‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 125 sur 148 · BOTAL · texte numérisé non relu

BOTAL

Léonard Botal, natiid'Asti, en Piémont, médecin du duc d'Alençon et de Henri III, parut et proclama les bienfaits de la saignée, non seulement dans les maladies considérées comme inflammatoires, mais aussi dans celles réputées putrides ou malignes, dans la goutte , dans les engorgemens chroniques des viscères , et jusque dans les fièvres hectiques. Il s'appuyait d'une suite de succès auxquels les médecins les plus sincèrement hippocratiques ne pouvaient croire. On le voyait tirer jusqu'à deux ou trois livres de sang , et répéter cette opération quatre ou cinq fois à des intervalles très rapprochés.

Cette pratique porta l'effroi parmi les médecins, et la Faculté de Paris condamna la méthode de Botal comme hérétique et très dangereuse. Cependant elle ne laissa pas de se répandre beaucoup en France et d'y subsister long-temps, malgré les opposans, parcequ'elle opérait des iguérisons étonnantes; mais de fameux revers la rendirent enfin suspecte, et le nom de Botal ne fut plus dans la suite prononcé qu'avec une espèce d'indignation.

Au lieu de déclamer par des lieux communs trop rebattus contre l'abus incontestable que ce médecin faisait d'un moyen aussi actif que la saignée, il convient, pour notre instruction, de rechercher la cause

des succès qu'il obtenait, et des malheurs qui firent abandonner une méthode exagérée et trop exclusive. J'ai plusieurs fois étudié l'ouvrage de Botal, et j'ai vu que son but, en prodiguant les émissions sanguines, était d'évacuer les humeurs peccantes et de renouveler le sang, afin de le rendre plus pur. Il s'appuie à chaque instant , selon l'usage de son temps , de l'autorité des anciens médecins, et surtout de Galien, qu'il ne cesse de citer, et qui effectivement saignait parfois assez copieusement, .ainsi que nous l'avons vu. Néanmoins c'était une mauvaise manière de faire valoir son système; car on pouvait trouver dans cet auteur plus de passages contre lui qu'il n'en invoquait en sa faveur. Botal ne détruisait point la théorie de la coction et des crises: il en appelait à son expérience pour étayer de faux principes, et voulait que l'on saignât dans le marasme, dans les vieilles obstructions, dans ïes hydropisies. Cela pouvait réussir dans les cas où les viscères conservaient encore toute leur intégrité; mais l'expérience ne devait pas justifier une semblable pratique dans ceux où les viscères étaient désorganisés, et où l'assimilation réparatrice ne pouvait plus se faire. Or, Botal n'avait aucune idée de ces différences, dont la connaissance eût été si importante pour la thèse qu'il avait entrepris de soutenir. Il était donc inévitable que son système tombât en ruine. On peut donc dire que c'est par ignorance et d'après une vaine théorie que Botal se montrait prodigue du sang humain, et que, ne sachant pas distinguer les cas où il est possible d'anéantir l'irritation inflammatoire, de ceux où il faut se borner à ne pas l'exaspérer , comme de

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