RESTAURATION DU DOGMATISME
hardiesse : son but était ici de produire un relâchement qui facilitât le passage et la sortie des calculs. Cette idée de relâchement et d'ouverture de conduite lui était manifestement suggérée par les méthodiques, et rien n'empêche d'avouer qu'elle est parvenue jusqu'à nos jours.
Notre pneumato-éclectique faisait aussi des saignées locales , mais par des ouvertures de veine , à la manière d'Hippocrate; méthode trop long-temps négligée dans la pratique vulgaire , quoique souvent recommandée par des écrivains judicieux. D'après les mêmes principes , Arétée cherchait fréquemment à provoquer le saignement de nez dans les congestions cérébrales.
La plupart des anciens ont recommandé lesvomissemens artificiels provoqués par différens moyens ; c'est un fait que nous ne devons pas laisser échapper. Nous avons vu quels étaient les vomitifs des méthodiques ; ceux d' Arétée se réduisaient à une espèce de narcisse et à l'ellébore blanc , dont il faisait un grand cas, le regardant comme un vomipurgatif des plus commodes. Les guérisons qu'il croyait devoir à cette substance , il ne les attribuait exclusivement ni aux évacuations , comme les humoristes , ni aux secousses , à la manière des méthodiques , qui croyaient par leur moyen ouvrir les pores et rétablir leur direction dérangée: il regardait ce médicament comme agissant encore par une vertu toute spéciale ; ce qui le rapproche davantage des empiriques. Il croyait que l'ellébore rendait la respiration plus libre et augmentait l'embonpoint. On remarque chez tous les anciens auteurs une grande 1. 10
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facilité dans la prescription des émétiques violens et des purgatifs drastiques ; cependant l'expérience ne nous a que trop appris qu'ils sont très souvent nuisibles, quelquefois mortels , et Ton sait qu'aussitôt qu'ils connurent des évacuans d'une action plus modérée, les médecins s'empressèrent de renoncer aux drastiques, malgré l'autorité des premiers maîtres de l'art. Faut-il donc en conclure que l'espèce était plus robuste dans la haute antiquité, ou que les médecins d'alors avaient plus de sagacité que ceux qui préférèrent les cathartiques ? Eh ! non sans doute; mais bien plutôt que les anciens ne savaient pas distinguer l'influence des médicamens au milieu des symptômes qui constituaient à leurs yeux la maladie. Ce qui nous en donne la preuve, c'est que, de nos jours, Rasori a remis en vigueur les drastiques les plus féroces, sans que ni lui ni les nombreux témoins de sa pratique s'aperçussent d'abord du mal qu'ils faisaient. îl a fallu l'influence de la doctrine physiologique et celle de tous les travaux qui ont eu pour objet de déterminer le véritable sens du mot maladie 9 pour que l'on se doutât que cette thérapeutique audacieuse était aussi nuisible dans la plupart des maladies auxquelles on l'appliquait en Italie, uue le traitement usité dans l'hôpital de la Charité de Paris était désavantageux dans la colique de plomb. Observer n'est pas chose facile, comme le disaient ïlippocrate et ceux qui faisaient le plus résonner parmi nous le nom de ce grand homme : ces mêmes écoles qui obligeaient leurs candidats à transcrire ses aphorismes dans leurs dissertations inaugurales, ont été bien long-temps avant de se faire une idée