RESTAURATION DU DOGMATISME
de cette difficulté. Ne soyons donc pas surpris de lire dans les anciens auteurs l'éloge des médicamens acres et perturbateurs. D'ailleurs, il y a dans la nature de quoi justifier cette prévention : certaines irritations non partagées par l'estomac et les intestins sont quelquefois subitement enlevées par les vomitifs et les purgatifs violens. Il est même des cas , surtout après les saignées, où les irritations des voies gastriques peuvent être palliées par ces moyens , et il en peut résulter pour quelque temps un surcroît d'assimilation qui n'est que lavant-coureur d'une exacerbation plus grave que la maladie primitive.
La médication rubéfiante que les méthodiques exécutaientavec des sinapismes, dans l'intention d'ouvrir les pores et d'attirer du centre à la périphérie , était, dans certains cas, admise aussi par Arétée; mais il joignait aux moyens usités les cantharides, qui avaient un effet vésicant beaucoup plus marqué. Nul, avant notre auteur, si ce n'est Archigène, qui fut son aîné, n'avait employé les cantharides dans cette intention. Galien, qui était postérieur à Archigène, mentionne cette propriété vésicante des cantharides; mais il n'en fait point usage. Arétée s'en servait pour frictionner la tête des épileptiques. Quant aux auteurs des premiers temps , ils regardaient ces însectes comme venimeux, et les rejetaient de leur matière médicale.
Outre les estimables qualités que nous avons reconnues dans Arétée, il avait encore celle de n'affirmer que ce qu'il avait vu : c'est ce qui a rendu ses tableaux de maladies infiniment précieux pendant une longue suite de siècles, et ce qui le constitue un des
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princes de l'art médical. Mais, s'il ne rapportait que ce qu'il avait vu à l'extérieur, souvent il croyait voir ce qu'il était impossible de constater dans le tissu des organes. Cette crédulité peut nous choquer aujourd'hui ; mais, à l'époque dont nous parlons, la chimie n'existait point, et rien ne pouvait arrêter les idées des savans sur les élémens des corps ; d'ailleurs, la circulation, la structure des sécréteurs et l'irritabilité inhérente à la. fibre n'étaient pas connues. Dépourvus de ces données, les médecins, pour être sages, auraient dû s'en tenir à l'empirisme; mais l'empirisme avait aussi ses inconvéniens : le plus désagréable était, pour ceux qui faisaient profession de cette doctrine, de voir le raisonnement se rallier, chez leurs adversaires, avec ce que les systèmes de philosophie avaient de plus imposant, de plus relevé, et de n'oser en faire usage. De là la multiplication des éclectiques. Mais, aussitôt que l'on avait acquis, par le titre d'éclectique, la licence de puiser dans les autres doctrines, la carrière du raisonnement était ouverte, et rien n'était plus difficile que de ne pas s'y égarer en la parcourant.
Arétée plaçait dans le cerveau un principe du mouvement et du sentiment; mais il ne laissait pas de le rattacher à son pneuma. Au surplus, il serait inutile de nous arrêter plus long-temps sur ses opinions physiologiques, la plupart fort erronées, et qui ne servaient point de base à son système de pathologie dont nous venons de donner l'idée.
On voit qu'à cette époque la médecine éiait encore bien imparfaite. À peine y trouve-t-on quelque chose qui dut rester sans modification , si ce n'est
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quelques axiomes des plus généraux qui appartiennent encore plus à l'empirisme non raisonné des premiers temps qu'aux systèmes avec lesquels on croyait avoir illustré la science.