‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 100 sur 148 · ZENON · texte numérisé non relu

ZENON

STOÏCISME. LE PNEUMATISME ENTRE DANS l'hUMORISME.

On sait que le sort de cette science fut toujours d'être modifiée par les systèmes de philosophie qui prédominèrent successivement dans les écoles. Le stoïcisme fut un des principaux de l'antiquité. Il ne pouvait donc manquer d'exercer une grande influence sur le dogmatisme. Zenon s fondateur de cette secte, la basa sur les anciens dogmes de l'école éclectique, qui enseignaient le matérialisme. Le feu est l'âme du monde. C'est une matière subtile, intelligente, qui a mis l'ordre dans la matière éternelle du chaos , et a tout organisé et coordonné dans l'univers. C'est la divinité même qui pénètre et anime tous les corps; et puisqu'elle est matière, il n'y a rien dans l'univers d'immatériel. Elle agit con^mment^ ou plutôt elle continue d'agir, toujours ogqirès les mêmes lois, depuis qu'elle a tout organisé. C'est elle qui développe le corps humain , en agissant sur un germe existant de toute éternité , et qui préside à ses fonctions.. C'est elle seule agissant sur les sens, ou c'est l'esprit subtil, igné, aérien, xveup.a, qui, du siège de la faculté de penser, où il réside, se rend dans les organes des sens , et opère toutes les sensations, aussi bien que la fonction génératrice. Ces philosophes plaçaient , avec Aristote , l'âme dans le cœur , et at-

SUCCESSEURS d'hIPPOCRÀTE. 70

tribuaient les passions à une effervescence. Au surplus, cette âme elle-même était toute matérielle, n'étant jqu'une émanation de la grande âme universelle qui animait toute la nature. •

Leur matière ignéo-aérienne , principe de toute vie, de toute force et de tout mouvement, resta dans la théorie dogmatique, et lui donna le nom de secte pneumatique, quelle a porté durant les siècles subséquens. Les stoïciens rendirent donc aux dogmati ques le service de leur fournir un moyen commode d'explication pour tout ce qui paraissait incompréhensible; ils en firent des pneumatiques, sans les empêcher d'être humoristes.

Comme les médecins d'alors n'étaient plus philosophes de profession, ils ne se piquèrent pas de se conformer strictement aux règles du stoïcisme, qui voulait que l'on renonçât à toute sorte d'affaires , que l'on devînt insensible à tous les évènemens de la vie; en un mot, que l'on vécût d'une manière conforme à la nature, afin de se mettre en rapport avec elle, et de mieux découvrir tous ses mystères. C'est dans cette contemplation de la nature que Zenon avait puisé les secrets de la secte qu'il présidait. Ces sortes de méditations extatiques, fort communes dans l'antiquité, ne manquaient pas de donner une certaine autorité à ceux qui s'y abandonnaient : dans cet état, véritablement spasmodique, les philosophes éprouvaient une foule de sensations intérieures qu'ils prenaient pour des révélations de la nature ou de la divinité. Aprèsles avoirajustées aux perceptions provenantdes objets matériels, ils les érigeaient en choses existantes par elles-mêmes : ils en faisaient des entités sacrées,

74 successeurs d'hippocrate.

et les offraient pour objet de croyance et de vénération à la foule ignorante de leurs admirateurs. Quant aux savans, sans partager toujours cet aveugle enthousiasme , ils adoptaient parmi ces prétendues révélations celles qui leur semblaient résoudre les difficultés qui les arrêtaient, et ces nouvelles explications restaient dans chaque science jusqu'à ce qu'il s'enprésentât de plus commodes pour les remplacer. C'est ainsi que prévalurent successivement, dans les écoles, les atomes et le vide, les mouvemens fortuits et les mouvemens régularisés, dirigés par la divinité, et que celle-ci fut tantôt immatérielle et tantôt pure matière, selon la tournure d'esprit des différens chefs de secte. A l'époque où fleurissait le stoïcisme , la dialectique était en grand crédit parmi les Grecs; aussi , les sectateurs de Zenon en tirèrent-ils un bon parti pour la propagation de leurs dogmes, et dans la suite ils furent bien imités par les médecins qui leur avaient emprunté le pneumatisme.

Page 1