‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 114 sur 148 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

MÉDECilNE DE CELSE. MELAIS GE DEMP1RISME ET DE MÉTHODISME.

Quoique dominé par les principes de la médecine pneumatique , Arétée puisait dans toutes les sectes, mais seulement pour les moyens curatifs. Celse affecte de ne rien dire des diverses doctrines : il peut ainsi paraître empirique et même éclectique; mais, dans le fond, il est méthodique , et ce qu'il emprunte aux autres sectes est approprié au système de la méthode.

Celse est un écrivain des siècles de la belle latinité; il naquit sous Auguste et écrivit sous Tibère. On le regarde comme l'auteur qui a écrit sur la médecine avec le plus d'élégance. Il est d'autant plus précieux, envisagé sous le rapport historique, que ses ouvrages contiennent une foule de détails sur les moyens usités dans la pratique médicale et chirurgicale , et sur les procédés de la médecine externe des temps antiques, procédés dont, sans lui, nous n'aurions que des idées bien imparfaites.

Je laisserai de côté tout ce qui est relatif à la profession de Celse, qui, selon quelques uns, n'aurait

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point pratiqué la médecine, pour me borner à saisir dans ses ouvrages le tableau de cette science telle qu'elle était à Rome de son temps.

La théorie d'Asclépiade servait de guide à la pratique de Celse. Toutefois, il faisait cas d'Hippocrate : quelquefois il pronostiquait d'après lui, et toujours il le suivait pour les opérations de chirurgie. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que, tout en appréciant la valeur des symptômes et en cherchant a prévoir l'événement à la manière d'Hippocrate, il refusait d'admettre les jours critiques, les attribuant à la superstition des nombres f introduite dans la médecine par les pythagoriciens. On voit qu'en ce dernier point Celse marchait sur les traces d'Asclépiade. Toutefois, il ne l'imitait pas dans son aversion pour la saignée; il tirait même plus de sang qu'tïippocrate, tantôt par l'ouverture des veines, tantôt par les ventouses , jamais par les sangsues, dont il ne parle pas, quoique Thémison s'en fût servi long-temps auparavant, et quoiqu'il cite assez souvent cet auteur. Celse ne plaçait jamais la saignée dans les redoublemens. de la fièvre; il la regardait comme mortelle dans ces momens. Sur quoi pouvait être fondée une telle prévention? on ne saurait le dire précisément; mais il paraîtrait que Celse s'est trop pressé de tirer des conclusions générales de quelques cas particuliers. Notre auteur purgeait moins qu'Hippocrate et les autres anciens, qu'il blâme pour avoir abusé des drastiques ; mais il ne proscrivait pas la purgation comme Asclépiade. Il n'employait pas l'ellébore dans les fièvres ; il cherchait à provoquer des selles par des boissons et par des alimens propres à nour-

rir et à relâcher tout à la fois. Il tenait donc un milieu entre l'école d'Hippocràte et celle des méthodiques, sous le rapport du choix des moyens ; mais il avait toujours l'intention de modifier l'économie, selon les explications des méthodiques.

Celse voulait que les malades supportassent la faim et la soif durant les premiers jours. On reconnaît là le précepte donné par les méthodiques, de laissera la nature le temps de cuire et de dissiper les crudités, c'est-à-dire les résidus des alimens pris dans l'état de santé; mais il ne croyait pas, avec les partisans de l'ancien dogmatisme , qu'il lût utile de les évacuer d'abord par les vomitifs et les purgatifs ; il abandonnait ce soin à la nature. Plus tard Celse voulait que les malades fussent nourris, et même avec de bons alimens, pourvu toutefois que l'on évitât de trop les remplir : c'est pour cela que de temps en temps il suspendait l'alimentation, pratique où l'on reconnaît encore la trace des cercles résomptifs et métasyncritiques des partisans du méthodisme. Il les imitait aussi dans l'emploi des onctions, des frictions, des bains, des topiques et des exercices puisés dans l'art de la gymnastique ; il en faisait même usage dans les maladies aiguës, et s'en servait fréquemment dans le dessein de provoquer la sueur.

Celse employait peu de médicamens à l'intérieur. Il avait un petit nombre de compositions destinées à adoucir les douleurs, à calmer la toux, la colique, à faire uriner, à faciliter le part, et quelques antidotes; mais, en général, il tirait ses principaux moyens du régime, et quoique sa pratique parût empirique, il

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avait le plus souvent en vue une modification du corps vivant, conçue d'après le système des méthodiques.

Il redoutait la faiblesse; car, soit qu'il ait fait jeûner , soit qu'il ait évacué ses malades, ou qu'il les ait fait suer, on le voit toujours revenir aux fortifîans médicamenteux ou alimentaires, en témoignant ses craintes sur les suites de la débilité ou du relâchement.

Si nous le suivons dans quelques maladies en particulier, au moins telles qu'il les conçoit, c'est-àdire distinguées d'après les symptômes les plus saillans, nous trouverons la preuve de ce qui vient d'être dit.

Il ne définit point la fièvre : il se contente de dire qu'elle attaque tout le corps et qu'elle est très commune, et aussitôt il passe aux fièvres, c'est-à-dire aux différentes formes de l'état fébrile, qu'il croit pouvoir servir à caractériser des entités particulières. Il s'occupe beaucoup du type et y puise ses principales différences , distinguant les fièvres en quotidiennes, tierces , quartes et hémitritées , genre où il fait entrer les rémittentes à accès plus ou moins rapprochés, violens, irréguliers. Il s'attache à faire remarquer les différences de force, de gravité dans les accès des différens types. On reconnaît qu'il écrivait à Rome, où les intermittentes sont extrêmement multipliées et souvent très formidables. Iî admet autant de traitemer.s ou de pratiques diverses qu'il a remarqué de différences dans le rapprochement , l'intensité et le danger des accès.

Quant au traitement des fièvres en général , ce qui paraît comprendre toutes les maladies inflara-

matoires aiguës, Celse reproche à Àselépiatîe trop de sévérité clans le commencement , comme de laisser les malades souffrir de la soif dans l'intention de les débiliter pendant les premiers jours, au point de ne pas leur permettre de se rincer la bouche. Il le blâme aussi d'avoir tenté d'exciter encore plus vivement la fièvre par la lumière et la veille, afin que l'excès d'excitation amenât une débilité favorable, et que la fièvre se servît ainsi de remède à elle-même; méthode qui , d'après Celse , est bien loin d'être aussi agréable qu'Asclépiade le prétendait, et qui , de plus , a l'inconvénient de trop affaiblir le malade, parceque clans ces cas rien n'est plus redoutable que la faiblesse.

On peut juger par ce reproche que souvent les anciens auteurs prenaient la débilité qui résulte de l'excès de l'irritation pour un épuisement des forces. Mais il faut avouer aussi qu'ils n'avaient pas toujours tort ; car la surirritation des vastes phlegmasies viscérales anéantit les forces et décompose les organes en fort peu de temps : témoin la fameuse gastroentéro-céphalite appelée lièvre jaune, et toutes les maladies aiguës des pays chauds.

Celse avait sans doute moins de tort qu'Asclépiade en permettant à ses malades de dormir la nuit, de se tenir à l'abri d'une lumière fatigante, de se rincer la bouche, et même de boire modérément ; mais il avait toujours celui de ne rien faire pour s'opposer aux progrès de l'irritation qui déterminait la fièvre, et de donner des aîimens au bout de trois ou quatre jours, aux premiers signes de faiblesse , puisque cette faiblesse pouvait dépendre d'une al-

tération produite par les phlegmasies viscérales. Mais que pourrions-nous reprocher à des hommes qui n'étaient éclairés ni par une saine physiologie , ni par l'ouverture des corps? Les intentions de notre médecin romain étaient excellentes : il retranchait les aîimens pour diminuer l'intensité de la fièvre , parcequ'il ne voyait d'abord que la fièvre; il laissait boire et dormir ses malades pour leur épargner des sensations pénibles qu'il regardait comme débilitantes . parcequ'il ne redoutait ensuite que la faiblesse; il leur rendait les vivres, de peur qu'ils ne tombassent au-dessous du degré d'affaiblissement qu'il croyait favorable à la guérison de la fièvre. Il se guidait en cela sur l'âge, le sexe, le climat, les pertes éprouvées , la force constitutionnelle des sujets. Dans les cas d'intermittence, il saisissait le premier moment de calme pour donner les alimens, afin que la digestion eût le temps de se faire dans Papyrexie. Si les accès étaient forts et rapprochés, et le malade robuste, il ne donnait à manger que tous les trois ou quatre jours , et seulement pour soutenir un peu Ja nature qui travaillait à dompter la fièvre. S'il n'y avait que des redoublemens , il nourrissait dans la rémission. Il choisissait alors des alimens et des boissons proportionnés aux forces , aux appétences du malade, d'autant plus rafraîchissans que celui-ci éprouvait plus d'ardeur , d'autant plus solides qu'il paraissait plus faible , et même alors quelquefois il préférait les substances animales données dans une quantité appropriée aux forces digestives. Ne reconnaît-on pas, à travers cette conduite , un esprit juste et né pour la vérité ? Nous ne pouvons donc que

gémir de l'ignorance à laquelle son siècle l'a condamné.

En général , l'auteur qui nous occupe ne paraît pas avoir eu d'autre but dans le traitement des fièvres que de gouverner les forces par l'administration des alimens, de manière à c% qu'il n'y en eût ni trop ni trop peu pour que la nature pût triompher de la maladie. C'est, au fond, l'idée d'flippocrate ; mais les moyens différaient, parceque la théorie du strictum et du laxum avait donné de nouvelles idées. Du temps de Celse on redoutait toutes les évacuations un peu copieuses ou durables, parcequ'elles annonçaient ou entretenaient un relâchement défavorable au but que la nature se proposait. On ne craignait pas moins le défaut des évacuations, surtout dans l'état fébrile, attendu que le malade pouvait périr de suffocation, c'est-à-dire par l'excès de congestion dans les principaux viscères; ce qui n'était pas moins contraire aux vues de la sage nature.

L'auteur appelle l'attention d'une manière toute particulière sur ces deux états, et fait, au moins pour les fièvres , profession de méthodisme. Dans le dernier des deux états qui viennent d'être décrits, et qui est celui du strictum , il n'hésitait pas à pratiquer la saignée , à lâcher le ventre par des lavemens , à faire couler les urines, à provoquer la sueur par toute sorte de moyens, parcequ'ii comptait sur l'effet débilitant de toutes les évacuations.

On peut se demander aujourd'hui quels avantages a, sur cette théorie surannée, celle des Browniens, des contro-stimulistes et des donneurs de calomel ,

qui mettent toutes les évacuations sur la même ligne que la saignée et n'y voient que des moyens propres à abattre les forces, et par conséquent, d'après eux, à calmer l'inflammation.

Profitant du prétendu perfectionnement introduit par les méthodiques, Celse croyait seconder l'effet relâchant des évacuations par de fortes agitations du corps , des gestations forcées, l'immersion dans Teau chaude mêlée d'huile, les onctions, l'impression du grand air et de la lumière, la soif, la faim, qu'il se contentait de modérer avec des alimens végétaux donnés en petite quantité, et rarement avec des boissons aqueuses , mais plutôt chaudes que froides, parceque le froid fortifie et que le chaud affaiblit, opinion qui circule encore parmi lepeuple médecin. Enfin, dominé par une crainte secrète de la faiblesse, Celse ne pouvait se dispenser d'ajouter à ces prétendus débilitans quelques doses de vin doux ou de vin salé de la Grèce.

Dans 1 état de laxum , c'est-à-dire lorsque les fièvres e'taient accompagnées d'évacuations, il recommande le repos le plus complet, le séjour dans un lieu obscur, de laisser dormir les malades , de leur épargner toute agitation, tout mouvement, afin de favoriser l'action des moyens qui sont destinés à combattre les évacuations; car ce sont les évacuations qu'il faut empêcher pour relever les forces, comme ce sont les évacuations qu'il faut exciter pour les abattre : la théorie du temps n'allait pas au-delà.

Four arrêter la diarrhée, Celse conseille de faire vomir; mais il note quatre cas d'exception, qui font voir sa sagacité : ce sont, l'état douloureux de la gorge, celui de 1 epigastre? un point de côté et l'ancienneté

du flux de ventre. Il oppose aux sueurs débilitantes des frictions avec de 1 huile mêlée de nitre et de sel, ou avec les huiles de coing , de roses , de myrte, et autres substances astringentes; l'usage d'un vin austère, avec une nourriture forte, froide , sèche, de difficile corruption, telles que le pain grillé, la viande rôtie : telle'est l'origine scientifique de ce régime astrictif accrédité pour les flux de ventre, et qui est resté en usage jusqu'à nos jours.

Ces détails donnent une idée de la doctrine qui servait de guide à Celse et lui dictait toutes celles de ses prescriptions qui ne sont pas purement empiriques. Toutefois, nous ajouterons encore plusieurs choses sur la manière dont il considérait certains groupes de symptômes qualifiés de maladies.

Dans ce qu'il appelle fièvre pestilentielle, maladie qu'il ne décrit pas, il défend la diète absolue, les boissons purgatives, les lavemens, et cependant il veut qu'on saigne si la fièvre est ardente, tandis qu'il faut faire vomir si elle ne l'est pas, et que les forces soient en défaut. Il veut des bains au plus vite, des aïimens glutineux, et ensuite du vin chaud et sans mélange; car cette maladie peut être promptement mortelle. Je n'entreprendrai pas de rattacher l'intention de l'auteur à une théorie conséquente : on ne saurait nier qu'il n'y ait ici de l'incohérence clans ses idées et dans son plan.

A ce qu'il nomme fièvre ardente, Celse oppose d'abord des moyens peu actifs, mais propres du moins à rafraîchir ; ensuite on le voit conseiller les vomitifs en cas d'amas de pituite dans l'estomac, puis des farines bouillies avec de la graisse. Ce qu'il

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indique de meilleur, mais plutôt d'après les autres que d'après lui-même, c'est l'eau froide bue en grande quantité. C'est ainsi que les meilleurs préceptes sont annulés par leur méiange avec des conseils pernicieux, et voilà ce que nous retrouverons dans les meilleurs écrivains jusqu'à nos jours.

On a remarqué que Celse, toujours occupé du moment de placer la nourriture dans les fièvres, se fait une loi de saisir, ou les apyrexies, ou du moins les temps de rémission; mais il est une fièvre lente dans laquelle, selon lui, on ne saurait trouver de rémission, ni pour donner à manger, ni pour administrer des remèdes. Alors point d'hésitation : il faut nécessairement travailler à changer cette maladie, puisque, telle que la nature Fa faite, il n'y a pas moyen de la traiter. On y parvient par des frictions de tout le corps avec de l'eau froide mêlée d'huile ou de sel. 11 en résulte un frisson suivi d'un redoublement de la fièvre et des sueurs; mais les forces pourraient être trop déprimées durant ce refroidissement artificiel. Dans ce cas, il faudrait exciter avec de l'hydromel, une nourriture légère ou des vins bien trempés; car il est de rigueur que l'on obtienne l'exaspération de la fièvre, afin que la chaleur et la sueur qui en résulteront enlèvent la maladie , ou pour ie moins procurent de, momens de relâche dans lesquels on puisse la traiter selon les règles de Fart. On ne dira pas désormais que Celse n'avait aucune religion médicale ; il était essentiellement méthodique. Au risque de faire prendre une tournure funeste aux fièvres peu prononcées, incertaines dans leur marche et ne laissant entrevoir aucun terme à leur durée,

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il pensait que Ton pouvait, avec un certain Pétron et quelques autres médecins postérieurs à Hippocrate, essayer des moyens violemment perturbateurs.

Ces préceptes n'ont point été perdus : on a vu et l'on voit encore beaucoup de médecins qui recommandent d'exciter dans les maladies aiguës , lorsque les forces languissent, et qui pensent, avec Celse, que le meilleur remède de la lièvre est la fièvre même. Un tel système n'a rien qui. doive étonner chez des médecins qui vivaient d'illusions et de chimères prétendues philosophiques, et qui, privés des lumières de la nécroscopie, n'avaient point eu l'occasion de vérifier que cette opiniâtreté et cette langueur de l'état fébrile sont ordinairement les signes d'une altération organique que les stimulans ne peuvent qu'exaspérer.

Celse appelle l'attention sur différens accidens des fièvres, tels que le mal de tète, la douleur et la chaleur des hypochonclres, le frisson ; mais ce n'est que pour leur opposer différens topiques qu'il croit rafraîchissans , astringens ou échauffons, suivant le cas. Il s'attache surtout à combattre le frisson par les bains chauds et même par le vomissement provoqué avec de l'eau salée; car il pense que ce symptôme est souvent occasioné par la bile ou la pituite accumulée dans l'estomac. Cette pratique est encore calquée sur celle des méthodiques.

Le traitement des lièvres intermittentes en particulier ne se compose guère que de pratiques externes, à l'exception du vomissement, que l'auteur croit parfois utile de provoquer : du reste, il insiste longuement sur la manière d'employer les onctions, les

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épithèmes,les bains, l'exercice et les frictions, en cas de débilité , la gestation , ainsi que sur les jours et les heures où il convient d'accorder de la nourriture. Aujourd'hui que l'enthousiasme pour l'usage du quinquina à l'intérieur est un peu tombé, et que l'on a vu constater les bons effets des frictions médicamenteuses dans les fièvres intermittentes, on conçoit que cette pratique des anciens a pu donner quelquefois des résultats satisfaisans. Mais nous ne doutons pas qu'elle n'ait souvent été impuissante dans les irritations intermittentes à congestions rapides, que l'on désigne sous le nom de fièvres pernicieuses. L'auteur conseille pourtant, dans les doubles quartes rebelles, l'usage interne de quelques moyens excitans, que l'on retrouve encore dans les habitudes du peuple, et qu'il croit nécessaires pour donner une forte secousse au corps. C'est dans cette intention qu'il faisait prendre, avant l'accès, un ou deux verres de vinaigre, du vin salé de Grèce, ou une infusion de graine de moutarde, de poivre, de laser, de castoréum ou de myrte. Il recommandait aussi, dans les cas d'extrême opiniâtreté, de changer plusieurs fois de régime, de passer de l'eau au vin , des alimens doux aux acres, et vice versa, dans le but de produire, à tout événement, une altération quelconque dans l'exercice des fonctions.

Tel est l'homme encore aujourd'hui : l'uniformité le fatigue; dans ses maladies chroniques, il préfère bien souvent l'essai d'un moyen perturbateur, dont il a vu chez d'autres les mauvais effets , à l'ennui d'un régime qui l'a déjà soulagé, mais qui ne lui fait entrevoir sa guérison que dans une perspective éloi-

gnée. C'est cette funeste impatience des malades qui éloigne tant de médecins des études longues et sérieuses et qui fait la fortune des charlatans.

Après avoir terminé les fièvres , Gelse s'occupe de maladies qu'il dit n'être, ainsi qu'elles, particulières à aucun organe, et il y place la démence, toutes les folies , tous les délires fébriles ou non fébriles. Il est facile de voir par là que l'auteur n'a pas assez profité des travaux anatomiques et physiologiques d'Hérophile sur le système nerveux. Il oppose peu de saignées à ces affections , et en général peu de remèdes pharmaceutiques. Il a principalement recours aux frictions faites sur la tète avec des substances astringentes et réfrigérantes, comme le vinaigre,^ l'huile rosat, et compte beaucoup sur la promenade et les autres secours de la gymnastique propres à exercer le corps et à distraire l'esprit.

La cardialgie de Gelse, maladie également placée parmi les affections générales, est accompagnée de fièvre avec pouls déprimé , de sueurs et d'une grande faiblesse de l'estomac et de tout le corps, avec beaucoup d'angoisse. La douleur de l'estomac ne lui paraît sans doute ici qu'un accessoire. Elle est opposée à la frénésie : mais les frénétiques y sont sujets, selon l'auteur; ce qui prouve que les rapports entre l'estomac et la tète ont été aperçus depuis long-temps, sans être bien expliqués, et sans qu'on en tirât des conclusions raisonnables. En effet, dans cette maladie, qui ne peut être autre chose qu'une des formes de la gastro-entérite aiguë, Celse ne s'occupe qu'à combattre les sueurs et la faiblesse ou le laxum de la oeau par des réfrigérans, des astringens employés en épi- »• il

thèmes, onctions, frictions, et à vider l'estomac avec des vomitifs, afiu de faire prendre des rôties au vin et du vin pur, pour empêcher l'entière dissipation des forces.

Sa léthargie est aussi une affection aiguë, fébrile , opposée à la frénésie et à la cardialgie, puisque les malades sont assoupis : elle est dangereuse et peut faire périr en fort peu de temps, si l'on n'y porte remède. L'auteur fait encore ici la médecine du symptôme par le moyen des contraires. Il cherche à réveiller ses malades par des affusions d'eau froide , dirigées de préférence sur la tête. Il ne cesse de frotter cette partie avec des substances aromatiques et antispasmodiques : après l'avoir fait raser, il l'arrose d'oxycrat, afin delà rafraîchir, et ne fait pas moins agir sur tout le corps par des frictions, dans l'intention sans doute d'ouvrir tous les pores et d'opérer une vaste révulsion. La nourriture, le vin, la gestation, dont on n'use qu'à de certains intervalles, après des temps de repos, doivent terminer la cure.

Telle est la dernière des maladies fébriles de Gelse: quoique peu nombreuses, elles le sont encore assez pour faire face à presque toutes les fièvres prétendues essentielles, que les auteurs ont cru découvrir dans les siècles subséquens. On y retrouve en effet, outre les intermittentes , la forme inflammatoire dans sa fièvre ardente , les formes adynamiques ou putrides dans ses pestilentielles , les typhus dans les mêmes fièvres et dans sa léthargie, toutes les ataxiques dans ses délires avec pyrexie, toutes les fièvres dites muqueuses, sudorales , colliquatives, etc. , dans ses cardialgies et dans ses fièvres avec différentes

évacuations. D'ailleurs ce qui pourrait manquer au complément du tableau se retrouvera en grande partie dans les autres maladies de notre auteur.

L'hydropisie est , d'après Celse , une maladie chronique qui dépend de l'abondance des humeurs qui se dépravent \ etc. Cette idée est fort simple et le traitement en découle: il faut imposer le jeûne , faire supporter la soif pendant un long espace de temps. Rien de plus difficile à obtenir des malades ; aussi Fauteur dit-il que Ton réussit plus souvent dans le traitement de ces sortes de maladies chez les esclaves que chez les personnes libres. Il secondait l'effet de ce rigoureux régime avec différentes pratiques capables d'ouvrir les pores extérieurs , d'y attirer les humeurs et de les évacuer : tels sont les frictions , les onctions , les secousses , la gestation , les bains de sable chaud , l'exposition au soleil ou à la chaleur d'un four, enfin tout ce qu'il est possible d'imaginer pour exciter la sueur. A l'intérieur, les excitans n'étaient pas épargnés : on prodiguait , à titre de diurétiques , l'absinthe , le myrte , l'iris , le nard , le safran, la cannelle, l'amome, etc., dont les effets devaient être d'autant moins sûrs qu'on les donnait avec une trop petite quantité d'eau. La nourriture était accordée, non tous les jours, mais tous les deux ou trois, ou tous les trois ou quatre jours, afin de préserver les malades d'une trop grande faiblesse. Les vomitifs n'avaient garde d'être oubliés. Tel était le plan général. Au traitement des hydropisies partielles on ajoutait de fortes rubéfactions, poussées jusqu'à l'excoriation et l'application du fer rouge dans la même intention, afin de procurer des dégorgemens d'humeur. Les sca-

rifications n'étaient point omises. L'aseite réclamait de plus la compression. Les affections du foie, de la rate, ou les vices de l'estomac, en étaient souvent la cause : mais quelles étaient ces affections ? en quoi consistaient ces vices ? Si l'on n'a résolu ces questions que depuis la doctrine physiologique , il ne faut pas s'attendre que l'ouvrage de Celse y répondra.

La consomption est le contraire de l'hydropisie. Cependant, ces maladies , en apparence si dissemblables , peuvent être occasionées quelquefois par les mêmes causes. En effet, la consomption est de trois espèces : dans la première, il y a affaiblissement par défaut de nutrition; dans la seconde, les matériaux nutritifs surabondent, et c'est pour cette raison qu'ils se sont corrompus, d'où résulte une cachexie. Cette causalité a, comme on voit, beaucoup de rapport avec celle de l'hydropisie. La troisième consomption vient du vice du poumon, d'une corruption qui se fait dans ce viscère avec des ulcères et de la suppuration, et qui entraîne la dissolution de tout le corps : c'est la phthisie des Grecs, et c'est aussi la nôtre.

Celse devait rapporter à la première de ces trois espèces toutes les consomptions dépendantes des gastrites chroniques, parcequ'il ne voyait d'autres causes de la maigreur que le défaut de nourriture : c'était raisonner exactement comme le public raisonne, Mais le traitement prenait une tournure scientifique par les emprunts que l'on avait faits à la méthode : on commençait par imposer un jour de jeune, puis on rendait la nourriture en commençant

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par une petite quantité , que l'on augmentait peu à peu. Il fallait joindre à cela des promenades dans un lieusalubre, la gestation, les onctions, les frictions, les bains poussés jusqu'à la sueur, toujours dans l'intention d'exciter l'appétit, en déplaçant, évacuant la vieille matière, afin de faire désirer la nouvelle, et de lui faire de la place. Les alimens devaient être peu abondans, mais légers et substantiels; la boisson principale était un vin léger et austère.

Le traitement de la deuxième espèce de consomption, de celle qui devait correspondre aux gastrites avec engorgement et plénitude plus marqués, soit dans les parenchymes , soit dans le tissu cellulaire de l'abdomen, diffère à peine, dansCelse, du traitement de la précédente. L'auteur exprime le vœu que les alimens soient peu corruptibles, et insiste davantage sur la diète, les lavemens et les autres moyens d'évacuation.

Ainsi , repos de l'organe, et le remettre au travail en lui donnant d'abord peu de chose à faire; révulsion par tous les moyens usités dans le temps : voilà la base de cette thérapeutique. Elle ne pèche que par l'absence des adoucissans et par une restitution trop hâtive des stimulans des voies gastriques. Convenons donc qu'il y manque peu de chose pour la rendre celle du bon sens et de la raison, et que les médecins qui savaient s'y conformer devaient avoir plus de succès, ou du moins éprouver moins de revers que ceux qui, dans la suite, ont cherché le remède de la consomption dans les vins généreux, les viandes noires, le quinquina , les teintures amères et les substances minérales les plus stimulantes. Mais ce n'est pas en

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ce seul point que la médecine pratique a fait des pas rétrogrades.

Les ressources de Gelse contre la phthisie pulmonaire sont bien faibles en comparaison de la gravité du mal; il Ta senti lui-même; aussi dit-il qu'il faut y porter remède dès le commencement. Il conseille de tâcher de faire cesser la fièvre, tantôt par la diète, tantôt par les alimens rendus à propos, et veut que les malades ne boivent que de l'eau. Le lait, qui , selon l'auteur, est nuisible dans les douleurs et dans les fièvres aiguës, avec soif vive, hypochondres gonflés, ainsi que dans les cas d'abondance et de corruption de la bile , convient ici comme dans les fièvres de longue durée , parcequ'alors tous les symptômes ont disparu. On ne peut qu'applaudir à ces principes ; mais on est réduit à gémir lorsqu'il ne propose, pour arrêter les progrès de la maladie, autre chose que les voyages , les longues navigations, la recherche d'un air plus pur, et, à défaut de tout cela, de se faire porter en litière, de se tenir chaudement et de prendre bien garde de s'enrhumer. N'est-ce pas avouer l'impuissance de l'art contre les affections chroniques de la poitrine? Au surplus, nous n'avons pas lieu de nous en étonner. Ces maladies sont rares dans l'Italie, dans la Grèce, et à plus forte raison dans les climats plus méridionaux d'où la médecine tirait son origine. Il fallait que la civilisation pénétrât dans les latitudes boréales, où ces maladies sont communes, que les sciences y fissent des progrès et triomphassent de bien des préjugés , pour que l'on pût s'en faire une juste idée.

L'épilepsie, quoique assez bien décrite, est si peu

comprise par notre auteur, qu'il serait inutile de nous y arrêter.

La jaunisse nousoffrira plus d'intérêt. Celse, d'abord, cite Hippocrate, qui trouve que la jaunisse est de bon augure, quand elle paraît après le septième jour. Or, il est clair que l'oracle de Cos entendait la jaunisse des maladies aiguës; de sorte que l'on pourrait appliquer ce passage à ce que nous appelons aujourd'hui la fièvre jaune, maladie dans laquelle l'ictère ne parait qu'après le développement de l'état fébrile. L'auteur cite aussi Dioclès, qui prétend au contraire que la jaunisse est dangereuse quand elle ne commence pas avant la fièvre. Il ne cherche point à concilier' des assertions si opposées , ce n'est pasa son genre; il se contente de donner une idée de la jaunisse qu'il a observée et nous décrit une gastro-duodénite, accompagnée de tuméfaction du foie et d'ictère, dans laquelle la fièvre n'est qu'accessoire. Mais il est clair que ce cas n'est pas celui dont parle Hippocrate, et que, par conséquent, le pronostic de cet auteur ne peut servir d'autorité à Celse. Il n'est pas moins évident que la sentence de Dioclès peut, sous un point de vue, se rattacher aux observations de Celse, mais qu'il n'a pas su en tirer parti. En effet, Hippocrate a vu des fièvres, selon nous, des gastroentérites aiguës, dont une jaunisse consécutive lui a semblé être la crise heureuse; Dioclès a observé de pareilles fièvres, dans lesquelles l'ictère consécutif a été suivi de la mort, tandis que, d'une autre part , il a vu guérir des ictères qui s'étaient déclarés sans fièvre, quoique la fièvre se fût manifestée pendant leur durée : et ce sont ces derniers cas seulement qui

ont quelque rapport avec les ictères de l'auteur romain; mais il n'établit pas de distinction qui puisse faire juger qu'il ait compris cela. La couleur jaune est tout pour lui : c'est à elle seule qu'il attache l'idée de l'entité morbide ou de la maladie appelée jaunisse.

Ce petit éclaircissement peut servir à faire juger Celse : on voit qu'il n'était point un profond observateur; véritable encyclopédiste, il s'est contenté d'effleurer les sommités des choses , cherchant un certain nombre de dénominations pour représenter les entités pathologiques et grouper autour d'elles les moyens censés curatifs, en les faisant agir d'après la théorie des méthodiques.

Après deux jours de diète, il oppose à l'ictère un lavement, puis le régime, pour combattre la fièvre, quand elle existe; mais, s'il n'y en a pas, il purge avec la scammonée, après quoi il administre différens ingrédiens de propriétés opposées , tels que le suc de poirée , l'infusion d'amandes amères, l'absinthe, l'anis, l'eau miellée; il termine par les frictions et les moyens gymnastiques , ayant soin de recourir de temps en temps à son vin grec salé , pour entretenir la liberté du ventre, de passer successivement des alimens acres aux alimens doux, et d'interposer des jours de jeûne, pour rendre l'influence de ce régime plus efficace.

Retranchez de ce traitement ce qui vient du méthodisme, c'est-à-dire les pratiques extérieures et les cercles résomptifs ou métasyncritiques du régime alimentaire, vous aurez pour résidu un mélange d'adoucissans aqueux , appelés depuis délayans, de

purgatifs et de diurétiques. Telle est l'escorte au milieu de laquelle l'entité jaunisse a traversé les siècles et les systèmes pour parvenir jusqu'à nous.

L'éléphantiasis figure, après la jaunisse, au nombre des maladies générales de notre auteur. Il est bien peu satisfaisant sur ce sujet.

L'apoplexie , la dernière de ses maladies sans siège particulier, est, selon lui, rare en Italie. En effet, les congestions cérébrales sont, comme les pulmonaires, d'autant plus communes que l'on avance plus vers le nord ; que les fluides sont moins appelés vers la périphérie, par la chaleur, et que les hommes recherchent davantage les jouissances de la table. Aussi, Celse n'en parle que pour conseiller la saignée et l'ellébore, purgatif autrefois célèbre dans les maladies de la tête, et qu'il ne choisit pas sans doute pour ce motif, puisqu'il fait de l'apoplexie une affection générale. Du reste, on voit qu'il la confond jusqu'à un certain point avec la paralysie ; car il la distingue en complète, qui n'est qu'une apoplexie, et incomplète qui correspond aux paralysies ordinaires. La saignée, les vomitifs, les purgatifs, les frictions , les rubéfactions , la gestation et le régime sont les moyens qu'il oppose à toutes ces maladies, et la postérité n'y a rien ajouté jusqu'à nos jours.

Afin de compléter ses maladies générales, Celse entre encore dans quelques détails de pratique sur les moyens à opposer à la douleur des nerfs, c'està-dire des parties tendineuses, au tremblement, aux abcès intérieurs ; ensuite il passe aux maladies de chaque partie. D'abord, il entreprend de faire connaître la structure des parties dont il veut signa-

1er l'état morbide : c'est ce qu'il exécute en cmelques pages. Après ce petit traité danatomie qui ncdonne guère l'idée des travaux d'Hérophile et d'Erasistrate l'auteur entre dans le détail des maladies locales par celles de la tête.

Il décrit ce que les Grecs ont appelé céphalée, et reproduit une partie des symptômes qu'il a déjà rattachés à certaines maladies sans siège déterminé , telles q?ie les délires des fièvres, les folies, les apoplexies, les paralysies, etc. On sent qu'il ne pouvait éviter ce double emploi , en poursuivant les douleurs et les engorgemcns cérébraux dans toutes leurs conséquences. Sa pratique est très active, surtout en moyens externes, telles que frictions, rubéfactions, irritations de toute espèce, soit sur la peau du crâne, soit dans les autres régions. Peu hardis sur la saignée, et trop effrayés des suites d'une diète un peu prolongée, les médecins de cette époque voulaient opérer tous les dégorgemens par la peau et par les émonctoires qui viennent s'y ouvrir. On doit convenir qu'ils pouvaient être encouragés par certains succès, et qu'il y avait moins de danger à procéder de cette manière qu'à faire sans cesse des appels sur la surface muqueuse des voies gastriques, comme depuis on n'a cessé de le pratiquer.

Celse considèreJe spasme cynique , genre de convulsion de la face , accompagné de fièvre, et la paralysie de la langue , comme des maladies particulières, et ne paraît pas soupçonner qu'elles se rattachent à des affections qu'il a déjà traitées. Ce double emploi n'est point le seul et n'a rien d'étonnant, vu l'époque d'ignorance où cet auteur écrivait.

Quant aux moyens curât ifs , ils sont externes et dirigés selon les vues de la méthode.

Notre auteur donne de l'importance au coryza , parcequ'il le considère comme une distillation de pituite provenant du cerveau. Il a déjà plus haut trouvé dans cette humeur la source de la toux, des oppressions et des ulcères des phthisiques , et c'est pour la détourner qu'il veut leur appliquer desexutoires au-dessous du menton. Ici la distillation cérébrale lui cause moins de frayeur : il se contente d'ouvrir les pores éloignés par des frictions , d'y attirer les humeurs, tandis que l'on essaiera de supprimer celle du coryza par les répercussifs appliqués sur la tète et sur la face , après toutefois en avoir facilité l'évacuation par des frictions préalables. L'idée que le mal vient du cerveau porte l'auteur à conseiller l'exercice en ligne droite, de peur que îe tournoiement ne tende à concentrer et à retenir les humeurs dans la tète. Il veut aussi, comme dans l'hydropisie,que les malades boivent le moins possible, afin de tarir la source de cette importune humorrhagie. Qu'on dise maintenant que ces conseils ne sont pas dictés par une théorie !

Le trismus, le tétanos et ses différentes formes sont rangés dans les maladies des parties externes de la tète et du cou, et non dans celles du cerveau. On les traite par les moyens externes d'usage , et par les antispasmodiques administrés à l'intérieur. Rien de tout cela n'est accompagné de raisonnemens; on entrevoit seulement la théorie et le but de l'auteur.

L'angine est à peine combattue par la saignée générale. Les sangsues n'y sont point conseillées : on

se borne aux ventouses, aux gargarismes et aux pratiques extérieures. C'est un des passages les plus faibles.

Les dyspnées , les asthmes, les orthopnées , les respirations sibilantes, etc. , passent comme faisant partie des maladies de la gorge , et sont attribuées au resserrement du conduit qui donne passage à l'air. L'auteur se propose ici d'emporter les humeurs dont, l'amas incommode les viscères, par les saignées et les lavemens purgatifs; de les détourner pour les attirer vers l'extérieur, selon l'usage; et l'on remarque beaucoup d'aromates dans les préparations qui servent à ses frictions, à ses onctions, etc. Cependant il n'oublie pas certains spécifiques prétendus, tels que le foie et le poumon du renard, quoique, généralement parlant, il ne soit pas prodigue de ce genre de remèdes.

Les ulcères de la gorge sont particulièrement traités par les astringens, qui doivent les dessécher et les cicatriser en passant. Je ne sais jusqu'à quel point nos ulcères syphilitiques font partie de ceux dont l'auteur a voulu parler.

Les crachemens de sang sont par Celse placés dans les maladies de la bouche et de la gorge, bien que, de son aveu, le sang puisse venir de plus loin. Toutefois, quelle qu'en soit la source, les astringens sont indiqués en gargarisme et en boisson; seulement on doit les seconder par des ventouses placées sur une partie éloignée , par exemple, auprès des aines chez les femmes dont le flux serait en défaut. La nourri tare doit être froide et composée principalement des farineux, surtout s'il y a de la fièvre , condition

pour nous précieuse , car elle signifie que les hémoptysies et les hématémèses font partie des hémorrhagies de la bouche et du gosier. On pense bien que l'ouverture des pores extérieurs n'est pas négligée.

Parvenu à l'estomac, notre auteur y admet plusieurs ordres d'altération , tels que la chaleur ou l'ardeur, le gonflement, l'inflammation, l'ulcère; mais ce qu'il trouve de plus commun, c'est le relâchement. Cette sentence n'a pas été oubliée par la postérité; car, jusqu'à l'époque de la doctrine physiologique , on a traité toutes les difficultés, toutes les lenteurs de la digestion comme des relâchemens d'estomac. Chacune de ces maladies gastriques de Celse a ses remèdes particuliers : à l'ardeur il oppose le vinaigre et la rhue employés comme topiques sur l'épigastre, ainsi que les feuilles et. la poudre de roses, pendant que l'on fait prendre à l'intérieur de l'eau à la glace (tout cela est ordonné comme styptique et réfrigérant); le gonflement doit être combattu par les ventouses, les fomentations sèches et chaudes, par les infusions chaudes d'absinthe, d'hysope, de rhue, prises à l'intérieur; l'inflammation, qui se caractérise toujours par la douleur, la chaleur et la tuméfaction rénitente de 1 epigastre, exige le repos et la diète; mais, comme on ne peut traiter aucune maladie sans quelque agent plus ou moins actif, il faut que le malade y applique de la laine soufrée et qu'il boive de l'absinthe à jeun , ainsi que dans le cas précédent; car l'absinthe est un remède ami de l'estomac. Du reste, on ne doit pas tardera nourrir; car la faiblesse est imminente., et la cure doit être terminée parles

cataplasmes répercussifs, puis émolliens et farineux, pour dissiper le reste de l'inflammation. Quant à l'ulcère, on le guérit par les mêmes moyens qui sont si bien appropriés aux ulcérations de la gorge, c'est-àdire par les astringens et les détersifs.

Depuis lors, les médecins n'ont cessé de répéter qu'en effet on cléterge et Ton cicatrise les plaies des viscères par l'usage à l'intérieur des aromatiques , des balsamiques, des astringens, qui entrent dans les onguens et les topiques des chirurgiens.

Celse a soin d'ordonner que l'on évite les choses acres et acides; mais il prescrit un vin doux ou léger, s'il y a du gonflement. Il veut aussi que l'on reste sur son appétit, de peur de trop charger l'estomac, et même qu'on le débarrasse, s'il est rempli de pituite, par le moyen du vomitif; après quoi l'on pourra boire du vin , manger du raifort , revenir aux vomissemens , se nourrir de bonnes choses , en les mangeant toujours froides , se faire des frictions, se promener , voyager , etc. Il n'en coûte rien à l'imagination de l'auteur pour faire cicatriser, par ces puissans moyens, un ulcère dont il n'a pas donné les signes, et dont l'existence rendrait la plupart de ses conseils impraticables ou funestes. Nous pourrons contempler les fruits de cette méthode dans les sectes modernes qui ont professé l'éclectisme.

La pleurésie se place dans les maladies des parois qui entourent l'estomac, sans égard aux poumons, dont les extrémités inférieures viennent s'y interposer : ils ne prennent aucune part à cette maladie, malgré la toux, les crachats pituiteux, sanguinolens. La pleurésie est un point de côté : on

peut saigner s'il y a de la fièvre, car la fièvre est quelque chose d'inconnu à fauteur, qui peut parfois s'ajouter à un grand nombre de maladies; mais les principaux remèdes se trouvent dans les frictions, les rubéfactions , les ventouses et les variations du régime.

Viennent enfin les maladies du poumon, indépendantes , comme on voit, non seulement des affections de la plèvre, mais encore de la phthisie(où l'affection du poumon n'est qu'accessoire), des catarrhes, des asthmes, des hémoptysies, et cœtera. L'auteur n'assigne aux poumons d'autre maladie que la péripneurnonie, qu'il décrit en peu de mots selon son usage , mais cependant de manière à ce qu'on puisse la reconnaître. Il tire du sang, si les malades ont de la force ; sinon , il se contente de les faire secouer et de les forcer à changer souvent de place : de plus, il les assujettit à un régime doux , les nourrit avec des crèmes, dès les premiers jours, leur fait prendre des boissons adoucissantes, qu'il a pourtant soin d'animer avec quelques plantes aromatiques , telles que l'hysope , la rhue. Quoique les émissions sanguines soient beaucoup trop négligées par Celse dans la péripneumonie , nous avons remarqué que cette phlegmasie est la moins mal traitée de toutes , sans doute parcequ'elle est celle où le mauvais effet des stimulans est le plus promptement et le plus facilement saisi. Il en eût été ainsi de toutes les maladies, si Ton eût possédé une bonne méthode ; car le nombre des modificateurs véritablement utiles se restreint, aux yeux du médecin, à mesure qu'il s'accoutume à mieux voir. C'est ainsi qu'a toujours dû

marcher notre science; mais que d'obstacles n avaitelle pas à vaincre pour dissiper les prestiges qui l'environnaient à sa naissance! Quoiqu'on la dise révélée, ses premiers prêtres n'ont point eu le don sacré de la divination.

L'hépatite est distinguée en aiguë et en chronique. Elle est décrite selon l'usage de tous les temps, c'està-dire de manière à devoir être confondue avec la gastro-duodénite , qui est beaucoup plus commune qu'elle , et dont, à la faveur du voisinage, elle s'est appropriée tous les symptômes. L'auteur saigne et purge avec l'ellébore , puis il prodigue les drogues irritantes prises surtout dans les plantes aromatiques. La nourriture est puisée dans les substances féculentes ; mais il aime à leur associer des condimens qui puissent agir comme diurétiques. Cette pratique est bien loin d'avoir été perfectionnée par les auteurs subséquens.

Rien de plus absurde que l'horrible stimulation que notre méthodo-éclectique conseille dans les douleurs , les chaleurs , les gonflemens de l'hypochondre gauche , en mettant ces symptômes sur le compte de la rate , sans doute parceque les auteurs qu'il a copiés ont regardé ce viscère comme un organe froid et grossier , source de cette bile noire appelée mélancolie , et de plusieurs maladies lentes et froides : un tel viscère mérite bien d'être vivement secoué pour le forcer à se débarrasser de tant d'immondices ; de là la stimulation la plus énergique imposée au malheureux estomac, dont l'irritation est déjà la cause première de tous les accidens attribués à la rate.

Le sort des maladies des deux hypochondres était de faire pendant une longue suite de siècles la honte et le désespoir des médecins ,- soit rationnels, soit empiriques, soit éclectiques, soit exclusifs.

Les affections des reins sont traitées d'une manière aussi peu sage, l'auteur n'ayant d'autre but que celui de faire sortir des humeurs ou des concrétions, et de disposer les pores pour leur évacuation.

Avant de s'occuper exclusivement des intestins l'auteur parle d'une maladie dans laquelle ils sont affectés avec l'estomac : c'est le choiera morbus, dont il a emprunté le nom aux médecins grecs. La cause des vomissemens et des selles bilieuses qui caractérisent cette irritation ne peut être pour lui que la surabondance et la dépravation de la bile. H favorise, il est vrai, ces évacuations par des torrens d'eau tiède qu'il fait avaler; mais il en combat fort heureusement la cause par des fomentations froides sur l'épigastre, et lorsque le vomissement est terminé, il remédie à la faiblesse par le bon vin. Ce traitement, un des moins défectueux que nous devions au compilateur romain, est long- temps resté en usage dans les écoles : en voulant le perfectionner on l'a plusieurs fois rendu pire. Rien d'étonnant : il ne pouvait être bien apprécié qu'à l'époque où les autres maladies gastriques seraient bien connues.

L'auteur place dans l'orifice même de V estomac une maladie qu'il déclare être chronique , et dont les signes sont : le ventre dur et douloureux, le défaut des évacuations alvines , et même de toute excrétion venteuse, avec la respiration difficile et les extrémités froides. Une description si laconique ne permet pas 1. 12

de juger si le point principal d'irritation est clans la membrane muqueuse des premiers intestins ou dans le péritoine. Celse peut avoir pris son modèle dans l'un comme dans l'autre cas; mais on désirerait une description plus complète et que l'on pût rapporter à la péritonite. Quoi qu'il en soit, il prescrit des cataplasmes chauds qui embrassent toute l'étendue de l'abdomen , ce qui est sans doute fort bon , ensuite des vomitifs qu'il fait prendre après le repas , ce qui ne pouvait être que très dangereux, aussi bien que les purgations que l'on s'efforçait d'obtenir par le vin salé. Au surplus, comme les anciens avaient l'habitude de faire manger dans les maladies les plus intenses, il pouvait quelquefois être utile de débarrasser l'estomac par un vomitif. Or il est des sujets dont la constitution est assez robuste pour faire crise dune manière heureuse au milieu de la plus terrible stimulation : alors les nombreux revers sont expliqués par la malignité du mal, et ce qui devrait être l'exception devient la règle.

La chordapse, l'iléus, la colique de Celse, sont, dans ie fait, des entérites apyrétiques, caractérisées par la constriction du ventre , avec tranchées, constipation, douleur dans les membres, etc. L'auteur y reconnaît aussi l'existence de l'inflammation, non comme l'affection principale , mais comme une circonstance. Les malades ne rendent ni vent ni matière. Ce qui doit occuper d'abord ie médecin, c'est de déterminer si le mal est dans les petits ou dans les gros intestins. Le toucher le lui apprendra; car il trouvera la résistance et la douleur, dans le premier cas au-dessus, et dans le second au-dessous de

l'ombilic. Le cataplasme chaud convient toujours ; mais les lavemens ne sont utiles que quand le mal est placé au-dessous de l'ombilic. Cette distinction pourrait faire croire que Fauteur ignorait la situation de l'intestin colon. Les frictions, les sinapisme» sur les membres , les bains d'huile chaude , et l'hydromel tiède pour boisson sont les seuls moyens qui conviennent à la suite des lavemens ou quand ils n'ont pas été jugés nécessaires.

Après avoir attentivement comparé cette section avec la précédente , il m'a semblé que la confusion des maladies qu'on y décrit est facile, à moins que l'on ne prenne définitivement la céliaque de Celse pour la péritonite des modernes. Au surplus mon but n'est nullement de décider cette question , mais seulement de bien constater l'état de la science à cette époque si fameuse où Rome était la maîtresse absolue et le centre de la civilisation du monde connu.

Le vin est banni de cette cure , sans doute 4 cause de la constriction qu'il ne manquerait pas d'accroître.

La maladie qui attaque le gros intestin est située à la région du cœcùm, et s'y manifeste par une tumeur accompagnée de colique , etc. Ce lieu est en effet fort sujet à des phlegmasies ; mais je doute que la recette de Celse, qu'il appelle colicon, fût bien propre à en arrêter les progrès; car c'est un mélange d'épices et d'aromates combinés avec le suc du pavot, dont ces ingrédiens ne peuvent que détériorer la vertu.

Celse dit que la membrane interne des intestins est ulcérée dans la dysenterie , et il pense y remé-

)So MÉDECINE DE CELSE.

dier avec une foule d'astringens tant à l'intérieur qu'en cataplasmes. Il est toujours fidèle à la méthode qu'on la vu plus haut adopter pour dessécher les ulcérations de la gorge : on le voit pourtant passer aux adoucissans, puis revenir aux dessiccatifs soit médicamenteux, soit alimentaires, dans les cas rebelles; c'est toujours la méthode.

La lienterie est souvent la suite de la dysenterie , nous dit Celse. C'est la conséquence trop ordinaire des traitemens analogues à celui de notre auteur : cette maladie consiste à rendre sur-le-champ, par les selles, les alimens tels qu'ils ont été pris. Il n'est point d'astringens trop énergiques pour rendre la force aux intestins. Celse épuise tous ceux qu'il connaît : il essaie encore le vomissement, d'après Hippocrate, avec l'ellébore blanc; il y joint, comme de raison, les stimulations externes, telles que les frictions, l'insolation , l'exercice. En un mot, on voit que son intention est de combattre cette maladie par ses contraires ; mais, comme il ignore sa véritable nature, il ne réussit pas à les trouver.

11 interpose les vers des intestins , auxquels il oppose un grand nombre de stiniulans, entre la lienterie et le ténesme, sorte de nuance de la dysenterie, qu'il décrit mal et qu'il traite un peu moins violemment que cette dernière maladie.

Vient ensuite la diarrhée , qu'il borne aux dérangemens simples qui surviennent aux personnes en santé faisant usage d'une nourriture abondante. Modérée , cette évacuation lui paraît salutaire ; excessive ou prolongée , il la combat par le repos et par une diète de trois jours, pendant lesquels les ma-

MÉDECINE DE CELSÊ. 1 8 1

lades doivent souffrir de la soif aussi bien que de la faim. Ensuite il fait vomir , puis administre du pain trempé dans du vin , des fruits acerbes et une foule de substances amères, acres, résineuses, aromatiques; car il est inépuisable en ingrédiens et en préparations de ce genre.

Je ne cesse de m'étonner des efforts qu'ont toujours faits les médecins des différentes sectes pour arrêter les dysenteries et les flux de ventre , lorsque je vois combien la chose est facile en s'y prenant bien dès le principe. Leur impuissance généralement avérée à cet égard est une des plus fortes preuves de l'imperfection déplorable dont notre art a gémi pendant si long-temps.

Celse connaît l'hystérie et lui oppose une révulsion des plus actives : après avoir conseillé de rappeler les femmes de l'accès par une saignée , par les vapeurs fétides , l'aspersion d'eau froide , les cataplasmes aromatiques sur les parties sexuelles , il veut que, pour prévenir le retour des accidens , on prive les malades du vin pendant un an, et que tous les trois jours on leur applique de la moutarde sur le ventre. Il traite, selon son usage, l'ulcère du coi avec la poudre de roses et autres substances dessiccatives et astringentes.

Les maladies de la vessie sont traitées à peu près de la même manière. Le diabète lui paraît exiger les astringens les plus forts. Les pertes de semence sans désir, et en général tous les flux, sont attaqués par ces mêmes moyens.

Les maladies des extrémités peuvent être la suite de celles des parties internes : c'est ainsi que les han~

ches s'affectent quelquefois tout -à -coup par une espèce de crise qui dirige sur elles le principe morbîfique. On voit qu'ici l'auteur profite des idées d'Hippocrate pour apaiser les vives douleurs qu'on y ressent. Celse a de suite recours à des cataplasmes moitié astringens, moitié émolliens, qu'il prépare avec l'écorce de câprier concassée, la farine d orge , les figues grasses , la lie desséchée : il les remplace par ceux de racine d'aunée cuite dans du vin , par le sel chaud , les ventouses scarifiées et les ulcères artificiels ou fonticules qu'il établit sur la partie même, au nombre de trois ou quatre, afin de dissiper les humidités superflues. Les affections <fu genou sont traitées de la même manière. Le trai-

ement antiphlogistique local paraît avoir été complètement ignoré de cet auteur.

| Il donne beaucoup d'attention aux maladies des petites articulations qui constituent notre entité goutte, et les rattache à une disposition intérieure co-existante. Il pense que les femmes n'en sont point attaquées, tant que leurs règles ne se dérangent pas; que les eunuques en sont exempts, ainsi que les jeunes garçons qui n'ont point encore joui du commerce de l'autre sexe. Ces observations, qui ne sont pas parfaitement justes, ont donné lieu, dans la

uite,à des théories particulières sur cette maladie. Quoique Celse ne s'explique pas plus sur la nature de cette maladie que sur celle de la plupart des autres affections, car il est très avare de théorie, on voit, par le traitement, qu'il a poi^r but de diminuer l'abondance des humeurs et l'état de sécheresse et de ëhaleur générale qui en résuite ; car il ordonne , dès

la première attaque, la privation du vin, celle des boissons échauffantes et des plaisirs vénériens. Viennent ensuite les moyens de déplétion, la gestation, les bains, les sueurs provoquées, les vomitifs et les diurétiques. Il n'oublie pas d'attaquer l'extrême chaleur des goutteux, généralement, par les aspersions d'eau froide, et localement, en couvrant les articulations enflammées de cataplasmes rafraîchissans, et les plongeant dans l'eau froide. Les narcotiques ne sont pas omis, et si la maladie persiste, notre auteur, toujours fidèle à sa méthode, passe successivement, et à plusieurs reprises, des topiques excitans aux adoucissants, de ces derniers aux acres et aux répercussifs, selon le degré de douleur ou d'indolence, de chaleur ou de froideur, de mollesse ou de dureté des parties souffrantes. Il est d'avis que iWn prévienne le retour des accès, quand ils ont pris l'habitude de la périodicité, par un régime exact et l'usage fréquent des vomitifs, afin de prévenir des amas d'humeurs nuisibles, avec lesquels ces retours lui semblent liés. Si ces accès reviennent , il se hâte de procurer une purgation avec le lait, tant il croit au rapport des articulations avec les voies dîgestives. Telle est la médecine de Celse. On peut maintenant la juger et la mettre en parallèle avec Celle des classiques de son temps.

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