‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologique (volume 2)Chapitre 8 sur 23 · Il · texte numérisé non relu

Il

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rait pas voulu paraître nous avoir l'obligation. Il ne cherchera pas, assure-t-il, les causes prochaines , il se contentera de décrire. Il est de fait qu'il parlera de ces causes toutes les fois qu'il croira les connaître , et qu'il ne les passera sous silence que lorsqu'il n'admettra pas les explications que d'autres en ont données.

Ce peu de mots suffit pour donner une idée de l'esprit qui dirige Laennec ; avant tout il veut passer pour inventeur; ensuite il fait tous ses efforts pour dissimuler le profit qu'il a tiré des critiques que l'on a faites de son ouvrage ; mais il n'est pas d'une égale mauvaise foi avec tous. Enfin , ses plus constans efforts ont pour but de déprécier en tout point la doctrine physiologique, et de ne pas même faire à ses auteurs la concession du plus léger sens commun. Je passe sur les apostrophes plus ou moins directes pour examiner le plus brièvement qu'il me sera possible de quelle manière cet écrivain envisage les principales maladies des poumons.

Maladie des bronches.

C'est par la description du catarrhe que Laennec commence sa revue des maladies du poumon. Point de définition quoiqu'ailleurs il affecte de tenir beaucoup à la détermination du sens des mots ; point de discussion sur la nature , sur la physiologie du catarrhe que Pinel avait fait une phlegmasie de membrane muqueuse. L'entité catarrhe suffit à Laennec: il l'étudié d'abord dans l'état aigu, et lui donne pour caractère le râle sonore^ et de temps en temps, lorsque la mucosité obstrue les bronches, la suspension, ou du moins la diminution ,de la respiration dans le lieu affecté. Rien sur les relations sympa-

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thiques; tout est pour Finstrument d'acoustique. Quant au traitement, il saigne rarement des grosses veines, et préfère les ventouses aux sangsues pour les saignées locales, malgré tous les avantages si bien appréciés de nos jours de l'écoulement prolongé pour la résolution des phlegmasies circonscrites; mais la haine de l'auteur pour les médecins physiologistes s'étend jusqu'à leur moyen favori. C'est dans Tordre de la nature , ou plutôt dans les faiblesses de l'esprit humain. L'émétique est le souverain remède du catarrhe; on peut émétiser les enfans huit jours de suite sans danger à la suite de la coqueluche, ou lorsqu'un catarrhe la fait redouter. Les muqueux sont insignifians dans les catarrhes. Vivent les spritueux pour les faire avorter dans le principe!... Nos soldats sont souvent de cet avis , et nous en voyons les conséquences dans nos salles. Je ne sais si Laennec, qui a succombé à la phthisie pulmonaire, comme on le sait, a traité ses premiers catarrhes d'après cette méthode.

Le catarrhe muqueux chronique a pour caractères anatomiques une muqueuse bronchique plus noire que celle du précédent, ou bien pâle et jaunâtre si les sujets sont très vieux. Des nuances de couleur visible après la mort seulement, pour caractériser une maladie sur le vivant!... L'auteur se contente de cela et d'une mucosité opaque, car si elle était claire, ce serait une autre entité. Que lui importe l'état des autres organes, et les signes de leurs irritations pendant la vie ou après la mort , comparées à ceux de l'affection de la poitrine ? des crachats d'une certaine apparence, une muqueuse bronchique d'une certaine couleur, voilà l'entité fabriquée; les bronches

(i) Traité de V Auscultation ^ édition dexSaS, t. !•% p. i52v

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se dilatent par la toux : c'est un accident. Mais si la force manque pour expectorer les crachats , il érige aussitôt cette circonstance en une variété du catarrhe suffocant... Mais est*ce bien cela? est-ce bien le défaut de force qui constitue l'essence du cas? Que de questions à discuter à propos d'une telle assertion ! Rien ne nous garantit que les cas sur lesquels l'auteur se fonde ne soient pas compliqués d'une affection du cerveau, de l'estomac ou du cœur, car Laennec fait servir les mêmes sujets à la confection d'entités différentes. J'ai vu des morts avec défaut d'expectoration ; mais ce défaut n'était pas la cause de la mort ; c'est l'excès de la dyspnée, le plus souvent , qui ne laisse pas le temps d'expectorer , et cet excès n'a pas toujours pour cause la faiblesse. Laennec parle d'après des observations mal faites.

Ce catarrhe, nous dit-il en traçant sa marche, conduit à la mort , avec une fièvre hectique et une expectoration puriforme qui mènent au marasme ; le tout offrant une telle ressemblance avec la phthisie pulmonaire , que les plus habiles y sont trompés s'ils ne sont aussi forts en stélhoscopie que l'auteur lui-même. Cependant , ailleurs, ce même auteur nous prouvera qu'il n'a , pour reconnaître les tubercules, pendant la vie, d'autres données que le son Hiat et la longueur de la maladie ; car, d'après lui encore , c'est un catarrhe qui fournit en majorité les crachats des phthisiques; et toutes les indurations, et tous les corps étrangers peuvent diminuer la clarté du son. Toutefois, il y a l'habitude, le tempérament, un certain iacL., Tout cela fournit des à peu près , et voilà comme beaucoup de médecins font encore aujourd'hui des entités morbides, que d'autres s'empressent d'admettre... après que l'ou-

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verture les a constatées , afin de bien prouver que tout n'est pas dans l'irritation.

Quant au traitement du catarrhe muqueux, rejetez les aromatiques que Cabanis célébrait tant; ce n'est pas qu'il y ait du danger à les déposer dans un estomac qui pourrait être irritable ; ils sont inertes pour notre auteur; il veut des vomitifs. Que craindriez - vous pour la muqueuse gastrique ? il en a donné quinze en un mois à une dame de quatre-vingt-cinq ans , sans avoir sans doute provoqué chez elle ni gastrite, ni congestion cérébrale, ni lésion du cœur ou des gros vaisseaux (choses pourtant si communes chez les vieillards), puisqu'elle a encore vécu huit ans. Du reste, après avoir amplement émétisé, il veut que Ton confirme la cure par les toniques, le kina, les martiaux; qu'on persiste dans l'emploi du punch, des baume de la Mecque, de Tolu; de Copahu, de l'eau de goudron... Mais la plupart des malades succomberont, diront les médecins qui aiment à guérir. Eh! qu'importe? on ouvrira, on décrira minutieusement les bronches pour bien façonner l'entité; on attribuera la mort au défaut de force pour l'expectoration , et l'on se gardera bien d'accorder la moindre importance à la gastro-entérite, ou à la maladie du cœur qui ont été provoquées ou exaspérées par l'audacieuse médication.Lorsqueplus tard les explorations de l'auteur auront les maladies du cœur pour objet, il aura soin, d'après le même principe, de rapporter tous les symptômes à ces lésions. Mais tenir compte de l'influence d'une telle cause, quand il s'agit d'utiliser une belle autopsie de catarrhe , ce serait une maladresse dont il ne se rendra jamais coupable. De quoi formerait-il l'entité dite catarrhe muqueux? Ne faut-il pas que tout s'y rapporte ? Quant aux gastrites , elles sont l'ouvrage

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des médecins physiologistes : on les méprise, oii les déteste trop, ces gastrites, pour en tenir compte.

Le catarrhe pituiteux ou phlegmorr/iagte pulmonaire vient ensuite, et se caractérise durant la vie par une expectoration transparente, visqueuse, telle quon l'observe dans le début des rhumes. Avec cet élément, une poitrine sonore à la percussion , et un râle sibilant , imitant le chant des oiseaux , vous aurez la présomption de l'entité; quant à la certitude, elle vous viendra après la mort du malade, par un gonflement médiocre de la membrane muqueuse pulmonaire , un peu ramollie, avec peu de rougeur çà et là dans son étendue. Que faut-il de plus aux praticiens? si le malade n'est pas encore mort, il agira avec la même certitude que s'il avait eu l'inspection des canaux bronchiques, à peu près comme dans le catarrhe muqueux , car le mucus se rapproche beaucoup de la pituite ; il est vrai que le catarrhe pituiteux peut être consécutif aux tubercules miliaires du poumon , et que ces tubercules peuvent exiger un traitement contraire. Mais qu'importe? ils ne sont jamais démontrés sur le vivant , et il y a plus de probabilité pour un catarrhe pituiteux que l'expectoration démontre, car qui peut nier qu'il n'y ait flux de pituite quand on l'expectore à pleine bouche! Dans la médecine des probabilités, comme l'est celle des anatomo-pathologistes, on peut donc en sûreté de conscience irriter ou calmer, incendier ou rafraîchir un homme qui crache de la pituite opiniâtrement transparente.

Laennec reconnaît deux catarrhes pituiteux idiopâthiques; l'un aigu, et l'autre chronique. Mais voici le curieux , c'est que l'aigu n'est autre chose qu'une des variétés les plus graves du catarrhe suffocant; or à moins que ce ne soit un catarrhe devenu suffo-

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cant par Texcès de pituite , ce catarrhe ne peut être idiopathique. Voilà encore une entité que je ne connais pas. Mais voici ce que je sais par expérience : quand la mucosité qu'on expectore dans la dyspnée ne devient pas opaque , c'est qu'il n'y a pas de mouvement ou de travail inflammatoire dans les bronches; il n'y a que congestion pulmonaire avec excès de sécrétion muqueuse, caria sécrétion est toujours en raison de la congestion. Rsste à déterminer la cause de cette congestion : les plus fréquentes sont un vice du cœur formant obstacle au cour du sang, ou un épanchement , ou des corps étrangers , ou un obstacle à l'abaissement du diaphragme, ou un spasme, ou l'influence d'un viscère malade, ou toute autre cause nerveuse; on voit toujours qu'en aucun de ces cas le prétendu catarrhe muqueux n'est idiopathique, et qu'il n'est autre chose qu'une congestion de sang dans le poumon qui se résout en peu de temps par un suintement muqueux des bronches sans phlegma&ie, ou qui persiste et devient mortelle. Le prétendu catarrhe pituiteux aigu est donc une entité chimérique, inventée peut-être par l'érudit Laennec pour remplacer la pituite vitrée des anciens , dont les modernes avaient déploré la perte. Le catarrhe pituiteux chronique ( idiopathique ) qui attaque les vieux tons seuls , les gens à goutte , les asthmatiques ; qui s'établit peu à peu à la suite de plusieurs attaqi^es de catarrhe aigu , sec ou muqueux , qui devient ordinairement intermittent , régulier ou irrégulier, n'est, aux yeux d'un observateur sans prévention , sans tendance aux entités mystérieuses, sans crédulité niaise et puérile, n'est autre chose, disons-le, que l'affection précédente , c'està-dire une habitude de congestions pulmonaires par causes diverses, qui se résolvent par une excrétion

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muqueuse sans inflammation; je dirai , si Ton veut , par une^ irritation sécrétoire cls la membrane muqueuse qui ne s'élève plus au degré de Tinflammation... On ne saurait lire Laennec sans commentaire.

Mais voici venir le fameux catarrhe sec, Tune des plus bizarres inventions de Laennec. Il m'est parfois revenu de ces malades qu'il disait affectés de catarrhe sec : c'était ou des personnes à hypertrophie cardiaque, ou des infortunés affectés de gastrites qu'on leur entretenait depuis long-temps avec diverses espèces de drogues. Mais ce catarrhe, qui n'en est pas un, se rattache encore à d'autres lésions. L'auteur eh connaît d'aigus et de chroniques. Il trouve les aigus rares , si ce n'est au commencement et la fin des rhumes, et rien n'est singulier comme de voir la maladie rhume insérée entre deux maladies catarrhes secs : qui ne voit que le premier et le dernier degré d'une irritation des bronches sont érigés en maladies indépendantes du degré intermédiaire , sur le simple fondement d'une différence de sécrétions? Y a-t-il un terme possible à la multiplication des maladies si l'on y procède d'après ce plan ?

Le catarrhe sec est , en substance , dans tous les autres cas, un état d'irritation habituelle de la membrane muqueuse des bronches, manifestée par une toux la plupart du temps sèche , et amenant quelquefois des crachats d'un gris perlé. Mais comme le mot irritation était en horreur à cet auteur, depuis que nous en faisons usage, et comme il ne veut reconnaître l'inflammation que dans le degré où elle produit la suppuration ^ il a pris le parti de donner c\ cet excès d'irritabilité des bronches le nom de catarrhe sec, ce qui veut dire fax sec, au risque d'encourir le reproche de contradiction dans les

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termes. Il rallie à pe catarrhe toutes les toux sèches| telles que celles appelées nerveuses, hypocondriaques , hystériques, gastriques , etc., pourvu toutefois qu'il ne s y ajoute pas de tubercules, car il ne fait produire à son catarrhe que des asthmes qui ne sont point définis , et des œdèmes du poumon. Il est vrai qvï'alors le catarrhe, de sec, devient humide, et fournit de la pituite vitrée, mais dans tous les cas il y a transformation d'entité. Il en serait de même, penserez^vous, lecteurs, si l'on découvrait un jour des tubercules. Mais arrêtez ; songez que le catarrhe sec n'a pas le droit de les produire. Ainsi, si vous en découvrez plus tard, sans les avoir soupçonnés, vous déclarerez que le catarrhe sec que vous aviez cru idiopathique, n'était, dans la réalité, que symptomatique. Mais quelle simplicité de ma part! on ne fait pas un livre avant la fin d une maladie : attendez donc qu'elle soit terminée : si le malade guérit, vous appellerez sans crainte son catarrhe idiopailiû que ; et s'il meurt, il vous sera loisible de le donner pour cause ou pour effet de la lésion que vous rencontrerez dans les poumons.

Au fait, les irritations de l'appareil bronchique ont une foule de nuances qui souvent se succèdent ou se confondent : elles ont des causes diverses ; elles sont produites par les irritations des autres tissus » ou bien elles les produisent : elles peuvent être d'abord secondaires et devenir le phénomène morbide prédominant , ou en déterminer d'autres , et peutêtre rappeler l'affection dont elles dépendaient, et qu'elles avaient remplacée pendant un certain temps. Il y a dans ce léger aperçu beaucoup plus de faits indiqués que Laennec n'en a pu comprendre dans ses catarrhes humides et secs ; mais ce n'est pas une raison pour qu'on aille faire une entité , une mala-

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die spéciale de chacune de ces nuances. Les créateurs d'entités, d'après l'anatomie pathologique, se trouveront toujours dans l'embarras pour expliquer les transformations des groupes de symptômes qu'ils auront donnés pour type de chaque maladie ; jusqu'au moment de la nécroscopie, leurs auditeurs ne sauront à quelle maladie ils ont affaire.

C'est à cette maladie ^ si malheureusement spécialisée , que Laennec , fouillant dans les classiques des deux ou trois derniers siècles , assigne pour spécifiques des vomitifs et des purgatifs pour dériver les congestions sanguines ; ensuite , afin de faciliter l'expectoration ( car il aime mieux rendre le catarrhe humide que d'apaiser l'irritation qui fait tousser) , le savon amygdalin, la gomme ammoniaque , les carbonates de soude et de potasse, ou les sulfures, et les eaux minérales , salines et sulfureuses.

Sur le catarrhe convulsif ou coqueluche , qui d'ailleurs est bien décrit , je ne trouve que peu de remarques à faire, mais toutes d'ailleurs caractéristiques de la manière de Laennec 1 L'auscultation donne les résultats du catarrhe ordinaire; le bruit respiratoire peut aussi disparaître momentanément dans une portion de Tarbre bronchique. Soit par les mucosités , soit par la simple constriction des fibres de Reissessen, ce catarrhe, en se prolongeant, peut prendre la marche d'un catarrhe muqueux chronique, et produire, ainsi que ce dernier, le marasme avec une apparence de phthisie. Quant aux tubercules, aux indurations inflammatoires, aux foyers purulens (chose dont j'ai constaté la coïncidence), la coqueluche n'a pas le droit de produire tout cela. Si donc de tels désordres sont observés, injonction expresse de les considérer comme des maladies antérieures, ou comme des complications. Quant au

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traitement, les antiphlogistiques et les adoucissans sont peu utiles : notre auteur les méprise. Il veut qu'on émétise tous les jours pendant deux semaines , puisqu'on donne les narcotiques à fortes doses , surtout la belladone et le narcisse des prés. Au reste, advienne que pourra de cette pauvre membrane muqueuse de l'estomac ; Laennec ne l'a-t-il pas déclarée invulnérable ?

Après le catarrhe convulsif, il place les catarrhes symptomatigues, comme s'il n'en avait encore rien dit jusqu'à cette heure. Les catarrhes qu'il veut présentement mentionner sont d'abord tous ceux qui résultent des affections de la plèvre ou du poumon ; car, selon lui, toutes peuvent produire le catarrhe, tandis qu'il ne peut engendrer aucune d'elles. S'il stirvient une péripneumonie pendant la marche d'un catarrhe , elle sera greffée sur lui , mais non produite par la propagation de l'irritation de la membrane muqueuse des bronches. Il en est ainsi de la pleurésie , et tous les catarrhes en sont exempts ; ils le sont également de la phthisie,qui ne vient jamais du catarrhe , comme l'a prouvé Bayle , que M. Broussais a contredit. Or , les lecteurs peuvent remonter quelques pages , afin de se rappeler comment Bayle savait prouver.

Vous entendez , lecteurs : l'irritation ne peut pas se propager des bronches aux autres tissus du poumon. Le catarrhe n'a de la tendance qu'à produire l'emphysème du poumon et la dilatation des bronches. C'est Laennec qui vous en donne sa parole, et il ne vous dit pas comment la pleurite , la pneumottw et les tubercules produisent le catarrhe. Ne voyez-vous donc pas qu'il n'y a dans tout cela qu'une série de subtilités? Bayle, Laennec et leur école étaient convenus de dire que les tubercules , les pleurites

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et les pneumonies auraient d'autres causes que le catarrhe, toutes les fois que ces affections se présenteraient après lui chez un malade; et d'affirmer, au contraire, que le catarrhe dépendrait de ces affections, au moins de la pleurite et de la pneumonie, dans tous les cas où elles paraîtraient l'avoir précédé. Qui n'a besoin que d'affirmer pour être cru de ses adeptes , devient bientôt un oracle.

Les autres catarrhes syraptomatiques sont plus nombreux : il n'est point de fièvre continue qui ne produise le sien ; lorsqu'aucun signe extérieur ne l'annonce, le stéthoscope le décèle. Il y a donc dans toute fièvre au moins un catarrhe stéthoscopique. A ce propos, Laennec dit que les fièvres essentielles présentent un ensemble de congestions cérébrales et d'affections abdominales qui en font des affections générales attaquant un grand nombre d'organes , et phis spécialement encore les liquides. Ces assertions paraissent si légères , si dénuées de démonstration , et de hautes considérations physiologiques quand on les lit, après avoir médité les écrits des médecins physiologistes , qu'il a fallu tout la passion du parti médico- jésuitique pour les faire prospérer et en faire le mot d'ordre de toute une école. Quoiqu'il soit vrai que plusieurs congestions sanguines se forment dans les viscères durant des prétendues fièvres essentielles , cela empêche-t-il que le premier point d'irritation n'ait pu se développer dans une région de la muqueuse du canal digestif? ne se forme-t-il pas de semblables congestions à la suite d'un début fébrile, par la péripneumonie , par la pleurite , par une phlegmasie extérieure? et s'avise-t-on de trouver là des raisons pour abolir toutes les phlegmasies .f* le sang se déprave-t-il moins à la suite d'une pneumonie éten-

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due, d'un vaste phlegmon cellulaire de la cuisse, qu'à la suile d'un début par gastro-entérite ? a-t-on imaginé, pour cette raison , de ramener, avec Sydenham, toutes les inflammations dans le sang? Peu importe par où commence l'incendie inflammatoire; s'il n'est étouffé dans son berceau , il peut se propager à plusieurs appareils isolés , ou à pîus'eurs systèmes organiques communs à tous les appareils ; mais l'inflammation n'est pas générale pour cela : elle ne l'est jamais dans les phlegmasies éruptives qui sont les plus inflammatoires de toutes nos maladies. Il n'y a pas de raison pour qu'une maladie fébrile soit considérée comme essentiellement moins générale que toutes les autres. Toutes commencent par un point de phlegmasie ; les unes s'étendent beaucoup dans l'organe primitivement affecté; les autres y demeurent plus circonscrites; et toutes, sans distinction, peuvent se compliquer dans leur marche d'un nombre phis ou moins grand d'inflammations secondaires qui peuvent devenir principales, si l'art ou que'que crise ne mettent obstacle à leur libre développement.

Que les malades disent souffrir généralement , c'est une erreur que tout physiologiste peut réfuter ; que l'innervation semble partout uniformément augmentée, il est aisé de prouver qu'elle l'est dans les foyers de phlegmasie incomparablement plus que dans les autres régions; que le sang et toutes les fibres qui en sont formées s'altèrent par suite de ces perturbations fébriles , le fait est commun aux phlegmasies locales et aux fièvres essentielles des nosologistes. Reste donc maintenant la question des infections et des contagions ou empoisonnemens miasmatiques putrides, ou par absorption, résorption de matières putréfiées. Eh bien ! nous l'avons

traitée cent fois, cette haute question. Nous avons dit que si la matière nerveuse n'est pas tuée par le poison, il se développe une inflammation dans l'appareil viscéral, dans le gastrique surtout, avec lequel le cœur et le cerveau se mettent à Funisson. Or, ces phlegmasies se comportent comme celles qui dépendent d'autres causes , à cela près qu'elles vont plus vite, qu'elles ont une tendance plus marquée aux excrétions dépuratoires , tendance qui d'ailleurs existe dans toutes les inflammations fébriles , dans le plus petit mouvement de fièvre , et que la force nerveuse est plus promptement épuisée. Tout cela a été dit; que nous demande-t-on de plus, et pourquoi voyons-nous encore de vagues déclamateurs nous répéter les reproches du trop reprochable Laennec ? Pour revenir au catarrhe symptomatique que Laennec dit être produit par toutes les fièvres, je le trouve très reprochable pour n'avoir pas distingué la supersécrétion muqueuse des bronches, suite presque nécessaire de l'accélération du cours du sang , au moins dans nos tempéramens ly mphatico-sanguins duNord, des véritables bronchites que l'influence du froid ajoute si facilement à nos autres phlegmasies durant la froide saison. Il y avait aussi des distinctions non moins importantes à établir entre les catarrhes qui viennent compliquer les affections chroniques , comme la goutte, les dartres, le scorbut; il fallait au moins séparer les catarrhes produits par le froid de ceux qui viennent d'un obstacle au cours du sang, etc., etc.; il ne fallait pas non plus dire vaguement que le catarrhe devient quelquefois le symptôme insigne d'une fièvre pernicieuse ; car c'est surtout la congestion pulmonaire qui est ici le phénomène redoutable, quand ce n'est pas le spasme du cœur.

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Les catarrhes latens sotit mentionnés ensuite , et Ton y retrouve tous les précédens dans les nuances les moins prononcées. Cette nouvelle division n'a pour objet que de faire ressortir les avantages du stéthoscope pour reconnaître des affections des bronches dont les symptômes extérieurs ne frappent pas assez Tattention.

La série des catarrhes se termine par les catarrhes suffocans. Or , ces catarrhes ne sont autre chose, de l'aveu même de Fauteur, que le cas de mort par suffocation des personnes attaquées des différens catarrhes déjà vus. Les caractères anatomiques sont la plénitude des bronches de mucosités et l'absence d'une altération du poumon à laquelle on puisse attribuer la suffocation. Le signe est le râle muqueux sibilant. L'auteur soupçonne une faiblesse locale dans les bronches ou dans le tissu pulmonaire, attendu que l'action inspiratrice est augmentée. Fiat lux. Il distingue quatre cas de catarrhes suffocans : 1® le catarrhe des vieillards au moment de la mort; 2" l'œdème des poumons dans le même cas; 3" l'engorgement pulmonaire de toutes les agonies ; 4** enfin l'engorgement de tous les catarrhes quels qu'ils soient , et à tous les âges.

On voit que plusieurs de ces cas rentrent les uns dans les autres , et que par conséquent la distinction n'est pas bien faite ; d'ailleurs tout cela ne forme point ce qu'on doit appeler des maladies. Je vois, parmi ces mourans, que l'auteur soumet à son entité beaucoup de gens à affection du cœur ; j'y distingue des hydropiques par cette aifection organique et par quelques autres; j'y remarque surtout des agonisans par des congestions ou des épanchemens céphalorachidiens, soit primitifs, soit résultant des gastroentérites aiguës , et de beaucoup d'autres affections

qui agissent de la même manière sur les centres nerveux. Or, dans la plupart de ces cas, l'affection des bronches', qui donne le nom à l'entité factice , n'est rien qu'un effet de l'accélération du cours du sang ou le résultat de 1 obstacle au cours de ce fluide à travers le parenchyme pulmonaire , ou enfin un obstacle à l'innervation respiratrice par maladie des centres nerveux.

Quanta la prétendue faiblesse locale des poumons, je pense bien que l'auteur lui-même n'en a jamais eu une juste idée.

C'est sans doute par manière d'acquit que Fanatomo-pathologiste conseille ici des vomitifs à haute dose plusieuî^ jours de suite , de larges vésicatoires aux cuisses et la belladone pour diminuer le besoin de respirer. Tels sont les secours que Fauteur offre aux tristes agonisans affectés de son catarrhe suffocant. Comment qualifier cette idée? Les cas où de tels moyens peuvent réussir ne sont sans doute que des apparences illusoires de son entité : pourquoi s'en étonner? les maladies des anatomo-pathologistes ne sont jamais caractérisées pendant la vie.

La dilatation des bronches est une lésion dont on doit la connaissance détaillée à Laennec et à son école. C'est un service rendu; mais ce désordre est tout simplement un effet des quintes de toux longtemps répétées, quelle qu'en soit la cause, quelles que soient les affections des autres viscères qui puissent la compliquer. On ne saurait donc y voir une maladie digne d'un chapitre, avec son traitement spécifique. En effet , si l'on veut prendre connaissance de ce traitement, on sera tout étonné d'y trouver les balsamiques, les aromatiques, les amers et les antiscorbutiques, sans qu'on daig4ie se souvenir que tous ces médicamens n'ont pu arrêter la mala-»

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die qui a dilaté les bronches, ni nous dire si ceux qu'on a assignésà ces maladies , comme i'émétique à haute dose , ne' seraient pas nuisibles alors que les bronches seront disposées à se dilater; quant aux gastrites, on n'a garde de s'en occuper.

he croup ^ ou biflammalion plastique ou membraneuse^ est mis hors de la ligne des catarrhes; mais notre auteur n'avait pas l'organe des rapprochemens, autrement ii se serait souvenu avoir dit plus haut que le gonflement de la membrane muqueuse des bronches pouvait altérer une branche de l'arbre bronchique, et y intercepter l'air aussi bien qu'une concrétion muqueuse. Les deux chances sont également possibles dans les inflammations du larynx , et cela était bon à dire, afin qu'on pût rapprocher les symptômes des moyens de traitement.

Au surplus, il résulte toujours des citations et des remarques de Laennec, qu'il n'y a d'autres signes de l'inflammation plastique que l'expectoration ou l'apparition des fausses membranes dans îarrièrebronche. Les médecins qui n'ont pas rougi de suivre les progrès de la science, se sont étonnés de voir figurer, daus l'ouvrage qui nous occupe, un croup adynamique provenant de l'altération septique des humeurs par le miasme des hôpitaux. Les docteurs à qui l'on emprunte cette entité rajeunie, auront trouvé plus commode de rétrograder en patholoj^ie, que de se donner la peine d'étudier pour marcher de concert avec les véritables interprètes de la natm^e.

Uliémorrhaixie broncliKjae est placée à la suite de tous les catarrhes. L'auteur rattache à cette affection, non les expectorations sanguinolentes des catarrhes, mais les hémoptysies peu abondantes. Ce qui les caractérise c'est l'absence des signes de la congestion 4* \2

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sanguine apoplectique du poumon qui se rencontre toujours dans les liémorrhagies abondantes.

Cette distinction paraît importante, maison se demande où l'auteur a puisé les caractères anatomiques de son hémorrhagie bronchique. On ne meurt pas d'un léger suintement de sang dans les bronches. Comment donc affirmer que leur membrane est non seulement imprégnée de sang, mais ramollie ? La maladie qui conduit à la mort les gens à hémorrhagie des bronches, ne peut qu'avoir causé de grands désordres dans le parenchyme, et la membrane de ces conduits a dû en souffrir. Un médecin ne devrait pas s'arroger le droit de donner comme positif ce qui n'est que probable. Notre auteur croit que le râle des hémorrhagies bronchiques est à bulles plus grosses que celui des catarrhes : il s'agit là d'une nuance qui doit échapper à bien des personnes. Je pense qu'il vaut mieux s'attacher au signe négatif tiré de l'absence du râle crépitant propre à, l'hémoptysie abondante et que l'auteur croit caractéristique de l'apoplexie pulmonaire.

Les abcès des bronches sont rares* selon notre auteur ; mais aussi n'a-t-on guère fait de recherches à ce sujet. Il rappelle la thèse de M. Cayol sur la phthisie trachéale ; il décrit les altérations locales et le groupe de symptômes établi par ce médecin, groupe où l'on en trouve beaucoup plus que n'en peut déterminer ce genre de lésion. Au reste ce vice est commun à toutes les maladies des anatomo-pathologistes, attendu qu'on meurt rarement par l'affection d'un seul organe.

Je n'ai presque rien à dire des corps étrangers intraduits dans les bronches ; il n'y a que les concrétions, suite du vice de la sécrétion muqueuse, qui puissent être considérées relativement à une doctrine,

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mais cela se rattache aux phlegmasies laryngées et trachéales ; Fauteur ne Fa pas assez senti.

"Les affections des glandes bronchiques méritent plus d'attention. L'auteur parle de la matière noire qui les colore; il prétend qu'elles sont rarement malades, et qu'elles ne se gonflent pas par les bronchites comme les glandes sous-cutanées par les cutites , et comme celles du mésentère par les entérites. Comme j'y ai porté beaucoup d'attention, je crois le contraire; mais je pense que ce gonflement parvient rarement à un haut degré, à moins d'une grande irritabilité du système glanduleux; aussi ce gonflement est-il d'autant moins rare que les sujets sont plus jeunes et plus disposés aux scrofules. Les gonflemens des glandes bronchiques deviennent d'autant moins rares , que l'on avance plus dans la vie. On y trouve communément, suivant notre auteur, la matière crétacée et des tubercules. C'est, comme nous l'avons dit cent fois, une suppuration lente des ganglions surirrités , qui, dans certaines nuances d'irritation , se dessèche par la résorption de ce qu'elle a de plus liquide, et se trouve réduite aux élémens calcaires avec de la matière animale. Ce qui ne me paraît pas assez prouvé dans Laennec , c'est cette matière tuberculeuse qu'il fait arriver du sang, s'infiltrer dans les glandes bronchiques, s'y ramollir, et se diriger vers les bronches voisines qu'elle perfore afin de se faire jour par l'expectoration. D'abord cette matière venant du sang, c'est du roman; quant aux perforations des bronches, jusqu'ici elles m^ont semblé n'être autre chose , dans les cas où je les ai observées , que le produit d'ulcérations formées dans la membrane muqueuse des bronches; ulcérations qui pénétraient dans une masse de glandes que Finflammation avait faitxetilâflaâ'Hëreiftes à

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l'arbre bronchique. Dans les cas de ganglionite du médiastin, il y a toujoiirs bronchite simultanée, et le principal point d'inflammation le plus promptement désorganisateur est, d'après mon observation, celui des bronches.

Tel est l'auteur sur les maladies des bronches : sa méthode est à découvert; il vent autant de maladies qu'il a trouvé de formes d'altérations ditlérentes; mais il ne lui a pas été possible d'obtenir, pendant la vie, un groupe de symptômes qui pût être exclusivement affecté à chacune de ces formes. Ce premier fait constaté pour les bronches, pénétrons avec lui dans le tissu pulmonaire proprement dit.

Affections du tissu pulmonaire.

Les affections du tissu pulmonaire sont d'abord traitées d'une manière générale. Laennec admet, ce que j'ai toujours soutenu, que la structure intime des organes est partout insaisissable; mais la conclusion qu'il en tire ne ressemble guère aux miennes. J'ai toujours déclaré que, dans la recherche de la nature des maladies, il faut se fonder sur les vices que l'action vitale manifeste sous l'influence des modificateurs, afin de déterminer quels sont ceux qui font vivre normalement, et ceux qui dérangent l'état normal; 2* que l'état anormal une fois établi, il est indispensable de déterminer quel est le point de ï'économie qui a souffert la principale lésion , et comment ce premier point malade a pu déranger J'acrion des organes qui offrent consécutivement quelques lésions ; 5° enfin , que pour compléter Tidée de la maladie il restait à déterminer quels ioat le3 modiûcateuïs sous 1 influence desquels le

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retour à l'état normal est possible, et même le plus

prompt.

Ces idées sont loin d'être celles de Fanatomo-

pathologiste : l'impossibilité de saisir la structure

intime lui suggère les mots suivans : « Par conséquent, rien n'est certain en anatomie pathologique au-delà des lésions tranchées qui tombent d'abord

isous les sens, et qui altèrent la substance des organes d'une manière évidemment incompatible avec Texercice des fonctions; car, continue-t-il , si l'on cherche les causes des maladies graves dans

»les altérations microscopiques des organes, il est

• impossible de ne pas tomber dans des conséquences

• absurdes.» Ouvr. cité, t. I", p. 280.

Ainsi point demilieu pour notre auteur; les sources des maladies sont ou dans les lésions graves, ou dans les lésions microscopiques. Ailleurs, il y joindra, pour les fièvres essentielles et autres maladies, des altérations des humeuis: par conséquent point d'étude sur l'influence des modificateurs qui dérangent Taction ou les actions qui constituent, ou qui manifestent chaque fonction. Voilà une immense quantité de faits perdus pour les sectateurs de Laennec, et ils le sont réellement', comme nous le verrons ailleurs. Il ne faut à notre anatomo-pathologiste que de grosses lésions qui dérangent fortement les fonctions : ce sont là ses maladies ; par conséquent tout ce qui se passe dans l'organisme, avant ces grosses lésions produites, n'est rien pour lui. Tout ce que vous pourrez tirer de plus subtil ou de moins grossier de son esprit exclusif et préoccupé, c'est que les humeurs fournissent des matières morbifiques qui viennent produire ces grosses lésions. Je n'ai jamais pu concilier le spiritualisme religieux de Laennec avec son matérialisme médical. S'il nous

l82 MEDECINE DE LA FRANCE.

eût an moins accordé une cause secondaire pour agir activement sur les organes et déterminer quelques lésions organiques!... mais... rien !

V hypertrophie et Valrophie du poumon ne Tarrêtent pas, et en ce point je l'approuve. Mais Y emphysème du poumon est traité avec le plus grand détail. Cette lésion est, comme maladie^ de l'invention de l'auteur. Il était donc indispensable qu'il en donnât une description complète; et en cela, nous le trouvons très digne d'éloges et bien méritant de la science. Mais nous n'avons pu nous défendre d'un sentiment de pitié en voyant les efforts inutiles qu'il fait pour assigner à sa maladie un groupe de symptômes qui lui soit propre. Il ne réussit qu'à prouver que les vésicules pulmonaires se distendent outre mesure, et même se rompent quelquefois de manière à ce qu'il en résulte un emphysème des tissus intervésiculaires, sous l'influence de plusieurs causes de dyspnée : et ces causes, qui sont ici les faits de premier ordre, sont placées en ligne secondaire, quoiqu'elles constituent les principales lésions des appareils respiratoire et circulatoire. C'est un service rendu que d'avoir prouvé cela; mais qu'en résulte-t-il sous le rapport de la pratique ? rien ; car ces dilatations et ces décbiremens de vésicules sont 4es lésions ordinairement légères qui n'indiquent aucune médication spéciale lorsqu'elles ne sont pas traumatiques, et qui cèdent avec la maladie dont elles dépendent lorsqu'elle est curable.

JJ œdème du poumon a pour caractères anatomiques l'infiltration de la sérosité dans le tissu pulmonaire, ^. tel point qu'il devient en grande partie imperméable à l'air. Les signes de cet état ne sont qu'approximatifs. On peut le présumer dans les pneumonies chroniques des sujets fort affaiblis et d'ailleurs

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hydropiques ou disposés à l'hydropisie ; la congestion sanguine étant dans un point, l'œdème occupe le reste. Il existe également dans les vieux catarrhes et dans les obstacles au cours du sang par lésion du cœur avec la même disposition hydropique , et ce sont là les cas les plus ordinaires. Les trois exemples qu'en rapporte l'auteur sont extraits de maladies de ce genre. On voit qu'il ne s'agit point encore ici d'une maladie, mais d'un effet de maladie. Cet œdème méritait un article dans un traité d'anatomie pathologique, et rien de plus.

Les apoplexies pulmonaires y que Fauteur examine après l'œdème, consistent dans une exhalation sanguine qui se fait dans le tissu cellulaire servant de moyen d'union aux autres tissus du poumon : il les compare à tous les épanchemens du même liquide qui peuvent se faire soit dans le cerveau , soit dans le tissu cellulaire général , soit ailleurs. Ici rien de nouveau ; ce nom avail été donné à toutes les extrayasations sanguines, et notamment à celle du pouinon qui est quelquefois accompagnée d*épanchement dans les plèvres. Un nommé Fortassiu , chirurgien interne de l'hôpital de la Charité, mourut autrefois de cette affection , et cela fit beaucoup de bruit dans ce temps où Laennec , encore jeune médecin , s'occupait de ses recherches d'anatomie pathologique. Mais voici venir l'entité créée par ce médecin; c'est ici qu'est le nouveau. Ces apoplexies ont pour caractères anatorniques un endurcissement égal à celui du poumon le plus fortement hépatisé. Ce désordre ^St circonscrit, et représente une grosse tache rouge terminée brusquement dans le parenchyme, quelquefois même presque noire et pouvant offrir à son centre un ramollissement qui soit converti en une espèce de caillot. Le nouveau continue : c'est dans

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les hémoptysies copieuses que cette lésion organique existe le plus souvent. Et cependant l'auteur nous dit que ces hémorrhagies peuvent venir des bronches. Il assure même l'avoir dit en parlant des hémorrhagies bronchiques, tandis qu'au contraire il leur a donné pour caractère principal de fournir peu de sang. Les hémoptysies par apoplexies pulmonaires doivent donc être les plus copieuses; et cependant l'auteur nous apprend que celles qui nous effraient, non seulement par leur abondance, mais qui plus est par la phthisie pulmonaire qui leur succède si souvent malgré tous nos efforts , proviennent uniquement des bronches.

Lecteurs, voulez-vous savoir pourquoi ces contradictions? le voici : c'est parce que l'auteur tenait à l'invention de la maladie apoplexie pulmonaire , comme cause des hémoptysies copieuses. D'autre part, il ne tenait pas moins à ce que toute phthisie dépendît des tubercules. Il devait donc tout faire pour que ces deux maladies restassent distinctes ; c'est ce qu'il tente lorsqu'il soutient que l'apoplexie pulmonaire est susceptible d'une prompte résolution malgré sa dureté , et qu'elle est liée aux hypertrophies du cœur, tandis que l'hémorrhagie des bronches l'est plutôt avec les tubercules du poumon. Il ne ])ouvait donc attribuer à l'apoplexie pulmonaire aucune des hémoptysies qui dégénèrent en suppuration du poumon. Eh bien! il s'est tiré de cette difficulté en assurant que les hémoptysies bronchiques produites par/les tubercules du poumon , peuvent être aussi fort abontlanîes, quoiqu'il eût précédemment avancé le contraire. Le t'élit est cependant que souvent elles ne le sont pas , et n'en sont pas pour cela Hioins suivies de phthisie pulmonaire.

L'abondance de l'hémorrhagie n'est donc pas la

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preuve de l'existence des tubercules , de même que le peu de sang fourni par les broaches ne donne pas la certitude de la non -existence de ces corps. D'autre part , un bypertrophique du cœur peut devenir phthisique après avoir craché du sang; rien n'est plus commun. Que devient donc la différence de nature des deux bémorrhagies ? qui les distin- £;uera avant l'autopsie? sera-ce le râle crépitant des apoplexies qui n'existe pas dans les hémorrhagies bronchiques?... Oui, sans doute; il pourra prouver l'apoplexie sî l'oreille est assez fine pour ne pas le confondre avec le râle à grosses bulles des hémoptysies bronchiques; mais à quoi cela servira-t-il , s'il est possible que l'apoplexie coïncide avec les tubercules du poumon ?

Plaignons le sort des inventeurs d'entités morbides. Si Laennec eût voulu convenir qu'une apoplexie partielle d'un lobe pulmonaire pouvait donner une suppuration capable de produire la phthisie, il ne se fût pas trouvé dans cet embarras. Mais il avait juré que jamais phthisie n'existerait que par la fonte des tubercules ; et que jamais l'inflammation sans tubercules préalables ne ferait tomber un poumon en détritus purulent. De ià la nécessité de prodiguer les fausses assertions, et de ne reculer ni devant les contradictions, ni devant aucune des absurdités qu'elles entraînent.

i^embarras du diagnostic produit toujours celui du traitement. Laennec veut des saignées copieuses dans les hémoptysies par apoplexie pulmonaire. Mais ki cette cause se confond avec les tubercules, à quoi se détermineront ses partisans exclusifs? Il admet les drastiques ensuite, et même l'émétique à haute dose; mais il ne leur accorde pas grande vertu. Il ne veut point de vésicatoires ; il préfère à tout cela les bains

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d ondées, tièdes d'abord, puis fraîclies et enfin froides. Ce remède a bien le mérite de n'être pas usité dans les hémoptysies, mais je ne crois pas que la recom- «landation de notre auteur le mette en crédit. La persévérance dans le traitement antiphlogistique, la révulsion suppuratoire, et les moyens qui ralentissent l'impulsion du sang, seront toujours les ressources auxquelles il faudra revenir après avoir été désabusé de Ja manie des spécifiques et des perturbateurs extraordinaires.

La péripneumonie est traitée avec de très grands détails par Laennec , non pas en prenant pour base le groupe de symptômes qui correspond au summum de l'inflammation du poumon ; mais en partant des modes d'altération de cet organe qui ne sauraient être constatés qu'après le décès, et qui ne sont que plus ou moins probables durant la vie. Telle est la base sur laquelle repose toute sa théorie. C'est en vertu de cette innovation qu'il distingue trois degrés dans cette maladie, V engouement , V hépattsation et V infiltration pur alenle. Entendez bien cela, lecteurs; ce sont ces trois modes qui constituent les trois variétés de la maladie.

Pour Vengouement, l'auteur décrit une nuance d'engorgement pulmonaire qui est moitié sanguine et moitié séreuse , ou qui tient le milieu entre l'iiépatisation et l'œdème. C'est aussi ce qui correspond a la fausse péripneumonie des anciens , et au catarrhe violent et suffocant des modernes, sans excepter celui de Laennec, qui tout à l'heure était une maladie particulière. Mais on sait qu'une même affection peut lui fournir plusieurs maladies. Toutefois , selon nous , il n'y a que des probabilités sur le mode précis d'altération dans le groupe de symptômes qui correspond aux fausses péripneumonieS;, aux

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catarrhes graves, aux catarrhes suffocans, maladies qui dépendent souvent des affections du cœur ou de celles du cerveau. L'engouement est certain ; mais on ne peut pas toujours répondre de l'hépatisation.

Vhépalisation ne crépite plus; c'est son caractère. L'auteur revient encore, dans cette édition, à la négation par lui faite jadis de la possibilité de l'empreinte des côtes sur les poumons hépatisés dont je lui avais cité verbalement im exemple. 1! ne s'est point tenu pour réfuté par les faits semblables que j'en ai rapportés depuis. Il paraît qu'il prenait l'entêtement pour du caractère. Cette désorganisation est connue de tout le monde, depuis Cullen, comme correspondant au plus haut degré de l'inflammation du poumion , et d'ordinaire on peut le prévoir dans la péripneumonie bien prononcée. Mais ce n'est point elle qui constitue la maladie : elle n'en est que l'effet ; car l'inflammation du parenchyme la précède , et ne la produit que lorsqu'elle n'a point été arrêtée.

h' infiltration purulente se compose , suivant l'auteur, des hépatisations grise et jaune. On les trouve telles en effet après les pneumonies qui ont tiré en longueur; le pus est même souvent reconnaissable à la vue dans les grises, qui en ont vraiment la couleur , et qui parfois en offrent des collections en certains points. C'est donc un service rendu par notre auteur d'avoir attribué cette nuance d'hépatisation à une infiltration purulente , produit d'une inflammation terminée par suppuration. Mais en est-il bien ainsi, et toujours ainsi, de l'hépatisation jaune ? Laennec la représente moins dure que l'hépatisation ïûuge , et laissant suinter à la pression une matière jaune, opaque, visqueuse, d'une odeur forte , purulente^ et la met ainsi sur la même ligne que la grise.

l88 MÉDECINE DE LA FRA^NCE.

Cela fait, il m'attaque^ et nje reproche de lui avoir dit qu'il n'avait {3as observé l'hépatisation jaune analogue, pour l'aspect et pour la consistance, au foie gras. Mais si j'ai dit cela j'avais bien mes motifs. J'ai en eiïet rencontré des poumons semblables aux foies gras, c'est-à-dire beaucoup plus consistans que ceux que décrit Laennec. On ne pouvait distinguer d'infiltration purulente : ils ne laissaient pas suinter de liquide purulent ; ils étaient durs et secs, et l'analyse qui en a été faite par feu Bertrand , alors pharmacien-démonstrateur au Val-de Grâce , a prouvé qu'ils étaient farcis d'une albumine concrète, et nullement d'une matière analogue au pus des phleg* mons : que cette matière, qui semblait faire corps avec le poumon , fût le produit d'une sécrétion morbide irritative, c'est ce que j'ai toujours cru , et ce que je crois encore malgré l'insultante ironie de Laennec, qui prétendait que j'avais trouvé là TinfiU tration purulente sans la reconnaître. Mais à coup sûr ce n'était pas du pus infiltré , analogue à celui des hépatisations grises ramollies. Peut-être était-ce l'induration de l'état aigu dépouillée de son cruor par une nuance particulière d'irritation de l'état chronique. Cette question sera décidée un jour.

Forcé, par l'impulsion irrésistible de l'orgueil , à soutenir avec acharnement toutes les propositions qu'il avait émises, Laennec entasse souvent subtilités sur subtilités, sophismes sur sophismes, dans l'espoir de faire croire qu'il n'a pointrété réfuté. Tel est son cas relativement aux abcès du poumon. Il les avait niés d'abord , réservant aux seuls tubercules le privilège de creuser des cavités dans les parenchymes. Voilà pourtant que les recherches de plusieurs médecins français et étrangers , et ses propres observations , l'obligent de les admettre. Battu par

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les docteurs anglais Criciilon et îlimly, qui Oiit soutenu, contradictoirement à ses premières assertions, que les abcès se rencontrent chez la moitié des péripneumoniques, notre auteur émet successivement, et en très peu de pages, les assertions suivantes : L'aLcès du poumon est propre aux péripneiunooies partielles, et alors il y en a plusieurs... On ne rencontre ces abcès que dans le troisième degré , dispersés, peu nombreux, à parois creusées dans la substance pulmonaire, infiltrés de pus (dans Thépalisation grise)... lis sont si rares qu'd n'en a trouvé que cinq ou six exemples en vingt ans... La seule suppuration du poumon qui soit bien prouvée pour lui, c'est l'infiltration purulente... Une seule fois il a vu un foyer un peu considérable de pus , mais dans ce cas la péripneumonie était pr.rtielle... En l'année 1825 il a rencontré plus de vingt péripneumonies partielles, terminées par des abcès (notez qu'il les a tous guéris, excepté un, et admirez la vertu du stéthoscope qui lui a fait deviner tous ces petits abcès). Puis il avoue que, malgré tout ce qu'il vient dédire sur la presque impossibilité des grands abcès pulmonaires sans tubercules, il en a vu deux remplis avec trois vastes excavations, notamment en 1822 , à l'hospice Necker.

Suivent une foule de détails sur les différens états par où passent les poiunons remplis de pus, soit infiltré, soit rassemblé en foyers pendant le travail de la résolution et la marche vers la guérison ; car il se flatte de pouvoir faire revenir les poumons de l'infiltration purulente et des abcès multipliés. Tous ces faits, aussi bien que cet espoir , sont puisés dans des nécroscopies de péripneumoniques qui ont été amenés près de la guérison par le tartre stibié à haute dose, et qui, pendant cette heureuse marche

igO MÉDECINE DE LA FRANCE.

de l'affection pulmonaire, ont été enlevés par d*au-ires maladies (i).

Grand éloge du tartre slibié !... L'auteur vise à la juste précision dans la détermination de chacun des états du poumon passant par l'engouement, Thépatisation, l'infiltration purulente. Mais il est obligé d'avouer que le traitement dérange la régularité de la marche qu'il a tracée. Il ne tient compte des autres cas d'exception qui sont pourtant assez nombreux , et qu'il ne paraît pas avoir soupçonnés; par exemple, des déplacemens du point principal d'irritation et de ses retours à son premier siège , de la résistance opiniâtre à la désorganisation qu'offrent certaines idiosyncrasies , pendant que d'autres sont dans des conditions opposées, etc. En un mot, tout ce qui tient aux variations de l'irritation sous l'influence des modificateurs ci- diversifiés, au milieu desquels et par lesquels nous vivons, lui est absolument étranger. Il ne voit que la marche de l'inflammation suppuratoire dans le poumon soumis à des périodes aussi régulièies qu'un abcès phlegmoneux, dont l'art soutient le travail suppuratoire.

11 n'oublie pas de décrire l'état des bronches; mais il ne daigne pas jeter un coup d'œil sur la membrane muqueuse des voies gastriques ; ou s'il en parle , c'est pour dire sèchement qu'elle est dans l'état naturel ^ lors même que laguérison des péripneumonies a été presque opérée par le tartre stibié avant la mort.

Après avoir décrit les états anatomiques des poumons aux différentes périodes de la péripneumonie, Laennec s'occupe à ajuster à ces états le bruit respiratoire que l'on observe par le moyen de son sté-

(i) Ouvr. cité, t. !•', de la page 4o5 à la page 4i5, a' édition.

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thoscope , et il le fait avec beaucoup de détail. C'est par ces bruits divers, dont il vent faire les signes par excellence , non seulement dans la pneumonie , mais dans toutes les maladies delà poitrine; c'est par ces bruits qu'il reconnaît Tengouement inflammatoire, l'hépatisation, la résolution, l'infiltration purulente, les abcès. On trouve là de bonnes choses, mais peu de personnes en tireront un grand profit ; car les nuances du bruit respiratoire sont très multipliées , et pour les saisir toutes il faudrait s'y exercer autant que l'a fait l'auteur. Beaucoup de médecins le feraient sans doute si l'utilité en était bien évidente. Mais si Ton excepte quelques nuances prononcées comme le râle crépitant, que Fauteur établit comme l'un des principaux signes de la pneumonie, c'est-à-dire de l'engouement inflammatoire , mais qui l'est également, selon lui, de l'engouement bémorrhagique et de l'œdème des poumons; si l'on ajoute à l'exception le râle muqueux, la bronchophonie et la pectoriîoquie qui correspondent à l'embarras muqueux ou purulent, des bronches, à leur dilatation, aux excavations qui se forment dans le parenchyme; si l'on fait toutes ces exceptions, disons -nous, les nuances diversifiées auxquelles Laennec donne tant d importance n'en auront pas également pour tous les praticiens dans les diverses périodes de la péripneumonie. L'écrivain avait pour but , dans ce travail minutieux , de rattacher les principales données du diagnostic et du prognostic à l'instrument dont il était l'inventeur, afin qu'aucun praticien ne put s'en passer; mais nous avons dans la percussion , dans l'aspect des mouvemens respiratoires, dans l'ensemble, et dans la succession des irritations sympathiques, dans les phénomènes de sécrétion, de calorifjcation,de nutrition, des moyens beaucoup plus

sûrs crapprécier l'intensité de la phlegmasie et d'en estimer le danger. Le stéthoscope nous sert plus particulièrement à déterminer le siège du mal , ou plutôt les régions du poumon qui sont affecrées, et celles qui le sont le plus fortement. C'est un grand avantage sans doute, et que nous ne pouvons obtenir de la percussion. Il sert surtout à nous signaler les points de lacavitéthoracique sur lesquels nous devons agir. L'auscultation immédiate nous le concilie également, dira-t-on, et nous pouvons y rattacher les divers bruits de Laennec; pour moi, je persiste à croire que son stéthoscope est préférable à l'oreille nue dans la majeure partie des cas.

Ayant placé les signes dans le bruit sîéthoscopique, il donne tous les troubles des fonctions, occasionés par la péripneumonie, pour quelque chose de fort inférieur en certitude, sous le nom de symptômes. Il commence [)ar ceux qui dépendent du trouble des fondions pulmonaires. Ainsi la douleur obtuse et profonde de la poitrine, la dyspnée, la fréquence de la respiration et la toux sont des signes équivoques. Il n'y a que les crachats glutinueux , rouilles, striés de sang, ou jaunâtres, qui ne manquent jamais. Mais ces signes peuvent n'exister que fort peu de temps : par exemple, dès qu'il y a imminence d'agonie , ou ne les retrouve plus, ainsi que dans toutes les péripneumonies à marche rapide , ce qui doit être, selon moi ; car le besoin de respirer est si grand que le malade n'a pas le temps de tousser, d'expectorer, et même qiielquefois de boire ni de parler. Le signe tiré des crachats visqueux, etc., est des plus précieux ; il avait été signalé sans avoir reçu toute l'importance que lui a donnée l'auteur qui nous occupe; seul avec le râle crépitant il peut caractériser la péripneuraonie; il faut donc rendre

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grâce à la mémoire de Laenriec pour cet insigne service rendu au diagnostic de cette maladie que l'on reconnaissait difficilement, à moins d'une grande habitude, avant son ouvrage.

Les symptômes généraux et la marche de la péri^ pneumonie forment un troisième groupe de symptômes. Ici l'auteur devait être faux, et il l'a été, ainsi qu'il Test toujours, dès qu'il sort des descriptions analomo- pathologiques. Il y a long-temps que j'ai renoncé à cette division des symptômes en locaux et en généraux dans les phlegmasies , parce qu'elle a cessé de me paraître claire. En effet, qu'y a-t-il de général dans les symptômes que Laennec attribue à la péripneumonie ? est-ce la fièvre? Sans doute le cours du sang est accéléré dans tous les gros vaisseaux, mais il ne l'est pas également dans tous les tissus et dans tous les canaux qu'il parcourt : beaucoup de sécréteurs en reçoivent moins que dans l'état normal; et s'il survient des congestions dans quelques viscères, le sang y reste en partie stagnant. Il en est de même de l'innervation : elle languit dans im grand nombre d'organes lorsqu'elle est en excès dans l'appareil viscéral. Prétendra-t-on que le délire et le coma sont des phénomènes généraux?... cela serait par trop absurde. On en peut dire autant de tous les autres symptômes dépendant de la propagation d'une irritation locale, et dont plusieurs peuvent, à leur touPj devenir prédominans. En vain Laennec nous dit-il qu'une fois la fièvre établie il se forme des congestions dans les autres viscères: cela n'explique pas assez. Ce n'est pas le hasard qui re^ tient le sang, dont le cours vient de s'accélérer, dans la tête, dans l'estomac, dans le duodénum, dans le foie, dans les reins, dans le gros intestin. Dès qu'il circule plus vite, le sang tend à se porter vers la 4. i3

peau dont les sécréteurs et les exhalaus s ouvrent pour donner jour au sérum et dégager le corps de son calorique superflu. Point de maladie locale qui produise cet effet plus directement et plus efficacenient que la péripneumonie. Il faut donc rechercher pourquoi cette voie d'excrétion , de révulsion ou de dérivation et de résolution ne suffit pas toujours. On peut trouver quelquefois, quand on sait étudier l'irritation et les causes cjui la provoquent , pourquoi elle se développe dans un organe plutôt que dans un autre , et y retient lé sang pour produire laie congestion aussitôt que la fièvre accélère le cours de ce fluide. Cette étude est curieuse et utile; elle fait souvent découvrir plusieurs maladies dans une économie où l'on n'en apercevait qu'une au pre^ mier abord, et nous apprend à faire un juste emploi des moyens de déplétion et de révulsion. On n'a que trop long-temps commis la f^ute de mettre tous les phénomènes morbides qui s'offrent chez un ma^ lade sur le compte de l'organe qui a été le premier affecté, ou qui paraît l'être plus que l'es autres, parce qu'il parle plus haut à la faculté perceptive du patient. Il faut que cette incertitude, ce vague, cet arbitraire finissent, et que, pour premier signe de progrès dans l'art du diagnostic, l'on cesse de désigner par l'épithète de généraux ces désordres vraiment locaux, cpii se 'déclarent dans plusieurs organes à l'occasion de l'affection d'un organe primitivement affecté. Il importe également que l'on ne perde jamais de vue que l'organe qui contracte une inflammation aiguë sous Faction d'un stimulant qui lui est accidentellement appliqué, la cède souvent à un autre qui s'y trouvait plus disposé que lui , et qui compromet bien plus les jours du malade. Si Laeunec eût connu, ou plutôt eût compris toutes

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ces vérités, il n'aurait pas reproduit ici tous les plats lieux communs si complètement réfutés sur ressentialité pre'tendue de certains états fébriles ; et, ce qui est beaucoup plus important, il aurait eu des règles pour se guider dans l'administration de son grand spécifique des péripneumonics.

La gangrène des poumons est aussi érigée en maladie : elle est rare, suivant l'autcLU', et n'est point un effet de l'excès de rinfiammation ; c'est une affection essentiellement gangreneuse comme l'anthrax, le charbon, la pustule maligne, et l'inflammation que l'on observe autour de la poriion gangrér née en est l'effet et non la cause.

Voilà des assertions posilives et hardies ; elles m'offrent d'abord le vice de toutes les théories qui ont paru sur les gangrènes dites primitives avant Fépoque physiologique. Qii'est-ce en effet qu'une mort primitive et spoiîtanée, qui se fait suivre de l'inflammation? quelqu'un se fait-il une idée d'un pareil état? Ce que je vois de niiep.x prouvé dans les gangrènes que Laennec a prises pour terme de comparaison , c'est c[ue l'appareil nerveux a toujours reçu une atteinte fâcheuse soit par mie phlegmasie aigué ou chronique, parfois latente, de la membrane muqueuse du tube digestif, qui souvenl a été stimidée malgré sa phlogose, soit par celle de la moelle spinale, des nerfs et des vaisseaux, soit parla résorption d'une substance vénéneuse putride. Or, lesquatre observations dont s'étaie l'auteur pour admettre ces gangrènes primitives sont recueillies sur des sujets long-temps sur-irrités par des boissons alcooliques, ou par des phlegmasies chroniques. Je crois donc que c'est à une modification irritative, imprimée depuis un temps plus ou moins long au système nerveux, cpi'il faut s'en prendre. Ces gangrènes

sont toujours avec inflammation ; mais le mauvais état de la matière nerveuse du lieu enflammé les fait passer subitement à la gangrène. L'irritation d'une portion de peau déjà enflammée produit cet effet, comme je Tai vu dans ma jeunesse, en appliquant plusieurs fois des sinapismes sur la ménîe partie pour mieux révulser. Ainsi la sur-irritation en est une cause certaine. La résorption des poisons septiques n'est pas moins prouvée. Reste la phlegmasie simultanée des vaisseaux et des nerfs d'un membre dans la gangrène dite sénile ; mais je ne sais jusqu'à quel point ces cas ressemblent à ceux de Laennec.

Les gangrènes préparées par des phlegmasies chroniques sur-irritées, et par des poisons qui ont tué la force nerveuse, pourraient élre dites nerveuses par opposition à celles qui dépendent de l'excès de congestions sanguines^ et qu'on appelle inflammaioires. Cette division serait d'autant plus convenable que l'irritation nerveuse et la congestion sanguine sont les principaux élémens de l'inflammation.

La gangrène du poumon s'est présentée à Laennec sous deux formes principales: 1" non circonscrite, 2" circonscrite.

La non circonscrite n'est autre chose qu'une péripneumonie dont l'hépatisation se résout en un putrilage noirâtre à odeur gangreneuse. J'avais parlé, dans mes ouvrages, de cette nuance de désorganisation qui correspond toujours à une irritation excessive de l'appareil circulatoire , ou plutôt du cœur, marquée par une fréquence extrême du pouls et une chaleur fort acre. Laennec Ta vue chez des sujets cacochymes, qui, selon moi, devaient leur caco- (vliymie à des phlegmasies chroniques. Je l'ai observée chez des sujets robustes , mais qui avaient de com-

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m lin avec ceux de Laennec d'avoir été soumis à Taction de très violens excitans. C'est toute l'idée que j'en ai pu prendre, n'ayant aucun moyen d'analyser la matière nerveuse pour y découvrir un dlvinum f/uid de nature vénéneuse. L'auteur ne peut lui assigner d'autre caractère', pendant la vie, que des crachats à odeur grangréneuse. Tout le reste lui est commun avec les autres péripneumonies.

La gangrène circonscrite consiste en une escare en forme de bourbillon qui se forme dans la plèvre pulmonaire. Il l'a vue adhérente et entourée d'un cercle rouge, flottante et non encore détachée, et il croit qu'elle peut être expectorée si les bronches ont été ouvertes par la suppuration du tissu pulmonaire. Il donne les signes stéthoscopiques de ces différens états avec un détail , une précision qui portent à croire qu'il a supposé la moitié de ce qu'il dit; du moins ses quatre observations n'en fournissent pas la substance. Comme je ne puis concevoir ces escares de la plèvre que consécutivement à une pleurite prolongée, avec épanchement, à un point de phlegmasie dans le parenchyme correspondant , je ne saurais reconnaître dans cette gangrène, comme dans la première espèce, autre chose que le produit d'une sur-irritation delà partie où se déclare la mortification. Je ne vois donc ici qu'un fait d'anatomie pathologique éclairci par les travaux de Laennec , et nullement una maladie nouvelle faite pour augmenter les cases d'un traité de nosologie physiologique. Au surplus, on peut lire avec profit les détails dont il j'accompagne sur le tintement métallique et la résonnance amphorique. On y apprendra à reconnaître le mal, mais non à le guérir, ni surtout à le prévenir.

La péripneumonie chronique est fort rare, selon

igS MÉDECINE DE LA FRANCE.

Laennec, et il me trouve ridicule de l'avoir crue commune. Cependant il reconnaît son existence autour des foyers fistuleux qui suivent les escares du poumon, à la suite des grandes hémoptysies qu'il attribue à l'apoplexie pulmonaire , entre les tubercules, dans les parois des excavations qui résultent de leur détritus; il la reconnaît à des granulations semblables à celles de la pneumonie aiguë, mais un peu plus sèches. En voiîà bien assez , et de son propre crû, pour prouver que celte pneumonie n'est rien moins que rare, et ion doit s'étonner de l'avoir entendu ailleurs attribuer constamment à des tu- , bercules les phlhisies qui succèdent aux grandes hémoptysies. En effet, pourquoi , si l'hépalisation de ces hémorrhagies peut se prolonger en pneumonie chronique, ne donnerait-elle pas des excavations purulentes indépendantes de tubercules préexistans? Laennec, d'ailleurs, n'a-t-il pas admis des abcès pulmonaires par vingtaines? \\w abcès du poumon ne peut-il pas être une cause de consomption ? malheureusement cet homme manquait souvent de mémoire, ou plutôt de puissance de rapprochement; ce qui l'empêchait souvent de voir toutes les conséquences des faits qu'il rapportait. Mais les faits restent; ils portent leurs fruits, et les fausses conclusions tombent bientôt dans la stérilité.

Nouvelle preuve du faux esprit de notre auteur; il ne s'est point aperçu que ses hépatisalions grises et jaunes rentrent souvent, et fort souvent, dans les pneumonies chroniques. Ne l'ayant point senti, cet auteur adm.et ici, comme choses différentes de ces hépatisations, des pneumonies chroniques qui ne sont que la prolongation de pneumonies aiguës, rendues clironlcjiies j)ar le défaut ou le vice du traitement. Il en a vu, de deux mois et demi de durée, à l'état d'en-

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goiiement, tendant à se changer en œdème; plus, il a vu des cas semblables offrant des points fort durs, quelquefois épars, qui pouvaient même suppurer.

Après avoir lu tout cela sans distraction, on tombe des nues en se rappelant que les pneumonies chroniques ont été déclarées rares pi\r Laennec ; et Ton éprouve un sentiment de pitié à i aspect des efforts inutiles qu'il fait pour séparer une foule de choses qui sont liées par une frappante identité de nature; en un mot , dans Fespoir de faire de quelques nuances d'une même affection des entités essentiellement différentes, et de son invention.

C'est d'après le même esprit qu'il sépare les pneumonies chroniques avec sécrétion tuberculeuse, de toutes les autres, pour leur donner la dénomination de p/uhisies pulmonaires. Mais comme il s'en occupera bientôt cj: professa^ nous attendrons ce moment pour développer notre opinion tout entière.

Les péripneumonles lalenles et symptomalirjues sont réunies dans le même article. On en peut trouver de latentes simples pour le diagnostic desquelles le stéthoscope est précieux. Mais l'auteur s'appesantit particulièrement sur celles qui surviennent pendant le cours d'autres maladies. Il répète des pneumonies ce qu'il a dit plus haut des catarrhes : elles se joignent-aux autres maladies du poumon; et il cite les engorgemens hémoptoïques, les œdèmes du poumon, les congestions sanguines des agonisans et les catarrhes. On voit que la passion des entités le jette dans les doubles emplois. Pourquoi avoir distingué l'hépatisation des hémoptoïques d'avec les péripneuiuoiiies^ puisqu'il est obligé maintenant de les y réunir? 11 fallait dire que ces congestions sont inflammatoires, mais qu'elles peu vent donner une hémorrhagie comme toutes les autres ioflamœations , il fallait indiquer

les circonstances qui favorisent cette excrétion , et montrer, s'il était possible, pourquoi si rarement riiémorrhagie se trouve le remède de la congestion.

Même raisonnement à faire sur toutes les autres complications pulmonaires. Il devait s'essayer aux rapprochemens plutôt que de travailler à la dissociation. En effet, une congestion est ou sanguine ou œdémateuse dans les parenchymes , suivant son degré d'intensité et de rapidité de formation , et suivant l'état actuel de la masse sanguine du patient, etc. On en peut dire aïîtant des congestions des agoni- ^ sans.

Quant aux catarrhes, l'auteur annonce d'abord que la pneumonie répugne às'y associer, et cela lui paraît au point qu'il serait tenté de considérer le catanhe comme un préservatif de la péripneumonie. Cette idée m'avait d'abord séduit, quoique j'eusse mil!e fois observé le contraire ; mais j'ai toujours l'habitude de me méfier de moi-même. Je me disais : Pourquoi l'auteur n'aurait-il pas raison? L'excrétion muqueuse n'est-elle pas une voie ouverte à la résoiulion des congestions sanguines? n'est-elle pas un moyen de leur enlever la constricîion nécessaire à la formation de toute phlegmasie? Je continue donc ma lecture; mais voilà que les exceptions de Laennec se multiplient à tel point que mon explication ne m'inspire plus la même confiance. En effet ^ j'ai vu , non sans surprise, que la première exception était pour les catarrhes aigus, ce qui est immense; que les catarrhes pituiteux chroniques étaient les seuls auxquels il osât assigner la vertu anîipéiipneumonique, encore avec le correctif d'un peut-êlre , et de plus avec l'expresse condition qu'ils ne rentreraient pas dans le catarrhe suffocant des jeunes gens... et des adultes ; et qu'ils ne siégeraient pas chez ceux qu'une fatale pré-

ÀNAT. PATHOL. — LAENNEC. 201

disposition expose aux péripneiimonies, et qui en ont jusqu'à deux ou trois par an. Oh! pour le coup, la mesure m'a paru comble! je me suis senti convaincu, par mon auteur lui-même, que les exceptions surpassaient de beaucoup la règle, et j'ai compati plus que jamais au sort des médecins qui vivent sous la tyrannie des entités nosologiques.

Mais ce n'est pas là tout : je vois dans cet article non seulement que cette péripneumonie chronique, naguère si rare, existe avec le titre de latente chez les phthisiques, dans les intervalles des tubercules, mais qu'elle se joint encore aux vieilles gouttes et aux rhumatismes dont notre logicien fait des affections générales ; on la rencontre aiguë dans les fièvres éruptives et dans les fièvres graves , où eile,se trouve masquée par les symptômes de la maladie (et moi j'ajoute qu'elle reste souvent chronique à la suite de ces maladies, surtout des éruptives) ; elle donne la variété péripneumonicjue des fièvres pernicieuses ; en un mot, et définitivement, l'inflammation , tant aiguë que chronique, du parenchyme pulmonaire est une des maladies les plus fréquentes de l'espèce humaine.

Telle est la conclusion que l'on est forcé de tirer des recherches de Laennec ; toutefois je la crois beaucoup trop générale et absolue : encore une fois ^ cet homme et tous ceux de son école ont jugé du monde entier par la capitale de la France : mais il s'en faut de beaucoup que les maladies du poumon soient pour les pays méridionaux ce qu'elles sont pour les latitudes septentrionales. Mais Laennec aimait à parler en législateur. Nous en aurons bien d'autres preuves.

Le but de cette énorme multiplication des péripneumonies latentes est évident j il s'agit de rehausser

l'importance du stéthoscope en prouvant que ces maladies cessent- d être latentes pour ceux-là seuls qui savent s'en servir.

Le trallemenl est le point principal dans la théorie de toute maladie : l'auteur rend un compte fidèle de tous les moyens employés , mais c'est pour faire admettre celui qu'il préfère. Il ne voit la saignée, dans la péripneumonie , que comme la voyaient les anciens , un moyen de déplétion générale par l'ouvertiu^e des grosses vcineso Ses viîcs sont assez sages sur ce point; mais il ne mentionne pas plus les saignées locales que si personne n'en eût parlé. Il ne s'est donc pas douté qu'un écoulement continu par des piqûres de sangsues était, de tous les moyens, le plus propre à terminer promptement les péripneuinonies lorsqu'on peut y avoir recours près du début. Il se ÙQ peu à la mélliode dcrlvallve ^ c'est-à-dire aux vésicatoires , et défend de les appliquer sur la poitrine : s'il s'en sert, il les place au loin. Cependant nous avons vu et revu, dans une foule de cas , les vésicatoires procurer des guérisons en quelques heures, étant appliqués tout près du point malade; mais il est nécessaire que d'abondantes émissions sanguines aient précédé.

On sait que certains médecins se figurèrent jadis que les alkalis devaient dissoudre le sang dans les veines et le liquéfier, comme on les voit agir dans \\n vase inerte. Ils conçurent donc le projet de détruire par ces agens la viscosité infammaloii^e, et donnèrent les alkalis sans se soucier de l'effet qu'ils poiirraient produire sur les parois de l'estomac. Laennec ne s'en est pas mis plus en peine qu'eux. Il se contente de dire qu'il a trouvé ces remèdes de nul effet sur la péripneumonie. La tendance de cet auteur à braver les excitans est chose digne d'at-

AN AT. PATHOL — LAENNEC. !î^3

tention; cet esprit de bravade, clans reraj3loi des raédicamen s héroïques, contradictoire à nos observations, subsiste encore dans la secte qu'il a laissée.

La méthode évacuante, soit par les laveniens laxatifs, soit par les purgatifs et les vomitifs ingérés, a fait merveille, suivant l'auteur, dans les complications bilieuses, entre les mains de Stoîl, Corvisart, Finke et autres; mais on ne voit plus de ces constitutions bilieuses, ou du moins elles sont si rares, que cette pratique ne procure plus de grands succès. Ne serait-on pas tenté de croire que Laennec a mis ici de l'ironie ? cependant il était de bonne foi ; il aimait mieux supposer des changemens occultes dans les influences atmosphériques, qu'avouer les immenses progrès que l'on a faits depuis peu d'années dans le diagnostic et le traitement des maladies inflammatoires.

La mélhode ioniffue a bien ses avantages aux yeux de notre auteur dans certaines épidémies de pneumonies adynamiques. (Voyez notre réfutation de Pinel.) Elle a réussi en Allemagne. Il la croit surtout utile chez les vieillards et les sujets cachectiques et débilités, particulièrement vers la fin , après la période de suppuration, lorsque la résorption se fait attendre et que la fièvre est tombée. L'auteur a vérifié tout cela en i8i4 à Paris. Ces grands succès, vaguement rapportés, le plus souvent sur la foi d'un nom qui ne fait point ombrage , soit parce qu'il est éloigné, soit parce qu'il n'existe que dans l'histoire, ne séduiront plus désormais que des esprits superficiels. Rapportez-moi vos histoires quand vous voulez me convaincre de l'utilité d'un moyen que ma raison réprou\e. Laennec dit s'être convaincu que le kina est le meilleur moyen dans la gangrène du poumon^ et qu'il a obtenu de grands succès

^o4 MÉDECINE DE LA. FRANCE.

en donnant le sulfate de kinine à dix-huit grains par jour pendant {Dlusd'un mois. Conférez ces assertions, d'une part, avec le petit nombre de cas de gangrène des poumons qu'il confesse ailleurs avoir rencontrés, et de l'aiitre avec la difficulté du diagnostic de ces gangrènes avant la nécroscopie, et croyez si vous pouvez. C'est avec de vagues préceptes généraux donnés d'un ton affirmatif , et avec de fausses observations, qu'on retarde les progrès de l'artde guérir.

La méthode altérante marche à la suite de la tonique. L'auteur ressuscite un vieux mot inusité de nos jours, par lequel on désignait l'action inconnue de certains raédicamens qui agissent sur les maladies et les guérissent sans provoquer aucune évacuation supernormalc. «On les opposait, dit-i! , aux engorgemens chroniques des viscères qu'on appelle obstructions; mais, moi, j'ai remarqué qu'on leur assignait surtout la propriété gratuite d'agir en changeant l'état du sang. » Il les regarde comme des stimulans du système lymphatique. Mais cette action n'est, selon lui, que conditionnelle : les alkalis , les sels neutres, les purgatifs à dose incapable de purger , la scille et l'antimoine qu'on dit béchiques, ou remèdes de la toux , le calomel, le ]nercure soluble , sont des excitans qui^ déposes dans l'estomac, agissent sur l'organe le plus disposé à recevoir leur influence, et peuvent également provoquer ou suspendre des évacuations, d'où résultent des changemens des solides et des fluides.... C'est fort bien ; mais il est utile de noter que certaines de ces substances ont déjà figuré parmi les fondans , parmi les évacuans, etc., et qu elles vont reparaître sous un autre titre.

11 s'agit ensuite du iaiHre stiblé à haute dose , dont l'emploi est qualifié du nom de méthode, sans être rapporté à l'une des précédentes. L'auteur donne

ANAT. PATHOL. — LAENNEC. 2 0D

'historique de cette médication et la fait remonter à livière, qui donnait le tartre stibié à dose vomitive , ous les jours ou tous les deux jours dans les péri- Dneumonies. Le kermès parut ensuite comme héchi' jue entre les mains des praticiens, après avoir été illérant ; Rasori remit Fémétique en vogue, mais à :losestelles , qu'il n'agissait plus comme vomitif. Laen- [lec expose sa méthode propre ; il en donne de seize à dix-huit grains par jour dans l'infusion de feuilles d'oranger , et si l'effet purgatif est trop fort il y joint l'opium» Un grain toutes les deux heures, six fois dans la journée, est à peu près sa manière , après une légère saignée; car il accorde à Rasori que plus le sujet est fort et pléthorique, plus la médication est efficace. En cas d'état avancé ou d'opiniâtreté , il augmente jusqu'à deux grains et demi pour chaque prise, sans augmentation de la quantité du véhicule. Il avoue que le tube digestif est sur-irrité; mais il ajoute que, malgré cela, des succès remarquables ont couronné ses tentatives. Il a rarement rencontré des malades qui n'acquissent pas la tolérance. Si quelque sujet rebelle s'avisait de tropsoufhir des six premiers grains, l'intrépide praticien lui en faisait prendre neuf le lendemain, et, devenu plus tolérant, le patient les supportait à merveille. Quelquefois, ajoute-t-il, au bout de vingt-quatre ou vingt-huit heures , ils sont sauvés ; mais la résolution est souvent longue à terminer, et le médicament ne doit pas être interrompu malgré le retour de l'appétit. Des malades en ont pris jusqu'à dix, douze, et même dix-huit grains par jour en mangeant la ration ordinaire. Dès qu'on a obtenu de l'amélioration , on peut compter sur un succès non traversé par des rechutes, si r,on a le courage de persévérer, tandis qu'on a sou-

vent observé jusqu'à cinq et six exacerbations clans le traitement }3arles saignées.

L'auteur donne après cela le résultat de sa pratique par celte méthode : ii ne compte qu'un mort sur vingt-huit péripneiimonies. Mais pour ces grands succès, il ne faut pas de complication pleurétique , car l'émétique agit peu sur les phlegmasies séreuses; et si Rasori lui-même n'a pas obtenu de pareils triomphes, c'est qu'il ne savait pas exchire de ce traitement les cas de pleurésie. Eh 1 comment l'anrait-il su, puisque personne ne peut s'y reconnailre que par l'usage et la grande habitude du stélhoscope!..,

J'ai rendu mon auteur avec fidélité : la question en vaut la peine; car si les succès de la superémétisation sont tels qu'il les annonce, d'où vient que cette pratique, loin.de séduire les médecins de notre capitale qu'il a rendus témoins de tous ces prodiges , a tant perdu de son crédit depuis qu'il n'est plus là pour la soutenir ?

J'avoue qu'ayant observé souvent de funestes superstimulations de l'estomac par l'émétique donné à dose vomitive , je ne pus d'abord vaincre la répuc^nance que m'inspirait la mélhode rasorienne. Je déclarai que je considérais la surémétlsation comme une révulsion exercée sur la muqueuse gastrique, et que les résultats ne pouvaient qu'en élre fâcheux toutes les fois que cette membrane se trouverait dans un état de surexcitation. On continua les expériences sans en avouer tous les résultats; mais on vit par le silence des praticiens , et par la timidité qu'ils mettaient à proposer la méthode dans les consultations, que ses partisans étaient loin de se multiplier. Seulement de temps à autre on rapportait quelques guérisons de péripneumonies rebelles

ANAT.PATOL. — LAENNEC. 2O7

que l'on avait surémétisées en désespoir de cause , les malades paraissant près de l'agonie. J'avais pris aussi sur moi d'essayer cette méthodedans !es mêmes cas; mais je n'avais point été heureux. Enfin l'hiver de i85i ayant beaucoup multiplié les congestions pulmonaires au Val-de-Grâce, je résolus de savoir à quoi m'en tenir. Je revins à la potion stibiée administrée suivant la méthode de Laennec, J'y insistai dans un grand nombre de cas, et mon opinion s'est formée.

Oui^ rémétique donné à un grain toutes les trois heures irrite Testomac et les intestins dans les péripneumotties fébriles. Le plus grand nombre des malades vomit; d'autres ont plusieurs selles; d'autres éprouvent les deux évacuations; de ceux qui ne les ont pas , les uns suent , si les circonstances sont favorables, et d'autres ont des urines plus copieuses qu'à l'ordinaire. Quelques uns n'offrent d'abord aucune évacuation : parmi ceux-(û les uns vont bien et les autres mal. Ceux dont l'état s'améliore ne tardent pas à avoir ou des urines ou des sueurs ; ceux qui empirent tombent dans les angoisses de la gastrite avec suspension de toute excrétion, état parfaitement connu des observateurs physiologistes. Ces derniers périssent d'ordinaire eu un ou deux jours, et l'ouverture montre une horrible gastrite avec ou sans induration péripneumonique , souvent sans induration; car la révulsion sur les parois de l'estomac est alors complète, de sorte qu'au lieu de mourir de péripneumonie, comme l'apparence d'agonie le faisait craindre avant l'emploi des remèdes, le malade meurt de gastrite.

Parmi ceux chez qui l'émétique provoque des voraissemens et des selles liquides et copieuses (et ces derniers sont les plus nombreux d'après mon obserr

vation), on en voit qui guérissent, et même avec une promptitude qui surprend. J'ai vu des agonisans qui demandaient à manger le lendemain de. la surémétisation; mais j'en ai vu encore davantage qui , après avoir été soulagés de la respiration , se trouvent dans un état de gastro-entérite complète qui se termine chez les uns par la guérison définitive au moyen du traitement approprié; chez les autres par la mort , soit dans l'élat aigu , soit dans le chronique^,! Ainsi l'excitation des sécréteurs et les évacuations les plus copieuses qui souvent, je dois l'avouer, dégorgent puissamment le parenchyme pulmonaire et les bronches, ne préservent pas les malades de la surexcitation de la muqueuse des voies digestives , et des conséquences défmitives les plus funestes , si cette surexcitation est mal conduite.

Voilà des faits constatés; j'en suis certain , car ils l'ont été par moi. Laennec parle de gens qui prennent jusqu'à dix-huit grains d'émétique par vingtquatre heures avec la ration complète d'alimens , et qu'il a tenus à ce régime pendant plusieurs jours pour achever la résolution de l'inflammjation pulmonaire. J'avoue que je n'ai point vu cela; toutes les fois que la résolution m'a paru commence'e et soutenue pendant deux ou trois jours, j'ai renoncé à lemétiqne, aimant mieux m'en rapporter à la nature, ou l'aider avec un révulsif extérieur, que de faire courir aux malades les chances d'une surexcitation dont les effets peuvent se prolonger une grande partie de la vie, comme je l'ai vu dans mes consultations particulières sur de nombreux malades traités plusieurs années auparavant par la méthode rasorienne.

D'après ces faits, je persiste dans l'opinion que le premier je manifestai, en France , sur les guérisons par la superémétisation rasorienne : ces guérisons ne

AlVAT. PATHOL. — LAENNEC. 20Q

sont dues qu'à une forte stimulation des voies gastriques, suivie de sécrétions diverses; le plus grand nombre des malades court des dangers lorsqu'on les y soumet; tous ceux chez qui la gastrite ou la gastroduodénite, compagnes assez ordinaires de la péripneumonie aiguë, sont intenses et n'ont pas été suffisamment combattues, n'acquièrent point la tolérance, et peuvent succomber en fort peu de temps à la surirritation de la muqueuse du tube digestif.

Quant à cette absorption interstitielle admise par Laennec pour expliquer l'effet du tartre stibié sans recourir à la révulsion, je la regarde comme une véritable escobarderie. Eh! n'a-t-elle donc pas également lieu cette absorption interstitielle, toutes les fois que s'opère un déplacement de l'inflammation? C'est sa cause déterminante qu'il faut chercher : or, nous la trouvons ici dans une forte stimulation de Teslomac et des intestins, comme nous la rencontrons dans une rubéfaction de la peau, lorsque nous obtenons le même résultat par un sinapisme. C'est vouloir se jouer du bon sens des physiologistes que de leur dire que l'émétiaue agit sur l'absorption interstitielle directement, sans surexciter la surface muqueuse qui lui sert de réceptacle. Un semblable langage s'explique dans la bouche d'un homme que ^ la découverte de la gastrite, faite par une autre école que la sienne , rendait injuste ; mais tous les observateurs à sens droit et sans prévention ne feront aucun cas de cette assertion ridicule.

J'abandonne Laennec faisant essai de plusieurs autres médicamens actifs à énormes doses pour éprouver la doctrine du contre-stimulus , et je le reprends occupé des productions accidentelles de§ poumons*

210 MÉDECmE DE LA FRANCE.

Bes productions accidentelles développées dans le poumon.

L'auteur entend par productions accidentelles toutes les substances étrangères à l'état normal que diverses altérations de la nutrition peuvent développer dans nos organes. Celles qu'il a eu occasion de rencontrer dans les poumons sont: i°les kystes proprement dits ; 2" les kystes contenant des vers véstca- [aires / 5° les masses fibreuses, cartilagineuses ^osseuses, ostéo-pétrées eu crétacées; [\ les tubercules; 5° le cancer, qu'il nomme encéplialoïde ou matière cérébri^ forme ; 6° celui qu'il appelle mclanose.

La définition qui embrasse ces six genres de lésions est bien vague : il les explique par des altérations de la nutrition; mais presque toutes les lésions organiques en dépendent, sans en excepter aucune de celles que Laennec rapporte à l'inflammation , c'està-dire la plupart de celles qu'il a décrites dans les sections précédentes, il s'agit de trouver la cause oui pervertit la nutrition ; car la nutrition n'est quïine fonction, et une ^nction ne se dérange pas d'elle-même.

L'auteur donne l'idée des signes communs, sous le rapport de l'auscultation, à toutes ses productions accidentelles. Les symptômes sonttoujours les mêmes dans le début, et se réduisent à une dyspnée proportionnée au volume de la tumeur, et à une toux plus ou moins forte , tantôt sèche, et tantôt à expectoration variable, point encore d'altération de la nutrition. Elle ne parait, selon l'auteur, qu'à l'époque du ramollissement. Quant à la percussion , elle ne peut rien indiquer dans le début; car il faut qu'une tumeur ait au moins le volume d'un œuf pour produire une absence de son que la percussion

ANAT. PATHOL. LAENHEC. SJl

puisse saisir. Cela est au point que , toujours suivant notre auteur, un poumon rempli de tubercules, au point d'avoir un tiers de poids de plus que l'autre, peut paraître aussi perméable à Fair que s'il n'était point malade, pourvu que la substance du parenchyme interposée entre les tubercules ne soit pas hépatisée, ou infiltrée de quelque matière capable d'empêcher la pénétration de l'air (i).

Yoilà des déclarations conformes à la raison, parce qu'elles sont fondées sur le témoignage des sens. C'est à nous d'en prendre acte et d'en tirer parti. Il en résulte que l'on ne peut obtenir, pendant la vie, de certitude sur la nature des productions accidentelles qui pourraient se former dans les poumons , et que, par conséquent , nul ne peut affirmer, avant la nécroscopie, Texistence des corps étrangers dans les poumons , à moins qu'il n'en ait découvert des échantillons dans les -matières expectorées.

On nous dit que ce n'est qu'à l'époque du ramollissement des productions accidentelles que la nutrition est en souffrance; mais ne nous a-t-on pas dit que les productions accidentelles étaient l'effet d'un vice de la nutrition ?

L'auteur s'occupe sans délai des tubercules du poumon, et les donne comme synonymes de la phthisie pulmonaire. C'est l'assertion de Bayle que nous avons vue plus haut et que j'ai relevée. Elle nous fait voir combien l'hypothétique diffère du démontré.

Laennec veut que la matière tuberculeuse se développe dans le poumon et dans les autres organes sous deux formes principales : i"* sous celle de corps isolés qui présentent les variétés principales, les tuber-

(i) Ouvrage cité, t. T", p. 529 et 53i.

512 MÉOECINE PE lA FRANCE.

Cilles miliaires, les tubercules crus, les granulations tuberculeuses, et les tubercules enkystés; 2" sous celle d'infiltration tuberculeuse, offrant également trois variétés : l'infiltration tuberculeuse informe, la rise et la jaune. Du reste, les variétés ne font rien

au fond de la chose : l'idée de Laennec est que la matière tuberculeuse se forme dans le sang par un vice de la nutrition , et qu'elle est déposée dans le parenchyme des poumons, indépendamment de tout mouvement inflammatoire. Cette formation et cette déposition sont purement supposées. Aucun sens ne les constate, et l'induction tirée des faits relatifs à la phthisie pulmonaire n'y conduit que les médecins qui ont Thabitude d'admettre les opinions sur parole , ou qui ont un goût décidé pour les hypothèses.

Tout ce qui est fait d'anatomie pathologique concernant les tubercules et les désorganisations qu'on y voit associées , est bien décrit par l'auteur ; mais quand on le voit faire venir les divers tubercules par éruptions primitives , secondaires , ternaires, qui se font par étages et du haut vers le bas , sans qu'on en puisse donner aucune raison plausible , on reconnaît Fhypothèse accommodée à des vues particulières. Il n'est pas vrai que les tubercules débutent toujours par le sommet des poumons. Je les ai vus se propager de la base vers le sommet, et de la plèvre primitivement attaquée 5 vers le fond du parenchyme.

J'ai observé les phîhisiques aussi long- temps que Laennec, et j'en observe encore depuis qu'il n'existe plus. Or, j'ai toujours remarqué que la gastro-entérite chronique se développe dans le progrès de la désorganisation pulmonaire, et qu'à sa suite venaient les dégénérations tuberculeuses du.

ANAT. PATHOL. — - LAE:^NEC. 2X0

lïiésentère, d'ailleurs absolument analogues à celles que l'on rencontre lorsque cette même gastro-entérite n'est point accompagnée craffection pulmonaire. Eh bien ! Laennec n'entend pas cela; il veut que ces tubercules soient l'effet d'une des dernières éruptions de la matière tuberculeuse; et lorsque les malades ont souffert du tube digestif avant de souffrir des poumons, c'est parce que les premières éruptions destinées à les immoler un jour se sont faites dans le bas-ventre «, au lieu de se faire dans la poitrine. C'est donc toujours Fhypolhe'tique et l'imaginaire.

Notre auteur décrit bien toutes les altérations pulmonaires compagnes des tubercules; et quant à l'induration ou Fhépatisation rouge, il fait dépendre de ces corps l'inflammation qui l'a produite, et ne tient aucun compte des divers degrés d'irritation que les bronches ou la plèvre ont pu souffrir comme cause des tubercules. M. le docteur Bazignan a provoqué des sécrétions tuberculeuses dans les poumons de plusieurs animaux en injectant dans les bronches des gaz irrita ns. Ce fait serait décisif pour un homme de bonne foi ; mais Laennec, au lieu de s'y rendre ou de le discuter, prend le parti de le nier avec assaisonnement de quelques sarcasmes sur ïirritatlon. Son organisation cérébrale ne lui a pas permis de prendre une juste idée de ce phénomène, quoiqu'il en ait bien cherché la déiinition dans les ouvrages des physiologistes. Il n'a pas même pu la trouver dans les deux premières éditions de l'jE^irâf/nfw. Voilà la prévention. Nous n'ennuyerons pas le lecteur en recherchant les motifs : conîentons-nous de remarquer que le mot est tellement nécessaire maintenant aux théories médicales, que ceux qui n'en connaissent pas la valeur ne peuvent traiter une

2l4 MÉDECmE DE LA FRANCE.

question quelconque de pathologie sans débiter des absurdités.

C'est ce qu'on peut vérifier en lisant Laennec lorsqu'il se demande si les tubercules sont un produit de r inflammation; en effet, lorsqu'il croit avoir prouvé la négative , il n'a plus aucun moyen de les expliquer, s'étant privé de la ressource de l'irritation ; ce qui le réduit à admettre les éruptioi^s hypothétiques, spontanées, dont je viens de parler. Mais voyons comment il traite ici la question de l'inflammation par rapport aux tubercules.

11 affirme que la pneumonie chronique ne saurait la produire, parce que la phthisie est rare à sa suite ; et comme on peut lui répondre que cela est faux , il ajoute que lorsque la phthisie succède à la pneumonie chronique, on peut aussi bien dire que les tubercules en étaient indépendans, et qu'ils l'ont simplement prolongée, que soutenir qu'ils en étaient le produit. On peut voir notre réfutation des anatomo-pathologistes du grand Dictionnaire, aussi bien que celle de Bayle, où je prouve que les mêmes tempéramens qui sont tuberculeux dans le nord ne le sont pas dans le midi. Happelez-vous aussi les inductions que j'en ai tirées sur l'irritation subinflammatoire des tissus lymphatiques^ sécréteurs , exhalans^ absorbans, laminaires, etc., etc. Mais que répondre à des hommes qui nient les faits chaque fois que les tortures qu'ils leur ont fait supporter ne suffisent pas pour remplir leurs vues ?

La matière tuberculeuse ne saurait être comparée au pus, dit Laennec; car le pus enlevé se régénère, ce qui n'arrive pas à cette matièr.3.... Aucun des nôtres n'a dit que les tubercules fussent du pus semblable à celui du phlegmon , maî\s seulement un produit, ou, si l'on veut, unesécrétKon morbide de

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cerlains de nos tissus en état prolongé d'irritation.

Toute l'argumentation de Laennec roule sur ce point que la pneumonie chronique, telle qu'il l'a décrite plus haut , ne ressemble point aux. tubercules. Mais il est clair que la différence de leurs formes d'altérations organiques ne prouve pas que l'une et l'autre ne puissent ou dépendre de la même cause, par exemple l'action du froid (qui détermine aussi bien des phlegmasies séreuses, des hydropisies, des gangiionites, des névrites, que des phlegmons) , ou même se provoquer et se remplacer mutuellement.

L'auteur demande ensuite si les tubercules sont l'effet du catarrhe. Il le nie, comme de raison, se fondant sur ce que certaines personnes supportent des catarrhes pendant une longue vie sans devenir phthisiques ; c'est-à-dire, selon lui , sans contracter des tubercules dans les poumons; et sur ce que d'autres sujets, qui n'ont jamais éprouvé de catarrhes , deviennent tuberculeux et phthisiques. Nous ne prétendons pas nier ces deux faits; mais prouvent-ils l'indépendance absolue des deux maladies? si les tubercules peuvent causer le catarrhe , comme Laennec en est convenu plus haut, pourquoi l'irritation du catarrhe ne pourrait-elle pas provoquer des tubercules? L'afflux du sang, causé par la présence des tubercules , est l'effet d'une irritation , comme l'auteur le dit plus bas, et cette irritation devient ainsi une cause de pneumonie et de catarrhe. Qui donc empêcherait c|ue l'irritation des bronches en proie au catarrhe ne se transmit aux tissus aréolaires, ganglionnaires, lymphatiques, qui sont le siège des tubercules, et n'en déterminât la sécrétion? L'un me paraît aussi naturel que l'autre : il ne faut, pour cela, qu'admettre la prédisposition. Mais elle

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entre dans l'éliologie de tontes nos affections, et n'est nullement bornée à celle de la phthisie.

« Malheur à l'homme qui s'enrhume, pour la pre* mière fois, entre vingt et soixante ans.» Je le crois avec Laennec; mais c'est un fait qui n'infirme pas la possibilité de la transmission de l'irritation désorganisatrice des bronches aux tissus sujets à sécréter des tubercules. Ce fait démontre seulement que ces productions peuvent être déterminées par plusieurs genres de causes.

C'est ici que l'auteur nie les expériences du docteur Bazignan , et fait entendre que lui et moi avons pris des suppurations pulmonaires pour de la matière tuberculeuse. Faible ressource que celle d'un insolent démenti contre des faits bien constatés. J'ai vu les pièces, et je puis affirmer que les poumons dont M. Bazignan avait irrité les bronches contenaient de la matière tuberculeuse parfaitement semblable à celle des poumons des phîhisicjues.

Voilà pour les irritations de la surface interne des bronches, et tout le monde connaît, par les expériences de M. Flourens sur les poulets, l'influence du froid sur la production de la matière tuberculeuse dans les poumons. Personne n'ignore non plus que les animaux habitués aux chaleurs équatoriales deviennent tuberculeux dans nos ménageries. De pareils faits, rapprochés de ceux que j'ai déjà cités, ne montrent-ils pas assez que cette matière n'est sécrétée à l'intérieur que parce que les sécrétions extérieures se trouvent en moins ? et ce changement d'action ne se range-t-il pas de lui-même parmi les irrigations, surtout lorsqu'on observe qu'il y a pareille sécrétion par l'irritation opiniâtre des bronches ? Que nous voulait donc Laennec, etque nous veulent encore ses adhérens en cherchant à ridicu-

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liser l'irritation dans le but de lui substituer un vague qui ne conduit ni à la thérapeutique, ni même à la prophylaxie ? C'est un progrès que nous faisons faire à la science : quelle manie que celle de travailler sans cesse à l'empêcher d'en jouir !

La. pleurésie n'a pas plus que les autres formes de l'inflammation pulmonaire le privilège de produire des tubercules. Croire le contraire, c'est être absurde, et M. Broussais est de ce nombre... Ainsi notre entêté ne croyait pas ce que j'ai vu : des pleurites chroniques avec collection, réduisant le parenchyme à la moitié de son volume, dans lesquelles on pouvait faire la remarque suivante : plèvre épaissie et blanche sur le parenchyme; derrière cette plèvre, ce parenchyme induré, mêlé d'hépatisation rouge et de matière tuberculeuse jusqu'à la profondeur de deux et trois pouces. Point de tubercules, point d'hépatisation au-delà , ni dans le poumon opposé. Plus on s'éloignait de la séreuse, plus l'hépatisation et la matière tuberculeuse diminuaient : commémoratif apprenant que l'état morbide a débuté par une pleurésie aignè. A cet aspect, je dis que l'irritation prolongée dans la membrane séreuse s'est répétée dans le parenchyme, et y a déterminé les deux formes d'altérations susdécrites. Ai-je tort? faut-il croirp, avec Laennec, que la matière tubercnleuse, sécrétée par une puissance inconnue d'éruption, a produit l'hépatisation et la pleurite en exerçant une irritation à proximité de cette membrane^ et faisant là l'office d'une épine de Vanhelmont.

Je veux bien admettre cette irritation, qu'il a calquée sur celle à laquelle j'ai attribué la production de la pleurite par le catarrhe, n)ais pour les cas seulement où l'irritation du parenchyme aura précédé celle de la plèvre. Mais voici le moment de remarquer

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que Laennec, qui n'avait pas trouvé dans nos ouvrages la définition de l'irritation, la définît, à l'occasion des pleurites, dans les termes que nous avons nous-iDernes employés; après avoir déclaré que, puisque nous ne lui en avons donné aucune idée , il est forcé de la supposer teile que toutes les écoles médicales l'entendent. Or, nous avons vu plus haut de quelles manières diverses les écoles avaient entendu ce mot. Assurément aucune ne lui a donné le sens que lui donne ici Laennec, qui n'en parle que d'après nous. S'il ne lui accordait pas la puissance de produire des tubercules , ce n'était donc pas faute de nous avoir compris ; mais il pouvait , dira-t-on , nier notre explication sans donner faussement notre découverte pour une chose connue de tout le monde. Sans doute il le pouvait ; il ne fallait pour cela que de la bonne foi. Il est absurde dédire, suivant Laennec, qui redevient ici notre opposant, que l'inflammation d'un organe se termine dans un autre (i). Cette assertion estd'ini hom.me tellement en arrière de l'état actuel de la science , que nous ne prendrons pas la peine de la réfuter.

Autre arginnent : la pleurésie ne pourrait provoquer des tubercules dans le parenchyme, parce que la collection qu'elle produit tend à le déprimer et à l'atrophier, par conséquent à y détruire l'irritation que l'on suppose la cause des tubercules. Cette objection est une hypothèse spécieuse; mais les faits déposent contre elle, comme nous venons de le démontrer. On conçoit en effet que l'irritation pleurale ne soit pas de nature à accumuler les fluides à l'excès, quoiqu'elle soit assez forte pour provoquer

(i) Ouvrage cité, t. I", p. 5^3 , où l'on trouvera ainsi que dans ce qui précède , et dans ce qui suit, tous les efforts de logique que fauteur fit pour nous réfuter.

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des tubercules. Peut-être même ne les produit-elie que lorsqu'elle est modérée. De plus, on est conduit à admettre qu'il y a souvent dans le parenchyme une. autre irritation qui s'oppose à l'extrême dépression. Cela même est d'autant plus probable que la très grande majorité des pleurésies est précédée de bronchite ou de pneumonie dont l'irritation traverse le parenchyme et vient effleuriràsa surface externe ou postérieure, dans le tissu de la plèvre. Quoi d'étonnant, après cela, que l'irritation tantôt prédomine dans le parenchyme, et y produise des indurations ou des abcès qui s'ouvrent dans le foyer pleurétique, tantôt demeure plus intense dans la plèvre et dans la portion du parenchyme qui la touche, et finisse par y développer induration et sécrétion tuberculeuse? Toutes les marches, toutes les directions s'observent dans les mouvemens de l'irritation ; et n'en admettre qu'une, c'est être exclusif et prévenu. Lorsqu'ont lieu les perforations du 'parenchyme dans la plèvre, Laennec reconnaît encore qu'il y a irritation de cette membrane, et il en fait une autre cause de pleurésie. Il expliqueles excavations formées dans le poumon, et venant s'ouvrir dans la plèvre par une fonte de tubercules. C'est un pas de fait; car autrefois les siens supposaient que toutes les vomiques n'étaient que des collections pleurétiques qui se faisaient jour par les bronches au moyen d'une fistule , et ils ne parlaient point d'un foyer de suppuration coexistant dans le parenchyme. Ils semblaient supposer une faculté perforative au liquide de la pleurésie. Je relevai cette erreur dans ïhis' toire des phlegmasies , et je fis voir que, pour que le produit d'une pleurésie se fît jour par les bronches, il fallait que le parenchyme , en partie déprimé, fût attaqué d'une phlegmasie c[ui y produisît un dépôt.

Laennec attribue ensuite la cavité de ce parenchyme à des fontes de tubercules. Voilà ia différence : elle . vient de la répugnance pour les phiegmasies pulnnonaires.

Ainsi voilà deux modes d'irritation admis par lui : 1° l'irritation exercée dans le parenchyme, et même dans la plèvre parles tubercules; 2^ l'irritation de cette même plèvre par les épanchemens du pus d'un foyer pulmonaire qui perce cette membrane. Quant au mode de perforation , l'inflammation n'y entrera pour rien : ce sera la matière tuberculeuse qui agira, car cette matière opère des prodiges.

Croyant ou supposant avoir prouvé que l'inflammation ne saurait produire des tubercules; refusant, d'autre part, de les attribuer à l'irritation, mot qu'il ne déteste pas moins que ceux de médecine physiologique^ Laennec prend le parti d'attribuer ces productions étrangères ci une aberration de nutrition inconnue dans son essence. Cette chose lui paraît beaucoup plus claire que les voyages de l'irritation, mot que l'on prend , selon lui , dans un sens en quelque sorte plus vague que celui de cause. Ouvrage cité, 1. 1-, p. 579^

Les raisonnemens qu'il a faits s'appliquent, assuret'il , comme l'a démontré Bayle (dont nous avons examiné la faculté démonstrative), à diverses affections générales et locales, accusées aussi de produire la phthisie, tels que la syphilis, la coqueluche, le scorbut, les maladies érupîives; c'est-à-dire que tout cela ne peut que hâter le germe des tubercules déjà existans. Après avoir posé cela, l'auteur concède, avec un p^w^î?/^^, que ces maladies peuvent quelquefois déterminer le développement des tubercules, mais seulement chez les prédisposés* Puis sentant quelles conclusions on peut déduire

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contre lui d'une semblable concession, il termine son article par ces mots remarquables : « Dans ces » cas mêmes ce sont des occasions et non des causes : »la cause réelle de toutes les maladies est probabie- »ment hors de notre portée.» Ouvrage cité, t. I", pag. 56o.

Voilà un grand mot lâché : l'école de Laennec essaie aujourd'hui d'en tirer parti , comme nous le verrons bientôt.

On doit être convaincu, par ce qui vient d'être analysé, que Laennec ne pouvant se refiiser à l'évidence des faits qui déposent que nos organes irrités dans un degré donné , pendant un temps plus ou moins long, finissent par devenir tuberculeux lorsqu'ils y sont prédisposés, a pris, pour ne pas laisser voir qu'il s'était réfuté lui-même, le parti de se jeter dans la subtilité et de transporter la question dans les mots. En effet, quel sens attache-t-il à ces mots ; cause réelle ?... Si c'est une cause hors de la portée de nos sens , elle rentre dans la cause première des phénomènes, et nous ne devons pas nous en occuper; si cette cause est accessible à nos sens, nous pouvons la rechercher ; et lorsque nous croyons l'avoir trouvée, pour les tubercules, dans l'irritation , lorsque les concessions forcées de notre auteur viennent corroborer notre opinion, que nous importe le changement de nom que l'on fait subir à cette cause! on la dit occasionelîe : eh bien! laissons-ini ce nom. Il nous servira toujours, en attendant mieux, à découvrir les moyens prophylactiques des tubercules; et, en écartant les causes irritantes, occasionelles, que noîre adversaire reconnaît avec nous: nous arriverons à diminuer immensément le nombre des victimes de l'état tuberculeux. C'est rendre un t.rès mauvais service à Thunianité que de s'exercer

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incessamment, comme on le fait dans cette école , à dévier les praticiens de ce genre d'observations, c'est-à dire de l'étude de l'action des modificateurs, qui devrait désormais constituer l'essence de la médecine , au moins dans notre France, où l'art de simplifier les questions a fait de si grands progrès.

La guérison de la phtliisie est-elle possible ? telle est la question que se fait Laennec dans son article troisième. Gomme la phthisie n'est autre chose que les tubercuks pour lui , tout aussi bien que pour Bayle, il la résout négativement; car, d'après eux, les tubercules une fois formés, et dans l'état qu'ils appellent de crudilé, doivent nécessairement grossir, passer par l'état de ramollissement, tomber en deliquium , être expectorés, et laisser à leur place des excavations. 11 peut y avoir retard dans ces transformations , surtout par la prolongation de la crudité; la mort peut survenir par une autre cause pendant la marche de ce travail; mais si l'on vit assez, son accomplissement est inévitable. Ainsi point de guérison , mais desîrnction et expulsion des tubercules ; ce qui est synonyme de point de guérison de la phthisie pulmonaire, à moins que le malade ne survive à l'évacuation des tubercules. Or, il n'y survit jamais quand ils sont nombreux et qu'il en existe de plusieurs degrés, c'est-à-dire de plusieurs éruptions, ce qui est le plus ordinaire. C'est ainsi que pensa d'abord l'auteur, aussi bien que Bayle; mais après avoir trouvé dans le poumon beaucoup de cavités rarlilagineuses et osseuses , et des plaques cartilagineuses ou membraneuses qu'il regardait comme produites par le rapprochement et l'adhérence des parois de ces kystes , le tout chez des personnes qui avaient parcouru tous les degrés de la phthisie pulmonaire j et qui avaient ensuite

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