SYLVIUS DE LE BOÉ
François Sylviusde LeBoé fut en effetle fondateur du système chimique , déjà préparé par les travaux de Paracelse et de Vanhelmont. La théorie de Sylvius paraissait séduisante à cause de sa simplicité , simplicité qui venait de ce que l'on étudiait les opérations chimiques dans le corps sans que les organes y prissent aucune part.
Sylvius était praticien : il professa la clinique proprement dite ; car il introduisit la méthode d'enseigner la médecine au lit des malades, et fit pratiquer de nombreuses ouvertures de cadavres. Eh bien ! quoique cet homme eût sans cesse devant les yeux des malades et des cadavres quoiqu'il ne cessât de recommander l'expérience , de la donner comme la
pierre de touche des systèmes, il ne laissa pas d'en fonder un qui ne reposait ni sur l'observation des symptômes ni sur l'état des organes dont l'affection les produit. Tout était fermentation, dégagemens, précipitations dans l'économie: les organes n:y étaient pour rien. Des sels volatils huileux, l'acide dulcifié de la lymphe, la distillation des esprits vitaux dans l'encéphale, le combat des acides et des alcalis, l'occupaient incessamment. Le premier, il introduisit le mot âcreté, pour désigner la prédominance des élémens chimiques des humeurs, et en fit la cause prochaine des maladies. Ou sait que Paracelse n'employait le mot âcreté que pour peindre l'action des particules minérales qui s'introduisaient dans le corps par l'influence des astres, et pour donner une idée des effets rongeans du tartre sur les organes. Mais aussitôt que Sylvius eut parlé, il y eut des âcretés acides, des alcalines, etc. Enfin cet auteur ne voyait dans le corps humain qu'un magma d'humeurs continuellement en fermentation, en distillation, en effervescence, en précipitation, et la vitalité des organes était entièrement étrangère à tous ces bouleversemens ; de sorte que le médecin n'était plus qu'un ouvrier occupé à diriger le feu dans les fourneaux de l'économie et à recueillir les produits des opérations.
Les gaz découverts par Vanhelmont ne furent point perdus de vue par Sylvius : il leur donna le nom de halitus. Il connaissait quelques uns de leurs effets sur les organes; il les comparait aux esprits vitaux, qui, comme substances spiritueuses, peuvent aussi devenir des causes de maladies. Ces esprits , par exem-
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ple^ peuvent être ou trop aqueux et pas assez volatils , ou dans une trop grande effervescence. 11 est même des cas où le défaut des fermentations fait qu'ils manquent entièrement.
On voit que les formules de Vanhelmont sont la basedusystèmedeSylvius,etquelesâcretéschimiques de Paracelse lui ont fourni les âcretés humorales : la digestion est à la tête de toutes les fermentations, et c'est sur ce modèle que toutes les autres sont figurées. Il n'y a chez Sylvius qu'un excès de luxe chimique, dépendant des progrès que ne cessait de faire la chimie.
On conçoit quelle devait être la pratique découlant d'une semblable théorie. Tantôt il fallait exciter les fermentations, tantôt les modérer,, quelquefois en évacuer les produits, d'autres fois les neutraliser ou les altérer d'une manière quelconque. On purgeait pour évacuer la bile en effervescence : idée que Ton retrouve encore chez certains médecins qui veulent que l'on répète les purgatifs pendant que Ykumeur est en mouvement. On corrigeait l'âcreté de la bile par l'opium. Dans les maladies aiguës , on faisait un mélange de substances excitantes et volatiles, pour hâter le travail de la fermentation, avec les absorbans destinés à s'emparer de certains principes acres dont les effets auraient pu devenir fâcheux. De là ces formules bizarres où l'on faisait entrer des plantes aromatiques , Fangélique, la contrayer\a, les bézoards , les yeux d ecrevisse. Aux âcretés alcalines, qui entraînent à leur suite la dissolution des humeurs (on voit qu'il s'agit ici des plus violentes phlegmasies viscérales), on opposait les acides, les éthers, les opiacés,
les terres absorbantes , et particulièrement le bol d'Arménie. Ainsi, dans les fièvres malignes, on combinait ensemble la thériaque, l'antimoine diaphorétique, les eaux distillées dechar'don-béuit, de cannelle, de scabieuse , etc.
Quant aux maladies chroniques , on les traitait par des essences , des pilules fondantes, des préparations dépuratives ; car, comme l'on y voyait des efforts impuissans de fermentation dépurative, il était naturel d'en déduire la nécessité des excitans de toute espèce. Au surplus, le caprice du médecin présidait seul au choix et à la combinaison des ingrédiens que l'on faisait entrer dans les formules; l'imagination lui représentait telle substance comme propre à se combiner avec tel principe prédominant dans les humeurs; mais son action eût été impuissante ou trop active, si on ne l'eût associée avec telle autre: ce qu'il importait surtout, c'était de faire entrer des absorbans dans les formules où figuraient les stimulans, afin que les principes acres, volatils, nuisibles aux organes , pussent être saisis et émoussés aussitôt qu'ils se dégageraient.
Ces motifs secrets ont long-temps présidé à la confection des médicamens magistraux , et lorsque l'on a cessé de se laisser guider par les idées de Sylvius, on a gardé ses formules , parcequ'eîles convenaient également au travail de la coction , à la débilité, à l'asthénie: les absorbans seuls ont perdu de leur crédit. On les a, par la suite, réservés pour certains cas particuliers. Quant aux bézoards, ils furent les premiers dont on fit justice, par une proscription contre laquelle personne n'a réclamé.