ANATOMIE DE GALIEN
Élève de l'école d'Alexandrie ? Galien cultiva beaucoup l'anatomie sur les animaux, et particulièrement sur les singes, qui ont tant de rapports avec l'homme; mais, quoiqu'il eût vu des cadavres humains à Alexandrie, on ne croit pas qu'il en ait disséqué lui-même.
Il découvrit plusieurs muscles et crut que les nerfs faisaient partie du système musculaire, aussi bien que les tendons. Le cœur ne lui paraissait pas un muscle : il le faisait concourir à la respiration en attirant de l'air par le moyen des poumons. Cet air servait, selon lui, à tempérer l'extrême chaleur du cœur, à procurer de la transpiration à tout le corps, à contribuer, conjointement avec le sang, à la production des esprits vitaux et des esprits animaux. Le cœur attire et retient, pour cet objet, la partie la plus pure, la plus subtile de l'air, tandis que le surperflu, se joignant aux fumées qui partent du cœur, sert, en sortant du poumon, à former la voix. C'est par le moyen des artères que le cœur distribue dans tout le corps les esprits qu'il a formés avec l'air et la vapeur la plus subtile du sang. Les anciens aimaient à se figurer cette subtilisation progressive
de la matière ; c'est ainsi qu'ils arrivaient à une substance de la plus grande ténuité, qui n'avait presque plus rien de matériel, et dont ils faisaient le premier moteur et le régulateur des mouvemens des corps grossiers. Telle est l'origine de lame chez les anciens philosophes, avant la naissance de l'art, aujourd'hui si perfectionné, d'abstraire tout ce qui frappe les sens, des causes premières de tous les phénomènes de l'univers.
Galien ne connut pas l'angiologie mieux qu'Hérophile et Érasistrate; car il faisait naître les veines du foie], et les artères du cœur, et croyait que tous ces vaisseaux s'anastomosaient ensemble.
Il faisait dériver les nerfs des sens du cerveau , et ceux du mouvement, de la moelle épinière: c'étaient des cordons blancs composés d'une substance médullaire provenant du cerveau , et enveloppés par une prolongation de ses membranes. Ils sont les premiers organes du sentiment et du mouvement dans toutes les parties du corps, ce que démontre leur section. C'est aux esprits qui les parcourent qu'ils doivent cette faculté. Mais les nerfs ne sont pas creux; et voilà ce qui causait beaucoup d'embarras au médecin de Pergame, qui n'avait pas un fluide électrique dont il pût les faire conducteurs. Du reste , en les poursuivant dans les muscles, il ne savait pas toujours les y distinguer des tendons.
Son idée du cerveau mérite de trouver place ici. La tête renferme les organes de la plus noble des facultés, la faculté animale. Nous ne dirons rien de la partie anatomique, peu différente de ce qu'elle était du temps d'Hérophile et d'Érasistrate ; mais
nous ferons remarquer les usages de cet organe. Galien le conçoit comme un tissu uniquement destiné aux facultés sublimes qu'il y place, et ne voit dans les cordons blancs , qui semblent s'en détacher pour former les différens nerfs, qu'une prolongation de la substance cérébrale. Mais , pour remplir ces fonctions, il suppose dans le cerveau des actions accessoires, qu'il admet sans preuves suffisantes; par exemple, il pense que la masse cérébrale est douée de mouvemens d'expansion et de resserrement , pendant lesquels l'air entre dans les ventricules et en sort en traversant les criblures de l'os ethmoïde, de sorte que la sensation de l'odorat se passe dans la partie antérieure des ventricules latéraux. Il croit aussi que l'air introduit dans ces cavités concourt , avec les esprits vitaux que les artères y déposent, à former les esprits animaux qui servent aux fonctions de l'intelligence, et à les maintenir dans un état convenable de fraîcheur. Enfin il établit que le superflu de la nutrition de la substance nerveuse de l'encéphale doit être emporté avec l'air qui sort des ventricules, s'écouler sous forme liquide par les narines, ou passer par les trous de l'os sphénoïde, pour se faire jour dans la bouche au travers du palais. Telle était, selon les anciens, l'origine des mucosités des fosses nasales et de la bouche ; on voit combien elle devait porter obstacle à la connaissance des affections des membranes muqueuses.
Quant aux esprits animaux, après avoir été perfectionnés dans les ventricules latéraux, ils traversent le troisième et puis le quatrième, et, parvenus aux insertions des différentes paires de nerfs, ils y
pénètrent pour servir aux fonctions animales.
Les usages du cerveau en particulier sont de recevoir les impressions des objets extérieurs qui frappent les sens; c'est pour cela qu'il est mou, ainsi que les nerfs qui en tirent leur origine et qui vont à ces sens. Le cerveau est le siège de l'entendement et de l'âme raisonnable, que notre auteur considère tantôt comme une substance immatérielle, tantôt comme une portion de la substance cérébrale même , ainsi qu'il paraît par le passage suivant : Melius autem fore fuisset existimare inteltectum sequi non compositionis varielalem, sed corporis , quod cogitât alque intelligit quodcunque id sit temperiem ( 2upa<7ia toO vooûvtoç ca>[/.aTOç). (Gai. de usa partium corporis humani.) Toutefois, Galien logeait la concupiscence dans le foie, la colère et l'appétit irascible dans le cœur, conformément aux idées des anciens, dont nous avons déjà trouvé des traces ailleurs.
Le cervelet , situé au-dessous du cerveau et plus dur que lui, est destiné, selon notre auteur, aux mouvemens, aussi bien que ses nerfs, plus durs aussi que ceux du cerveau. Le cervelet est une sorte de petit cerveau; mais il n'a pas, comme lui, les mouvemens d'expansion et de resserrement. La moelle de l'épine est une dépendance du cervelet : elle a les deux membranes du cerveau et du cervelet, mais plus dures, et les nerfs qu'elle produit le sont aussi davantage.
Nous ne dirons rien des paires de nerfs , dont Galien portait le nombre jusqu'à soixante; mais il est bon, pour le bien juger, de voir ce qu'il pensait des organes des sens.
Il attribuait la vision à l'émission des esprits visuels, qui viennent du cerveau par les nerfs optiques. Ces esprits, lancés hors de l'œil, se combinent avec l'air extérieur , reçoivent l'impression et la communiquent aux esprits restés dans l'intérieur de l'œil, et ceux-ci, à l'humeur cristalline qui est altérée, et qui communique son altération à la tunique réticuiaire , et , par conséquent , au cerveau.
Galien et les anciens décrivaient bien les parties externes de l'oreille; mais ils n'avaient qu'une tdée confuse de l'intérieur.
Nous avons vu ce que Galien pensait de l'organe de l'odorat. Il plaçait le sens du goût dans la langue, qui a deux sortes de nerfs, les uns durs pour les raouvemens des muscles, les autres mous qui se distribuent à la tunique externe et lui donnent Ici faculté de distinguer les saveurs. Il connaissait aussi les glandes salivaires sublinguales, ainsi que les lacrymales, celles de l'isthme du gosier, celles des intestins et la prostate.
Quant au sens du toucher, tantôt il l'attribue aux nerfs de la peau , tantôt à des membranes entrelacées avec la chair.
Les autres particularités de l'anatomie de Galien offrent peu d'intérêt : aussi n'en dirai-je rien. Il nous suffît d'avoir prouvé qu'il ne se faisait point une juste idée de l'organisation humaine, et que, par conséquent, sa pathologie ne pouvait avoir de base solide. C'est en effet ce que nous allons constater en le suivant dans le développement de sa doctrine médicale.