‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 120 sur 148 · APPRECIATION DE GALIEN · texte numérisé non relu

APPRECIATION DE GALIEN

Pour bien juger Galien, et se faire une idée des services qu'il a rendus à la science, il faut le considérer sous plusieurs rapports: je l'examinerai comme philosophe, comme médecin, comme érudit.

Comme philosophe, Galien figure, pour le fond, parmi les sectateurs d'Empédocle, qui passe pour l'inventeur du système des quatre élémens, système

auquel notre auteur ajouta les idées des pneumatistes. Pour la forme, il se place parmi les péripatéticiens qui cultivaient k dialectique d'Aristote. Il retint aussi quelque chose de Platon, relativement au spiritualisme; mais il refusa d'approfondir avec lui l'essence de l'âme humaine, et resta sur ce sujet dans un doute philosophique bien digne d'éloges.

Si nous le considérons comme médecin, il faut résumer ce qu'il a fait pour l'anatomie , pour la physiologie, pour la pathologie.

Pour L'anatomie, il resta au-dessous d'Hérophile et d'Érasistrate ; mais il fut supérieur à ses contemporains, et servit long-temps de modèle à ses successeurs. Ce qui le rend recommandable en ce point, c'est qu'à l'imitation d'Arétée de Cappadoce et de Celse , il s'efforça de rattacher les symptômes aux organes du corps humain. S'il ne le fit pas avec plus de succès, on ne peut en accuser que l'époque où il vivait; car, quoiqu'il cultivât sans cesse l'anatomie, il n'eut point l'avantage de disséquer des cadavres humains. Il n'en laissa pas moins aux siècles suivans, dont il devint l'oracle, un exemple dont ils auraient dû plus tôt profiter.

Pour la physiologie „Galien part des données fournies par Hippocrate : il les développe par d'excellentes vues sur l'usage des parties et les enrichit des découvertes d'Aristote ; mais il admet avec lui des principes des corps, antérieurs à leurs élémens, et se jette dans la doctrine des qualités premières. Il y mêle ensuite le roman du pneuma , et ce vice , joint à l'imperfection de ses connaissances en anatomie et à l'invention gratuite de forces attractives.

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rétentrices, modifiantes, expultrices, etc., pour expliquer les fonctions des différer) s organes, l'empêche de trouver les véritables bases de 4a pathologie humaine. Libre de ces idées préconçues, Galien aurait été peut-être conduit , par ses dissections et ses expériences sur les animaux, à la précieuse découverte de l'irritabilité.

Pour la pathologie, Galien ne trouve point de base plus solide que celles sur lesquelles il a fondé sa physiologie. La théorie des élémens et de leurs qualités premières, considérées comme forces actives , le pneuma et les forces particulières , supposées dans tous les organes et pour toutes les actions, l'autocratisme de la nature, emprunté à Hippocrate, lui fournissent un mélange monstrueux de vitalisme et d'humorisme , qu'il associe à une anatomie défectueuse, et dont il tire des préceptes thérapeutiques rarement justes et trop souvent contradictoires.

Comme érudit et comme savant , Galien est un des hommes les plus étonnans que la nature ait produits : son génie vaste embrassait toutes les sciences et tous les arts. C'est à lui que nous devons la connaissance d'une foule d'auteurs anciens qui avaient écrit sur la philosophie et sur la médecine , mais dont les ravages du temps avaient détruit les ouvrages originaux. Il les cite et les discute le plus souvent pour les réfuter ; il le fait avec une prolixité quelquefois fatigante, mais dont il nous siérait mal de lui faire un crime , puisque, sans elle, nous n'aurions aucune idée des systèmes les plus fameux de l'antiquité.

On accuse Galien d'orgueil et de jactance à l'égard de ses contemporains : ce défaut pourrait être excusé

jusqu'à un certain point chez un homme qui n'entendait à Rome que de scandaleuses disputes entre les sectateurs des différons systèmes de médecine, et qui ne voyait autour de lui que de cupides charlatans acharnés contre lui pour le dénigrer et le perdre. Il pouvait, sans vanité, se placer fort au-dessus de cette tourbe méprisable. On lui pardonne aussi d'avoir combattu avec quelque aigreur les ennemis du grand Hippocrate; mais il 's'est montré digne de blâme en méprisant quelques découvertes importantes , telle que celle des vaisseaux lactés qu'Erasistrate avait aperçus, et surtout en négligeant de recueillir des masses de faits, à l'imitation de son illustre modèle, et de les disposer méthodiquement pour donner de la consistance à son système de médecine.

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