‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 132 sur 148 · DU SEIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU SEIZIÈME SIÈCLE

comparée avec celle du corps humain. Il fit aussi graver des planches qui l'ont rendu célèbre, mais qui ne parurent point de son vivant. Enfin, l'exemple de Vésale enhardit les anatomistes , qui s'accoutumèrent peu à peu à fronder Galien ; mais, en s'ef forçant de perfectionner les travaux de leur illustre maître , ils eurent souvent le tort de le traiter avec trop peu de ménagement, comme pour s'agrandir en se donnant le renom d'avoir pu découvrir les erreurs d'un homme de génie.

Ces vices ne furent point ceux de Gabriel Fallope, le disciple le plus distingué de Vésale. Il réunissait, assure-t-on, les qualités les plus aimables au savoir le plus étendu. Il cultiva l'anatomie avec beaucoup d'ardeur, professa successivement à Ferrare , à Pise et à Padoue, et écrivit avec clarté et précision. Colombus 9 Jules-César Aranzi, Constantin Var oie, Jean- Baptiste Carcano-Leone , Volcker Coyter, Salomon A Iberti ,Fabrice a" Acquapendente, concoururent, avec ces grands maîtres, à faire faire de solides progrès à l'anatomie.

Ils furent les principaux anatomistesduseizièmesiècle, ceux qui donnèrent cette impulsion à laquelle sont dus les admirables travaux qui ont successivement développé toutes les branches de l'anthropologie et de l'anatomie comparée ; travaux précieux, source de toutes les vérités physiologiques et médicales , seul moyeu de perfectionnement pour tout ce qui est relatif à la science de l'homme physique et moral. Bien que mon intention soit plutôt de tracer l'histoire des choses que celle des hommes, je n'ai pu me dispenser de payer un léger tribut à ceux qui ont été la cause i. 21

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première des progrès qui devaient enfanter la véritable médecine.

CHANGEMENS INTRODUITS DANS LA PHYSIOLOGIE, EN CONSEQUENCE DES DÉCOUVERTES EN ANATOMIE.

En proportion des découvertes qui firent connaître successivement la véritable structure des organes, se dissipèrent les préjugés et le merveilleux qui régnaient depuis l'antiquité sur les fonctions desdifférens organes; mais quelques vieilles opinions, trop accréditées, donnèrent long-temps matière à des explications vicieuses. En ostéologie,la découverte de l'oreille interne fit entrevoir la possibilité d'expliquer le mécanisme du sens de l'audition; mais, à l'aspect de la lame cribleuse de l'os ethmoïde, on se confirma dans l'opinion que la pituite des fosses nasales vient du cerveau. Cette erreur cependant ne tarda guère à être rectifiée. L'étude des cornets inférieurs fit mieux apprécier l'étendue des fosses nasales : mais il fallut les observations de Schneider pour que l'on en comprît les véritables fonctions.

Gaîien avait prétendu que les muscles sont composés de fibres tendineuses et nerveuses : Vésale fit voir que les nerfs et les tendons ne font point partie de ces organes; qu'aux fibres musculaires seules appartient la contraction, et que les mouvemens se font toujours selon la direction des fibres rouges. Les tendons et les aponévroses furent donc restreints à leur véritable usage, celui de servir de points d'insertion et de limites aux fibres motrices. L'on vit que tous les mouvemens du corps s'expliquent par les attaches et les directions des fibres. Un très grand

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nombre de muscles nouveaux furent aussi découverts , et la théorie des motivemens commença à être mieux comprise.

Jusqu'alors, les veines avaient été les principaux vaisseaux ; elles seules contenaient le véritable sang , selon l'opinion des anciens médecins ; les artères n'étaient à leurs yeux que des canaux destinés à conduire les esprits vitaux du cœur dans toutes les parties du corps. Cette théorie fut d'abord ébranlée par l'examen attentif que l'on fit des valvules des veines et de celles du cœur. La disposition constante de ces valvules donna les premiers soupçons sur la circulation du sang. On reconnut que les veines ne naissent pas du foie; on s'aperçut que la cloison qui sépare les ventricules du cœur n'est pas percée de trous, comme l'avait établi Gaîien , et que , par conséquent, le passage du sang de l'un à l'autre ventricule est impossible; ce qui conduisit nécessairement à la conclusion que ce fluide suit l'artère pulmonaire, et revient à l'oreillette gauche par la veine du même nom.

Ainsi fut découverte la circulation pulmonaire, ou petite circulation : l'honneur en appartient à Servet, ce martyr de la liberté cle penser, qui périt à Genève, sur un bûcher, en i555, victime de la haine et des intrigues de Calvin. Mais, six ans après la publication de l'ouvrage de Servet , Colombus la décrivit d'une manière plus claire en faisant revenir du poumon , non plus un sang mêlé d'esprit, comme Servet, qui n'avait pas osé secouer entièrement le joug des anciens, mais un sang parfaitement pur.

La découverte de la circulation pulmonaire n'a-

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mena pas celle de la respiration : les uns croyaient que le sang puisait dans le poumon des esprits vitaux; d'autres, qu'il ne faisait que s'y rafraîchir; mais le mécanisme de cette circulation particulière dut faire soupçonner celui de la circulation générale. En effet, elle fut très clairement indiquée par Césalpin; mais, pour avoir maintenu la transsudation du sang à travers la cloison des ventricules, avoû* dit que l'esprit donne l'impulsion au sang dans les cavités du cœur, et avoir admis dans les veines le flux et le reflux de ce liquide , sans égard à la disposition de leurs valvules, cet auteur n'a point joui des honneurs de cette importante découverte.

La circulation du fœtus fut étudiée avec le même succès. On remarqua le trou ovale, qui fait communiquer ensemble les deux oreillettes; on vérifia l'existence du canal artériel que Galien avait bien connu; on constata l'oblitération de l'un et de l'autre après la naissance; mais on ne tira pas de ces observations les conclusions qu'il fallait en déduire : on crut généralement que le canal artériel sert à conduire le sang de l'aorte dans les poumons. Comment aurait-on pu soupçonner que le trou ovale et le canal artériel ne sont que des moyens de déviation destinés à diminuer la quantité du sang qui traverse les poumons , en détournant une partie de ce fluide de la petite circulation dans la grande, lorsque l'on n'avait pas encore une idée claire de celle-ci ? Ce n'était pas assez de l'avoir indiquée, il fallait la prouver par des démonstrations rigoureuses; car il n'y a qu'un petit nombre d'esprits d'un ordre supérieur qui sachent tirer des inductions d'un fait qui n'est qu'énoncé : la

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multitude, surtout celle des savans, a besoin qu'on l'accable de preuves.

C'est pour cette raison que la théorie médicale n'éprouva pas de modification remarquable des découvertes que nous venons de rappeler. Elles ne firent que disposer les esprits à mieux comprendre les démonstrations de Harvée qui, par la grande influence qu'il exerça sur l'art de guérir , s'est assuré la propriété de la découverte de la circulation , et une gloire qu'il serait bien injuste de lui disputer.

L'existence du système lymphatique avait été soupçonnée par Hérophile. Massa et Fallope aperçurent quelques vaisseaux lymphatiques ; mais Eustache eut l'honneur de la découverte principale : il reconnut , chez les chevaux , et décrivit avec détail le canal thoracique ; mais une notion aussi bornée ne pouvait encore fournir aucun sujet de méditation aux pathologistes."

La splanchnologie fit quelques progrès dans le cours du seizième siècle : sans bien connaître le péritoine, on en prit une idée moins imparfaite. Les fonctions de cette membrane ne furent point assez bien appréciées pour que l'on en tirât des inductions relatives à la pathologie. L'estomac fut bien décrit ; mais il fallait encore beaucoup de temps pour que l'on eût l'idée du rôle qu'il joue dans l'économie. Il en fut à peu près de même des intestins. On ne s'occupa guère que de la forme du foie, que Galien avait déterminée d'après la dissection des animaux. Il ne paraît pas que l'on ait eu une juste idée du pancréas. Les travaux d'Eustache contribuèrent à répandre un grand jour sur la structure des reins , et Varoie

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donna, d'après ceux de Fallope , une idée fort exacte du sphincter de la vessie. La forme du poumon et la structure de la plèvre occupèrent avec succès les anatomistes ; quant à l'organisation intime de ce viscère, le temps n'était pas venu où l'on devait s'en faire une idée assez claire pour en tirer des inductions physiologiques et pathologiques.

D'autres organes moins importans devinrent aussi l'objet des recherches des anatomistes , sans qu'il en résultât aucun changement dans les théories médicales.

L'opinion que les ovaires sont des testicules pareils à ceux de l'homme , et que la femme sécrète un véritable sperme, fut singulièrement ébranlée et même détruite par les anatomistes les plus exacts : on dut au grand Fallope la connaissance du clitoris, celle des trompes qui portent son nom, celle des vésicules séminales ; mais tout cela ne put éclairer le mystère de la génération. Il était réservé à une autre époque, non pas d'en découvrir la cause première, mais d'en faire connaître les, principaux phénomènes.

L'anatomie du cerveau et celle du système nerveux firent de grands progrès dans le cours du seizième siècle ; mais on pensait encore , avec Catien , que les esprits animaux se sécrétaient dans les ventricules de l'encéphale. On s'occupa surtout de la base du cerveau et de l'insertion des nerfs : l'opinion émise par Aristote, qu'ils tirent leur origine du cœur, disparut, pour laisser la prépondérance à l'opinion de Galien , qui les faisait naître du cerveau; mais on précisa mieux que lui le tissu et la région

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