouvemens des reptiles auxquels on a coupé la tête.
Faut-il donc conclure de ces faits que l'appareil encéphalique n'est pas le régulateur des mouvemens des membres dans notre espèce ? Non certes ; mais uniquement que chez les animaux dont il s'agit, les régions de la moelle où s'insèrent les muscles des membres contiennent proportionnellement plus de fibres nerveuses de sentiment et de mouvement, qu'il n'en existe chezl'homme, d'où il résulte que l'impulsion du cerveau est moins nécessaire chez eux que chez ce deriïier, pour mouvoir et régulariser l'action des membres.
Je dirai plus : cette particularité existe chez nous jusqu'à un certain point pour les membres pelviens. L'altération du cerveau détruit sans retour, lorsqu'elle est intense, l'action des bras; mais celle des cuisses et des jambes se rétablit très souvent , avec le temps, chez les hémiplégiques, quoiqu'ils restent toute la vie paralytiques des bras. Cela dépend uniquement de ce qu'il y a plus de matière nerveuse de sentiment et de mouvement , et plus de substance grise dans la région lombaire de la moelle, qu'il n'en existe dans la région cervicale.
C'est donc mal à propos que les physiologistes et les anatomo-pathologistes se tourmentent pour déterminer dans quelle région de l'encéphale se trouve le principe du mouvement de tel ou tel muscle. La question peut se résoudre en général de la manière suivante : Si le point de la moelle ou de l'encéphale qui donne insertion aux nerfs d'un muscle possède assez de fibres du sentiment, du mouvement, et assez de substance grise (moyen de l'influence sanguine) pour suffire à l'action de ces nerfs, là sera le mobile nécessaire de cette action. Toutefois cela n'empêchera pas que les mêmes nerfs ne puissent être mis en action par d'autres régions de l'appareil encéphalique , parce que les nerfs d'un muscle doivent avoir, dans l'encéphale, autant de communications qu'il y a de points dans cet appareil qui peuvent mettre ce muscle en action.
Les racines des nerfs de tous les muscles soumis à la volonté, se multiplient donc extrêmement dans l'appareil encéphalique, et le principe de leur action ne saurait y être circonscrit dans un point quelconque. En effet, les facultés de l'homme qui ont des droits sur l'action musculaire sont nombreuses : donc les racines des nerfs musculaires doivent l'être aussi, et voilà, comme nous l'avons dit, ce qui explique le grand volume du cerveau chez les hommes et chez les animaux
qui ont des instincts variés et des facultés inteilectuelles multipliées.
De là résulte, sous le rapport de l'anatomie pathologique et delà séméïotique, que les convulsions pourront être également produites, et par la maladie du point d'insertion des nerfs musculaires, et par celle de toutes les régions de l'encéphale oùles prolongemensde ces nerfs sont en communication avec ceux du sentiment, des instincts et de la pensée; aussi, voyons-nous également naître des convulsions par les inflammations et les hémorrhagies delà moelle, du bulbe rachidien, du pont de Varole, du cervelet, et des hémisphères du cerveau.
Il résulte encore de là que les points de cet appareil qui réunissent le plus de fibres nerveuses musculaires], sous un petit volume , sont précisément ceux où les inflammations , les hémorrhagies et les solutions de continuité, par une cause quelconque, produiront les paralysies les plus étendues; tels sont les renflemens optiques et striés, les pédoncules du cerveau ; et si la maladie siège dans le centre du bulbe rachidien , la paralysie deviendra facilement générale, n'existât-elle primitivement que d'un seul côté, parce que l'altération organique gagne facilement toute l'épaisseur du cylindre médullaire.
Comparez ces altérations à celles qui se seront formées dans les hémisphères, et près de la périphérie du cerveau; vous trouverez que celles-ci provoqueront facilement des douleurs, et surtout des convulsions; mais vous vérifierez qu'elles ne détermineront jamais de paralysies , à moins qu'il ne s'y joigne une compression de tout l'hémisphère. Par la même raison, vous dissiperez par les saignées les hémiplégies qu'elles auront produites, quand même il y aurait une perte de substance considérable; tandis que ce moyen ne pourra jamais dissiper subitement une hémiplégie produite par une altération organique dix fois moins étendue,
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qui siégera dans les renflemens striés et optiques, ou un peu plus bas.
Les plaies du crâne, avec hernie du cerveau, vous donneront la preuve irrécusable de cette vérité : retranchez la substance cérébrale sortante, rien ne sera paralysé; faites-la rentrer, vous produirez l'hémiplégie du côté opposé; et si la compression est extrême, la paralysie générale avec l'abolition du sentiment.
Nous ne saurions donc admettre les rapports de paralysies des membres avec les régions du cerveau , telles que nous les avons résumées plus haut, d'après l'ouvrage qui nous occupe.
Quant aux rapports des mus^cles de la parole , de la mastication, des yeux, avec l'encéphale, ils ne peuvent s'éloigner de la loi que nous venons d'exprimer ; s'il y a quelques différences, elles doivent provenir du trajet que parcourent les racines de ces nerfs dans l'encéphale : mais nous n'avons pas ici le loisir de nous en occuper. M. Bouillaud présumait, lorsqu'il composa son livre, que les lobules antérieurs du cerveau renfermaient les organes de la parole ; mais il faut observer que lorsque les lésions de cette partie ont aboli la phonation , il y avait turgescence et compression exercée , non seulement sur tout l'hémisphère , mais aussi sur les ventricules et sur la base du cerveau. Ces faits ne sont donc point décisifs; ils le sont d'autant moins que la lésion de la parole est accompagnée de beaucoup d'autres, de celles de l'intelligence surtout, comme l'a très bien observé l'auteur lui-même.
Les cas morbides où la lésion de la parole serait sans complication de lésion intellectuelle, seraient ceux où l'insertion des nerfs vocaux serait affectée d'une manière assez peu grave pour n'entraîner ni turgescence , ni cong-estion dans le voisinage. Ces cas existent quelquefois à la suite des attaques d'apoplexie ; mais les observations à nous connues ne sont pus
encore assez précises jjour que nous osions nous prononcer.
L'auteur est ensuite conduit par son plan à rechercher les modifications des fonctions sensitives , selon le siège de V affection cérébrale. Cette question est beaucoup plus difficile que ia précédente. Il voudrait trouver des centres nerveux pour chaque perception sensitive : il en présume l'existence; mais il pense que le tact général n'a point de siège particulier... Tous les sens, y compris le tact , ne peuvent être , selon nous> que des modifications de la faculté de sentir, dont nous avons assigné plus haut les différens sièges : chaque nerf sensitif doit la modifier à sa manière dans les ventricules, et avec elle la substance du corps calleux qui préside à la pensée. Aussi ne trouvera-t-on jamais des centres de sensations circonscrits et partagés entre les diverses régions du cerveau; maison pourra constater les rapports de quelques lésions particulières des sens avec les points d'insertion de leurs nerfs.
Lorsque la surface sensitive de la moelle cesse de communiquer avec celle du cerveau , il n'y a plus de perception au-dessous de la lésion; mais la fonction de la pulpe médullaire qui la fournissait n'a pas perdu cela toutes ses fonctions : elle les exerce encore relativement aux fibres nerveuses du mouvement avec lesquelles elle est en rapport. Mais nous ne saurions entreprendre ici l'examen de cette question , qui sera traitée dans notre ouvrage sur VIrritation et la Folie, Les modifications des fonctions intellectuelles suivant le siège de Vaffection cérébrale paraissent difficiles à constater, dit l'auteur, attendu i** que les deux côtés sont rarement malades en même temps, et qu'un seul suffit pour la fonction ; 2*" qu'une lésion un peu étendue réagit sur toute la masse encéphahque et en trouble toutes les fonctions ; 3** que la lésion de la parole, lorsqu'elle survient, empêche le médecin d'ap-
précier les lésions intellectuelles. Cette dernière raison n'est crauciin poids , puisque les muets intelligens savent se faire entendre. Mais, ce n'est pas la question la plus importante dans l'espèce.
Ici l'auteur s'explique sur la perte de la parole par suite des affections des lobules antérieurs : il l'attribue surtout à la lésion de l'intelligence, ou du moins de la mémoire des mots; mais il croit que la perte des mouvemens de la parole se rattache encore à la même lésion , ou à peu près.
Pouraffirmer cela comme un fait, il faudrait être sûr que la lésion dont il s'agit ne causât pas congestion , turgescence, compression du système du corps calleux; car il est bien certain que toute congestion du cerveau , quel que soit le siège de la lésion qui la provoque , peut tout aussi bien abolir la mémoire des mots , que celle qui dépend de la lésion des lobules antérieurs. Toutefois, nous n'oserions affirmer que cette dernière ne produisît pas plus efficacement cette abolition, puisque, d'après les observations de Gall, la faculté de se souvenir des mots est d'ordinaire en proportion du développement de quelques unes des circonvolutions qui reposent sur la voûte orbitaire. Plus tard, et dans un autre ouvrage, nous exposerons nos idées sur les organes des phrénologistes.
L'auteur est parti des données de la pbrénologie pour ajouter que certains bégaiemens ou des mutités, sans perte de l'intelligence, peuvent dépendre d'un vice de cette région du cerveau. Il y trouve aussi la raison pourquoi les animaux, qui l'ont moins développée que l'homme, ne parlent pas; pourquoi l'enfant, qui n'a point l'intelligence cultivée , ne peut parler, tandis que son instinct, qui n'a pas besoin d'éducation, lui apprend d'abord à téter ; pourquoi le geste se perfectionne chez le muet intelligent; mais il faudrait montrer un muet qui ne fût point privé de l'audition, et ces muets rentrent dans les bègues.
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Beaucoup d'autres organes ayant leur siège clans les ]ol)ules dont il s'agit, on ne doit pas s'étonner, ajoute l'auteur, du beau front de l'homme. Tout cela est vrai, mais il ne faut pas tout voir dans le front ; il fL\ut penser à la région antérieure des corps calleux qui lui fournit une grande partie de sa substance blanche. Or nous sommes persuadé que les lésions de cette partie de l'encéphale, ou son défaut de développement, nuiraient pour le moins autant aux fonctions des lobules antérieurs, que leurs propres lésions. D'ailleurs il est à présumer que si le corps calleux était peu développé dans la région qui fournit des fibres à la région frontale du cerveau, celle-ci devrait nécessairement être peu volumineuse. C'est donc une étude à faire que celle des rapports de développement des différentes régions du corps calleux, avec celles des hémisphères qui en reçoivent les radiations.
Doit-on rapporter encore aux vices de la région frontale du cerveau les pertes partielles de mémoire , l'oubli exclusif des substantifs ou des adjectifs, l'impossibilité de prononcer un mot qu'on peut écrire, mais auquel on en substitue un autre dans le discours; l'oubli d'une langue apprise dans l'âge adulte, avec conservation de la langue maternelle, tous faits qui ont été bien constatés? L'auteur est de cet avis : quant à nous, nous pensons qu'il faut toujours y joindre la considération de l'état des corps calleux, et que des recherches pathologiques doivent être faites dans ce sens. Nous en avons donné précédemment les motifs.
Au surplus , il n'est pas possible de supposer l'existence d'autant d'organes particuliers qu'il y a de nuances dans nos facultés sensitives et intellectuelles. Cela ne peut être prouvé; on se jetterait dans les hypothèses si l'on allait jusqu'à supposer une fibre pour chacune de ces nuances, et l'on tomberait dans le ridicule. On constate bien le rapport d'une région du cerveau avec un groupe plus ou moins considérable de facul-
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tés; maison ne peut subdiviser la région pour la faire correspondre avec chaque nuance du sentiment et de la pensée. 11 est un terme où la phrénologie doit s'arrêter.
L'auteur ne pousse pas plus loin ses recherches sur les rapports du siège des lésions cérébrales avec les facultés intellectuelles. Il se tait sur celles de ces facultés qui nous donnent des notions et des souvenirs sur les attributs matériels des corps, sur leur arrangement, sur les faits d'histoire, sur la durée du temps ; il ne parle pas des organes du jugement , de l'imagination, des scntimens moraux , des instincts, en un mot, de la très grande majorité des facultés admises parles phrénologist es. Il laisse donc une lacune immense : c'est peut-être parce qu'il pense qu'on trouvera plus de ressource, pour ce genre d'étude, dans la pathologie comparée des deux substances de l'encéphale. En effet, le paragraphe où il s'en occupe est le suivant :
Modification des symptômes de Vencéphalite selon qu'elle occupe la substance blanche ou la substance grise , etc.
Ayant égard aux idées de MM. Serres, Foville, Pinel-Grandchamp et La Crampe-Loustaud, qu'il avait ailleurs prises en considération dans les rapports des lésions de l'encéphale avec les paralysies, M. Bouillaud penche à croire que la substance grise est l'organe de la sensibilité, et la blanche, celui des mouvemens. Toutefois, il n'ose pas plus affirmer ce fait que les rapports des corps striés et des couches optiques, tels que ces auteurs les ont admis. Il s'arrête donc , et croit qu'il est plus prudent de se borner à affirmer le positif, que l'affection de la substance corticale détermine le trouble des facultés intellectuelles, et il s'apnuie des observations de MM. Martinet et Parent du
latelet , qui ont prouvé que le déhre appartient à
%mmation de l'arachnoïde qui revêt la convexité
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du cerveau. Cette réticence est d'un homme sage, et fait beaucoup d'honneur à M. Bouillaud, dans un moment où tant de médecins, séduits par des observations nouvelles auxquelles les conditions de certitude pouvaient manquer, se sont empressés d'adopter des explications prématurées.
Certes, il n'est pas possible que l'opinion des auteurs que nous venons de citer résiste , nous ne disons pas seulement aux faits qui viendront plus tard , mais même aux déductions que nous pouvons tirer dès à présent de ceux qui nous sont connus. Quoi! l'on refuserait d'admettre, comme chose évidente, que puisque dans les nerfs extra-crâniens les fibres blanches servent au mouvement et au sentiment, elles doivent avoir les mêmes usages dans le crâne aussi bien que dans le rachis ! D'ailleurs, pour le sentir et pour le mouvoir, il faut un tissu dont toutes les parties soient en communication entre elles : la substance grise s'offre par portions isolées; la blanche seule est jDartout continue avec elle-même. Mais n'allons pas plus loin...
Quant à ce qui concerne la manière dont l'arachnitis ou plutôt ] a pie ■mérite affecte les facultés mentales et les mouvemens, nous ne pouvons que renvoyer pour le moment à ce que nous en avons dit dans cet ouvrage à plusieurs reprises, depuis que nous nous occupons des maladies de l'appareil encéphalique. Nous sentons combien tout cela est incomplet , mais nous avons promis de nous en occuper dans un autre ouvrage. Tout ce que nous disons dans celui-ci n'a pour but que d'engager les médecins qui ont plus de loisirs et d'occasions que nous, à approfondir ces importantes questions.
Après avoir exposé les détails de l'histoire générale de l'encéphalite, M. Bouillaud en donne le résumé, dans lequel nous nous abstiendrons de le suivre. JXous
avons remarqr.é sans surprise qu'il excepte le corps calleux dans ce résmué; nous nous y attendions, parce qu'il n'avait point rapporté d'observation tendant à faire ressortir les symptômes de l'inflammation de ce système nerveux. La maladie qui l'attaque le plus directement est la phlegmasiedes ventricules, dite hydrocéphale, ou hydrencéphale, tant aiguë que chronique, et M. Bouillaud ne s'en est point occupé ex professa. D'autres affections y ont été observées qui intéressaient primitivement l'épaisseur et le centre de ce corps; mais M. Bouillaud ne s'est pas non plus attaché à en recueillir des exemples. D'autre part, il n'a point eu ridée que les méningites de la périphérie l'attaquassent dans ses expansions, et ne pussent produire le délire que de cette manière. Ce délire n'a été encore imputé par aucun pathologiste qu'à l'irritation des hémisphères ; savoir : i ^ par les uns, d'une manière vague ; 2^^ par les autres , en l'attribuant à l'aifection de la substance grise ; 3° par quelques autres enfin, en accusant en même temps l'irritation de la substance blanche; mais aucun, que nous sachions, n'a songé à la distinction que nous avons proposée. Nous la rappelons ici pour la dernière fois : elle consiste à attribuer , dans les piemérites ou méningites : i"" le délire à l'irritation des expansions du corps calleux , qui doivent se propager jusqu'à la substance grise des circonvolutions; 2° les convulsions à l'irritation des expansions des fibres blanches des pédoncules qui ont aussi des expansions dans cette subtance : voilà pour les phlegmasies de la périphérie.
On peut se rappeler maintenant que des milliers de faits ont établi que lorsque le système du corps calleux est irrité par son centre, c'est-à-dire dans les ventricules latéraux , l'aqueduc de Sylvius , le troisième ventricule, la douleur devient le caractère prédominant, et que les convulsions s'observent particulièrement dans les muscles de la face et des sens. D'autre part ,
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personne n'ignore que , par suite des progrès de celte inflammation , aussi bien que de celle de la pie-mère, et par les exhalations et les congestions qui en résultent dans les ventricules et à la périphérie on observe l'abolition des rapports dans l'état aigu , et leur extrême diminution dans l'état chronique; de plus, on se souvient que dans le dernier cas les malades périssent avec idiotisme et paralysie générale. On n'ignore pas non plus que dans la phlegmasie ventriculaire, Tidiotisme et l'état soporeux sont interrompus par des convulsions; or, avec toutes ces données présentes à l'esprit , on aura l'idée sommaire de la manière dont nous concevons les fonctions et les maladies du système nerveux du corps calleux, et des rapports qui le lient aux autres parties de l'appareil encéphalique.
Sur la question des influences sympathiques de Vencéphalite^ nous avons trouvé M. Bouillaud plus satisfaisant qu'aucun des auteurs qui ont traité de cette maladie. Mais nous pensons que, pour être complet sur celte matière, il aurait eu besoin de notions plus positives sur les fondions du corps calleux et de ses expansions, et sur la prolongation de sa surface interne avec la surface sensitive de la moelle épinière : ces notions ont aussi manqué à Lallemand; mais il n'a pas encore terminé son grand ouvrage.
Les causes de l'encéphalite sont fort bien indiquées par M. Bouillaud : ici, comme dans ses considérations sur les sympathies du cerveau enflammé, avec les divers appareils, il a parlé en physiologiste profond, ce qui lui donne bien des avantages sur beaucoup d'auteurs; il s'est d'ailleurs conformé à la théorie de M. Lallemand.
Le traitement est tel qu'on avait droit de l'attendre de la part d'un anatomo-pathologiste praticien , profondément pénétré des avantages immenses de la méthode physiologique sur toutes les autres. Sous ce rapport, le plus important de tous, pendant que d'autres
délibèrent et attendent le complément du groupe de symptômes, les nôtres, contens d'avoir reçu l'éveil par l'explosion de l'irritation d'un organe , se hâtent d'agir : telle est la source de leurs succès. Peut-être ne serionsnous pas en tout point d'accord avec notre savant confrère, sur l'emploi des émétiques en lavage dans les phlegmasies cérébrales; mais ce sont là de ces petites dissidences que la pratique peut faire cesser. D'ailleurs, sur k question de la révulsion par la provocation des excrétions, dans les maladies inflammatoires, chacun a ses habitudes et ses secrets de pratique, qu'il ne faut jamais contester: une saignée de plus ou de moins, soit sur l'organe enflammé , soit sur les voies gastriques, pour les préparer à recevoir l'agent de révulsion sécrétoire ; les boissons accordées , le régime prescrit ou négligé; le temps, l'opportunité, bien ou mal saisis, donnent, oans les résultats, des différences dont on ne se douterait guère en se bornant à considérer la question d'une manière générale et abstraite.
L'ouvrage de M. Bouillaud sur l'encéphalite est, nous le répétons , tracé sur un plan vaste , exempt d'ontologie, et portant l'empreinte de la bonne école; toutefois nous ne doutons pas que Fauteur, mûri par l'âge et perfectionné par les travaux que lui impose la chaire de clinique qu'il a conquise dans la Faculté de Paris, ne nous le redonne un jour plus complet , et par conséc|uent supérieur encore à ce qu'il est aujourd'hui.