‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 107 sur 148 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

NAISSANCE DU METHODISME. SES PROGRÈS. IL DEVIENT LA SECTE DOMINANTE. THEMISON, THESSAXUS , SO- RA.NUS d'ÉPHESE, ET COELIUS-AURELIANUS.

Peu satisfaits des raisonnemens des dogmatiques, et. de tirer si peu de ressource de l'anatomie pour la cure des maladies, certains médecins avaient essayé , comme nous l'avons vu , de se passer de tout cela, et, sur la seule expérience, ils avaient fondé la secte empirique. Non moins dégoûtés de l'empirisme que des vieilles doctrines dogmatiques, d'autres médecins entreprirent de fonder une secte encore moins compliquée, et l'on vit paraître le méthodisme. La médecine était définie par les nouveaux sectaires , une méthode qui conduit à connaître ce que les maladies ont de commun, entre elles, et qui est évidente.

Cependant les idées fondamentales de cette secte étaient celles d'Asclépiade, avec addition de deux autres, celle du strictum et celle du laxum, qui constituaient ce que les maladies avaient entre elles de commun, et qui, par conséquent, devaient fournir les indications curatives. Les méthodistes, en effet, étaient d'accord avec les dogmatiques pour admettre

des indications; mais ils ne voulaient pas , à leur imitation, les puiser dans les espèces, et soutenaient qu'on ne devait se servir du raisonnement que pour établir les caractères communs, c'est-à-dire pour déterminer à quel genre appartenait une maladie. Par la même raison, ils blâmaient les empiriques du soin minutieux qu'ils prenaient de décrire des espèces et d'en enrichir leur histoire.

Les méthodiques voyaient , dans le corps humain , un tissu criblé de pores , à travers lesquels coulent des fluides. Mais, au lieu d'expliquer les maladies tantôt par le vice des molécules de différentes grosseurs, devenues trop épaisses ou dérangées dans leurs rapports réciproques , et tantôt par la constriction des pores que ces molécules doivent traverser, ce qui faisait de l'asclépiadisme un mélange d'humorismeetdesolidisme, les méthodiques ne virent dans l'état morbide que la seule modification des pores , et furent les premiers solidistes purs dont l'histoire nous ait conservé le souvenir.

THÉMISON.

Thémison, disciple d'Asclépiade, fut le fondateur du méthodisme : il était de Laodicée, et écrivit sur la fin du règne d'Auguste et dans le commencement de celui de Tibère. Son système, essentiellement différent de tous ceux qui l'avaient précédé, devait nécessairement imprimer à la science un caractère indélébile. En effet, comment effacer les traces d'un système qui présente pour source des médications et pour base de la pratique , deux faits que l'aspect

de tout malade rappelle sans cesse à l'esprit du médecin , l'existence ou le défaut des évacuations.

Toutefois, si l'on en croit les auteurs, c'est l'ignorance, c'est la paresse qui l'inspirèrent à Thémison. La doctrine de son maître lui parut trop compliquée. Asclépiade se livrait à des considérations abstraites sur les causes des maladies , et ces causes se ralliaient aux systèmes des plus fameux philosophes sur l'origine et le développement de l'univers. Outre les philosophes, Asclépiade avait étudié les anciens médecins; il s'était exercé à mettre son système d'accord avec les leurs. Quoiqu'il ignorât l'anatomie, il connaissait leurs espèces de maladies , et voulait rendre raison des causes particulières que ces auteurs avaient assignées à chacune d'elles, ainsi que de leurs terminaisons, par les mouvemens de ses molécules à travers les pores , par leurs rencontres , leurs changemens de forme, etc. , etc. Tout cela parut à Thémison beaucoup trop vaste, trop compliqué, trop savant; il ne vit dans ces discussions scientifiques qu'un véritable casse-tête ; enfin , il prit la résolution de laisser de côté toutes les considérations tirées des différences des espèces, pour s'en tenir à ce que les maladies ont de commun entre elles , et d'y puiser un petit nombre d'indications qui fussent claires , simples et à la portée de toutes les intelligences.

Ainsi donc , étant donné un corps humain criblé de pores parcourus par des fluides ( il jugeait de tout le corps par la peau pour s'épargner l'embarras des dissections), les maladies ne pourront plus désormais provenir que de l'excès de constriction ou du relâchement excessif de ces pores , à moins que

l'on n'admette un état mixte dans lequel une partie des pores est trop resserrée , pendant que l'autre est excessivement ouverte. Strictum , laxum , mixium , telle est l'idée générale du système inventé parThémison ; mais, comme il n'eut pas le temps de le développer , parcequ'ii n'en avait eu l'inspiration que «dans sa vieillesse; comme, d'ailleurs, il ne reste aucun de ses écrits , on est forcé de recourir à ses successeurs si l'on désire en connaître les détails.

THESSALUS.

Après lui figure Thessalus , natif de Tralles en Lydie, qui vivait aussi à Rome sous le règne de Néron, environ cinquante ans après Thémison. Thessalus passe pour avoir perfectionné le méthodisme. On ne saurait en juger par ses écrits, puisqu'ils sont perdus; maison assure, d'après Galien, qu'il se rendit célèbre par sa grossièreté et par la bassesse de sa conduite; qu'il était dépourvu de toute éducation libérale, et qu'il fit sa réputation en flattant les riches et les grands , en leur prodiguant des soins empressés, en se montrant, en un mot, tout différent de ce qu'avaient été jusqu'alors les médecins, qui, dit-on , avaient toujours tenu leurs malades dans une sorte de dépendance. On ajoute que Thessalus affectait du mépris pour toutes les autorités les plus respectables de la médecine; qu'il se flattait de la faire apprendre sans aucun travail, et qu'il se faisait suivre par une foule de gens grossiers et d'artisans dont il prétendait faire d'excellens médecins en moins de six mois , quoiqu'il eût lui-même écrit plus de livres qu'ils n'en auraient pu lire clans ce même

espace de temps. Tous ces détails personnels, qui peuvent avoir du prix pour les biographes, ne nous intéressent, nous, qu'en ce qu'ils nous font voir jusqu'à quel point l'apparente simplicité du système de Thémison , et la supériorité qu'il semblait avoir sur toutes les autres doctrines , avaient inspiré d'orgueil à ses principaux sectateurs. Au reste , tous les écrits de Thessalus ayant été perdus, ce n'est point encore là qu'on peut aller chercher des détails sur le méthodisme. On sait seulement qu'il ne se contentait pas de resserrer ou de relâcher la masse du corps ; [il avait encore la prétention de changer l'état des pores de la partie malade et même du corps tout entier. C'est ce qu'il appelait la métasyncrise. Nous allons bientôt voir en quoi consistait ce genre de traitement.

SORANUS.

Soranus paraît avoir été le plus habile des méthodiques, et celui qui mit la dernière main à la méthode.

Il vivait sous les empereurs Trajan et Adrien ; il était d'Éphèse , et avait étudié à l'école d'Alexandrie. Ses ouvrages, qui paraissent avoir été d'un grand intérêt, n'existent plus; mais Ccelius Aurélianus, qui était de la même secte , nous en a transmis la substance, s'il ne les a pas traduits littéralement. C'est donc dans les écrits de ce dernier auteur que l'on peut étudier la doctrine des méthodiques, dont cependant on trouve les principaux dogmes dans Galien, qui les cite comme il cite les empiriques, afin de les réfuter.

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COELIUS AURÉLIANUS.

Cœlius Aurélianus, copiste et traducteur plus ou moins littéral, comme il en convient lui-même, de Soranus , dont les ouvrages étaient écrits en grec , composa les siens en latin, quoiqu'il ne fût pas d'Italie. Il était Africain et natif de Sicca en Numidie. On ne sait rien de précis sur l'époque où il a vécu ; il ne parle point de Gaiien, et Galien ne dit rien de lui. On pense communément que , s'ils n'eussent pas été contemporains, le plus récent n'aurait pas manqué de citer l'autre, ce qui fait soupçonner qu'ils vivaient en même-temps , et que, par quelques motifs d'animosité ou de mépris, ils ont affecté de ne se jamais désigner dans leurs écrits ; car il est difficile de supposer qu'ils ne se soient pas connus , ou du moins qu'ils n'aient pas entendu parler l'un de l'autre. Quelques historiens cependant croient Cœlius postérieur à Galien.

Quoi qu'il en soit, Cœlius Aurélianus ne s'est pas contenté du titre de traducteur ou de copiste : il a composé d'autres ouvrages qui sont perdus. Il, ne nous reste que ceux dont il fait honneur à Soranus. Les ouvrages dont il s'agit renferment les détails de la pratique des méthodiques dans toutes les maladies, excepté dans les chirurgicales. Le style est loin d'être élégant ; on y trouve même de fréquens barbarismes; mais ces ouvrages sont précieux,non seulement comme offrant le tableau du méthodisme, mais encore parcequ'ils nous font connaître des auteurs que l'on cite pour les réfuter, et dont sans cela nous n'aurions aucune idée : tels sont Dioclès , Praxagoras , Héra-

dite de ïarente, Asclépiade et Thémison. Il est aussi question d'Érasistrate , d'Erophile et même de Sérapion. Cœlius traite séparément les maladies aiguës et les chroniques : c'est de lui qu'on apprend que Thémison est le premier qui ait écrit sur les maladies aiguës en particulier, en les désignant par ce titre, et qu'il avait, ainsi que tous les autres médecins du temps, négligé les chroniques comme étant du ressort des baigneurs. Quant à Cœlius , il les regarde comme non moins dignes que les aiguës de l'attention des médecins, et n'hésite pas à les placer

u côté d'elles dans le même ouvrage.

C'est une chose remarquable que cette négligence des médecins, à l'égard des maladies chroniques: les efforts de Cœlius Aurélianus n'ont nullement réussi à les tirer de l'oubli , et l'on peut dire qu'elles ont été méprisées et méconnues jusqu'à l'époque de la doctrine physiologique.

Occupons-nous maintenant à rechercher le véritable esprit de la doctrine si fameuse des méthodiques.

Il faut d'abord se faire une juste idée de la manière dont ses partisans la concevaient. On répète aujourd'hui, par une espèce d'écho, que le système de Brown n'est que celui de Thémison renouvelé , et la plupart des médecins ne voient dans le strictum et le laxum que l'excès ou le défaut des forces vitales. L'erreur de ces médecins est assurément des plus complètes , et ce n'est point de là que découle le système de Brown, comme il sera facile de le prouver. Thémison ne calculait point la somme des forces vitales ; il. ne s'élevait pas jusqu'à cette abstrac-

tion des vitalistes modernes, si bien exploitée parle novateur écossais. Il ne voyait que les pores et en général toutes les ouvertures qui se présentent à l'extérieur du corps. Lorsque les différens couloirs étaient fermés, que les fluides étaient retenus, et qu'il y avait tension , tuméfaction , raideur , augmentation de volume d'une ou de plusieurs arties, la maladie appartenait au genre strictum ; dans tous les cas , au contraire , où les pores de la peau et les sécréteurs étaient ouverts, où les fluides s'écoulaient à l'extérieur, et lorsque, en raison de ces pertes , les parties s'affaissaient et paraissaient avoir diminué de consistance et de volume, l'état pathologique rentrait nécessairement dans le genre laxum. Enfin , toutes les fois que, d'un côté, il y avait tuméfaction, raideur et rétention des fluides, pendant qu'ils s'écoulaient d'une autre région, cet état composé, ou, si l'on veut, compliqué , se ralliait naturellement au genre mixtum. Ce dernier comprenait également les cas où une partie fournissait un flux quelconque, sans perdre son état de tension et sans diminuer de volume ; de sorte que l'on voyait souvent la combinaison ou la succession des trois états, dans les diverses périodes de la même maladie. Cette classe appartenait aux deux autres.

Telles sont les idées grossières et superficielles des premiers méthodiques; telle est la somme de leur doctrine et la triple source des indications qui les conduisaient à leur étrange thérapeutique. Examinons maintenant comment les maladies étaient distribuées dans le cadre dont nous venons de présenter le tableau.

D'abord, je dois prévenir qu'il en était un bon nombre qu'on ne pouvait y faire entrer : c'est ce que nous avons également observé dans des systèmes nosologiques des plus modernes. La rage et les autres affections dépendantes des venins et des poisons étaient de ce nombre , sans doute parceque leurs causes étaient trop évidentes pour que l'on pût s'en prendre au seul changement des pores, et parceque leurs symptômes offraient une telle confusion, qu'il était impossible de les rapporter même au mixLum.

Les autres maladies, celles du moins que l'on connaissait à cette époque , étaient classées de la manière suivante :

i° Maladies par resserrement. Elles se subdivisent en aiguës et en chroniques. Les aiguës sont avec fièvre ou sans fièvre. Dans les aiguës avec fièvre, on trouve d'abord la frénésie; mais il ne s'agit pas de l'espèce qui est accompagnée de sueur ou de diarrhée; car celle-là dépend du relâchement; l'auteur y place ensuite la léthargie, et dans sa description ion reconnaît une gastro-céphalite soporeuse, sans évacuation ; puis la catalepsie , qui n'en diffère que par une nuance, puisqu'elle est aussi fébrile. Voilà dona trois nuances de phlegmasies gastro-entéritiques , représentant à peu près toutes les fièvres essentielles, graves, mali moris des auteurs, maladies que l'on a décrites depuis comme nouvelles, quand elles se présentaient épidémiquement ou qu'on les croyait contagieuses. L'auteur place à leur suite la pleurésie et la péripneumonie, en observant qu'elles sont mixtes, à cause de l'expectoration qui en est inséparable. Telles sont les principales maladies fébriles du

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strictum, encore sont-elles souvent d'un caractère qui tient du laxum ; ce qui nous prouve bien clairement que les méthodiques n'avaient nullement en vue le degré d'intensité de la force vitale. En effet, ils n'avaient que deux signes extérieurs , propres à la leur faire apprécier, l'action des muscles et l'intensité de la fièvre. Or, s'ils l'avaient mesurée par les forces musculaires , ils n'auraient point prétendu qu'il y avait un mélange de faiblesse chez le frénétû que, par la simple raison qu'il avait un peu de sueur ou de diarrhée; s'ils eussent mieux aimé l'estimer d'après la vigueur du pouls , la chaleur et la coloration de la peau, on ne les aurait point vus soutenir que quelques crachats sont la preuve que la débilité entre comme élément dans la péripneumonie d'un homme sanguin et charnu. Mais ils avaient égard,pour cette première classe, ainsi que pour la seconde, uniquement à l'existence ou à l'absence des évacuations.

Les maladies du strictum, aiguës, sans fièvre, se composent de l'esquinancie,de l'apoplexie, des convulsions , de l'iléus et de l'hydrophobie , lorsqu'on jugeait à propos d'accorder une place à cette dernière dans le cadre méthodique. On est étonné de trouver ici l'esquinancie; mais il faut croire que les cas où elle est accompagnée de fièvre rentraient dans une autre section... Il est encore facile de juger que dans leur distribution, les méthodiques n'avaient égard qu'à l'absence ou à la présence des évacuations , et qu'ils ne pensaient nullement à l'état apparent des forces. En effet, l'apoplexie, l'iléus, sont fréquemment accompagnés de tous les signes de la

dépression des forces; mais elles sont essentiellement sans évacuation , et cela suffit aux méthodiques pour en faire des maladies du strlctum.

Les maladies longues ou chroniques du slrictum sont la douleur de tête périodique, que l'on appelle aujourd'hui migraine ; les vertiges , l'asthme , qui tient un peu du laxum, à causé de l'expectoration qui accompagne la fin des accès ; 1 epilepsie , la manie, la jaunisse, la suppression des hémorrhoïdes , celle des règles, la polysarcie, la mélancolie ; mais, à cause des selles et des vomissemens qui s'y joignent, cette dernière appartient également aux affections du genre mixte. La paralysie, le catarrhe, la phthisie, la colique, la dysenterie, l'hydropisie, sont aussi de ce même genre , attendu que les évacuations qu'on y observe ne paraissent pas en constituer le caractère prédominant , et ne sont pas assez copieuses pour exténuer rapidement le corps.

Telles sont les maladies de la première classe des méthodiques ; passons à la seconde.

2° Maladies par relâchement. Elles étaient, comme les précédentes, assujetties à la subdivision, en aiguës et chroniques.

Les maladies aiguës du laxum renferment les flux fébriles appelés morbi solutionis, tels que la passion cœliaque , qui ne peut correspondre à autre chose qu a l'entéro-colite aiguë. L'auteur dit qu'elle est souvent symptomatique des fièvres ardentes, et il la décrit avec des défaillances, des sueurs froides, un pouls petit, accompagnant les évacuations aivines ; avec le choléra, qu'il définit un relâchement avec écoulement de l'estomac et du ventre , menaçant d'un

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grand péril ; avec les vomissemens de sang, les selles sanguinolentes, accompagnées de fièvres. Ainsi, les phlegmasies de la membrane muqueuse du canal digestif sont partagées en plusieurs genres , pour pouvoir être insérées dans ceux des méthodiques , non pas d'après l'état des forces, mais uniquement d'après la présence ou l'absence de la fièvre et des évacuations. On ne nous dit point si les hémoptysies fébriles étaient de cette subdivision ; mais il est impossible d'en douter en supposant quelque conséquence aux méthodiques.

Les maladies chroniques par relâchement ou flux, c'est-à-dire, du laxum, sont les crachemens de sang ( non fébriles sans doute ), les diarrhées , le flux excessif des mois, les hémorrhoïdes fluentes, l'amaigrissement.

Toutes les autres affections sont dans le genre mixtion ; mais nous en avons assez nommé pour qu'on se fasse une idée des motifs qui pouvaient déterminer leur classement.

Ce qu'il y a de remarquable dans Cœlius Aurélianus , c'est l'exactitude qu'il a mise dans ses descriptions: grâce au soin qu'il a pris de rapporter tous les signes des entités morbides qu'il admettait, on pourra, dans tous les temps, le lire avec intérêt ,en faisant abstraction des explications qu'il en donne. Ce mérite, qui ne fut point celui clés méthodiques, ses prédécesseurs, à l'exception peut-être de Soranus, a bien été senti lors de la renaissance des lettres , et c'est ce qui assure à cet auteur une des premières places parmi les classiques de l'antiquité.

C'est comme tel qu'il a servi de modèle à certains

auteurs modernes, qui , de plus, l'ont imité dans sa répugnance pour les définitions: cet auteur, en effet, affectait de s'en tenir à la description des maladies, tant il aimait à ne jamais s'écarter de l'évident, tant il craignait de l'embarrasser dans les essences. Une telle circonspection est certes bien di|ne d'éloges, et c'est la marque certaine d'un bon esprit à une époque où les erreurs n'étaient que des raffinemens d'ontologie.

S'agissait-il de procéder au traitement , les méthodiques négligeaient le siège de la maladie, ou plutôt ils le considéraient comme le résultat d'un état général du corps, qui seul présentait les indications. Ils étaient cependant obligés de dérogera ce principe dans les cas où le siège principal de la maladie exigeait des moyens particuliers, ce qui, comme on le sait, est une chose très commune dans la pratique : dans les cas, par exemple, où le sang sortait par la bouche , ils étaient bien forcés de chercher à s'assurer s'il était fourni par l'estomac ou par les poumons. S'ils avaient eu plus de connaissances en anatomie , ils auraient pu se convaincre que les cas où l'on peut élever des doutes sur le siège précis du mal, sont ce qu'il y a de moins rare en fait de maladies internes; mais ils n'avaient garde d'éprouver le besoin de pareilles distinctions. Ils voyaient ou croyaient voir un corps relâché et fluent , ou resserré et ne laissant rien écouler, et jugeaient de l'état de l'organisme tout entier par celui de la peau et des ouvertures qu'ils découvraient à sa surface.

Les méthodiques avaient d'abord pour maxime de cherchera guérir selon le précepte d'Asclépiade, par

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les moyens les plus simples, et, s'il est possible , par les choses purement usuelles, telles que l'air, lesalimens, les boissons ordinaires, en un mot, par les choses dont l'action inévitable est de tous les instans, comme l'air , et que par conséquent il importe le plus d'approprier au genre de la maladie. Or, comme ce genre se réduisait pour eux à l'astriction ou au relâchement, ils faisaient tous leurs efforts pour écarter celle des deux actions sus -indiquées qu'ils croyaient nuisible, et pour rendre l'opposée puissante et continue. L'intention était excellente, et les médecins de toutes les sectes n'auraient jamais du la perdre de vue. Ils faisaient donc beaucoup d'atten*tion, non seulement à l'air, mais aussi au lit, à la manière dont le malade devait se coucher , etc.

Les méthodiques , ou du moins Soranus et Cœlius par lesquels nous les jugeons , n'admettaient point de spécifiques , parcequ'ils ne pouvaient réduire leur action au relâchement ou à lastriction ; s'ils en voyaient les effets dans certains cas, par exemple, pour détruire les vers, ils en convenaient; mais ils soutenaient qu'on obtenait encore mieux la guérison des maladies vermineuses en détruisant, parles préceptes de la méthode, le strictum ou le laxum qui en était la première cause.

Us bannissaient les purgatifs par les mêmes raisons qui avaient porté Chrysipe , Érasistrate,' Asclépiade et Thessalus à les proscrire, c'est-à-dire , parcequ'ils ne pouvaient déterminer si leur action était resserrante ou relâchante; parcequ'on ne sait pas quelle partie ils vont purger, quelle humeur ils vont évacuer , et que souvent ils font sortir des hu-

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meurs corrompues de corps parfaitement sains , ce qui suppose que ces médicamens les produisent, en fondant et dissolvant les chairs; enfin parcequ'ils nuisent à l'estomac et déterminent un état de flux ou de relâchement, qui est un état morbide. Quand ils se croyaient obligés de s'en servir, comme dans l'hydropisie, ils ne le faisaient jamais qu'à regret et comme malgré eux.

Us avaient à peu près la même répugnance pour les diurétiques; en un mot, ils redoutaient plus ou moins tous les évacuans, et même les lavemens acres qui peuvent avoir l'effet purgatif. Us rejetaient aussi les cautères, et employaient rarement les narcotiques, si ce n'est le diacodium ( mélange de suc, de pavot et de miel), qu'ils donnaient comme resserrant dans quelques flux , tels que l'hémoptysie.

On voit que leur pratique était très différente de celle des autres sectes. Cependant ils faisaient un fréquent usage des vomitifs, dont ils ne redoutaient pas l'action évacuante, ainsi que nous le verrons dans les détails de la méthode. Us faisaient supporter une abstinence de trois jours dans le début des affections aiguës, et, à partir de cette époque, Cœlius n'accordait de la nourriture aux malades que de deux jours l'un , à moins qu'ils n'éprouvassent des défaillances. Il attendait aussi le troisième jour pour commencer l'emploi des remèdes actifs, comme la saignée, à moins que la maladie ne fût d'une extrême violence. On pratiquait toujours cette opération avant de donner la nourriture, qui consistait dans une décoction de petits grains préparés avec une espèce de pâte de farine de froment bouillie dans

de l'eau : cette boisson leur paraissait préférable à laptisane cl'Hippocrate et au bouillon d'orge.

Pendant les trois jours d'abstinence, les méthodiques permettaient à leurs malades de se rafraîchir la bouche avec de l'eau, et même d'en boire quelque peu. Au surplus, ils ne négligeaient pas les moyens extérieurs : ils faisaient des onctions avec de l'huile, appliquaient des étoffes de laine trempées dans ce liquide, des cataplasmes, des fomentations, le tout dans l'intention, tantôt de rafraîchir et de resserrer, car ces deux actions leur paraissaient marcher ensemble, tantôt d'échauffer et de relâcher la peau, se figurant toujours que la modification qu'ils imprimaient à cette enveloppe était nécessairement celle de tous les pores du corps vivant. Et c'est pour cette raison qu'ils s'inquiétaient si peu du siège de la maladie.

Tel est le plan général de leur méthode curative : pour en donner une idée complète, il nous reste encore à dire quelle vertu ils attribuaient à chacun des principaux moyens thérapeutiques, et comment ils exécutaient leur fameuse métasyncrise.

Nos lecteurs savent déjà que les médecins méthodiques ne pouvaient avoir que deux sortes de remèdes , les relâchans et les resserrans.

Moyens relâchans. En tête se trouve la saignée : ils l'employaient pour relâcher dans toutes les maladies du strictum, dans celles du mixtum avec constriction prédominante , et se moquaient d'Hippocrate, qui la recommandait dans l'intention de rafraîchir ; mais nous devons remarquer la loi qu'ils s'imposaient de ne la jamais pratiquer avant le troi-

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sième jour. Ils en donnaient pour raison qu'il était nécessaire de laisser cuire et consommer les crudités , c'est-à-dire le résidu des alimens contenus dans les premières voies, afin de prévenir l'indigestion de ces substances, et d'empêcher la corruption qui en serait le résultat. Plus tard , les humoristes ont redouté les émissions sanguines dans les maladies fébriles avant l'administration obligée du vomitif , pavcequ elles ouvrent la porte des vaisseaux sanguins aux humeurs corrompues des premières voies. Ce scrupule ne laisse pas d'avoir quelque rapport avec celui des méthodiques. Ceux-ci ne poussaient jamais la saignée jusqu'à défaillance , et revenaient rarement une seconde fois à ce moyen.

Les ventouses étaient aussi employées dans l'intention de relâcher; elles étaient simples, c'est-àdire sèches, levés, ou scarifiées, selon le cas, mais placées indifféremment sur toutes les parties du corps, quelque fût le siège principal de la maladie. Les sangsues, que l'on regardait aussi comme un moyen relâchant, étaient quelquefois appliquées seules, et d'autres fois suivies de l'apposition des ventouses, afin d'en augmenter l'effet.

Les fomentations relâchantes étaient celles que l'on faisait avec des éponges imbibées d'eau tiède, ou avec de l'huile chaude. Les cataplasmes émoiliens se préparaient , comme toujours , avec des substances grasses et mucilagineuses.

L'exercice, la gestation et l'escarpolette, que Cœlius recommande eu son particulier, devaient, comme moyen d'exciter la transpiration et la sueur, trouver leur place dans la médication relâchante.

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Moyens resserrans. Le froid leur procurait le premier et le plus facile de ces moyens. Ils employaient, pour resserrer les pores trop relâchés ou trop ouverts, l'air froid, l'eau froide, l'huile et différentes décoctions astringentes également froides, tels que celles de plantain, de pourpier, de joubarbe, de myrthe , de roses, etc. , avec lesquelles ils faisaient des lotions, des fomentations, des épithèmes, etc. Si les malades éprouvaient des sueurs débilitantes, on y opposait la craie pulvérisée, l'alun, le plomb brûlé, le plâtre , substances avec lesquelles les méthodiques saupoudraient la peau ou préparaient des cataplasmes astringens. Afin que la nourriture pût concourir au même but, ils alimentaient leurs malades avec la farine d'orge, le pain trempé dans du vinaigre, le coing, l'eau froide, dans laquelle cependant ils ajoutaient quelquefois une très petite quantité de gros vin rouge.

Dans les tumeurs qui étaient nécessairement du genre strictum , le traitement devait cependant être varié : c'est ainsi que l'esquinancie était d'abord combattue par les topiques resserrans ; mais, si elle résistait, on avait recours aux émolliens. Ainsi, ce traitement formait une exception à la règle.

La métasyncrise, nommée aussi règle cyclique ou circulaire, était réservée pour les maladies longues et rebelles. Cette méthode était ce qu'il y avait de plus relevé et comme le chef-d'œuvre de 1 art parmi les méthodiques. On sent que, pour régénérer complètement le corps des malades, ce qu'annonce le titre de récorporation dont Gœlius la décorait, la métasyncrise devait employer des moyens fort éner-

giques; cependant on ne déployait pas d'abord les plus vigoureux.

Cœlius Aurélianus rapporte avec beaucoup de détails, comme modèle du traitement qui convient aux maladies chroniques, un traitement du mai de tète, qu'il suppose d'abord léger et facile à guérir, ensuite tin peu opiniâtre , puis davantage , puis enfin des plus rebelles , et par là nous donne une idée de la manière dont on graduait la stimulation métasyncritique.

Ce traitement se compose de cycles ou cercles dits résomptifs , chacun de trois à quatre jours de durée, et dont chacun amène des moyens plus actifs que ceux du précédent , en raison de la résistance des maladies que l'on veut combattre.

Ainsi, le premier cycle n'admet que des moyens fort doux : une abstinence de trois jours , si le malade n'en est pas trop fatigué; des onctions sur la tète , avec de l'huile , et avec quelques sucs récens de plantes astringentes sans être répercussives, telles que le polygonum , le plantain , la chicorée. Après quoi, Ton reconduit le malade à ses alimens accoutumés , en passant par des gradations dont nous allons bientôt donner l'idée.

Un degré d'intensité de plus peut exiger la saignée, les ventouses ou les sangsues sur la tète ; mais rien de cela ne doit être fait avant le troisième jour , conformément à la règle générale. Les autres moyens diffèrent peu des précédens ; ils consistent toujours dans des onctions, des frictions avec des liquides aromatiques et astringens et d'une température plus basse que celle du corps. On y joignait encore des

emplâtres simples, comme celui de diachylum, que l'on appliquait sur la tête après l'avoir rasée. Les lavemens n'étaient pas négligés dans le dessein de vider le gros intestin , parcequ'on avait remarqué que la tête en était soulagée. On est aussi frappé de l'attention qu'avaient ces médecins de placer le malade dans une chambre vaste , où l'air fût d'une température moyenne, et de lui recommander une posture dans son lit qui tînt sa tête élevée.

Après trois jours d'abstinence, on donnait au malade le tiers du pain qu'il avait coutume de manger dans son état de santé ; le lendemain, on y ajoutait l'autre tiers, et le troisième jour on lui rendait la dose ordinaire. Avec le premier tiers , il mangeait des plantes potagères des plus tendres, comme la citrouille , la blette , etc. Avec les deux tiers du pain , il pouvait manger des œufs , un peu de volaille, et de petits oiseaux, comme les ortolans, les bec-figues ; enfin la portion complète de pain lui permettait de faire usage de la chair de porc. Alors le cercle rêsomplif était parcouru avec les moyens les plus doux.

Mais si la céphalalgie était rebelle , intense , et qu'elle fût définitivement devenue une maladie chronique , continue ou périodique, il fallait, en recommençant le même cercle , employer des moyens d'une plus grande énergie, et, dans les intervalles, recourir à de forts exercices , tels que la gestation , la promenade à pied , d'abord avec lenteur, ensuite en accélérant le pas , la lecture à haute voix , les onctions suivies de la course, de la lutte, et autres moyens gymnastiques , même des plus violens. Quant à la

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nourriture, voici la gradation qu'elle devait subir dans ce second cercle résomptif.

Le premier jour, abstinence complète, ou si le malade ne peut y tenir, qu'il prenne au moins très peu d'alimens, et de l'eau seulement pour boisson; on n'exigeait donc pas toujours les trois jours d'abstinence complète de toute ingestion. Le second jour, le tiers de pain comme ci-dessus, avec des végétaux tendres et des alimens légers du règne animal , tels qu'on les a vus plus haut. Ce régime devait être continué deux ou trois jours, en observant de ne pas trop manger à la fois. Après cela, le malade passait au gibier, comme le lièvre, le chevreuil, c'est-à-dire aux viandes noires, aromatiques chargées d'osmazome. Enfin , le dernier degré était encore la chair de porc salée et assaisonnée par les aromates.

La même gradation devait être suivie dans le vin et dans les exercices. ^

Les méthodiques se figuraient, par ces variations du régime, pouvoir changer à peu près la composition du corps; ils croyaient avoir vidé en grande partie les pores par les saignées et l'abstinence , et pensaient que les alimens qu'ils accordaient après cela devaient les remplir de sucs en grande partie nouveaux, et améliorer ainsi la qualité des liquides, dont les pores étaient traversés. Mais, comme ils avaient aussi en vue le changement de l'état de ces pores, ils commençaient, ainsi qu'on l'a vu, à les ouvrir, pendant les jours qui précédaient le cercle résomptif, par les frictions, les onctions, l'exercice et autres pratiques extérieures ; et , tout en continuant l'emploi de ces moyens, dont ils augmentaient

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successivement lenergie après l'ouverture du cercle , ils donnaient en même temps aux alimens une propriété plus excitante, en raison de l'intensité croissante des exercices.

Si ce concours d'excitation graduelle interne et externe n'avait pas réussi, si la maladie se montrait rebelle et toujours plus formidable , les méthodiques recommençaient encore le traitement sur le même plan; mais, pour cette fois, ils donnaient le plus haut degré possible d'énergie aux moyens dont se composaient les différentes périodes de ce nouveau cercle, qui prenait alors le nom de cercle métasyncritique. La métasyncrise était donc l'ancre de miséricorde des méthodiques, le chef-d'œuvre de leur pratique. Ils lui accordaient le pouvoir, non seulement de changer complètement l'état des pores, mais aussi de renouveler entièrement les sucs, et même d'opérer un nouvel arrangement de tous les atomes ,vivans; c'était, pour tout dire en un mot, le prétendu changement total du corps humain, que Cœlius désignait par le mot si fameux et en même temps si sonore de récorporation.

Afin d'y procéder avec plus d'efficacité, on faisait jeûner complètement le malade le premier jour* le lendemain, après un léger exercice, on lui accordait le tiers du pain, comme de coutume; mais on y ajoutait, ce qui n'avait pas été aussi prématuré dans les cercles antécédens, des viandes rôties, apprêtées à la moutarde, des olives vertes confites, et autres substances pareillement acres. On écartait cependant les alliacées, que l'on accusait de produire de l'embarras dans le cerveau. Le vin était concédé dès le

même jour, et l'on continuait le même régime pendant quelques jours, si l'estomac s'accommodait des alimensqui le composaient. Il y avait même assez de variété dans les mets, puisque les malades pouvaient se permettre différentes espèces d'oiseaux et de volaille, de poisson salé, comme la sardine, le ton mariné , etc. , que Ton entremêlait avec la chair de porc. Ce genre de vie*, qu'ils appelaient la première partie du cercle, pouvait durer de quatre à six jours, et n'était que préparatoire à la seconde, pendant laquelle on retranchait les alimens acres et salés pour exciter l'estomac d'une autre manière, c'est-à-dire par les vomitifs.

Le premier jour de cette seconde partie du cercle métasyn critique était consacré à manger de la racine de raifort macérée dans l'hydromel et le vinaigre , quelquefois même animée avec un peu de scille; le malade en consommait jusqu'à la quantité d'une livre, buvait soigneusement le jus de cette préparation , et avalait de l'eau ce qu'il en fallait pour se procurer force vomissemens ; après quoi, il lui était permis d'apaiser l'ardeur dévorante de l'estomac par des torrens d'eau froide. En même temps on lui recommandait de se mettre au lit, en évitant de se laisser aller au sommeil, qui est resserrant, et qui , par conséquent, aurait bientôt annulé les effets relâckans du vomitif. Le raifort pouvait être remplacé par la graine de moutarde macérée dans de l'eau , ou dans un mélange d'eau, de miel, de vinaigre: on pouvait encore y substituer le cresson, la semence de roquette, la décoction de thym, d'origan ou d'hyssope, la saumure, et autres moyens de pareille âcreté, qui

ne manquent jamais de révolter l'estomac avant de l'enflammer, surtout lorsqu'on y joint une certaine quantité d'eau tiède.

Après l'épreuve du vomitif, le malade se reposait pendant deux ou trois jours, en suivant le régime moyen, c'est-à-dire nourrissant sans être fort excitant; il se baignait et faisait quelque exercice. S'il était mieux, sans être pourtant guéri, et que, par conséquent , il fallût achever le traitement métasyncritique , on le préparait à la dernière partie de ce traitement, d'abord en lui faisant repasser un cercle pur rement résomptif , puis en lui .faisant subir une seconde épreuve du vomitif, suivi des viandes salées; après quoi, l'on devait hardiment , ajoute l'auteur, le soumettre à cette dernière partie, qui se compose de remèdes locaux , d'abord assez modérés . ensuite dune énergie toujours croissante, et dont l'effet devait être extrêmement prononcé, comme on va pouvoir en juger.

On commençait par lui raser la tête, le plus souvent à contre-poil, afin de lui faire rougir la peau du crâne, que l'on frottait denitre en poudre, après avoir mis le malade dans le bain : voilà des moyens doux qui paraissent déjà d'une certaine énergie; mais ce n'est rien en comparaison du reste. En effet , chauffer la tête en l'exposant à l'ardeur d'un brasier; appliquer une série de ventouses scarifiées depuis le dos jusqu'à la nuque; appliquer un emplâtre fort adhérent, nommé dropax, que l'on arrachait ensuite avec beaucoup d'effort, successivement aux jambes, au dos, à la poitrine, ensuite, depuis la première vertèbre cervicale jusqu'au bas du dos; enfin , sur la

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tête même, et sur la région temporale ; frotter et oindre en même temps les différentes parties du corps, et surtout celles où le dropax avait été appliqué; finir par plonger le malade dans le bain: tels étaient les puissans moyens par lesquels les méthodiques croyaient avoir relâché et ramolli 1a tête, en avoir ouvert les pores, et c'était afin de les maintenir dans cet heureux état qu'ils conseillaient sans interruption l'exercice de la voix, de fréquens sinapismes et l'emploi répété des sternutatoires et des sialagogues les plus actifs.

Si, malgré tout cela, le mal de tête persistait encore, on faisait prendre l'ellébore, soit seul, soit associé à la racine de raifort ; mais alors il fallait suspendre les pratiques excitantes de l'extérieur , car ces médecins sentaient l'inconvénient de stimuler en même temps la peau et la surface interne des organes digestifs. C'est dans le même esprit, c'est-à-dire de peur de communiquer trop d'excitation aux viscères, qu'ils ordonnaient de ne passer à un genre d'excitation externe qu'après avoir vu dissiper entièrement les traces de la dernière excitation. Mais, quand ils avaient épuisé toutes celles qu'ils avaient pu imaginer pour bien ouvrir les pores intérieurs et extérieurs , ils suspendaient tout remède et engageaient le malade à se régaler de viandes de toute espèce , surtout de celles de haut goût, ou préparées de manière à l'acquérir : ils insistaient surtout sur l'usage des viandes sèches, qu'ils nommaient la drimiphagie; ils conseillaient au malade de boire du vin, et de se promener en bon air, afin de compléter la métasyncrise,en remplaçantpar de bonnessubstances la vieille

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chair dans laquelle résidait la maladie, et qu'ils croyaient avoir détachée et expulsée par leurs secousses et leurs évacuations réitérées.

Enfin, quand tout était inutile, ils faisaient ce qu'on fait encore aujourd'hui: ils envoyaient le malade aux eaux minérales, et lui recommandaient la navigation et les voyages.

On doit sentir qu'une médecine aussi terrible devait souvent décourager les malades et les porter à en suspendre l'exécution. C'était pour les méthodiques une excuse qu'ils ne manquaient pas de faire valoir, si la maladie résistait. Mais ce n'était pas la seule: il y avait des convenances de temps, qu'il fallait observer dans l'exécution des cycles, et, lorsqu'on y manquait, il n'était point étonnant que le succès n'eût pas couronné l'œuvre.

Un grand nombre de médecins ont acquis de la célébrité dans le méthodisme , et, malgré les rudes coups que lui porta Galien, la secte persista longtemps encore après lui. Toutefois, elle se corrompit avec le temps : le méthodisme de Tkeodorus Priscianus, le dernier de ces écrivains qui jouit d'un certain crédit, et qui vivait trois cents ans après Soranus, offre des méclicamens spécifiques, accumule les purgatifs, et renferme des détails et des indications particulières pour les maladies des. femmes et des enfans, chose formellement désapprouvée par les fondateurs, qui n'admettaient aucune considération tirée des âges, des sexes, des tempéramens, etc.

Le méthodisme fut insensiblement détruit par les autres sectes, et ne reparut plus qu'un moment au seizième siècle, pour mourir aussitôt, jusqu'à ce

qu'il fut rappelé au souvenir du monde médical par le système de Brown, qui pourtant ne lui ressemble que parcequ 'il partage aussi les maladies en deux grandes classes ; mais nous verrons plus tard que la dichotomie du novateur écossais, n'est point une dérivation de celle du médecin de Laodicée.

Les dogmatiques ont fait de trop justes reproches aux méthodiques : assurément, rien ne peut excuser ces derniers de négliger les cas particuliers, la différence des parties attaquées, celles du sexe, de l'âge, du climat. Il y a tant d'objections à leur faire, qu'il vaut mieux déclarer sans préambule que cette secte, car je n'ose l'appeler doctrine, était dépourvue de toute raison, et ne mérite d'être citée que pour montrer jusqu'à quel point peut aller la crédulité des hommes, même de ceux que l'on décore du titre pompeux de savans. En effet, admettre, sur le simple aspect de la peau , et sans tenir aucun compte des travaux déjà nombreux et imposans des anatomistes , que le corps n'est composé que d'atomes et de pores ; ne voir dans toutes les maladies possibles que le resserrement ou le bâillement in actif de tous ces pores, sans daigner faire attention aux influences d'une foule de causes évidentes qui peuvent entretenir les maladies qu'elles ont fait naître; réduire tout l'art de guérir à Fart de resserrer ou de relâcher ces pores, en dépit de l'expérience, qui témoignait si souvent contre le résultat des moyens employés pour ce double objet, en dépit de l'action incontestable de certains corps extérieurs sur certains organes ; dormir tranquillement dans ces idées et laisser passer une longue vie, sans qu'il vint quelques scrupules,

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sans que l'on songeât à s'assurer s'il n'était pas possible de mieux faire que de rôtir la peau des malades et de leur incendier les voies gastriques; voilà . de ces prodiges qu'il fait bon d'admirer chez nos ancêtres, afin de voir sans surprise, ou du moins sans indignation, toutes les inepties médicales de nos contemporains , et de ne pas leur adresser de trop acerbes reproches.

En général, ce paraît être une chose très ojfficile pour le commun des hommes, de soupçonner que plusieurs milliers de personnes qui embrassent une doctrine nouvelle pourraient bien avoir quelque motif plausible de l'adopter, et mériteraient au moins d'être entendues. On se figure volontiers que les autres , quel que soit leur nombre, doivent avoir tort quand ils ne pensent pas comme nous. Ceux qui devraient le mieux sentir l'importance d'entendre les raisons des parties opposées, les gens de loi'ne sont pas plus que les autres à l'abri de cette prévention contFe les opinions scientifiques qu'ils n'ont pas approfondies. Nous envoyons chaque jour des preuves incontestables. Il y a des conclusions physiologico-psychologiques à déduire de ces faits ; mais ce n'est pas le lieu de me livrer à ce genre de travail. Je terminerai le chapitre des méthodiques en avouant qu'il n'y a rien de philosophique dans leur système ; qu'ils sont fort au-dessous de tous les autres doctrinaires, des empiriques surtout , qui avaient au moins le mérite de savoir douter, et qui n'avaient d'autre tort que celui de ne pas trouver dans les sciences de leur époque de quoi fixer leur incertitude. On peut, dira quelqu'un , leur adresser le reproche d'avoir

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agi sur le corps animé, malgré leur doute. Oui certes ; mais qui, dans toute sa vie, n'a pas encouru ce blâme? On se figure, dans le moment du péril, que le remède agira de telle manière , on le voit d'avance agir, et l'on n'hésite pas à le donner ; d'ailleurs il s'agit de venir au secours de celui qui souffre , de celui qui nous implore, et Ton agit toujours alors d'après cette prévision d'une action des moyens , qui peut , dans certaines cas, n'être qu'imaginaire. On se laisse guider ainsi, soit que l'on sache , soit que l'on ignore la médecine, et quelque disposé que l'on soit à douter dans les temps du loisir et de la réflexion; mais du moins , dans ce temps, il est bon de chercher à s'instruire, et les empiriques n'y manquaient pas, puisqu'ils consultaient l'histoire pour la comparer à l'autopsie. Mais que faisaient les méthodiques dans leurs loisirs? quelle histoire pouvaient-ils méditer, puisqu'ils les récusaient toutes? n'ayant point l'habitude de caractériser la maladie par le groupe de symptômes, puisqu'ils se refusaient à meubler leur mémoire de ceux vrais ou faux qui servaient alors de signes à chaque entité morbide,. ils n'avaient d'autre ressource- que dans leur imagination pour se faire une idée de la maladie présente. La surface du corps laissait ou ne laissait pas couler des humeurs : voilà pour eux le fait unique; tout le reste n'était plus qu'imagination, c'est-à-dire des états de l'économie qu'ils se figuraient sans les voir, sans que rien les y conduisît par voie de déduction ; car on peut affirmer qu'ils n'étaient pas suffisamment autorisés à supposer L'intérieur analogue en tout point à l'extérieur, lorsqu'il existait des centaines de volumes faits par des gens

dignes de foi, qui pouvaient au moins jeter dii doute dans l'esprit des méthodiques, sur cette prétendue similitude. 0

L'erreur de ces médecins ne saurait clone être excusée d'aucune manière, et je reviens à dire qu'ils ne peuvent figurer dans l'histoire que comme des exemples, hélas! bien déplorables, de la faiblesse intellectuelle de l'homme, de l'étonnante inclination qui le porte à se figurer de suite ce qu'il n'a point appris, ce dont à peine il vient d'entendre parler, et de la répugnance qu'il éprouve à se 'prêter au travail que nécessiterait la rectification de ses idées préconçues.

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