‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 127 sur 148 · LA CABALE · texte numérisé non relu

LA CABALE

On introduisit la cabale dans la médecine. Jérôme Fra castor y contribua un des premiers par son ouvrage de Sympathia et Jntipathia: il attribua ces deux phénomènes au passage des atomes indivisibles

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d'un corps dans mi autre; doctrine qui s'est si bien soutenue , qu'elle est encore aujourd'hui la base du système des magnétiseurs , et que l'Académie de médecine de Paris vient de la juger digne de son attention. Sur le modèle de ces sympathies, on en établit d'autres entre les constellations et le monde terrestre. Mais ce n'est pas encore tout : les atomes de Démocrite et des anciens éléatiques devinrent bientôt des démons ou des substances spirituelles , transmutation qu'il était facile d'opérer, e Or, dit Sprengel(i), » comme les démons sont des émanations de la divi- »nité, Dieu redevint la cause agissante, immédiate » de tous les phénomènes , et la physique fut con- » vertie en véritable théosophie. »

Un nombre prodigieux de sorciers et de philosophes ambulans se firent remarquer, surtout en Allemagne, par leurs visions et leurs disputes scandaleuses : ils parcouraient l'Europe pour se chercher et s'argumenter les uns les autres; ils voyageaient en Orient pour y puiser les secrets de la secte de Zoroastre et s'entretenir avec des mages et des devins. La philosophie des Juifs et des rabbins leur inspirait surtout une grande vénération : ils regardaient l'hébreu comme la langue par excellence , et prétendaient que les lettres de cette laiigue sacrée avaient une signification naturelle , parcequ'elle fut la kngue d'Adam, dans laquelle il s'entretenait avec Dieu et les anges. Par la même raison , les lettres et les mots hébreux avaient un pouvoir magique et devaient

(0 Histoire de la médecine , tome III, page ii'i.

OOO CHADfGEMENS DANS LA MÉTHODE

être considérés comme les principaux moyens de l'art cabalistique.

Bientôt on vit le corps humain transformé en un système sidéral : chaque partie fut mise en rapport avec une planète ; chaque planète exerça des influences sur une plante déterminée et lui communiqua des vertus extraordinaires; chaque plante, à son tour, fut assimilée à certains organes , d'après des ressemblances imaginaires : c'est ainsi que la pulmonaire , dont les feuilles sont tachetées , fut regardée comme le remède le plus efficace dans les maladies du poumon , et que le suc jaune de la grande chélidoine devint le spécifique du foie et des maladies bilieuses , etc. C'est ce qu'on appela la doctrine des signatures. Les métaux furent également soumis aux astres : chacun d'eux représentait une planète et pouvait faire participer à ses influences.

D'autre part , Dieu et les démons se partagèrent l'empire des maladies. Le diable , par sa malignité , s'emparait du corps d'un malheureux , et les auteurs remarquent que les humeurs acres des mélancoliques avaient un puissant attrait pour lui ; mais, par les exorcismes qui faisaient intervenir la puissance de Dieu , l'esprit malin était forcé de déguerpir. Quelques uns cependant en triomphaient sans le secours du ciel , au moyen de certains mots magiques, qu'ils empruntaient à la langue hébraïque, et de quelques cérémonies extravagantes. Ils prétendaient que certaines fumigations avaient le pouvoir de soumettre les démons à l'homme, et de les forcer de lui obéir.

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l'alchimie.

Le même temps vit se ranimer l'alchimie , dont l'existence remonte à une époque beaucoup plus reculée. On la soumit aux mêmes théories; car les métaux sur lesquels on opérait, recevant les émanations des planètes , devaient se modifier entre eux et exercer sur l'homme des influences, de sorte qu'en faisant intervenir les démons qui président aux planètes correspondantes, on pouvait espérer des choses extraordinaires. Il tenait donc à fort peu de chose qu'on ne transmutât les métaux l'un dans l'autre , et que l'on n'opérât une foule de prodiges. Ces prodiges étaient et devaient être, en conséquence de ce système, de deux espèces : fabriquer de l'argent ou de l'or, guérir les maladies et prolonger la vie d'une manière indéfinie. Quelques uns se flattaient même, en se rajeunissant perpétuellement , de se procurer l'immortalité.

Les princes eurent auprès d'eux ces sortes de charlatans, qui leur promettaient des trésors et une longue vie avec la plus parfaite vigueur. Mais ordinairement ces imposteurs s'esquivaient après s'être enrichis aux dépens du crédule potentat, qui n'avait pas trop à se plaindre quand ils ne lui avaient pas détruit la santé et abrégé l'existence.

C'est dans ces circonstances, c'est-à-dire, pendant que le charlatanisme scientifique était aux prises avec la médecine d'observation, et pendant que les sectateurs de cette dernière se divisaient et se décriaient entre eux, que Paracelse attira l'attention du monde savant. Toutefois, il est bon de dire que cet

homme ne fit presque aucune impression de son vivant ; ce ne fut qu'après sa mort qu'on se servit de son nom pour établir une secte nouvelle.

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