SYSTEME DE WILLIS
Il est clair quela médecine chimique ou lachémiatrie, aussi bien que la thaumaturgie ou médecine mystique, découlaient du système deParacelse ;car Vanhelmont et Sylvius, qui les avaient tirées de cet auteur, eurent des contemporains qui se distinguèrent par des erreurs et des absurdités pareilles à celles qu'ils débitaient.Nous l'avons déjà vu pour la thaumaturgie médicale; il nous reste maintenant à faire remarquer qu'il en fut de même par rapport à la chémiatrie.
Thomas Willis, qui professait en Angleterre à la même époque que Sylvius en Hollande, ne se rendit pas moins célèbre par le rôle qu'il fit jouer à la chimie dans la génération des maladies et dans les actions des médicamens. Quelques différences dans la forme n'empêchent pas que le fond ne soit essentiellement le même. La fièvre simple n'était que l'effervescence du sang, du chyle et des autres humeurs par cause interne ; mais d'autres fièvres dépendaient de celle du sel et du soufre, tandis que la quotidienne provenait de celle des esprits vitaux. Les convulsions étaient occasionées par l'explosion du sel et du soufre avec les esprits animaux. L'hypochondrie et l'hystérie dépendaient d'un sang mal purifié dans la rate; car il en résultait la surabondance des principes fermentescibles du soufre et du sel qui dérangeaient le cours des esprits vitaux. Il comparait le sang des scorbutiques à du vin éventé : la goutte était un effet de la coagulation des sucs nutritifs altérés par des esprits vitaux acidifiés, etc. Il recommandait les sudorifiques et les cordiaux, comme propres à
augmenter le soufre du sang, qui est le véritable aliment de la flamme vitale. Ces remèdes, selon lui, purifient les esprits animaux et fixent le sang trop volatil; mais il différait de plusieurs de ses co-sectaires en ce qu'il saignait souvent pour modérer l'activité de la fermentation, son expérience l'ayant conduit à cette pratique ; ce qui prouve que l'observation peut quelquefois servir de contre-poids aux systèmes les plus erronés.
MODIFICATEURS DE LA CHEMIATR1E. CONCILIATEURS DES ANCIENS ET DES MODERNES.
En Italie, on entreprit de concilier la chémiatrie avec l'antiquité, en soutenant que les esprits de Sylvius, le mercure de Paracelse, la matière subtile de Descartes et le feu cFEmpédocle, sont la même chose. Tout cela désignait, selon Pascoli de'Pérouse, professeur à Rome, un éther qui est la cause de la fluidité des humeurs et de leur mouvement fermentatif duquel dépend la chaleur. Suivaient d'autres rêveries, desquelles il résultait que les acides et les alcalis faisaient effervescence au moyen de l'éther et produisaient la fièvre : il y avait deux fièvres malignes, l'une par épaississement, et l'autre par dissolution. Quant aux intermittentes , elles dépendaient d'un ferment caché dans les glandes, et qui n'en sort, pour entrer en effervescence, qu'à certaines époques.
D'autres voulurent que les fièvres malignes dépendissent d'un virus spécifique qui altérait les humeurs albumineuses destinées à nourrir les nerfs ; mais il fallait toujours expulser ces humeurs, ces esprits ou ces virus par les sudorifiques , et lorsque les hui. <j5
meurs avaient été coagulées par des acides, on ne pouvait se passer des alcalis pour les fondre et les préparer à être expulsées. Aussi vit-on plusieurs épidémies des plus graves traitées par le mélange des sudorifiques et des alcalins ; ce qui ne donna pas de plus mauvais résultats que n'en a produit sous nos yeux le préjugé de l'asthénie ou de radynamie fébriles. C'était donc bien à tort que nos philosophes dynamistes s'élevaient contre les chémiâtres des seizième et dix-septième siècles.