SECTION V
CLASSE DES LESIOiNS ORGANIQUES EN GENERAL.
La manière dont cette classe est exécutée dans la Nosograp/iie j prouve jusqu'à l'évidence que jamais médecin ne pourra écrire sur son art sans commettre des inconséquences et tomber dans des contradictions , tant qu'il n'aura pas entièrement secoué le joug de l'ontologie. Jadis M. Pinel ne se doutait nullement que les maladies qu'il qualifie de lésions organiques pussent quelquefois dépendre des inflammations ou des névroses. Dans sa première édition il avait rangé les maladies de cette espèce, qui correspondent aux cachexies des autres nosologistes, ou dans la classe désaffections lymphatiques^ ou dans celle qu'il appelait indélermlnée. L'inflammation et la névrost» n'avaient rien de commun avec toutes ces affections.
Les différentes sectes de l'école de Paris étaient également de cet avis, comme on peut le voir par les articles d'anatomie pathologique consignés dans le Dictionnaire des sciences médicales , et par les ouvrages des docteurs Bayle , Laennec et autres , constituant la secte des médecins fatalistes français. Ces derniers se sont même élevés contre moi , soit nominativement, soit indirectement , pour avoir le premier en France rapporté la plupart des lésions organiques à des inflammations méconnues et mal traitées. Malgré tout ce que j'ai dit dans le premier Examen y il n'y a même encore aujourd'hui (1821) qu'un cri unanime dans le cercle , à la vérité toujours décroissant, de ces fatalistes , pour refuser à l'inflammation l'initiative dans la production des maladies organiques.
M. Pinel, plus adroit, a pris ses précautions dans sa sixième édition , et , sans nous donner la raison pour laquelle il a changé d'avis , il nous dit gravement, et comme si cela venait de son propre fonds , qu on ne peut méconnaître un passage naturel ou plutôt une sorte (i) de dépendance entre les classes précédentes et les considérations relatives aux maladies qui consistent dans un dérangement de la structure organique des viscères et de certaines parties;.,, que dans quelques cas la structure est entièrement changée par l'inflammation ^ ou que plutôt il en résulte de nouvelles affec-
(i) Ce mot sorte, que M. Pinel associe constamment à toutes les propositions un peu générales qu'il répète ou qu'il met en avant, est un correctif qui tient au scepticisme dont il fait profession, et qu'il ne l'abandonne que lorsqu'il s'agit d^affirmer l'excellence de sa méthode.
DOCTRIITE DE PINEL. 3
ttons gui sont un effet de l'état inflammatoire;... que pendant que les névroses conservent leur caractère^ et n'ont point dégénéré en altération du tissu intime des parties, elles forment une classe particulière de maladies qu'il a déjà exposée; mais que si ces affections cessent de conserver leur caractère simple, et que les parties qui en ont été affectées reçoivent une atteinte profonde et un dérangement notable dans leur organisation intime, il peut en résulter de nouvelles lésions de structure qui doivent maintenant être parlai considérées, soit relativement au changement des solides, soit par rapport à de nou" veaux fluides qui peuvent surabonder et s'épancher dans des cavités particulières. Telles sont les idées que le docteur Pinel a empruntées à l'école physiologique, et qu'il s'approprie comme il a fait celles de Bichat, ce qui est fort bien ; mais sans faire connaître la source où il les a puisées , ce qui... sera qualifié par chacun comme il voudra.
ÎSe doit-on pas s'attendre, après un pareil début, que l'auteur va traiter en vrai physiologiste les maladies dont il s'agit? Sans doute on s'y attend; mais un ontologiste ne saurait profiter des travaux qui ont de l'exactitude; tout ce qu'il en extrait se reconnaît à sa couleur disparate : Unus et alter assui" tur pannus... Cet auteur, qui devrait aller chercher l'origine de la plupart des lésions organiques dans l'inflammation ou dans la névrose, et s'attacher à nous faire saisir le moment où vient à cesser le caractère de simpUcité qui distingue ces dernières d'avec le vice d'organisation , nous dit un peu plus loin, à l'occasion de ce qu'il nomme les lésions orga^ niques générales^ que les maladies de cet ordre ;?^w-
4 Mi^.DECfNE DR LA FRÂKCE,
vent attaquer toutes les parties, les dénaturer, etc.; que le cancer produit cette transformation;... que la plitliisie, quelle que soit sa cause, finit par clianger l'homme le mieux conformé en une sorte de spectre ambulant;... que la maladie syphilitique étend son virus sur les membranes muqueuses, les glandes, la peau, le tissu des viscères... Voiià les lésions organiques tranformées en êtres actifs ; on les voit agir , etc. Ce langage est ontologique; il conduira toujours à l'erreur, comme on le verra plus bas; et ïl forme un désaccord frappant avec les propositions du début que j'ai f^iit remarquer.
M. Pinel, avant d'entrer en matière, rend hommage â presque tous ceux qui ont concouru aux progrès de ïanatomie pathologic/ue. Rien n'est plus juste; et je me garderai bien d'affaiblir le mérite d'une bonne action en faisant remarquer les omissions qu'il aurait pu faire.
Syphilis.
C'est par la syphilis que le nosographe s'engage dans les particularités de son sujet. Je suis toujours étonné quand je vois un auteur aussi sceptique affirmer certaines propositions de la pathologie humorale comme s'il eût été témoin du fait. M. Pinel assure que le virus vénérien , reçu par les vaisseaux lymphatiques, peut être porté dans le canal tlioracique , et passer dans la masse commune des liquides;... qu'il en résulte une irritation accompagnée de frissons si légers et si vagues , cpie souvent les malades ne les sentent pas ( des frissons que l'on ne sent pas!...); que le virus ne circule qu'un certain temps
DOCTRINB DE PJJJîEt. 5
dans les f aides, ordinairement cinq ou six semaines^ et qu'alors il 5^ porte sur les glandes par une sorte d'affinité , etc. Est-ce bien un véritable doute philosophie/ne ^ un goût sécère et bien apuré, qui guident cet auteur quand il fait choix de quelques morceaux dans ses lectures ?... Ce n'est plus désormais dans ces termes qu'il faut parler de la syphilis. Le physiologiste doit se taire sur ce qui ne lui est démontré ni par ses sens ni par la voie de l'induction : or rien de tout ce que vient de nous décrire M. Pinel ne peut nous être mis en évidence de l'une de ces deux manières.
Nous voyons dans la syphilis une série de phénomènes d'irritation ; mais nous ne suivons pas plus l'agent qui les produit dans l'intérieur du corps que ceux qui développent les symptômes de la variole, de la rougeole, de la peste, etc. Ainsi le médecin physiologiste doit se borner à étudier et les formes et les degrés de ce phénomène dans les différentes parties du corps, et à noter les modificateurs qu'il peut leur opposer.
Cette étude, la seule qui soit désormais permise, n'a point autorisé M. Pinel à placer la syphilis dans les lésions organiques. Est-ce que la blennorrhagie est plus lésion organique que la leucorrhée, que les aplithes ? La syphilis produit , à la vérité , des altérations dans les tissus; mais les dartres, dont on a fait des phlegmawsies; mais toutes les inflammations n'en font-elles pas autant? La syphilis est, au contraire, de tous les modes d'irritation inflammatoire, celui dont il est le plus facile d'empêcher les effets désorganisateurs.
Or, puisque Ton n'a pas fait des lésions organiques de ces modes d'irritation, il ne fallait pas en faire de celui-ci ; ou bien ^ puisqu'ils peuvent tous également se terminer sans désorganisation ou la produire , il fallait distinguer une syphilis sans désorganisation , et une autre avec désorganisation ; ou bien encore il fallait placer la syphilis dans les inflammations spécifiques , et ranger ses désorganisations à côté de celles qui sont produites par les autres phlegmasies , mais dans un ordre ou dans un genre particulier. Tout cela pouvait au moins être spécieux et satisfaire les amateurs de classifications ; mais donner pour caractère à la syphilis ses résultats les plus défavorables , ce n'est pas procéder d'une manière rationnelle , ce n'est pas désigner cette maladie par des caractères inséparables de son existence , puisque l'on conçoit parfaitement une syphilis sans aucune altération organique.
Cette classification ne signifie autre chose pour moi que l'enfibarras de son auteur, qui, n'ayant aucune base en médecine , ne sait que faire des groupes de symptômes qu'il a trouvés dans les auteurs avec le titre de maladies. Tout cela va ressortir encore bien davantage en parcourant ses autres lésions organiques.
Scorbut.
Le scorbut a d'abord été placé par M. Pinel dans les maladies lymphatiques de la peau ^ puis dans les hémorrhagies passives ; enfin , cédant à l'autorité de RoUo , le nosographe en a fait une lésion organique générale , parcequ'il attaque la plupart des tissus de
l'économie. Il est permis à tout auteur qui traite une science de laits de se réfuter et de se corriger, pourvu que cela soit fait dans l'intérêt de la vérité , et que cela concoure aux progrès de la science; mais qu'ontelles gagné l'une et l'autre à ces transpositions du scorbut ? Assimiler cette affection aux hémorrhagies passives était sans doute beaucoup meilleur que d'en faire une maladie lymphatique ; car cette dernière idée n'a rien qui puisse la rendre supportable; mais quand on se réfugie dans les altérations organiques , on fait un aveu manifeste de l'embarras où l'on se trouve et de la confusion de ses idées.
Pour disserter sur les motifs d'une pareille classification , il faudrait d'abord posséder une définition des lésions organiques. M. Pinel ne nous en a point expressément donné ; mais on voit en le lisant qu'il entend par ces mots l* altération du tissu intime des parties ; ou bien une atteinte profonde et un dérangement notable dans leur organisation intérieure; ou bien encore, de nouvelles lésions de structure ; on enfin une atteinte à la structure intime des parties , qui la dénature entièrement (i). En voilà bien assez, j'imagine, pour pouvoir rechercher si les maladies dont il a composé cette classe réunissent les conditions nécessaires pour y autoriser leur séjour.
Le scorbut est-il bien une désorganisation générale ?... La réponse est facile. On vit un temps plus ou moins long avec des désorganisations partielles ; mais avec une altération intime ou un déransrement
(i) Nosographie philosophique ^ tome III, pages 2g4 et ^gS, sixième édition.
8 MÉDECilNK DE LX FllAJNCF.
notable , capable de dénalurcr enlièrement le tissu de toutes les parties , je lie conçois pas que ia vie puisse persister un seul instant. Mais ne soyons pas si sévères; M. Pinel nous a dit qu'ici la désorganisation était générale^ parcequ'eile attaquait la plupart des systèmes d^organes : ainsi , dans la rigueur, on peut alléguer qu'elle n'affecte pas tous les tissus. Quoiqu'il soit déjà fort difficile de concevoir que l'on puisse vivre avec la plupart des organes dénaturés ^ on pourrait y croire pour les cas où les altérations se seraient formées avec beaucoup de lenteur; mais imaginer une guérison complète , et même dans un espace de temps assez court, à ia suite d'un pareil état, voilà ce qui est difficile , parceque les fastes de la médecine n'en ont pas encore fourni d'exemples. Or le scorbut peut se former en très peu de temps, et l'on a des exemples extrêmement multipliés de guérisons très rapides de cette maladie dans les équipage des vaisseaux, qui, après un long séjour à la mer, abordaient dans un pays où les scorbutiques trouvaient abondamment des vivres frais et un air libre et pur. Que devenaient alors les altérations intimes des parties dénaturées P
Description du scorbut et discussion sur sa nature.
La considération des phénomènes du scorbut peut également servir à résoudre le problème de la classification nosographique. Dans le premier période ^ on note des lassitudes , un état de faiblesse et d'inaptitude au mouvement dans l'appareil musculaire, et quelques taches bleuâtres ou noirâtres à la peau et dans le tissu sous-cutané. — Jusque là point encore
DOCTBINE DE PliVEL. 9
de désorganisation : les gencives ne sont pas nécessairement gonflées, douîourenses et disposées à saigner; et quand elles le seraient, cela ne mériterait pas le nom de lésion organique, puisqu'on guérit de ce degré sans en conserver de traces.
Plus tard, et dans ce qu'on appelle la deuxième période, on trouve le gonflement des extrémités, dont le tissu cellulaire est infiltré d'une lymphe sanguinolente qui donne à toute la peau un aspect rouge , violacé, noir, marbré. Les hémorrhagies et les ulcérations sont facilement produites par les violences extérieures ; la faiblesse est extrême , les syncopes fréquentes au plus léger effort. — On voit ici pour caractère fondamental une extravasation des fluides dans les tissus qui recouvrent les différentes pièces du squelette, surtout dans le tissu cellulaire libre, dans celui qui s'interpose entre les faisceaux des muscles, et dans celui qui pénètre dans la trame fibreuse de la peau. Mais ces extravasations ne constituent pas des altérations dénaturant la structure intime des parties. Que la cause qui les entretient vienne à cesser, on voit la résorptiou se ûiire , et le sang séjourner dans les limites de l'état de santé. Cependant quelquefois la désorganisation s'effectue ; mais elle est le produit ou d'une rupture de la fibre musculaire, dans certains efforts , ou de i'attrition du tissu cellulaire par l'effet des corps contondans , ou de la déchirure et de la division de la peau , toujours sous l'influence d'une cause violente. Tous ces désordres sont faciles à produire, parceque les tissus du corps sont plus mous, plus fragiles, comme si la chimie vivante , ou cette force qui veille à main-
tenir nos parties dans la composition la plus favorable au parfait exercice de nos fonctions , était moins puissante dans Téconomie.
Le troisième période décrit par M. Pinel offre en effet la désorganisation ; mais pour entendre comment elle doit être conçue et expliquée , il est bon de rapporter les propres expressions du professeur nosographe. « Rien de plus déplorable : ulcères sordides, fongueux, aux membres abdominaux; quelquefois sorte de fièvre adynamigue, avec des sueurs fétides, des pétéchies, des bémorrhagies copieuses par les selles, lurine, les poumons, le nez; toutes les horreurs de l'hypocondrie et du plus profond abattement, oppression extrême, hydrothorax ou ascite. «Il est impossible au médecin physiologiste de méconnaître la présence de l'inflammation au milieu des tissus mal composés, fragiles et facilement désorganisablesdes scorbutiques ; mais cela constitue une complication, et l'on serait surpris qu'un disciple de Condillac aussi zélé que M. Pinel laissât échapper cette occasion de faire usage de l'analyse, si l'on ne savait qu'il ne l'applique ni à distinguer les organes malades , ni à déterminer les différens modes de lésions vitales qui peuvent y être observés ; en un mot, si l'on n'était bien averti qu'il ne l'emploie qu'à isoler les uns des autres les groupes de symptômes qu'il a plu aux auteurs classiques de décorer du titre de maladies.
C'est dans Lind plus particulièrement que notre auteur a puisé et les périodes du scorbut et les désordres organiques sur lesquels il s'est fondé pour établir sa classification ; or ces désordres sont ceux des
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phlegmasies, comme on peut en juger. « Lors de Tautopsie cadavérique, continue le nosographe , on a trouvé , en général , un liquide séreux , jaunâtre , plus ou moins épais et infiltré; du sang en caillots, épanché dans le tissu cellulaire sous-cutané., dans celui qui occupe les interstices des muscles ; certaines fois on a remarqué Tépanchement d'un liquide épais et comme gélatineux dans l'articulation du genou; dans le plus grand nombre des cas les poumons ont été trouvés durs et gorgés de sang. » Le reste de l'autopsie du docteur Pinel ne présente plus que des épanchemens de sang, des ruptures ou des ramollissemens de muscles , etc.; phénomènes qui, comme on l'a vu, appartiennent au deuxième période. Mais Lind, dont il n'a pas extrait tout ce qu'il y avait d'intéressant , accumule des exemples d'altérations cadavériques dont nous avons besoin pour bien juger la question. Telles sont des adhérences entre les plèvres et le s différentes surfaces du péritoine, par des matières gélatineuses , albumineuses ; des épanchemens séreux, sanguinolens , puruiens dans ces mêmes cavités; des suppurations, des abcès dans le tissu du poumon ; des foyers puruiens , des masses lymphatiques et graisseuses dans les épliploons et dans le mésentère; aux articulations, non seulement les épanchemens comme gélatineux qu'a relatés M. Pinel, mais encore des ramoUissemens des cartilages, des décollemenSjdesépiphyses, des caries, etc.. Ne sont-ce pas là de véritables traces de phlegmasies? Eh bien ! tout cela est mis par M. Pinel sur le compte de l'affection scorbutique. Lind, moins ontologiste que le professeur de Paris, avait remarqué', pendant
la vie les signes des inflammations qui opéraient tous ces désordres , des rhumatismes plus ou moins aigus, des pleurésies, des phthisies, des douleurs inflammatoires du bas-ventre et des articulations , des fièvres intermittentes, des catarrhes, des dysenteries, etc. Il est vrai que toutes ces phlegmasies étaient qualifiées de scorbutiques ; mais du moins on prononçait encore quelquefois leurs noms, tandis que le nosôgraphe en fait, ainsi que des lésions cadavériques qui en résultent , des attributs de son entité nommée scorbut, et se fonde sur leurs effets désorganisa teurs pour classer cette entité au nombre des lésions organiques.
Voilà donc la question à peu près résolue.' Le scorbut est caractérisé par un affaiblissement de la puissance musculaire, avec des épanchemens sanguinolens dans les tissus cellulaires et aréolaires de la peau et de l'appareil locomoteur. Dès que ces phénomènes existent, le scorbut est formé; et la désorganisation ne fait point partie de ses caractères distinctifs, puisqu'il est susceptible de guérison , sans qu'il reste aucune altération dans la structure intime des parties qui en ont supporté les atteintes. Aussitôt que le scorbutique offre à l'observateur des gencives chaudes, douloureuses, ulcérées, de la chaleur et de la douleur dans les gonflemens articulaires, des ulcérations saignantes ou gangreneuses à la peau, des douleurs de côté, de la toux , des fluxions maxillaires, de la diarrhée, delà fièvre continue ou intermittente, dynamique ou adynamique , bilieuse ou muqueuse, etc., le scorbutique réunit à sa première maladie de véritables inflammations qui, si elles
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ne sont arrêtées dans leurs progrèes, produiront chez lui la désorganisation beaucoup plus vite que chez un autre sujet. Pourquoi cela? par la raison que les tissus d'un scorbutique sont fragiles et peu tenaces dans les affinités de leur chimie vivante, ainsi que 3*8 viens d'en faire la remarque il n'y a qu'un instant; c'est-à-dire par la même raison qui fait que les efforts occasionent facilement la déchirure des muscles, que des contusions assez légères sont suivies d'énormes ecchymoses, et que la plus légère égratignure devient souvent la cause d'une ulcéralion considérable.
Recherches sur sa nature.
Il s'agit maintenant de se faire une juste idée de la nature du scorbut. S'il existe un moyen d'y parvenir, c'est en étudiant son mode de production , c'està-dire la manière appréciable dont les causes de cette affection modifient leconomie vivante. J'aborderai cette question d'autant plus volontiers qu'elle doit nous conduire à la meilleure méthode de traitement.
Les causes que les auteurs assignent à l'affection scorbutique sont nombreuses , et doivent se prêter une lumière réciproque. On y trouve une nourriture grossière, non fermentée, l'usage des viandes salées et de tous les alimens altérés par l'humidité et par la vétusté, lorsque leurs mauvais effets ne sont point corrigés par un mélange d'aiimens frais et de bonne qualité, soit végétaux soit animaux; viennent ensuite certaines viandes et quelques poissons qui , quoique frais, ont eu quelquefois la propriété de
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développer en peu de jours le scorbut le plus complet sur la plupart de ceux qui en avaient fait usage. On trouve des exemples de cette nature dans les relations des voyageurs : ces chairs avaient ordinairement un goût de marécage, ou certaine puanteur annonçant que l'animal s'était nourri de charognes.
Après les comestibles viennent les poisons médicamenteux que Ton a vus produire le scorbut: on cite particulièrement le mercure, les alcalis, etc. Enfin se présentent les causes qui n'agissent point par la voie d'absorption nutritive: tels sont Thumidité, le défaut de lumière, l'air insuffisamment renouvelé, les fatigues excessives, le défaut d'exercice (mais cette dernière cause ne fait que favoriser l'action des autres ) , l'affaiblissement produit par les maladies , les affections tristes.
Parmi ces causes, les plus puissantes sont les mauvais alimens; leur action est si prononcée que seuls ils suffisent pour produire cette maladie, comme il arrive souvent dans les voyages de long cours. Toutefois la chaleur sèche, la lumière, la gaieté et la propreté peuvent, jusqu'à un certain point, en corriger les mauvais effets. Il est fort rare , quoi qu'on en dise , que le scorbut attaque les personnes qui font usage d'alimens sains, bien qu'elles reçoivent l'influence du froid et de l'humidité; mais quand toutes ces causes se réunissent , et que le découragement s'y joint, ce qui est le plus ordinaire, on voit se développer le scorbut au plus haut degré.
Quoi qu'il en soit , quand il s'agit de déterminer la nature de cette maladie, il ne faut pas avoir égard uniquement à la faiblesse des individus qui en
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sont attaqués. La faiblesse seule ne saurait la produire , ainsi qu'on l'observe tous les jours sur une foule immense de personnes affectées de maladies chroniques , qui périssent par une exténuation graduée, avec ou sans pyrexie; certes on ne niera pas que ces personnes ne soient beaucoup plus débiles aux approches de la mort, qu'un scorbutique qui se rétablit en peu de jours par l'usage des alimens de bonne qualité.
Puisque la faiblesse n'est pas la cause unique du scorbut , cherchons dans l'état des organes une autre condition qui puisse nous expliquer cette maladie. Nous trouvons les extravasations sanguines, ou l'espèce d'œdème ou d'hydropisie séro-sanguinolente qui inonde tous les tissus. La faiblesse seule ne pouvant la produire, il faut l'attribuer à une autre cause. Serait-ce l'obstacle à la circulation?... Je ne le pense pas: quand il survient ici , il n'est que consécutif; et d'ailleurs cet obstacle , quoique existant au plus haut degré dans les aneVrismes , ne donne lieu qu'à des infiltrations séreuses. Il faut donc un vice particulier des capillaires sanguins, qui les dispose à laisser couler le sang. Or ce vice n'étant ni dans la faiblesse ni dans l'engorgement , je ne vois plus en quoi le faire consister, si ce n'est dans le vice de l'assimilation.
J'attribuerais donc le scorbut au vice de la nutrition, à la mauvaise composition du sang. Je suis porté à penser que ce vice réside particulièrement dans la fibrine et dans la gélatine ; car j'observe que les épanchemens se font de préférence dans les tissus musculaires et dans les cellulaires ou lamelîeux,
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tandis qu'ils n'ont pas ordinairement lieu, selon la remarque de Lind , dans l'appareil encéphalique, où prédomine la matière albumineuse. Je crois même que dans le principe, l'altération nutritive se borne à la fibrine , soit du sang, soit des muscles; et que la gélatine n'est affectée que consécutivement et par les progrès du mal. Ce qui me fonde dans cette opinion, c'est que les grandes masses de gélatine , telles que les tendons , les îigamens, les cartilages , participent difficilement aux dégénérations scorbutiques, et que les parois des vaisseaux qui sont principalement formées de gélatine conservent souvent leur intégrité, quoiqu'elles permettent au sang de s'échapper avec abondance. Il est encore probable que les substances salines qui encroûtent les os, les cartilages, les Iigamens et les tuniques des vaisseaux, concourent à les rendre moins accessibles à la dégénération scorbutique; car on conçoit facilement que moins un organe a de vitalité, et moins il échange les molécules dont il est composé, moins aussi cet organe doit participer aux changemens qui surviennent dans la nutrition. On alléguera peut-être, en preuve du contraire la syphilis et les scrofules , qui produisent le ramollissement et l'inflammation des os; mais il n'y a pas parité entre ces affections et le scorbut, il n'y a que certaines analogies. Le fait est que l'on voit primitivement dans ces maladies des irritations, et l'on ne saurait nier quelles parviennent difficilement jusqu'au système osseux^ surtout lorsqu'il a acquis toute la fixité de composition dont il est susceptible. An surplus, quand les causes du scorbut agissent sur les enfans, où
cette fixité est moindre, elles portent également leur action sur le système osseux; de sorte que ces deux affections, aussi bien que les scrofules, oiît véritablement beaucoup d'analogie.
On demandera peut-être en quoi consiste Faiteration qui survient à la fibrine et à la gélatine du sang et des muscles. Je ne prétends pas en déterminer la nature chimique ; mais ce que j'observe bien évidemment chez les scorbutiques , ce sont ces changemens dont j'ai parlé; savoir, la diminution de la force de cohésion qui maintient l'intégrité des fibres musculaires. Cette diminution est prouvée par la facilité avec laquelle ces fibres se déchirent à l'occasion des efforts que font les malades. La déchirure est aussi plus aisée à produire dans le tissu cellulaire, qui est formé de gélatine, que chez les individus non scorbutiques; on la voit succéder, avec Fextravasation , aux plus légères contusions. De plus, j'observe très bien aussi que les affinités vitales qui retiennent le sang dans le système capillaire, et l'empêchent d'enfiler les nombreux vaisseaux collatéraux qui s'ouvrent sur les surfaces , sont diminuées. Il en résulte que , sans l'intervention d'aucune cause vulnérante , le sang s'écoule aisément , avec les sérosités et le mucus , par les porosités qui s'ouvrent sur les surfaces muqueuses, sur celles du tissu cellulaire libre, et sur celles du tissu lamelleux qui entre dans la composition des différens parenchymes.
Voilà, ce me semble, des faits bien démontrés; maintenant en voici d'autres qui ne le sont pas moins: le premier, c'est que ces tissus vivans , dont la force d'adhésion et les affinités chimiques sont diminuées,
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n'ont point perdu l'aptitude à contracter l'inflammation; le second, c'est que ce phénomène en opère fort aisément la désorganisation. L'affection des gencives doit être considérée comme l'effet d'une complication pareille. Il en est ainsi de l'engorgement chaud et douloureux des jointures, des rhumatismes musculaires, des ulcères qui surviennent en si peu de temps à la suite d'une contusion, d'une excoriation , de la moindre égratignure. Pour l'intérieur, on peut en dire autant de la diarrhée, de la gastrite aiguë ou chronique, des phlegmasies de la poitrine, etc.; et c'est à cause de la faiblesse des affinités vitales chez les scorbutiques, que les inflammations leur sont si funestes , et que l' on trouve dans leurs cadavres des traces si profondes et si multipliées de désorganisation. Cependant il est bon d'aiouter ici l'importante remarque, qu'à l'instar de la syphilis et des scrofules, le scorbut épargne longtemps les viscères et se déclare toujours dans les parties molles dont le squelette est revêtu.
C'est maintenant que l'on peut , avec connaissance de cause , rendre justice aux auteurs qui ont distingué le scorbut en chaud et en froid. Il est clair que le froid est cette disposition scorbutique dépendante du vice de la nutrition et du relâchement des affinités vitales, sans phlegmasie, au moins capable d'engendrer la chaleur fébrile; et que le scorbut chaud n'est autre chose que la complication d'une phlegmasie portée à ce degré, avec la disposition scorbutique. En rejetant cette division, pour ne voir dans le scorbut que la débilité, Brown a rendu un mauvais service à la science, parceque, dès l'instant qu'ils aperçoivent
quelque indice de la diathèse scorbutique, les praticiens se croient obligés en conscience d'épargner le sang des malades, d'administrer des toniques, et d'éloigner toute espèce de médicamens antiphîogistiques, quels que puissent être d'ailleurs les signes d'inflammation qui semblent les réclamer.
J'entends déjà les ennemis de la doctrine physiologique s'écrier que cette diminution des affinités vitales et de la force de cohésion des molécules entre elles n'est autre chose qu'un état de faiblesse ou une diminution de l'énergie vitale, et que par conséquent je n'ai rien ajouté au système des brownistes.
Ce que je viens de dire en dernier lieu pourrait d'abord leur servir de réponse; car, puisque j'admets la possibilité de la complication des phlegmasies avec la débilité scorbutique, et la nécessité des antiphlogistiques, malgré cette espèce de débilité, je ne saurais être confondu avec les sectateurs du brownisme. En second lieu, je puis faire observer à mes adversaires que cette débilité ne ressemble pas à la faiblesse ordinaire, ainsi que j'en ai déjà fait la remarque, puisque la très grande majorité des hommes s'exténuent graduellement par le progrès des maladies de langueur, et arrivent enfin à la mort, qui est le plus haut degré de faiblesse, sans présenter aucun signe d'affection scorbutique. Enfin, ce qui achève de séparer la débilité scorbutique de toutes les autres, c'est la prom.ptitude avec laquelle on en obtient la guérison par la chaleur, la lumière, la sécheresse et les bons alimens , toutes les fois qu'une complication inflammatoire n'a pas porté at-
SO arEDECINE DE LA FRANCE.
teinte à l'intégrité des viscères. Ces guérisons prouvent bien ce que j'ai déjà avancé, que la disposition scorbutique, ou si l'on veut la faiblesse particulière au scorbut, n'est pas au raérne degré dans les viscères qu'à l'extérieur, et que surtout l'appareil fondamental dans l'exercice des fonctions, l'encéphale et ses dépendances, conservent une énergie qui forme im contraste frappant avec la débilité des muscles et du système vasculaire de l'extérieur du corps. Sans cette différence dans l'affection des organes, je conçois qu'il serait très difficile de se rendre raison de ces euérisons miraculeuses.
On peut aussi juger jusqu'à quel point notre manière d'expliquer diffère de celle des humoristes, qui ne voyaient dans le scorbut qu'une corruption générale du sang. Cette idée était trop simple, trop grossière, et incompatible avec le bon état des principaux viscères, et surtout du cerveau , au milieu d'un corps rempli d'ecchymoses, d'ulcérations scorbutiques, ou même fournissant des évacuations alvines et une salivation fétides, etc.; état qui peut seul expliquer la promptitude des guérisons que ne saurait permettre une corruption générale des humeurs. Toutefois cette idée avait quelques fondemens, puisque la fibrine du sang est réellement mal assimilée , puisqu'au moins elle paraît telle dans ses rapports avec îestissuscellulaires cutanés, sous-cutanés, et avec les muscles locomoteurs. Il est bien possible qu'une énergie vitale plus considérable fasse eîisparaître les inconvéniens de cette assimilation vicieuse dans le cerveau , par exemple, et dans l'intérieur des autres parenchymes viscéraux; mais on ne doit pas être surpris que ces
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inconvéniens reparaissent dans les membranes muqueuses de la poitrine et du canal digestif, qui sont toujours en contact avec des corps étrangers, et où l'inflammation se développe par l'influence de ces mêmes rapports. Enfin ion ne s'étonnera point qu'en dernier lieu les inconvéniens de la mauvaise assimilation, c'est-à-dire la facilité aux épanchemens et à la désorganisation , se manifestent dans les tissus qui jusqu'alors en avaient été préservés, lorsqu'une cause accidentelle y a développé l'inflammation. C'est ce que l'on observe dans les pneumonies, les pleurésies, les péritonites des scorbutiques. Lind prétend que le cerveau est presque toujours à l'abri de ces désorganisations ; c'est que le cerveau est peut-être de tous les organes le moins sujet aux phlegmasies , n'étant presque jamais affecté directement, mais plutôt par la sympathie qui l'unit aux autres viscères (i).
Résumé sur le scorbut.
Enfin voici comme je résume mes opinions sur le scorbut. L'assimilation est en défaut, soit par les mauvais alimens, et c'est la cause la plus commune; soit par le défaut d'air, de lumière, de chaleur, par la tristesse, etc. , qui s'opposent à l'assimilation régulière des alimens de bonne qualité que l'on peut prendre; soit par le concours de ces différentes causes:
(i) Il s'en faut bieu que les inflammations du cerveau soient aussi multipliées que le prétendent quelques médecins qui considèreut ses fonctions d'une manière , à mon avis , trop exclusive , et font trop abstraction du concours des autres foyers viscéraux.
en un mot, i'assimilation est en défaut. Il en résulte relâchement de la puissance de cohésion qui doit maintenir les solides et les liquides dans Fétat convenable à l'exercice des fonctions. Les premières conséquences de cet état sont un sentiment de faiblesse dans les muscles locomoteurs, des extra vasations dans les tissus cellulaires extérieurs et intermusculaires, letiolement de la surface cutanée; le cerveau, les viscères assimilateurs de la poitrine et du basventre conservant encore leur intégrité. Plus tard les membranes muqueuses, le cœur et les autres faisceaux musculaires associés aux fonctions des viscères participent à Faffection des muscles locomoteurs. Enfin les progrès du mal peuvent s'étendre aux tissus qui jusqu'alors avaient été épargnés; mais ordinairement la maladie n'arrive pas à ce degré sans qu'il survienne de phlegmasies. Celles-ci sont déterminées par les mêmes causes qui les développent chez les sujets non scorbutiques; mais leur marche est ici plus dangereuse et plus rapidement désorganisatrice , à raison de la mauvaise composition des parties qui en sont attaquées.
On voit, d'après toutes ces réflexions, qui ne sont autre chose que le résumé des faits les plus notoires, que le scorbut est essentiellement une affection de la chimie vivante, et qu'il ne ressemble à la débilité des autres maladies que par l'un de ses effets , qui même encore n'est pas le plus intéressant pour le physiologiste.
J'ignore si ce que je viens d'écrire sur le scorbut renferme précisément tout ce qu'il y a de fondamental à en dire; mais je suis persuadé que, si l'on ne
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traite cette matière sous les différens points de vue que j'ai signalés, on ne saurait donner un véritable intérêt à l'histoire de cette maladie. Or, non seulement M. Pinel n y a rien mis qui ait trait à cette manière d'envisager les faits , mais encore il n'y a joint aucune considération physiologique , ni aucune explication sur la distinction si célèbre du scorbut en chaud et en froid. Après avoir loué et critiqué ce qu'on a fait avant lui , il énumère confusément les symptômes du scorbut et ceux des phlegmasies qui peuvent l'accompagner, et conclut des désordres qui sont l'effet de ces dernières , que le scorbut est essentiellement une lésion générale de l'organisation. Sous le rapport du traitement, il est toujours aussi vague, puisqu'il entasse les stimulans et les antiphlogistiques , sans fournir aucun moyen d'appliquer les uns et les autres au degré ou à la complication qui peuvent les requérir. Qu'on juge d'après cela si la philosophie et la méthode analytique l'ont parfaitement guidé dans l'étude des affections scorbutiques.
Gangrène.
L'admission de la gangrène au nombre des maladies essentielles est une des plus fortes preuves de la fausseté , je dirais presque de l'absurdité des nosologies. En effet la gangrène ne peut jamais être considérée que comme un effet, et rien n'est plus ridicule que de la placer sur la même ligne que la cause qui la détermine. Cette cause est l'irritation : or l'inflammation, qui n'en est qu'une des formes ou des variétés , a été considérée comme maladie ; la né-
vrose, autre forme d\i même phénomène, figure à côté d'elle : si l'on y place la gangrène, je sollicite un brevet de maladie essentielle pour la suppuration (i).
On objectera peut-être qu'il existe des cas où la gangrène se déclare par la plus légère pression, et qu'alors on est bien forcé d'admettre dans l'économie une disposition gangreneuse qui constitue vraiment une entité pathologique. Je répondrai que Ton trouve également des dispositions suppuratives et hémorrhagiques, qui ont autant de droit à l'essentiaiitéque les gangreneuses ; que tout cela se rencontre dans le scorbut, ce qui autoriserait unnosologiste qui voudrait renchérir sur M. Pinel , en marchant toujours sur ses traces , à placer cette affection , partie dans les gangrènes, partie dans les suppurations, partie dans les hémorrhagies, et même encore partie dans les hydropisies.
On voit qu'il est extrêmement facile d'élever des difficultés sur le classement de toutes ces manières d'être de l'économie: je reproduirai plus tard ces argumens , dans le dessein de prouver que toute nosologie qui peut donner lieu à disputer si telle maladie ne serait pas mieux dans telle classe que dans telle autre, est essentiellement vicieuse, parcequ'elle donne trop d'importance à des objets purement secondaires; ce qui détourne l'attention des phénomè-
(i) Cette plirasC;, qui est de i8'2i , donne la preuve du peu d'aUeiitiou de certains lecteurs : comment ceux qui l'ont lue ont-ils pu écrire que le mot irritation est synonyme chez nous du 3not inflammation ?
nés de premier ordre , dont la connaissance conduirait le médecin beaucoup plus vite aux meilleurs moyens curatifs. Tel est effectivement le vice de l'ontologie, qui ne saurait divertir par ses chimères l'esprit avide de l'observateur, sans lui cacher en même temps la vérité.
On peut très bien appliquer tout ce que je viens de dire à la gangrène : faute d'avoir su découvrir la cause de la disposition gangreneuse, qui, quand elle n'est pas scorbutique, et même souvent dans le scorbut , se réduit à l'irritation d'un viscère, on s'amuse à chercher des spécifiques à la mortification des parties extérieures, et souvent on entretient, sans s'en douter, le foyer d'où dépend sa perpétuelle reproduction.
En somme, la gangrène, soit aiguë, soit chronique , soit chez un sujet jeune et vigoureux , soit chez un vieillard et chez un épuisé ; la gangrène , dis-je , est toujours un effet , et l'on n'en saura jamais l'histoire qu'en étudiant celle de l'irritation.
Cancer. Esquisse de la doctrine des fatalistes sur cette affection.
Le cancer, tel qu'on en prend l'idée dans la sixième édition de la Nosograplde , est réellement une lésion organique ; mais est-ce bien ainsi qu'il faut le considérer ? On y voyait autrefois les suites d'une inflammation qui s'était terminée par induration ; et l'on croyait, par conséquent, pouvoir le prévenir en guérissant les phlegmasies. M. Pinel était sans doute lui-même de cet avis lors de sa première édition, puisqu'il écrivait que les succès de Hill, dans l'extirpation du cancer du sein , pouvaient te-
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nir à ce qu'il attaquait ce mai dès son origine , où plutôt lorsqu'il n'était encore que local. Tel n'est plus son langage depuis qu'il s'est élevé en France une secte de médecins qui , d'après leurs recherches d'anatomie pathologique, ont cru devoir introduire une sorte de fatalisme dans la théorie de ce que l'on appelle, depuis un certain nombre d'années, les mala^ dies organiques.
Le nosographe s'est rendu à la doctrine de ces messieurs. Le cancer est donc pour lui une maladie que personne ne comprend, qui vient sans qu'on sache pourquoi, qui détruit toutes les parties du corps sans distinction, et dont lessence est de ne pouvoir jamais être guérie. Les fatalistes, en effet, se sont arrangés de manière que, quelle que soit la similitude d'une tumeur et d'un ulcère qui se guérissent, avec une tumeur et un ulcère qui ne se guérissent pas , jamais les premiers ne seront de même nature que les derniers. Il résulte également de leur dialectique qu'il est parfaitement inutile de chercher des remèdes pour le cancer, puisqu'il est de son essence de n'être pas guérissable. Quelques personnes peu attentives diront que je leur fais une mauvaise chicane, vu qu'ils ont seulement déclaré que le cancer avait été jusqu'ici non guérissable, mais que l'on avait l'espoir d'en triompher par la suite , comme on triomphe de la syphilis. Cette excuse n'est pas valide ; car ils ont soin de dire que le cancer n'est caractérisé ni par la couleur, ni par la forme, ni par l'odeur, ni par la consistance, ni par le mode de développement, etc., mais seulement par l'incurabilité. On voit d'après cela que si l'on était assez heureux pour
guérir toutes les tumeurs qu'on croit daus le cas de dégénérer en cancer, et tous les ulcères qui ont la forme et l'aspect regardés comme cancéreux , les fatalistes pourraient répondre que l'on n'a pas guéri un seul cancer.
Il lui assignent encore un autre caractère, c'est un tissu encéphaloïde ou un tissu squirrheux ; mais ces tissus n'étant jamais visibles pendant la vie , ils seront toujours maîtres de vous dire , si vous obtenez la guérison, que ces tissus n'existaient pas, et, si vous ne guérissez pas , que c'est de leur présence que dépend l'incurabilité. Au surplus ces tissus sont toujours le résultat des engorgemens déterminés par les irritations chroniques , et ils les constituent conjointement avec quelques autres pour lesquels les fatalistes ont créé une doctrine absolument de même espèce que celle qui préside au cancer. Comme je dois développer tout cela au chapitre de Fanatomie pathologique, je ne m'y arrêterai pas plus longtemps ici; je ferai seulement remarquer qu'en fidèle disciple du fatalisme, M. Pinel n'assigne aucune cause positive au cancer; et que, lorsqu'il est question de celui des organes intérieurs , il attend l'événement , c'est-à-dire la guérison ou la mort, pour savoir si le dérangement de leurs fonctions était spasmodique, organique ou cancéreux; d'où résulte encore ici, comme dans les maladies aiguës, que cet auteur ne doit rien faire, à moins de s'exposer à traiter une maladie qu'il ne connaît pas.
Quoique fondamentalement de la doctrine des fatalistes, M. Pinel ajoute beaucoup d'importance aux descriptions : aussi consigne-t-il un petit nom*
2S MÉOKCINE nt: LA. FRANCE.
bre d'histoires qui, comme on le pense assez, sont bien insuffisantes, pour donner une idée de toutes les formes de ce qu'on appelle cancer; mais c'est là sa méthode , etil y tient: je discuterai plus tard les avantages de cette manière de faire.
Tous les désordres appelés généraux qui se développent pendant les progrès du cancer, et qui conduisent le malade au tombeau, sont considérés par notre auteur comme des attributs de l'affection locale, comme faisant partie du caractère du cancer parvenu au second ou au troisième degré, enfin comme parties constituantes de l'entité nommée cancer. I/analyse n'est donc pas plus ici appliquée aux organes que dans les maladies dont nous avons précédemment examiné l'histoire , d'après la Nosographie philosophique.
Tubercules, plithisies, scrofules rattachés à la faiblesse. Réflexions à ce sujet. La vraie théorie.
Ce que je viens de dire du cancer , il faudrait le répéter des tubercules , autre espèce de lésion organique érigée en maladie essentielle avec autant de fondement que la précédente. L'auteur commence par extraire des ouvrages des anatomo-pathologistes la description minutieuse des tubercules , puis il déclare que leur cause lui est inconnue ; et de suite , sans autre intermédiaire , sans nous donner une définition ni même une idée de ce qu'il entend par phthisie et par carreau ,il range ces prétendues maladies dans les tfiberculeuses , et en entreprend la description.
Je ne rae hasarderai jamais à rendre ce que j'é-
DOCTRINE DE PINEL. 2g
prouve en lisant tout cela ; mais s'il était vrai que les dégénérescences tuberculeuses de la poitrine et du bas-ventre fussent, au moins dans la plupart des cas, le pur et simple effet d'une irritation développée dans les surfaces muqueuses; en d'autres termes , si la phthisie était seulement , dans bien des cas , l'effet du catarrhe qui a commencé sous le nom de rhume , et le carreau l'effet de l'inflammation chronique des^ intestins grêles, combien seraient dignes de pitié les auteurs qui commencent l'histoire de ces maladies par des désordres qui sont la suite de la prolongation de ces phlegmasies, et qui ne font que marquer leur plus haut degré! Eh bien! cette supposition est désormais convertie en réalité. Qu'on juge maintenant des conséquences qui en découlent. Tirer les caractères d'une maladie de son agonie ! voilà quelle est la nature de cette opération intellectuelle. Au reste, elle est familière à M. Pinel , puisque les symptômes de sa fièvre adynamique ne sont autre chose que le plus haut degré et presque l'agonie de la gastro - entérite aiguë. Qu'on y réfléchisse bien : chaleur ardente, fréquence du pouls, douleurs sympathiques, lésions des organes sécréteurs, de l'appétit, de l'assimilation, diarrhée , consomption des forces ; tout cela est considéré , dans la phthisie pulmonaire et dans le carreau , comme le résultat de quelques granulations blanchâtres, froides, de nature presque inerte, qui auraient germé spontanément dans le parenchyme du poumon et dans le mésentère. M. Pinel, à qui les incohérences sont familières , n'admet dans sa Nosograpkiç qu'une phthisie tuberculeuse , sans dai-
gner s'occuper des autres , pour lesquelles il renvoie à l'ouvrage du docteur Bayle , d'après lequel il avance toutefois, avec la plus grande confiance, que les phthisies non tuberculeuses forment à peu près le cinquième des consomptions pulmonaires. Se fonder sur un auteur pour placer une maladie dans une classification, et laisser de côté d'autres maladies analogues non moins irùportantes , décrites par le même auteur , non seulement sans les nier , mais encore en renvoyant à cet auteur pour les étudier !... Fiat lux.
Carreau. Dissertation.
Ramollissement, faibiesse, étiolement, langueur,... et toniques , voilà toutes les idées que l'on trouve dans l'article de M. Pinel sur les scrofules. Que se passe-t-il dans les glandes et dans les autres tissus affectés de scrofules ? Un travail... Quel est ce travail? des scrofules... Qui les produit ? la faiblesse... Que faut-il faire ? stimuler ; car on doit se moquer de ceux qui ont voulu fondre la lymphe.
Telle est la doctrine brownienne que M. Pinel admet dans toute sa plénitude. Il est bien évident, pour tout homme de sens qui veut prendre la peine d'y réfléchir , que l'on a substitué l'indication de fortifier à celle de fondre, dérivée des anciennes écoles, et surtout de l'humorisme et du cliimisme. On ne prononce plus le mot de fonte ; mais on a gardé les fondans , tels que les alcalins , les savonneux , le muriate de baryte , que l'on a combinés avec les amers, les antiscorbutiques , les aromatiques et autres sti mulans , afin que tout le monde fût satisfait.
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Mais à qui est adressée cette médication tonicoiondante ? A cette faiblesse de la constitution que l'on regarde comme la mère des scrofules ; et c'est dans l'estomac que sont déposés les moyens destinés à la combattre. Au reste , on se soucie fort peu qu'il soit irrité , rouge , chaud , douloureux , sensible ; il suffit qu'il existe quelques tuméfactions glanduleuses , ou quelques gonflemens lymphatiques à la figure ou auprès d'une articulation , pour que les stimulans médicamenteux les plus énergiques , les alimens les plus forts, les viandes noires, les mets de haut goût , les vins généreux , soient prodigués sans aucune mesure. C'est en vain qu'un malheureux enfant se plaint d'être brûlé par ces mets dignes d'un suppôt de taverne , on ne l'écoute pas ; en vain sa gorge est sèche et chaude,, ses conjonctives injectées , sa langue rouge et pointue , son épigastre brûlant, son pouls accéléré, il faut qu'il continue à se gorger de tous ces poisons. Il ne lui sera pas accordé un verre d'eau pour étancher sa soif, où l'on
n'ait ajoutéau moins untiers de vin.Silafièvres'allume si le ventre se tuméfie, on se garde bien de reconnaître dans ces phénomènes les signes d'une gastro-entérite occasionée par le traitement incendiaire auquel le malade est assujetti. C'est l'être nommé carreau qui se déclare , et l'on n'en est que plus affermi dans les principes d'après lesquels on a procédé jusqu'à ce moment. Bientôt la diarrhée se déclare; on y voit la preuve évidente d'une obstruction des i^landes lactées du mésentère sur lesquelles le vice "scrofuleux , pour ne pas dire V humeur , vient de se jeter. De là la nécessité d'ajouter les fondans aux astrin-
ZH MÉDECIÎÎE DE LAl FRANCE.
gens, et si Ton est obligé d'accorder quelques boissons aqueuses à la soif du malade , que la diarrhée ne manque pas d'augmenter , il faut au moins entremêler quelques fortifians. Enfin la mort arrive ; et si l'autopsie est accordée , on s'extasie sur le volume des ganglions du mésentère. Comment , en effet , espérer de résoudre de pareilles masses ! On les ouvre , et Ton y trouve une matière pultacée , comme caséeuse , que l'on a rendue fort célèbre sous le nom de matière tuberculeuse. Alors commence le roman: on vous raconte que le vice scrofuleux s'étauty^/e sur ces glandes, les a transformées en tubercules d'abord crus; car le langage des humoristes va bien ici. Ces glandes, en marchant vers la cuisson^ ou vers la cociion , ce qui est plus médical , ont développé l'être nommé fièvre ^ et ont refusé le chyle venant des intestins , d'où est résultée la diarrhée. Enfin l'on vous assure que cette bouillie caséiforme que renferme le parenchyme glandulaire est le véritable terme de la coction , c'est-à-dire le chef-d'œuvre de cette opération qui a coûté souvent plusieurs années à la nature , et que dès ce moment la maladie était incurable. C'est ainsi qu'on raisonne sur les phlegmasies chroniques des poumons accompagnées de tubsrcules. Ainsi ^ dans tous ces cas , le but de la nature était la destruction de l'individu ; et tout ce que l'on pouvait faire contre cet arrêt du destin , vous dit-on avec un sérieux imperturbable , c'était de retarder un peu les progrès de la maladie , c'est-à-dire de cette fatale coction qui tend sans cesse à mûrir les ganglions ou glandes lymphatiques des viscères affectés.
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Mais quels moyens employer pour cela? admirez la conséquence des fatalistes : les mêmes moyens qui sont mis en usage pour accélérer cette même coction dans les cas de glandes et de tuméfactions scrofuleuses situées à l'extérieur du corps; car pour toutes les maladies où il est question de glandes , d'engorgemens lymphatiques , de tubercules , etc. , il est impossible de ne pas administrer les stimnlans. Si le sujet était adulte, vigoureux, échauffé, coloré, fébricitant , on pourrait ordonner quelques boissons rafraîchissantes, comme du petit-lait, de Feau de chiendent, delà décoction dorge, quelques alimens légers , parceque Fou a très bien observé qu'une stimulation trop énergique hâte les progrès, et par conséquent la coction des tubercules, des squirrhes, des cancers, des mélanoses, etc. Mais si un pareil traitement réussissait à faire disparaître tous les signes de Firritation des viscères, il ne faudrait pas y persister pour deux raisons : la première, c'est que l'on doit soutenir les forces; la seconde, c'est que le vice n'est pas détruit, et qu'il faut profiter du calme de Fapyrexie, de l'état à' ab irritation^ pour administrer les spécifiques, les anti, quand on en connaît. On n'en possède aucun pour les cancers et les mélanoses ; mais les scrofules en ont , et comme les tubercules sont très rapprochés de la nature strumeuse, comme l'on compte même de graves autorités en faveur de l'identité des deux principes ou vices, il faudra de toute nécessité tenter les mercuriaux mêlés aux antiscorbutiques, les alcalins, labarite, quelques savonneux: mêler cela aux sucs des plantes également savonneuses, comme la saponaire
et les chicoracées, etc. ; il faudra y ajouter quelques amers, comme la fumeterre, etc., parceque tous ces moyens ne sont pas des stimulans, mais des antiscrofuleux ^ antituberculeux ^ etc. Ce n'est pas encore assez, il faudra entretenir des cautères, lors même qu'ils se refuseraient à fournir du pus, et que l'on serait obligé d'irriter la plaie jusqu'à produire de la fièvre et de la névrose pour en obtenir quelque suppuration.
Cependant, que le malade soit ainsi traité durant une saison avec impunité, il retombera dans la suivante, soit par le froid , soit à l'occasion d'un rhume, soit par une indigestion; alors, loin d'attribuer, comme on le devrait, cette rechute à l'emploi desirritans qu'on lui a long-temps prodigués, et qui se sont opposés à la guérison radicale , on s'en prend aux progrès inévitables du vice scrohileux ou du tuberculeux, qui ont travaillé sourdement dans les poumons ou dans le mésentère» Reste à décider si ces vices ont enfin conduit les corps étrangers qu'ils avaient produits , à ce degré de coction qui ne laisse plus de ressource, ou si l'on peut encore se flatter de retarder le moment fatal ; car c'est à cela que se réduit tout le talent des fatalistes dans ces cas malheureux. Mais cette question ne saurait être résolue d'avance; il faut attendre, et quand vous auriez atteint quatrevingts ans, il ne serait pas encore démontré que le vice n'est pas niché dans l'intérieur de vos organes; de sorte que la personne qui succombe à cet âge à la phthisie tuberculeuse, est convaincue d'avoir porté depuis sa naissance, dans les poumons, de petits tubercules imperceptibles qui n'ont retardé sa
mort que par le peu d'aptitude qu'ils avaient à se laisser pénétrer par le principe de coction.
On dira peut-être que je ne parle ici c[ue de la phthisie dans un article consacré aux scrofules; il faut bien que je rapproche ces maladies , puisque les fcitalistes m'en ont donné l'exemple en comparant les tubercules du mésentère aux tubercules du poumon; ainsi, ce que je viens de dire est loin d'être déplacé, il va plutôt me servir, et voici comment. Ce carreau des enfans existe chez les adultes, mais on lui donne un autre nom : que l'on trouve dans le cadavre d'un enfant des ganglions tuberculeux dans le mésentère, on dira qu'il a succombé au carreau; que l'on rencontre la même altération chez un adulte, le mot de carreau ne se présentera pas à l'esprit ^ parceque les classiques ont affecté l'entité de ce nom exclusivement au premier âge de la vie ; mais on dira que c'est le vice tuberculeux qui s'est jeté sur le mésentère, et que si le sujet n'avait pas succombé aux obstructions qu'il a produites dans les duplicatures de cette enveloppe, sans doute il aurait péri par la phthisie pulmonaire. Que celle-ci existe avec l'engorgement mésentérique , on la prendra pour la maladie principale ; tandis que si l'enfant porte un poumon malade avec un mésentère tuberculeux, le carreau sera considéré comme la maladie principale; ou si la scène a commencé par l'affection pulmonaire, ce qui est rare à cet âge, cette affection sera une phthisie scrofuleuse.
C'est ainsi qu'on est parti de faits très réels pour créer des entités chimériques et illusoires. Mettons à côté de cela ce que l'observation démontre, afin de
faire mieux apprécier la doctrine des fatalistes adoptée par le iiosographe.
Tous les gouflemens lymphatiques et glanduleux , qu'on les appelle scofules ou tubercules, sont des inflammations chroniques des tissus blancs. Ces phlegmasies ne se développent guère primitivement qu'à l'extérieur du corps ; encore pourrait-on souvent, dans ces cas-là même , découvrir l'irritation muqueuse ou cutanée qui les détermine. Dans les viscères, il est d'une telle rareté de les voir se former sans avoir été long-temps sollicités par la stimulation des surfaces muqueuses , que durant l'espace de dix-huit ans ( vingt-cinq ans maintenant), je n'en ai pas constaté un seul exemple. Les tubercules du mésentère et du parenchyme du poumon sont provoqués ^ ou par l'inflammation chronique de la surface muqueuse bronchique et de la surface muqueuse intestinale , qui se propage par consensus aux tissus lymphatiques, soit du mésentère, soit du poumon (ils se forment quelquefois dans ce dernier parla dégénération des vésicules pulmonaires qui s'endurcissent ou se remplissent d'un pus concret) ; ou par de petites sécrétions purulentes plus ou moins denses qui se font dans le tissu interposé entre les vaisseaux et les radicules bronchiques; et les matières qui forment ces extravasations peuvent être desséchées par la résorption , former des granulations ou des masses cartilagineuses, crétacées, osseuses, etc.; mais c'est toujours l'irritation génératrice des phlegmasies et des subinflammations , qui préside à ces dégénérescences. Voyez les Commentaires sur les proposi' îions de pathologie.
Qu'on juge maintenant du danger que court un sujet, jeune et lymphatique, c'est-à-dire dont l'appareil de ce nom contracte aisément l'irritation , lorsque son catarrhe est négligé , renouvelé à chaque instant par le froid , ou lorsque son irritabilité pulmonaire nervoso-sanguine , sans sur-excrétion muqueuse, avec ou sans excrétion sanguinolente, est sans cesse exaltée par les passions, l'exercice, un régime stimulant. Le danger n'est-il pas le'même pour les follicules intestinaux et les ganglions du mésentère lorsque, par un usage non interrompu des ingestairritans, on entretient une phlegmasie chronique pendant des mois et des années dans la membrane muqueuse de l'appareil digestif?
C'est pourtant à cette pratique que conduit la théorie sur les scrofules si brièvement exposée dans la Nosographie du professeur Pinel, parcequ'on n'y a pas consigné une seule proposition propre à rendre le médecin circonspect dans l'administration des toniques. La débilité est supposée générale : l'idée que l'irritabilité et l'inflammation de la muqueuse digestive peuvent coexister avec la faiblesse du sujet, n'y est pas même exprimée une seule fois ; de sorte que, la Nosographie à la main, on doit incendier un malheureux dont l'estomac et les intestins sont en état de phlogose, par la seule raison qu'il aura le nez et les lèvres un peu gonflées, ou quelques glandes lympathiques tuméfiées à la région cervicale. Il semble, d'après la doctrine de cet ouvrage, que l'être nommé scrofule soit une espèce de venin sédatif qui, dès qu'il a pénétré dans l'économie , émousse la sensibilité du corps, détruit la disposir
tion inflammatoire dans toutes les parties, au point que l'on puisse impunément y porter les stimulans les plus énergiques.
Rachitis.
Le rachitis est-il nécessairement une lésion organique?... Si l'on remonte à la définition que l'auteur de la Nosograpliie a donnée de cette classe de maladies , on répondra négativement ; car pour être ramollis, les os ne sont pas dérangés dans leur structure intime, puisque souvent ils reprennent leur consistance naturelle et permettent une longue vie exempte d'infirmités. M. Pinel convient bien aussi que le ramollissement des os ne serait pas bien placé parmi les lésions organiques j s'il était une maladie primitive; mais il pense que cette affection étant le plus ordinairement un symptôme de quelques unes des affections dont il a composé cette classe , comme les scrofules , la syphilis , le scorbut, etc., il peut en faire une véritable lésion organique. Ainsi le même auteur qui blâme Sauvages d'avoir peuplé son cadre d'affections symptomatiques , érige en un genre , qui est placé sur la même ligne que le cancer, les scrofules et la syphilis , un des symptômes de ces maladies. Que penser d'une classification ou les symptômes marchent de pair avec la maladie dont ils dépendent? Mais ne nous arrêtons pas à ce reproche , on aurait trop d'occasions de le lui répéter, surtout dans ses névroses. D'ailleurs , puisque j'ai prouvé que les maladies de sa cinquième classe étaient mal caractérisées par le titre de lésions organiques , elles ne sauraient le conférer
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à un de leurs symptômes. Elles peuvent sans doute produire, par leurs progrès, des lésions organiques, mais cela seul ne les distingue pas des classes précédentes, qui les engendrent aussi bien quelles.
Ainsi ce n'est point comme ramollissement des os que le rachitis, soit primitif, soit secondaire, peut passer pour une lésion organique; mais celle-ci peut succéder à cette affection comme elle succède à bien d'autres, sans quelle puisse donner son nom à l'affection dont elle dépend ; autrement il n'y aurait point de maladie qui ne pût être classée parmi les lésions organiques.
Quant à la question de déterminer de quelle nature est le rachitis , ou mieux l'ostéo-malaxie , je suis bien aise de faire observer que lorsque cette maladie succède au scorbut, à la syphilis, etc., elle est souvent un produit de l'irritation. Mais l'est-elle également quand elle est primitive?... Renvoyons cette question à un autre moment ; je me bornerai à faire observer que lorsque l'ostéo-malaxie est entretenue par l'irritation , il n'est pas rationnel de la traiter par les stimulans (i).
Eléphantiasis. Les deux formes de son début. Discassion.
Les deux éléphanliasis viennent après le rachitis. Le premier, ou celui des Grecs, est cette lèpre, si commune autrefois et si rare aujourd'hui, qui commence évidemment par les organes chargés des sé-
(i) Depuis que ces ligaes sont écrites, plusieurs médecins pliysiologistes ont arrêté l'ostéo-malaxie chez les enfans en appliquant des sangsues sur les os du poignet et du pied, au moment où le gonflement commençait h. s'y manifester.
40 MÉDECmE DE LA. FRANCE.
crétions cutanées. La peau se couvre de tubercules, de croûtes; ou elle s'endurcit et perd sa sensibilité, ou elle s'échauffe, s'ulcère; et au lieu d'être insensible, devient le siège de vives douleurs et d'un prurit insupportable. Le derme se gonfle , s'engorge de lymphe, le tissu sous-cutané y participe, les petites articulations contractent cet engorgement, et tombent; les ouvertures des membranes muqueuses partagent la congestion, l'exsudation, l'ulcération; enfin les viscères y participent, et la mort a lieu.
Comment ne pas voir dans tous ces désordres une irritation, quelle qu'en soit la cause, qui débute dans le tissu de la peau? Comment ensuite ne pas reconnaître une congestion lympathique qui survient comme effet de cette première irritation? D'après cela M. Pinel pouvait-il, sans inconséquence, séparer cette lèpre des affections dartreuses et autres phlegmasies cutanées chroniques? N'est-elle pas, comme celles-ci, accompagnée d'inflammation, de prurit et de douleur chez les sujets sanguins et irritables? Quant à l'endurcissement avec insensibilité, c'est une des terminaisons de l'irritation déterminée par la constitution lymphatique du sujet. Mais n'en voit-on pas autant dans la goutte et dans le rhumatisme, que l'auteur a colloques, avec les dartres, dans la classe des phlegmasies?
Jadis le professeur avait placé cette lèpre à côté des scrofules et des dartres, au rang des maladies lymphatiques. Ce titre ne valait pas celui d'inflammations; car les mots maladies du système lymphatique ne donnent aucune idée de la modification physiologique de ce système; mais il est incomparablement
moins mauvais que celui de lésions organiques^ qui, définitivement, ne peut jamais convenir qu'à des résultats de maladies, et qui n'est applicable à aucune affection considérée depuis son début jusqu'à sa terminaison. On voit trop évidemment que M. Pinel s'est laissé entraîner aux sophismes des fatalistes , en admettant des maladies essentiellement désorganisatrices, des espèces de corps étrangers, des productions hétérogènes au corps vivant, qui, dès le moment de leur naissance spontanée et inexplicable , constituent ou produisent la désorganisation ; sans cela jamais le nosographe n'aurait conçu l'idée de supprimer sa classe des maladies lymphatiques, pour y substituer celle des lésions organiques, qui l'expose à chaque page à des contradictions de toute espèce, puisque tantôt il en fait des maladies primitives , et tantôt des secondaires , en les plaçant sur la même ligne , sans se souvenir des anathèmes qu'il a lancés contre ceux qui se sont rendus coupables de pareilles inconséquences.
Si l'on considère la lèpre des Grecs sous le rapport le plus intéressant, celui de la thérapeutique, M. Pinel ne sera guère plus satisfaisant. En effet il n'établit aucune indication rationnelle , et se contente d'énumérer vaguement, et en véritable empirique, des moyens de propriétés différentes , et souvent opposées, sans rien ajouter qui puisse déterminer l'emploi des uns plutôt que celui des autres. Que signifient , par exemple, ces mots : « Les moyens internes sont des sucs épurés des plantes , des bouillons aux herbes avec des sels neutres ? » Cet auteur, si curieux d'histoires particulières, et surtout de classifi-
cations, éprouve un sentiment de gêne et d'impatience quand il s'agit d'en venir aux moyens de guérison ; et sa lecture me rappelle à chaque instant ce qu'il a dit dans le commencemcRt de son ouvrage sur la préférence à donner à l'art de classer les maladies sur le talent d'en opérer la guérison (i).
Léléplientiasis des Arabes est bien une affection des vaisseaux lymphatiques^ d'après M. Pinel luimême, puisqu'il adopte l'opinion du docteur Alard sur cette maladie. Elle est même, suivant cet auteur, une inflammation de ce système ; et dans le fait elle est autant inflammatoire que les dartres, que la goutte , à laquelle elle ressemble , et beaucoup plus que la gale et que les éphélides , auxquelles le nosographe n'a pas dédaigné d'accorder une place parmi les maladies inflammatoires.
Cette lèpre est comparée par M. Alard à l'inflammation lymphatique qui survient assez souvent au bassin ou aux cuisses des femmes en couche , et qui se reconnaît à un état de gonflement, de chaleur, de douleur dans les glandes de l'aine, avec une bande rouge, également chaude et douloureuse, marquant
(i) Dans son Introduction , page xiij ^ M. Pinel trouve Pitcairn trop présomptueux, pour s'être proposé le pro blême suivant : Une maladie étant donnée , trouver le remède. Selon lui les progrès de l'histoire naturelle ont appris au médecin à se borner à cet autre problème : Une maladie étant donnée , déterminer son vrai caractère et le rang quelle doit occu- ■per dans un tableau nosologique. 11 est remarquable que ni Pitcairn ni M. Pinel ne se soient proposé pour premier problème à résoudre, de déterminer le véritable sens du >mot maladie.
tout le trajet des vaisseaux lymphatiques enflammés à la partie interne de la cuisse. I.a fièvre s'associe d'ordinaire à cette affection locale , dont elle est l'effet ; c'est ce que les Anglais désignent par phlegmasie dolente. Si la résolution n'est pas parfaite, il reste un engorgement dans le tissu cellulaire , et lorsque la phlegmasie a eu plusieurs récidives^ le membre devient volumineux , se déforme , et prend l'aspect des pieds des éléphans. Mais ici la peau n'est point tuberculeuse, et surtout ce n'est point par le vice de ses excréteurs que la maladie a commencé. C'est donc véritablement une inflammation lymphatique, et l'engorgement qui la suit est un dépôt de lymphe ou d'albumine appelée par l'irritation dans la peau? qui s'épaissit et se développe , aussi bien que dans les aréoles cellulaires sous-jacentes. S'il survient une désorganisation en vertu de cet appel, elle n'en est que l'effet, ainsi que le dépôt est l'effet du phlegmon, la ca rnification celui de la pneumonie, l'engorgement blanc des articles, des ligamens et des aponévroses, celui de la goutte et du rhumatisme , etc. Si donc on voulait faire de la déformation des parties extérieures à la suite des phlegmasies lymphatiques une affection organique primitive, on devait absolument, pour être conséquent, ranger dans la même classe les aposthèmes du phlegmon , et cela d'autant plus qu'on y avait déjà placé la gangrène et les collections purulentes des membranes séreuses, ainsi que nous Talions voir; enfin il était indispensable de remplir cette classe avec tous les empâtemens qui peuvent succéder aux maladies d'irritation.
Mais que deviennent dans le traitement de ces
éléphaiitiasis ces efforts cle la nature auxquels on marque tant de confiance pour la plupart des maladies d'irritation ?... Dans celui des Arabes le nosographe craint la saignée , quelle que soit l'intensité des symptômes inflammatoires. Il préfère les vomitifs, s'il y a des signes d'embarras gastrique; mais il craint que ces signes ne soient ceux d'une gastrite. Que n'a-t-il la même frayeur au début de ses fièvres gastriques et de ses adynamiques ?... c'est qu'il ne l'a point trouvée dans les auteurs qui lui ont fourni ses idées sur la saburre des fièvres essentielles; tandis qu'elle est exprimée avec beaucoup de justesse dans Fouvrage de M. Alard, où notre auteur a puisé ce qu'il a écrit sur l'éléphantiasis qui nous occupe. Ces remarques sont nécessaires pour bien faire apprécier l'autorité du classique que nous disséquons.
Yaws ou pian.
C'est par l'yaws ou pian que M. Pinel termine son premier ordre des lésions organiques qu'il a nommées générales. Comme cette affection se rapporte à la syphilis, je ne crois devoir rien ajouter à ce que j'ai déjà dit un peu plus haut sur ce sujet.
Lésions organiques particulières , en général.
En traitant d'une manière générale de ce qu'il appelle lésions organiques particulières , notre auteur pardonne aux nosologistes qui l'ont précédé, « d'avoir introduit des distributions générales de maladies désignées par des dénominations vagues , fondées sur de simples apparences, ou sur des affections symptomatiques, puisqu'on n'avait point encore songé à
s'éclairer de la marche analytique; qu'on ne s'était point élevé à la considération des maladies, qu'on peut regarder comme élémentaires; qu'on n'avait point étayé les divisions sur leurs affinités réelles.» C'est ainsi, selon lui, que se sont introduites les dénominations vagues d'intumescence ^ de cachexie^ de polysarcie , de consomption, d'atrophie, de pliysconie, de pneumatose , etc., qui n indiquent que de simples apparences ou un simple point de conformité.
Telle est la critique de Fauteur: et il s'est rendu coupable des vices qu'il reproche aux autres. Qu'estce en effet que le mot de scorbut? est-il rien de plus vague que cette dénomination? Apprend-elle quelque chose sur la nature de cette maladie? Conduitelle au traitement ? Elle 'représente, dira-t-on, un groupe de symptômes qui se reproduit toujours avec les mêmes caractères, ce qui constitue une maladie; mais nous avons vu que ce groupe était susceptible d'analyse; que Je rapporter aux altérations organiques, c'était méconnaître sa nature physiologique, et que le traiter toujours par les toniques, c'était le juger sur de simples apparences et sur des points de conformité, La dénomination de gangrené représente bien quelque chose, puisqu'elle désigne la mort d'une partie; mais cette mort n'est-elle pas toujours le symptôme d'une irritation , dont ni la classification ni la théorie de l'auteur ne peuvent donner une juste idée? Et le cancer, et les tubercules , que sont-ils autre chose que des résultats? Qu'entend M.Pinel quand il dit que ces maladies, c'est-à-dire ces résultats, peuvent également attaquer toutes les parties solides, dénaturer leur structure organique? Ce
langage figuré est bon dans la bouche d'un rhéteur ; mais que signifie-t-il dans celle d'un médecin , qui doit avoir l'habitude d'approfondir toutes les questions de son art? M. Pinel trouve mauvais que l'on place au nombre des maladies primitives l'intumescence et la consomption; par conséquent il lui paraîtrait ridicule d'entendre dire que l'atrophie attaque une personne. Hé bien , est-il rien de plus absurde , et en même temps de plus ridicule , que de dire que la phthisie pulmonaire se comporte ainsi ; quelle attaque!.., il s'est pourtant servi de cette manière de parler. Il voudrait sans doute que Ton déclarât qu'elle est la maladie dont l'atrophie est le symptôme, et ce serait elle qui attaquerait. Soit, mais qu'il fasse donc attaque)^ le poumon par l'irritation catarrhale, pneurnonique ou pleurale, qui produit la désorganisation du poumon, et qu'il ne fasse pas germer celle-ci dans le parenchyme , puisque cette manière de voir est manifestement contre l'expérience. Je lui demanderai encore : Qu'est-ce qu'une désorganisation qui arrive déjà toute faite pour attaquer le poumon? J'irai plus loin; je lui dirai: Qu'est-ce qu'une désorganisation générale qui est concentrée dans le poumon ? cela n'implique-t-il pas contradiction ? Yous alléguez que les tubercules viennent dans toutes les parties du corps; mais il s'agit ici de la désorganisation qu'ils ont occasionée dans un seul organe : il fallait donc ne placer dans vos lésions générales que les cas où tout le corps est tuberculeux ^ ou bien considérer les tubercules d'une manière abstraite , dans les lésions générales , et placer leurs effets locaux dans les lésions particulières. Ne deviez-
DOCTRINE DE PINEL. fm
VOUS pas le faire, après avoir considéré les inflammations comme des maladies particulières? et ne lavoir pas fait, n'est-ce pas être inconséquent ? Mais, pour ae pas nous écarter de la phthisie , vous avez classé cette maladie d'après les tubercules que vous avez trouvés dans le poumon. N'avez-vous pas encore ici jugé et classé d'une manière vague et sur des apparences? Êtes-vous bien sûr que ce soient les tubercules qui aient l'initiative dans les consomptions pulmonaires? Je ne vous ferai pas grâce sur cette question-là, elle est trop importante pour la thérapeutique.
M. Pinel dit encore, dans les considérations générales dont je m'occupe , que la nature constitutive de ces maladies nous sera toujours inconnue, ce qui suppose que nous connaissons mieux celle des autres. Pour moi , je crois que sur ce point l'auteur a encore jugé sur des apparences. JMais je reviendrai nécessairement sur cette question.
Le nosographe , en continuant ses réflexions générales, passe au second ordre de ses lésions organiques, dont il prétend que le caractère distinctif est bien plus déterminé , puisque le domaine de chacune est cir^ conscrit à certains systèmes de r économie animale^ ou à certains viscères.... Pour juger jusqu'à quel point ces allégations sont fondées , il suffira de quelques réflexions que je vais soumettre aux médecins physiologistes.
Anévrismes. Tumeurs liémorrlioïdales. Hydropisies en général. Discussion sur ces dernières maladies.
Je dirai peu de chose des anévrismes et autres al-
tératioiis du cœur et des gros vaisseaux, M. Pinel n\i pas fait sentir les rapports qui associent ces maladies aux autres. Il s'efforce de signaler , par des caractères extérieurs , ie groupe de symptômes qui correspond à telle ou telle espèce de lésion organique des ventricules du cœur, de ses oreillettes ou de l'aorte, et il n'en vient pas à bout, parceque les symptômes des mêmes lésions offrent des variétés d'après la susceptibilité individuelle ; parceque la plupart de ces symptômes appartiennent à l'obstacle au cours du sang, qui peut être produit par d'autres circonstances que celles qui ont été indiquées par M. Pinel. Nous verrons ailleurs qu'on ne saurait classer les maladies d'après le mode précis d'altération organique.
Après les anévrismes , M. Pinel place les tumeurs hémorrhoïdales comme des maladies essentiellement variqueuses. Le flox hémorrhoïdal a déjà figuré parmi les liémorrhagies. C'est ainsi qu'on isole deux phénomènes appartenans à la même cause. Cette cause est l'irritation , ou comme Montègre l'a dit depuis la publication du premier Examen (i), la fluxion qui produit également les flux blancs , les flux rouges, les phleginons, les crevasses, les cancers du rectum , et quelquefois aussi des veines variqueuses , au milieu de ces diverses lésions locales. Il s'en faut donc de beaucoup que toutes les tumeurs hémorrhoïdales soient essentiellement variqueuses. Au surplus ,
(i) On lit encore aujourd'hui avec beaucoup de plaisir et de profit l'excellent Traité des hémorrlio'ides ; par feu Montègre^ dont la science déplore la perte prématurée.
DOCTRINE DE PXNEL. 49
ce qui arrive au rectum dans tous ces cas ne lui est point particulier , et peut exister partout où il y a des vaisseaux sanguins , du tissu cellulaire , etc.
Les hydropisies qui sont données comme des vices organiques particuliers au système lymphatique, ne sont pas plus essentiellement vices organiques que les maladies dont nous nous sommes occupé précédemment, puisqu'elles ne supposent pas dérangement dans la structure intime , etc. , mais un simple défaut d équilibre entre l'exhalation et l'absorption : en second lieu , l'existence du système lymphatique n'a pas été démontrée dans toutes les régions où l'hydropisie peut survenir: tels sont le cerveau et la moelle épinière. Les véritables lésions du système lymphatique , ce sont les tubercides et les scrofules , et l'on ne peut comprendre comment M. Pinel a pu les séparer de ce système , pour y étabhr à leur place les hydropisies , qui sont des maladies particulières aux tissus cellulaires et aux meni branes séreuses.
11 est hors de doute qu'il existe des vaisseaux exhalans intermédiaires entre les capillaires sanguins et les surlaces plus ou moins étendues des membranes séreuses et du tissu cellulaire. Les différences que présentent les fluides exhalés , si on les compare dans les capsules articulaires et dans les diverses séreuses des viscères , suffiraient pour attester cette vérité, puisqu'elles nous forcent d'admettre dans .la vitalité des exhalans des différences qui correspondent à celles des fluides qu'ils ont élaborés. Hé bien , les observations des modernes ont prouvé que les fluides absorbés peuvent se rendre dans l'appareil
5o MÉDECINE DF. LA FRANCE.
veineux par un chemin beaucoup moins long que ceiui du grand système lymphatique. Ils ont dit , d'après cela , que les veines absorbaient par leurs extrémités capillaires: selon moi, cela doit signifier que Ion peut admettre des vaisseaux absorbans correspondans aux exhalans, c'est-à-dire se rendant des surfaces séreuses et cellulaires aux capillaires sanguins les plus voisins. Ce qu'il y a de très certain , c'est que l'absorption de Tintérieur du crâne et celle de la moelle épinière ne peuvent être expliquées que de cette manière , puisqu'il a toujours été impossible d'y démontrer la présence de rameaux ou de branches qui se dirigent vers le canal ou les canaux thoraciques.
Or si ce n'est pas à la lésion de ces vaisseraix chargés de l'exhalation et de l'absorption , c'est à celle de l'arbre circulatoire en général que tiennent les hydropisies. Dans le premier de ces deux cas , elles appartiennent aux maladies des membranes séreuses et du tissu cellulaire , et sont ordinairement la suite de leurs phlegmasies : dans le second , elles dépendent des obstacles à la circulation ; et l'on pourrait assurer que sur dix mille hydropiques , il ne s'en trouve pas un chez qui l'épanchement soit le produit d'un vice propi-e au canal thoracique, ni au grand appareil absorbant consacré aux fluides non sanguins , et décrit par Mascagny.
Cependant M. Pinel croit qu'elles en dépendent bien plus souvent , attendu que Mascagny a remarqué dans les cadavres des hydropiques les troncs des lymphatiques tellement dilatés , que , dans les plus grosses branches, les valvules ne pouvaient plus
DOCTRINE Dïî PINEL. Si
s'opposer nu retour du fluide injecté; plus fréquemment encore les glandes des hydropiques tellement obstruées avec un certain degré de dureté , que le mercure rompait plutôt les vaisseaux lymphatiques que de traverser ces glandes ; enfin , dans certains cas , la rupture de quelques vaisseaux lymphatiques. Ces o])servations cadavériques attestent bien que les vaiseaux lymphatiques et l'\s glandes conglobées ont été dilatés outre mesure ; mais elles ne prouvent pas que cette dilatation soit la cause principale de l'hydropisie. Il suffit en effet que la veine sous-clavière, qui reçoit le canal thoracique , éprouve de la difficulté à se dégorger dans la veine-cave et dans Foreillette droite du cœur , pour que la lymphe soit retenue dans tout l'appareil lymphatique , et lui fasse subir des dilatations extraordinaires, des inflammations , et même des déchirures. Or, dans tous les anévrismes et autres lésions organiques des gros vaisseaux , dans les pneumonies , dans les collections pleurétiques considérables , et même dans tous les cas de tumeurs abdominales qui empêchent l'abaissement du diaphragme, en un mot, toutes les fois qu un obstacle est offert au passage du sang à travers les cavités du cœur , la stagnation de ce fluide a lieu dans le système veineux , et par la même raison dans l'appareil lymphatique qui n'en est qu'un appendice , et qu'on peut regarder comme le département le plus fragile de l'appareil général des vaisseaux centripètes. Eh bien ! ne sait-on pas aujourd'hui que tous les obstacles au cours du sang se terminent par l'hydropisie , soit qu'il y ait , soit qu'il n'y ait pas d'inflammation dans les veines ^t dans les vais*
seaux absorbans? Ne nous étonnons donc point des observations de Mascagny , et convenons qu'elles ne sauraient autoriser les nosologistes à attribuer cette maladie à une lésion organique des vaisseaux destinés exclusivement aux fluides blancs.
Quant aux cas où Mascagny a trouvé les glandes lymphatiques obstruées et d'une consistance extraordinaire, ils dépendaient sans doute d'une inflammation chronique de ces organes ; mais cet auteur n'avait garde de la connaître , puisqu'à peine peuton persuader à nos contemporains que les gonflemens des glandes du médiastin et du mésentère sont la répétition d'une phlegmasie des muqueuses delà poitrine et du bas-ventre. Ce qu'il y a de très certain , c'est que le gonflement , ou , comme on dit vulgairement , l'obstruction de celles du mésentère , qui est ordinairement le résultat de la phlegmasie muqueuse des intestins grêles, ne produit pas nécessairement la diarrhée. Ce qui le prouve , c'est que dans les entérites , celle-ci n'a lieu que lorscjue l'inflammation a pénétré dans l'intérieur du colon , et qu'avant cette époque les ganglions mésentériques peuvent être excessivement gonflés. Le chyle peut donc parvenir des intestins dans l'appareil sanguin , malgré la tuméfaction et l'endurcissement de ces ganglions.
Les mêmes observations peuvent être faites sur les autres glandes conglobées: ni leur inflammation ni leur induration isolées ne peuvent occasioner l'hydropisie, comme le constatent tous les jours les scrofuleux, dont les aines, le cou, les aisselles, se remphssent de tuméfactions glanduleuses, sans qu'on en voie résulter l'hydropisie des extrémités. La nature a plu-
sieurs voies par lesquelles elle fait parvenir les fluides exhalés dans le dépôt général. La plus commune et la plus courte, c'est celle de ces radicules absorbantes qui vont directement aux capillaires veineux; et cette voie suffit toujours pour suppléer à celle du grand appareil lymphatique, et prévenir les stagnations hydropiques.
Après l'obstacle à la circulation du sang, cause la plus puissante et la plus ordinaire de ces maladies, après les phlegmasies chroniques, non des glandes en particulier, mais des membranes séreuses et des viscères à parenchyme, phlegmasies qui figurent en seconde ligne, il se présente quelques autres causes, comme le froid, la suppression brusque des évacuations séreuses dépuratives, le scorbut, l'épuisement, etc., qui sont également étrangères à l'obstruction des glandes lymphatiques. Ainsi M. Pinel ne s'est point éclairé du flambeau de la physiologie, ni de celui de l'anatomie pathologique, lorsqu'il a classé les hydropisies parmi les maladies du système lymphatique. Cette classification est essentiellement fausse et tend à fournir une mauvaise étiologie, et par conséquent aussi une thérapeutique vicieuse à ces états morbides qui sont bien plus souvent l'effet des autres affections que des maladies essentielles ; et leur histoire ne peut être faite qu'après celle de tous les maux qui affligent l'espèce humaine.
M. Pinel connaît-il les phlegmasies chroniques?
M. Pinel n'a point oublié de mettre les inflammations chroniques au nombre des causes des hydropisies. C'est là que j'ai trouvé le passage le plus re-
marquable de son ouvrage, en ce qu'il prouve jusqu'à l'évidence, qu'un ontologiste, avec la meilleure volonté , est toujours inconséquent, sujet aux contradictions, et incapable de faire faire de solides progrès à la médecine. L'auteur qui nous occupe avoue que les inflammations chroniques ont été pe i observées jusqu'en ces derniers temps ; qu'elles ont beaucoup de variétés, et ne sont pas moins funestes que les aiguës; que même elles le sont davantage , car souvent on les méconnaît, à cause de la légèreté de leurs symptômes, d'où résulte que leur traitement est négligé ou même dirigé à contre-sens (i). Qui ne croirait, d'après cette réclamation, que l'auteur leur a donné une place distinguée dans son cadre nosologique ; qu'il s'attache à les bien caractériser, pour éviter toute équivoque; enfin qu'il a fait ce qui dépend de lui pour fixer les principes de leur traitement? Eh bien! il n'en est rien : M. Pinel ne les a point placées dans son cadre nosographique; il ne les connaît même pas, puisqu'il les confond avec des névroses, avec des vices organiques; qu'il en traite, sans y penser, et sous des noms différens de ceux qui pourraient les faire connaître; en un mot, puisqu'il conseille de les combattre avec les moyens les plus capables de les exaspérer. C'est ainsi que les phlegmasies chroniques des voies gastriques sont mentionnées et traitées à la brownienne, sous les titres de vésanics ou de névroses des fonctions âlgestives.
Le nosographe nous dit ici que les phlegmasies
(i) Nosographie philosophique , tomclil, page 47'^-
cliroiiiqaes des intestins sont faciles a saisir, mais qu'elles peuvent tromper par une apparence dembarras des premières voies ; et nous avons vu ailleurs qu'il méconnaissait les signes de rentérite de l'intestin grêle, puisqu'il les confondait avec ceux de la péritonite. Veut-il parler de celte dernière affeclion , ou bien de la colite? S'il a celle-ci dans l'idée, pourquoi dire que l'embarras pourrait en imposer? La diarrhée avec colique et ténesme est le signe univoque de la colite, et elle n'a rien de commun avec cet embarras. S'il veut parler de l'entérite de l'intestin grêle, qu'il ne connaît pas, que signifie pour nous son embarras?... D'ailleurs est- il donc à savoir que les embarras qui ne dépendent pas des corps étrangers sont des produits de l'irritation ?..,
Cet auteur n'est pas plus clair quand il s'agit du poumon. Il j)rétend que les inflammations chroniques de ce viscère se montrent sous les dehors d'un catarrhe, ce qui suppose qu'un catarrhe n'est pas une inflammation du poumon; et pourtant les catarrhes figurent au rang des phlegmasies de la membrane muqueuse pulmonaire... Comment concilier de pareilles contradictions?... Il poursuit en ajoutant que dans leur état invétéré ces inflammatioi)^ chroniques dégénèrent en asthme, en hydrothorax, en tubercules du poumon, en phthisie... Et s'il en est ainsi, pourquoi n'avoir pas dit expressément de quelle manière une phlegmasie peut produire un asthme ; comment il peut en résulter un hydrothorax; en quoi ce dernier diffère de l'empyème qui succède aux pleurésies chroniques; si c'est la même chose sous des noms diiférens, et si cet hydrothorax
56 MÉDECmE DE LA FRANCE.
peut étredistingué de celui OÙ la plèvre n'aurait point été enflammée, au cas que celui-ci fût bien constaté? Enfin il fallait s'expliquer au sujet des tubercules du poumon; car, d'après les éloges qu'on avait donnés à M. Bayle, et la place qu'on avait assignée à l'unique plithisie pulmonaire qu'on eût admise, on paraissait s'être rangé du parti des fatalistes à tubercules innés et planant de toute éternité sur certaines familles nécessairement dévouées à la consomption pulmonaire. Au lieu de mettre de la clarté et de la franchise dans l'énoncé de son opinion sur toutes ces questions importantes, on abandonne furtivement le parti des fatalistes dans un à-propos, un hors-d'oeuvre, et l'on paraît affirmer des choses que l'on avait au moins révoquées en doute. Je conclus de ces réflexions, absolument nécessaires afin de bien constater l'état actuel de la médecine en France , que M. Pinel n'a jamais rien compris à ces phlegmasies chroniques dont il nous entretient ici pour la première fois et comme par parenthèse ; mais que pour paraître avoir tout lu , et s'être tenu au courant des découvertes modernes, il a extrait des ouvrages nouveaux sur les inflam mations chroniques des propositions qui le mettent en contradiction avec lui-même, et font de tout son ouvrage un véritable chaos.
Hydropisies en particulier.
Je m'étais proposé de ne rien dire des hydropisies en particulier, telles que les présente le professeur Pinel; mais en y regardant de plus près, j'ai changé
de résolution; trop d'erreurs y sont consignées, et je trouve, en les relevant, trop d'occasions de montrer les défauts de l'antique édifice iiiédical ,et la nécessité de la doctrine physiologique, pour ne pas me croire obligé d'en dire toute ma pensée.
Je ferai d'abord observer qu'il n'était nullement besoin, après s'être appesanti sur l'anasarque, de décrire toutes les hydropisies locales comme des entités différentes, en leur consacrant à chacune un article particulier, où l'on se répète cinq fois à très peu de chose près sous les titres de prédispositions et causes occasionelles ^ symptômes^ traitement. Mais ces formules étaient nécessitées , dans le plan de Fauteur, par la qualification de genres donnée aux collections des membranes séreuses, attendu que tous les genres étant égaux, il n'y a pas de raison pour que l'un soit traité moins favorablement que les autres. Nous avons déjà vu que M. Pinel avait érigé en genres une foule d'effets d'irritation inflammatoires ou autres , qui , par cet artifice , se trouvaient placés au même rang que l'affectiou dont ils dépendent. On retrouve ce défaut dans toutes les parties de l'ouvrage.
En traitant l'anasarque, le nosographe accumule toutes les causes et toutes les formes des hydropisies du tissu cellulaire, et confond les primitives avec les secondaires. On ne trouve point ici l'étiologie de l'infiltration par obstacle au cours 4u sang. Le même auteur, qui n'avait pas hésité à expliquer les progrès des dartres par la multiplication du virus herpétique qui envahit toute la masse des humeurs^ craint sans doute de faire jouer son imagination en cher-
chant à déterminer comment la stagnation du sang dans l'appareil veineux peut devenir la cause d'une diffusion séreuse. Quanta moi, cette détermination me paraît d'un tel intérêt, que je ne crois pas que Ion puisse avoir des idées justes en médecine, si l'on n'est en état de la donner. Le traitement de l'anasarque est incomparablement plus incomplet et plus confus que tout ce qui a précédé; et c'est une conséqiience de la manière dont l'auteur a envisagé son sujet.
Si l'on excepte ce qu'il a dit des prétendues fièvres essentielles , M. Pinel n'a rien écrit de plus antiphysiologique que son article sur l'hydrocéphale. Pour s'en convaincre , il suffira de se rappeler que toute collection de sérosité assez considérable pour exercer sur l'encéphale une compression, capable de déranger les fonctions relatives , ou les intérieures , est le produit d'une irritation locale. En conséquence de cette vérité, c'est cette irritation qu'il faut considérer, et dont il s'agit de classer les différens degrés pour donner une juste idée de la maladie. Il importe en même temps de faire remarquer si les autres irritations qui pourraient accompagner celle que l'on étudie, lui sont subordonnées ou en sont indépendantes , et tout cela doit élre prouvé simultanément par les symptômes, par l'effet des modificateurs extérieurs et par les autopsies cadavériques.
Eh bien! au lieu de suivre cet ordre, M. Pinel s'attache au produit de l'irritation encéphalique; il érige en entité principale, essentielle; il groupe autour de cettç entité tous les désordres des fonctigns,
DOCTRINE DE PINEL. '6g
soit de Fencéphale , soit d'ailleurs. Par cette espèce de méthode, l'irritation cérébrale, qui est la cause unique de lepanchement, en devient au contraire l'effet; et les troubles des organes digestifs, et jusqu'à l'altération des sécrétions de la bile et du mucus, sont considérés comme le cortéee nécessaire d'une accumulation séreuse dont l'autopsie n'atteste pas constamment la realité. Ces erreurs sont commises dans l'état aigu , sans que l'on daigne le comparer avec ce qu'on a décrit ailleurs sous la dénomination de fièvre ataxique. On les répète pour l'état chronique, sans faire aucun rapprochement avec les prétendues névroses de l'encéphale. L'auteur ne paraît pas soupçonner que ces états morbides soient des effets de l'irritation cérébrale , qui ne diffèrent entre eux que par le degré, la continuité ou l'intermittence, les différences de l'âge ou du tempérament, la nature des affections concomitantes ; il croit bonnement que fièvres ataxif/ues, hydrocéphales aiguës y épilepsies y manies, apoplexies^ hydrocéphales chroni" ques , sont des choses de nature tout-à-fait différentes, des entités distinctes; en un mot, des genres divers, qui, bien qu'ils puissent se compliquer, se remplacer, et même se confondre, n'en doivent pas moins être placés dans des classes différentes, et même à grandes distances les uns des autres.
A quelle thérapeutique peut-on s'attendre après une classification si éloignée des documens de la véritable physiologie ?
Je ne m'arrêterai point à l'hydrorachis , qui paraît dans les auteurs sous le nom de spina bifida , parceque son histoifc:e est encore incomplète, et qu'il n'y
6o MÉDECmE DE LA FRANCE.
a guère de sources où M. Pinel ait pu puiser des données physiologiques; mais je dois donner une attention particulière à l'bydrothorax de la Nosographie philosophique.
Après s'être plaint qu'on ne trouve dans les auteurs que vacillations et incertitude surl'hydropisie de poitrine, M. Pinel renvoie à Morgagni pour recueillir sur ce points comme sur tant d'autres j, des faits précis et discutés avec la plus grande sagacité ; or ce que Ton trouve dans Morgagni, à la 1 7° épître, indiquée par M. Pinel, et surtout à la î6% ce sont des traces de pleurésies chroniques, de péricardites, d'anévrismes du cœur et des gros vaisseaux , des indurations , avec ou sans tubercules du parenchyme pulmonaire, et souvent une altération du foie, qui est pour moi le signe positif de la préexistence d'une gastro-entérite, ou pour le moins d'une duodénite, dont l'auteur ne connaissait ni les signes ni les traces. Quant aux descriptions, bien qu'il y ait fort peu de détails , on y reconnaît souvent des signes prédorainans d'une irritation des organes digestifs. Et voilà l'autorité sur laquelle s'est fondé le nosographe pour admettre Fhydrothorax au nombre des maladies essentielles ! Ainsi , parcequ'il a plu à Morgagni d'intituler ses épîtres, depuis la quinzième jusqu'à la vingt-deuxième, de morbis thoracis, on en conclura que les désordres qu'il a trouvés dans les cavités pectorales constituaient la maladie principale et ont été la cause de la mort. Tout ce qui a été rencontré d'étranger à cette cavité est placé en sous-ordre, à l'ouverture ; de même que pendant la vie l'on avait subordonné tous les symptômes à ceux qui sem-
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blaient tenir à la lésion des organes respiratoires. Qu'a fait ici M. Pinel ? il a considéré d'une manière abstraite et collective toutes les observations où Morgagni a trouvé un épanchement dans la poitrine ; son attention s'est fixée exclusivement sur cet épanchement; il en a fait, avant la mort, la maladie principale; après la mort, la principale lésion cadavérique. C'est ainsi qu'il a créé l'entité hydrothorax, dont une foule de lésions beaucoup plus importantes que l'épanchement pleural deviennent les symptômes ; et voilà ce qui porte le nom d'analyse philosophique appliquée à la médecine. Au surplus jamais le docteur Pinel n'en a fait un usage plus défectueux que pour cette prétendue maladie ; car les collections pleurales sont toujours l'effet d'une pleurésie aiguë ou chronique; et le vulgaire des médecins , qui se figurent dans les plèvres des amas de sérosité limpide, indépendans de toute inflammation , et produisant, par la seule pression qu'ils exercent sur le poumon , tous les symptômes rapportés par les auteurs à la prétendue maladie appelée hydrothorax, sont grandement dans l'erreur. En effet rarement la sérosité des plèvres est limpide; quand elle l'est, c'est qu'il s'est fait un dépôt de matière purulente , et dans ces cas on la trouve en flocons à la région la plus déclive, ou collée sur la plèvre sous l'aspect d'une croûte blanchâtre. Cette membrane séreuse offre toujours des traces de phlegmasies pour ceux qui savent les reconnaître. On ne rencontre d'épanchemens purement séreux dans la poitrine, qu'à la suite de longues dyspnées, occasionées surtout par les obstacles à la circulation;
mais cette sérosité ne s'est accumulée que vers la fin de la vie. Ce n'est point elle qui est la cause première de la dyspnée: elle n'a fait que la redoubler, et l'on n'observe pas les traces de sa compression sur les parenchymes. Cenx-ci conservent toutes leurs formes , seulement ils ne remplissent pas exactement les cavités; ils se sont rétractés vers la fin de la vie , et la sérosité a rempli le vide qu'ils laissaient entie eux et les parois. Mais combien ces épanchemens sont différens de ceux qui ont pu être constatés par la percussion long-temps avant la mort, et qui ont repoussé peu à peu le parenchyme jusque sous les clavicules ou contre le médiastin , où il est retenu par de fortes adhésions! Eh bien! ces cas rentrent tous dans les pleurésies chroniques, ce que l'on peut constater, ou par la couleur trouble de Fépanchement , ou par les collections albumineuses déposées sur les plèvres et collées à leur surface, ou par des brides quelquefois de trois à quatre pouces qui font encore communiquer le poumon avec la surface pleuro-costale à laquelle il adhérait et dont il a été écarté par les progrès de l'épanchement, ou enfui parla rougeur, l'opacité, l'endurcissement, l'état cartilagineux et quelquefois tuberculeux de toute la surface séreuse où l'épanchement est contenu. Or tels sont aussi les désordres qui ont été observés et relatés par Morgagni ; joignez-y quelques altérations du poumon, qui sont également l'effet de la phlegmasie, et vous aurez l'idée des modèles où M. Pinel a puisé ses hydropisies essentielles de la poitrine.
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Il en existe encore d'autres qui lui ont servi de guides. Ce sont certaines histoires de prétendues hydroîliorax sans ouverture de cadavre. Il suffisait aux anciens, qui ne connaissaient qu'imparfiHtement la physiologie , d'avoir trouvé de la sérosité dans la poitrine d'un homme qui avait éprouvé beaucoup de difficulté à respirer, pour qu'ils donnassent le nom d'hydropisie de poitrine à tous les cas qui paraissaient avoir quelque rapport avec ceux où ils avaient fait cette découverte. C'est ainsi que pendant long-temps les dilatations du cœur et des gros vaisseaux ont été prises pour des hydrothorax, et si Ton va chercher des exemples de cettemaladie dans les classiques, on est sûr de n'y trouver presque jamais autre chose que des anévrismes ou des complications de pneumonies avec la pleurésie chronique. La raison de cela c'est quel'épanchement de la poitrine n'occasionepas beaucoup de désordres dans les fonctions, comme le prouvent les observations de pleurésies chroniques que j'ai accumulées dans V Histoire des p/deg^ masies , à moins que la circulation ne soit gênée dans les gros vaisseaux; ce qui peut exister sans complication, ou bien être l'effet d'une pneumonie chronique, delà pleurésie, ou de la réunion de ces deux phlegmasies. Quelquefois aussi l'estomac est dans un état de souffrance aussi bien que le foie, qui ne s'affecte d'ordinaire que par suite de la gastro-duodénite. Souvent même celte affection est la maladie principale, celle qui a précédé la dyspnée, celle qui fournit le plus de symptômes au groupe que l'on nous donne comme purement indicateur d'une prétendue hydropisie de poitrine. Telle est absolument la maladie du
grand Frédéric, la seule que le professeur de Paris ait jugé à propos de rapporter d après Selle , pour nous donner une juste idée de son hydrothorax. On y trouve en effet, apmme chez Napoléon, les signes d'une gastro-duodénite qui remonte à la jeunesse du monarque prussien ; gastro-duodénite que l'on exaspère constamment jusqu'à son dernier soupir par les irritans qu'on lui prodigue, et dont les douleurs et les sympathies ne cessent d'ajouter aux angoisses occasionéesparTanévrisme consécutif du cœur. Frédé rie, après avoir beaucoup souffert, est conduit à l'hydropisie par l'obstacle qui retient la masse du sang dans l'appareil veineux; et si quelque sérosité a été rencontrée dans la cavité pectorale ( ce que M. Pinel nous laisse ignorer, puisqu'il ne parle point d'autopsie ) , elle s'y est épanchée par le même mécanisme qui a produit l'inondation du tissu cellulaire des autres parties du corps.
On voit par ces réflexions combien sont fausses les idées qui sont encore consignées dans les classiques au sujet des prétendues hydropisies de poitrine; et l'on juge facilement que le docteur Pinel n'a fait faire de progrès ni à la théorie ni à la pratique des maladies qui peuvent présenter le groupes de symptômes auquel il a donné la dénomination à'Iiydrothorax.
M. Pinel convient qu'il est très rare de trouver des liydropéricardes essentielles, et qu'elles sont ordinairement la suite d'une inflammation chronique ou de la lésion organique du cœur, de l'aorte ou des poumons, etc. Pourquoi donc en fait-il un genre ? Au surplus les symptômes caractéristiques
de cet épanchement, qu'il a extraits de l'ouvrage du professeur Corvisart, sont excellens, et n'offrent, selon moi , nulle prise à la critique. Le seul tort de M. Pinel est d'avoir fait une hydropisie des suites et de la suppuration d'une inflammation du péricarde. La membrane séreuse dont le cœur est enveloppé est encore , s'il est possible , moins sujette aux épanchemens purement séreux et indépendans de l'inflammation, que celle qui se déploie dans les deux cavités occupées par les poumons. On y trouve, comme dans ces dernières, quelques gros d'un fluide transparent , sans aucune trace de phlegmasie, chez les personnes qui sucombent dans un état d'hydropisie générale , soit par débilité pure et simple, soit par obstacle au cours des fluides; mais ces épanchemens, survenus pendant l'agonie, ne produisent point de symptômes particuliers , et ne sauraient par conséquent constituer une maladie.
La collection d'un liquide dans la cavité péritonéale est considérée comme un genre, ainsi que toutes les autres collections des membranes séreuses, et porte le nom d'ascite. L'auteur paraît avoir plus de notions sur les causes de cette sorte de lésion aue sur celles qui lui ressemblent. Il convient que souvent l'ascite est le produit d une phlegmasie du péritoine, et Ton est tout étonné qu'il n'ait pas étendu cette réflexion à toutes les collections de membranes séreuses. On se demande encore pourquoi l'auteur n'a point fait mention de l'ascite en parlant de la péritonite. Quelle est cette constance à isoler les produits de l'inflammation, d'avec ce phénomène? Elle me paraît d'autant plus condamnable que, quoique ayant produit dans une membrane séreuse une /|. 5
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collection, soit de pus épais et crémeux, soit de pus membraniforme , soit de pus lactescent, soit de sérosité purulente, soit de sérosité seulement un peu trouble , la phlegmasie n'est pas ordinairement éteinte. Elle opère lentement sur le tissu qu'elle avait d'abord très activement modifié , et se propage souvent d'une manière occulte aux tissus voisins. Cela valait bien la peine de faire quelques classes ou quelques ordres pour les phlegmasies chroniques.
M. Pinel nous renvoie à Morgagni pour avoir des détails sur les variétés de l'ascite , sur sa distinction d'avec les hydropisies des ovaires, sur les différences du liquide épanché , etc. Morgagni a sans doute rendu de grands services , mais ses travaux suffisent rarement , au siècle où nous vivons , pour fournir les caractères anatomiques d'une maladie; et surtout ce n'est point chez lui qu'on peut prendre une juste idée des épanchemens de la cavité péritonéale.
La partie du traitement est à peine effleurée. Le nosographe se contente de nous avertir que les meilleurs remèdes n'ont que trop souvent trompé l'attente des praticiens ; et ces remèdes se trouvent dans les diurétiques , les sudorifiques, les purgatifs, et enfin dans la ponction, qui ne lui inspire pas plus de confiance que tout le reste.
En terminant ce dernier article des prétendues maladies organiques du système lymphatique, je ne puis m'empécher de conclure que M. Pinel s'est borné à jeter de la confusion dans l'histoire de l'ascite, et à décourager ceux qui seraient tentés de s'en occupe» à l'avenir.
DOCTRINE DE PtNEL* Éf
Endurcis semens des nouveau-nés.
L'encliircissement du tissu celluTaire des enfans nouveau - nés est aussi mal placé dans les lésions organiques que tous les états morbides dont nous avons trouvé 1 enumération dans cette classe de là Nowgraphie , puisqu'on parvient quelquefois à eri obtenir la guérison.
En lisant Phistoire de cette maladie , le médecin physiologiste y reconnaît dé suite une sorte d'érysipèle général , approchant du caractère phîegmoneux , puisque l'irritation se communique au tissu sous-cutané ; mais cette phlegmasie ne peut offrir qu'un faible degré d'intensité, vu le peu d'activité du système sanguin dans un âge aussi tendre. Voilà pourquoi nous la voyons s'éteindre , après avoir produit un appel considérable de fluides gélatinoso-albumineùx dans le tissu cellulaire. C'est avec beaucoup de raison que ^ le docteur Alard l'avait rapprochée de son éléphan îiasis; et je ne sais pourquoi le professeur Pinel ne s'est pas rendu aux raisonnemens' qui établissaient si bien cette analogie.
Lésions organiques des viscères en général.
Après ce qu'il appelle les lésions particulières de l'extérieur du corps , le nosographe passe à celles des viscères , et il débute par une proposition fausse. Il prétend que les lésions organiques des viscères, considérées indépendamment des phlegmasies et des névroses qui peuvent les affecter , formeraient un ordre de maladies très nombreuses, si on n'avait soin de renvoyer à la pathologie chirurgicale ce qui peut être de son ressort Je ferai d'abord observer que les lésions organiques chirurgicales sont tellement loin d'être indépendantes de l'inflammation ,
que toutes celles qui n'en sont pas le résultat ne peuvent se terminer , soit favorablement , soit d'une manière contraire, sans qu'elle s'y joigne. En second lieu, nous allons voir que les lésions des viscères, que l'auteur veut isoler des phlegmasies , y sont liées de la manière la plus étroite. M. Pinel n'avait pas songé aux inflammations chroniques dans ses premières éditions. VHistoire des phlegmasies chroniques l'obligea d'y réfléchir : il en fit donc mention , mais d'une manière générale, dans sa cinquième édition. Ayant ensuite lu le premier Examen , il se rappela Pujol de Castres dont il paraît qu'il: n'avait pas fait grand cas jusqu'alors , et se fonda sur ce traité des Inflammations chroniques des viscères, composé par ce médecin d'après la question proposée par la société royale de médecine , peu avant sa dissolution , pour avancer en thèse générale qa il paraît en effet qu'un grand nombre d* affections qui sont rapportées aux squirrlies , aux engorgemens , aux obstructions ^ aux tumeurs froides , ont pour première cause des inflammations chro" niques.
C'était fort bien d'avoir rappelé Pujol au souvenir des médecins ; mais il fallait spécifier en quoi son travail différait du mien , c'est-à-dire , placer mes inflammations chroniques des viscères à côté de celles de Pujol. Mais Pinel n'éîait pas capable de ce degré d'atlention et de patience. Peut-être sentait-il aussi que le détail des faits l'aurait perdu sans retour. Il n'éîait dans le faux que parcequ'il avait critiqué les auteurs et réformé la médecine d'une manière générale , et sans aucun moyen de réduire ses assertions générales ou ses axiomes fondamentaux en faits perceptibles aux sens de l'observateur. Rien de plus certain , car Pinel , tout en recommandant les faits particuliers , ne savait ni les recueillir ni les féconder.
DOCTR^E DE PINEL. 6g
Il en cherchait un ou deux pour en tirer des caractères d'un genre ou d'une espèce ; mais il ne prouvait jamais la certitude de ces caractères. Il se contentait de dire brusquement et impérieusement : (.(Les • voilà; faites-y bien attention, gardez de jamais les » oublier , » et il passait outre.
Il ne discuta donc ni Pujol ni moi. S'il eût été dans son organisation de le faire , il eût reconnu que cet auteur n a jamais eu en vue que les inflammations qui marchent vers les collections purulentes ou les inflammations phlegmoneuses, à la manière de Boerhaave et des autres classiques humoristes qui faisaient former des abcès dans les parois des organes creux (i) , aussi bien que dans les glandes et dans les tissus cellulaires. Pinel eût pu par la même lecherche s'apercevoir en même temps que mon travail différait de celui de Pujol , en ce que je suivais l'inflammation depuis le degré où le médecin de Castres l'avait laissée jusqu'à ses nuances les plus latentes dans les différens tissus des viscères, considérés d'après les distinctions établies par Biciiat , ce que Pujol n'avait pu faire , et que par conséquent ma tâche n'était point la répétition de la sienne. Par cette comparaison , le nosographe aurait pu mettre en question si les maladies que Ton nommait jadis ob-structions devaient ou ne devaient pas entrer dans les dernières nuances de l'inflammation chronique , que j'avais nommées subinflammatoires ^ et si j'avais bien fait de chercher à éclairer la nature de ces njaladies en les examinant sous le rapport de leurs causes , de leur siège , de leurs sympathies , et des modificateurs qui*peuvent y être utiles ou nuisibles.
fi) Ces abcès sont possibles; mais d'une extrême rareté.
Voilà ce que M. Pinel devait faire pour suivre la méthode véritablement analytique ; ou si l'on aime mieux, pour appliquer l'analyse, non pas à de vains groupes de symptômes, mais à des organes malades. Mais au lieu de suivre cette marche, la seule qui pût passer pour être philosophique après les travaux de Bichat et les miens, le nosographe s'amusa à lancer quelques sarcasmes contre moi et à dire vaguement que , malgré tous les faits rapportés par M. Pujol, on doit être bien loin de conclure que toute obstrcution forte est une véritable inflammation^ puisqu'on ne peut nier les différences qui existent entre la circulation des fluides lymphatiques et celle du sang. On voit que son but était de rapporter les obstructions fortes au vice de la circulation des fluides lymphatiques , et il ne s'apercevait pas que j'avais pensé comme lui à cette circulation, et que le point en quoi je différais de tous ceux qui s'en étaient également occupés depuis I^ascagny, était qu'au lieu d'attribuer les vices de cette circulation et ceux de l'action particulière des ganglions, des glandes et de tous les capillaires non vSanguins à une stagnation inerte, comme les mécaniciens; à des dépravations de fluides, comme les humoristes; à la faiblesse, comme les browniens; j'attribuais tous ces vices à l'irritation , sans négliger les preuves de mon assertion , c'est-à-dire sans omettre de spécifier les agens irritans qui les produisent ; les lieu où ils agissent, les modificateurs qui leur sont opposés et qui peuvent guérir, et sans jamais oublier de noter les rapports tant actifs que passifs qui associent l'irritation des capillaires sanguins avec celle des capillaires non sanguins.
Pour peu que la passion ou l'amour-propre eussent permis à M. Pinel de peser les choses de sangfroid , il eût vu que ces questions , étant une fois sou-
DOCTRINE DE PITTELi 7I
levées, il fallait qu'elles se décidassent par les fait^^ et que le poids de son autorité n'était plus assez grand pour en tenir lieu. Mais comme il n'était point homme à faire toutes ces réflexions, il se contenta de conserver 5 en les dénaturant, les propositions que j'avais émises sur une prétendue inflammation des vaisseaux blancs^ ajoutant aussitôt après : IS* est-il pas constant, au contraire^ que dans beaucoup de cas ces maladies ont leur origine dans des tubercules hérédi^ taires qui n'ont aucun rapport avec des inflammations