CHAPITRE XV
CHÉMIATIUE THÉOLOGIQUE. SYSTÈME DE VANHELMONT.
Vers la fin du seizième siècle, il se fit une fusion du système de Paracelse avec les rêveries des Rose- Croix: les praticiens allemands étaient presque tous paracelsites ; les Anglais ne leur cédaient en rien. Robert Fludd, médecin de Londres, fut le plus célèbre des Rose-Croix de son temps. Cette secte donnait dans la magie : elle attribuait les maladies aux mauvais démons, cacodœmonibus; les chroniques dépendaient de la soustraction des rayons de la majesté divine , et les aiguës, de l'excès de cette lumière. On ne cessait d'avoir recours aux exorcismes y et le spectacle du supplice d'une foule de prétendus sorciers ne contribuait pas peu à entretenir cette disposition des esprits y à tenir les imaginations dans un état continuel d'exaltation , et à fomenter une crédulité puérile. On entendait célébrer de toutes parts les cures miraculeuses opérées par la poudre sympathique d'un Anglais nommé Digby, qui s'occupait aussi à chercher un moyen de prolonger la vie indéfiniment: et telles sont la puissance de l'exemple et la faiblesse des grands hommes en fait de médecine , que Descartes ne put s'empêcher de croire à la pos-^ sibilité d'une pareille découverte. A chaque instant paraissaient des livres anonymes qui publiaient quelques secrets , en faisaient entrevoir bien davantage ,
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et accumulaient des exemples de guérisons obtenues par des paroles , des arcanes , des moyens plus ou moins extraordinaires et toujours non naturels.
Quelques médecins cherchèrent, pendant le dixseptième siècle, à purger la doctrine de Paracelse des absurdités théosophiques , et à la concilier avec ce qui paraissait conforme à l'observation dans les ouvrages des anciens Grecs : on place Libavius à la tète de ces conciliateurs éclectiques. On y fait ensuite figurer Ange Sala, de Vicence, successeur de Libavius ; Pierre Poterius (la Poterie) , natif d'Angers , grand partisan des préparations minérales , et auteur de la formule prétendue anti-hectique qui porte son nom; Daniel Sennert , professeur à Wittemberg, homme d'une vaste érudition , mais fort crédule et sujet à de fréquentes contradictions ; Raymond Mindérérus, qui fit connaître l'acétate d'ammoniaque, qui a conservé son nom ( esprit de Mindérérus ) ; plusieurs autres qu'il serait oiseux de nommer , et dont les ouvrages ont toujours un chapitre pour les possessions du diable; enfin le célèbre Lazare Rivière, qui occupa la première chaire de chémiatrie établie à Montpellier. Ce praticien , dont l'autorité a long-temps fait loi , était nourri de la lecture de Sennert, dont il partagea la crédulité. Il se conforma, dans ses écrits , à la méthode de Galien ; mais , non moins fidèle à celle de Paracelse , il recommanda beaucoup de remèdes minéraux des plus actifs. Nous lui devons l'acétate et le citrate de potasse et de soude exteinporanés , qui portent encore le nom de potion anti-êmé tique de Rivière.
Les efforts de tous ces médecins sont dignes d'é-
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loge; mais le fond de leur doctrine est encore le galénisme entaché des superstitions diaboliques du temps, et d'un mélange de chimie et d'acrimonies minérales. Il fallait l'influence de Vanhelmont pour faire subir à la médecine un nouveau degré d'épuration, et préparer cette science à un spiritualisme plus élevé.
VANHELMONT.
Jean-Baptiste Vanhelmont était un gentilhomme brabançon. Il naquit à Bruxelles en 1577. Il étudia la philosophie seolastique à Louvain, et, dans la même ville, la magie, que professait le jésuite Martin del Rio; mais il s'en dégoûta, ainsi que de tous les genres de philosophie. Il abjura la raison , à laquelle il impute tous les malheurs de l'homme, dans un dialogue qu'il fait tenir entre son âme et la raison qui lui apparaît en songe et tente inutilement de le séduire ; la vigueur de sa foi le préserve des suggestions delaraison.il se livre exclusivement à la contemplation de la divinité , en s'efforçant de modeler sa conduite sur celle de Jésus -Christ, conformément aux préceptes de Thomas de KempiSj, dont le livre (l'Imitation de Jésus) était devenu sa lecture favorite. Il espérait , à force de pureté et de contemplation , parvenir à l'intuition divine et être inspiré de Dieu. Il y réussit, et, s'il ne vit pas Dieu, du moins il vit son âme toute resplendissante. C'est d'après l'inspiration de la divinité qu'il développe les secrets de la nature et qu'il invente l'histoire de la reproduction et de la conservation de tous les êtres.
Toutefois , Vanhelmont ne s'en tint pas à cette
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source divine : il étudia les anciens Grecs ; il lut et médita Paracelse ; il parcourut à différentes reprises la France et l'Italie pour communiquer avec les savans. De retour dans son pays, il épousa une femme riche et vécut dans ses terres.
Il passait presque tout son temps dans son laboratoire , occupé d'opérations chimiques , pratiquant fort peu, et plutôt par motif de bienfaisance que pour en retirer du profit. Ses ouvrages ne parurent qu'après sa mort ; ils furent publiés par son fils François Mercurius V anhelmont. Ils n'exercèrent d'influence sur la médecine que dans la seconde moitié du dix-septième siècle.
SYSTEME DE VANHELMONT.
Vanhelmont est extrêmement diffus et désordonné dans ses écrits. Il ne suit point une marche didactique, en procédant du connu à l'inconnu ; comment aurait- il suivi cette méthode, lui qui s'était déclaré l'ennemi de la raison ? Il soutient qu'Aristote et Galien n'ont eu aucune idée de la nature. Il n'y a , selon Vanhelmont, que deux principes des corps et des causes corporelles, savoir l'élément de l'eau ou principe exquo s le ferment ou principe séminal per quod, c'est-à-dire dispositif; et voilà co qui produit la semence dans la matière. Si l'on désire savoir ce que c'est que le ferment, Vanhelmont dira que c'est un être créé, formel, qui n'est ni substance ni accident, mais qui est neutre, comme la lumière, le feu, l'aimant; car il est bon de savoir que ces choses ne font point partie des élémens. Tout ce qui est matériel peut se réduire au sol , au
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soufre et au mercure : voilà les vrais élémens ; mais la lumière, le feu, le magnétisme, ne sont point matériels. Quant au ferment, il a été créé de Dieu dès le commencement du monde, et répandu dans les différentes parties de l'univers pour préparer, exciter, précéder les semences qui doivent reproduire les corps vivans.vLes fermens , ajoute l'auteur , sont des dons et des racines établis par le créateur, et qui doivent suffire pour la consommation des siècles. C'est avec l'eau qu'ils préparent chacun leur semence et qu'ils procréent les individus : on voit que les auteurs qui , depuis, ont soutenu le système de la panspermie avaient où prendre.
Tel est le ferment considéré d'une manière générale. Mais il existe d'autres fermens particuliers aux êtres vivans ; par exemple , celui qui opère la digestion desalimens : il est acide, et son activité est telle, qu'il dissoudrait l'estomac lui-même s'il ne trouvait des corps étrangers sur lesquels il peut exercer son action ( :). Au surplus, c'est un acide particulier qu'aucun autre ne peut suppléer, et chaque animal a le sien. Vanhelmont le fait provenir de la rate, et place ce viscère, comme un des plus importans, sur la même ligne que l'estomac, ce qui constitue son duumvirat viscéral.
Chaque partie a son ferment qui accomplit en elle des transmutations , qu'il nomme des digestions ; car aucun changement, soit en santé, soit en maladie , ne peut se faire dans le corps que par l'in-
(i) Cette idée est bien de Vanhelmont; on la trouve dans le chapitre intitulé : Naturel contrariorum nescia , § 43.
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termédiaire d'un ferment. Les fermens paraissent donc jouer ici le rôle des forces occultes de plusieurs auteurs. •
• Cependant il ne faut pas croire que les fermens de l'homme et des animaux soient des agens de premier ordre : ils ne sont que des instrumens de l'archée. En effet, Vanhelmont rapporte, en dernier lieu, tous les phénomènes à l'archée: c'est elle qui développe et qui conserve tous les êtres vivans. « Ut pote qui vel a primo conceptu tara animal quàm végétabile , unum quodque ad nutum propriai destinationis movet, figurât, altérât, auget, etc. (i). » Cette espèce d'être correspond à Vimpectum faciens d'Hippocrate, à l'âme matérielle des anciens : c'est l'homme d'affaire qui préside à tous les détails de la demeure matérielle de l'âme spirituelle , depuis le moment de la conception jusqu'à la mort.
Mais cette archée peut être troublée par une foule de causes qui portent le dérangement dans le logis dont elle dirige l'économie ( telles sont les passions des hommes, les excès qu'ils commettent, l'air , les alimens , les médicamens , les poisons , etc. , qui pénètrent dans les humeurs), et par l'influence des mauvais démons. Alors l'archée éprouye de la contrariété , de l'ennui , du chagrin , et néglige le corps, qui se détériore de plus en plus ; mais enfin elle se fâche, elle s'emporte à la manière de l'âme spirituelle , mais sans que celle-ci y participe, ni même en ait la conscience. Les vives émotions de l'archée ne deviennent sensibles que lorsqu'elles produisent
(i) Vanhelmont : Ortus med. de. morbis archœalihus.
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des dérangemens un peu saiilans dans l'exercice des fonctions; mais son découragement, sa paresse, en un mot, son inertie, sont attestés par le sentiment de faiblesse et de langueur que l'on éprouve. Ainsi, dans les prodromes d'une maladie aiguë , l'archée est découragée, elle a de l'humeur, elle hésite et néglige ses fonctions. Mais aussitôt que la fièvre se déclare avec tout le cortège qui l'accompagne, on a la preuve que l'archée s'est enfin décidée à agir, et qu'elle vient de prendre un parti violent.
Vanhelmont était un véritable croyant, un homme extrêmement religieux : on n'est donc pas surpris de l'entendre dire que les anciens Grecs, étant tous des païens , n'ont écrit que sous l'influence du diable, et que , par conséquent , la médecine qu'ils nous ont transmise est une œuvre du démon plus nuisible que profitable à l'espèce humaine. Il se propose donc de la réformer d'après ses inspirations , et c'est en elles qu'il trouve pour causes premières des maladies, d'abord le péché originel, ensuite les idées morbifiques qui résultent du contact des causes extérieures agissant dans les humeurs ou sur les tissus , avec la matière même de l'archée. C'est de là que provient la détermination du lieu qui va être affecté quand une maladie se prépare; à l'exception toutefois des maladies par cause externe , telles que les contusions, les plaies, dont le siège forcé n'est point à la discrétion de l'archée. L'archée , dans son impatience, son aversion, sa fureur, etc., produit des maladies qui affectent également le corps et l'esprit, bien que ce dernier n'ait pris aucune part directe à leur production.
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On reconnaît dans tout cela l'idée fondamentale empruntée au platonisme, et adoptée par Aristote , que la matière n'est douée par elle-même d'aucune activité , et qu'on ne peut expliquer les phénomènes vitaux que par l'intervention d'un être spirituel. Mais comme, d'une autre part, les personnes difficiles pourraient ne pas comprendre l'influence d'une entité immatérielle sur la matière, on a placé une âme matérielle entre la spirituelle et les organes. Cette entité intermédiaire est une arcliée dans le système de Yanhelmont : dans un autre , nous la verrons prendre une dénomination différente ; mais ce sera fondamentalement la même chose.
Ce sont donc les idées morbifiques qui dominent tout le système de Vanhelmont; mais comme il les avait apprises par la révélation, leur manière d'agir ne doit avoir rien de commun avec l'action des facultés premières de Galien et l'effervescence toute physique des quatre humeurs. Les maladies doivent être dans leur essence quelque chose de plus relevé, et surtout de plus obscur, que celles des anciens Grecs. Jamais la divinité n'inspira aux fanatiques des choses claires, des choses qui pussent se passer de l'interprétation de ses favoris : aussi coi(irons-nous grand risque de ne pas trop bien entendre le pieux gentilhomme brabançon dans son exposition des causes premières des différens états pathologiques.
Les maladies de Vanhelmont sont des défauts occasionels , dmiés de qualités propres , des espèces d'étrangers ou d'hôtes (morbus ignotus hospes) qui, reçus immédiatement dans notre intérieur, tendent, à la faveur d'une vigoureuse archée qui les protège ,
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à l'expulsion de nos qualités sanitaires, comme à leur fin. Ailleurs, l'auteur cherche à faire connaître la maladie par la méthode de l'abstraction ; elle n'est, selon lui , ni l'intempérie des humeurs élémentaires, ni le triomphe de la lutte que les élémens ont entre eux, ni la prédominance d'une des quatre humeurs sur les trois autres , ni une matière vitale dégénérée, corrompue par l'impression des élémens, ni enfin une qualité nuisible produite par le venin ou par la contagion d'une matière également nuisible. La maladie est donc, dit l'auteur en concluant, une certaine entité qui naît après qu'une puissance nuisible étrangère quelconque a porté atteinte au principe vital, a triomphé de sa résistance, et, par ce triomphe même, a pénétré jusqu'à l'archée, l'a excitée, l'a poussée jusqu'à l'indignation, à la fureur, à la crainte, etc., sortes de troubles qui excitent une idée semblable à eux-mêmes, c'est-à-dire une image semblable à ce qui doit être imaginé ; en un mot, la maladie , quoique défaut occasionel, n'est point quelque chose de passif, c'est quelque chose de substantiel et d'actif, aussi bien que l'état de santé, auquel celui de maladie est opposé. On en trouve la preuve dans les périodes régulières des maladies , dans leurs crises, et tout cela prouve bien qu'on ne peut y voir autre chose que les idées morbides et matérielles de l'archée, comme on l'a vu.
Mais ces extraits ne peuvent donner qu'une idée très imparfaite de la prodigieuse confusion ontologique de notre iatrosophe. Toujours des mots pris pour des choses: encore si les mots indiquaient toujours les mêmes choses, on pourrait les entendre ;
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mais ils ont autant de sens qu'il plaît à notre inspiré de leur en donner.
C'est ainsi que Vanhelmont a imaginé un blas que l'on est à chaque instant tenté de confondre , et qu'il confond lui-même avec son archée. Le blas joue tous les rôles dans la nature : il existe dans les astres , et c'est à lui qu'ils doivent leurs mouvemens propres; chaque animal aie sien; l'homme en est aussi pourvu ; l'auteur en trouve même dans chacun de ses organes et jusque dans l'archée. Ces blas, que Vanhelmont se félicite beaucoup d'avoir inventés, sont, à ce qu'il paraît, l'essence ou la force première, ou le principe d'action de chaque chose à laquelle il les fait présider.
Ainsi voilà trois entités qu'il faut tâcher de ne pas confondre : i° lame raisonnable, immatérielle, qui quitte le corps au moment de la mort, et qui ne peut agir directement sur les organes; 2° lame matérielle ou l'archée, dont le siège ordinaire est dans l'estomac , mais qui est secondée par une foule d'autres archées secondaires, inhérentes à chaque partie; 3° le blas général de l'homme, sorte de principe d'action , qui n'est ni l'âme immatérielle , ni l'archée, et qui se subdivise en autant de blas secondaires qu'il y a d'appareils ou d'organes où il est possible de remarquer une action particulière.
Les archées et les blas agissent par des fermens dont tous les organes sont pourvus; car Vanhelmont a introduit dans l'économie une population innombrable d'entités plus ou moins extraordinaires. Mais le foyer principal des fermens, c'est i. 22
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l'estomac, et la maîtresse archée, qui réside dans ce viscère , est chargée de le conserver et d'en disposer pour le bien de l'économie. Si elle le néglige, il se détériore, et l'assimilation est imparfaite. Quelquefois l'impatience et la mauvaise humeur de l'archée le corrompent; d'autres fois, ce sont des alimens ou des boissons inconvenantes; dans quelques cas, c'est
le froid.
Les maladies sont toujours produites ou par la né<di°ence et la paresse de l'archée, dont le blas est attaqué par quelque cause interne nuisible, ou par des passions de l'âme, ou bien elles dépendent de la colère de l'archée. Elle les produit toujours en détériorant les fermens et altérant la digestion gastrique et les digestions particulières de chaque organe. En envoyant le ferment de l'estomac sur une partie , l'archée la rend nécessairement malade , parceque ce ferment est acide. Yanhelmont l'a constaté par des expériences. Or cet acide, lancé sur une partie , y coagule le sang, irrite le tissu de la partie, à la manière d'une épine, et y détermine un afflux, selon l'axiome des anciens, cité par Yanhelmont luimême, ubidolor, ibi aflluxus. C'est ainsi que sont produites les pleurésies , les péripneumonies , les dysenteries, qui ne diffèrent des affections précédentes que par le siège. Les apostèmes viennent par l'effet d'un pareil mécanisme, ou parceque le sang ne reçoit pas, de l'airet du ferment, la volatilité dont il a besoin pour pénétrer toutes les parties et les vivifier , ou parcequ'il en reçoit trop. C'est donc presque toujours par Yirritation du ferment, soit de la partie malade, soit de l'estomac, mais du ferment
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lancé mal à propos sur cette partie par l'archée, que les congestions sont produites.
Les affections que les anciens nommaient catarrhes ne sont point des distillations du cerveau : elles sont produites par l'archée , qui envoie le latex ou le sérum non encore devenu salin. L'auteur réfute la théorie du tartre de Paracelse : des fermens , des humeurs ou du sang coagulé par eux, et que l'archée envoie partout, selon ses idées, lui suffisent pour expliquer les engorgemens et les catarrhes. Les concrétions de l'urine ne viennent pas du tartre , mais de ce que les sels naturels de ce fluide se sont précipités et agglomérés. Cette idée a ouvert la voie aux recherches que l'on a faites depuis sur le même sujet. Quant à la fièvre , c'est l'archée en colère qui l'excite, quelles que soient les causes particulières dont elle puisse dépendre; mais, avant de s'emporter, elle a parfois un moment de frayeur , et c'est à ce moment que correspond le frisson.
J'aurais encore beaucoup à dire sur Vanhelmont, si je voulais rendre compte de toutes ses idées, car elles sont si multipliées , si disparates , si contradictoires , qu'il n'est pas possible de le résumer. C'est le défaut de tous les ontologistes , et surtout des ontologistes mystiques; mais j'en ai dit assez pour donner une idée de leur méthode de philosopher en physiologie et en pathologie. Il s'agit donc maintenant de parler de sa thérapeutique.
THERAPEUTIQUE DE VANHELMONT.
On s'étonne aujourd'hui de l'attention que les médecins physiologistes ne cessent de donner à la
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susceptibilité de l'estomac ; mais nous pouvons à notre tour témoigner notre surprise de ce que Vanhelmont , qui avait été si vivement frappé de la sensibilité de lepigastre et de celle surtout de la région du pylore, n'ait pas craint d'exposer ces parties à l'action des stimulans les plus énergiques. Selon lui, c'est le pylore qui est le directeur de la digestion : il ferme l'estomac après l'ingestion , pendant que la digestion s'opère; et lorsqu'elle est terminée , il repousse certaines substances alimentaires, et en admet d'autres ; il prolonge ou il accélère la digestion , non comme un muscle ni même comme un organe purement sensible , mais en vertu d'un blas qui lui est propre , et comme le principal siège de l'archée. Vanhelmont avait remarqué sur lui-même, après avoir fait usage de l'aconit, que la pensée s'altère avec la sensibilité de l'estomac, et c'est ce qui l'avait engagé à placer le siège de l'entendement dans ce viscère , tandis qu'il mettait la volonté dans le cœur et la mémoire dans le cerveau. Il n'avait pas donné moins d'attention à l'extrême sensibilité des parois du torse, qui est telle, suivant lui , dans certains cas, que les rebords des fausses côtes peuvent à peine supporter le contact de la main; il n'ignorait pas non plus que l'endolorissement de tout le corps est souvent la suite de l'exaltation de la sensibilité de l'estomac.
Eh bien ! malgré toutes ces remarques, Vanhelmont ne laissait pas d'être le plus intrépide des stimulateurs de son temps ; ce qui ne peut être attribué qu'à l'ontologie dont il faisait profession. En effet, il est clair que s'il avait placé la sensibilité dans la
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matière de i'organe , il aurait craint de l'exaspérer en déposant des stimulans sur cette matière ; mais, en voyant la sensibilité dans la substance de l'archée, il n'avait garde de redouter l'emploi des chcses qui ne pouvaient qu'augmenter l'énergie et la vigilance de cet intendant général de l'économie. La source première de cette erreur, mère du brownisme, se trouve dans la réalisation ou l'érection en entité immatérielle de la sensation de bien-être et de force que Ton éprouve après avoir avalé un stimulant agréable comme le bon vin. S'il fallait exciter l'archée, il n'était pas moins important de lui laisser des moyens d'action : aussi Vanhelmont détestaitil la saignée , même dans les pleurésies et les pneumonies , assurant que tous ceux qui ont été guéris par elle périssaient tôt ou tard dans l'étisie ; il regardait le vin comme le meilleur remède de la fièvre, parceque cette liqueur donne à l'archée le moyen de produire de bonnes crises.
Dans les maladies chroniques il voyait pour principale indication celle de réveiller l'activité de l'archée par des stimulans ; mais pourtant il voulait lui fournir des moyens appropriés à chaque çenre de maladie , ce qui le conduisait au spécificisme. Il donnait la préférence aux préparations antimoniales, et plus encore aux mercurielles ; et parmi ces dernières, il recommandait particulièrement le muriate simple contre les fièvres, les hydropisies, les maladies du foie, les ulcères du poumon ; il comptait sur la propriété diaphorétique de cette préparation ; car généralement il avait une grande confiance dans la transpiration et les sueurs, comme moyen de dé-
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truire les engorgemens intérieurs, en offrant à l'archée une voie d'élimination dont elle ne manquait pas de profiter.
Le piétisme de notre auteur ne pouvait manquer d'influer sur sa pratique: il pensait que certaines paroles pouvaient calmer la colère de l'archée, et que l'assistance divine devait être invoquée pour détruire les maladies produites par de mauvais démons.
Vanhelmont n'était pas praticien : il n'était que chimiste et spéculateur de cabinet. L'expérience n'avait donc pas rectifié toutes les vues théoriques dont ses ouvrages sont remplis. Toutefois, il se cite en exemple du bon effet de la médecine stimulante et diaphonique : étant attaqué d'un point de côté à l'âge de soixante - trois ans , il se guérit par du vin et du sang de bouc , quoiqu'il eût depuis long - temps , comme il nous l'apprend aussi, de la sensibilité et de la tuméfaction dans l'hypochondre droit. Que les stimulateurs ne se hâtent pas cependant trop de chanter victoire: Vanhelmont, attaqué de gastro-duodéno-hépatite, se guérit à soixante-trois ans d'une légère pleurésie par les stimulans ; mais, à soixantesept, il n'existait plus. Paracelse avait succombé dans un âge beaucoup moins avancé, et Brown, après s'être exemplairement guéri de la goutte au milieu de ses élèves, devenus ses convives, porta plus jeune encore la peine de son ontologie stimulative. Au surplus, je ne fais ces rapprochemens que sous le rapport de la médication excitante. Je me garderais bien de confondre le respectable Vanhelmont avec un Paracelse : je me ferais même un scrupule de le comparer à Brown , quoiqu'on ne puisse reprocher
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à ce dernier d'autre vice que celui de l'intempérance. Mais ce qui me frappe malgré moi, c'est qu'ils furent tous trois ré formateurs ontologiques; qu'ils ne prodiguèrent les stimulans que parcequ'ils les adressaient à des entités abstraites pour obtenir des effets chimériques, et que tous trois enfin furent victimes de l'action trop réelle de ces modificateurs sur les organes.