JUGEMENT DE LA CHEMIATRIE
Mais à quoi servirait de m'arrèter plus long-temps sur cette doctrine médicale ? Chaque école la travestissait à sa manière, et les adeptes se disputaient vivement entre eux; parceque tout y était imaginaire, tofis avaient également le droit de réaliser leurs conceptions : aussi ne trouve-t-on jamais deux hommes parfaitement d'accord dans tous les genres de spéculations abstraites, c'est-à-dire dans les idées qui ne représentent point des corps ou des modifications de corps perceptibles aux sens. En fait de pathologie, il n'y a que les modifications du corps humain à observer : c'est bien assez que les médecins diffèrent entre eux suivant la finesse de leurs sens appliqués à l'observation. Il fautau moins qu'ils soient d'accord sur les conclusions qu'on en doit tirer; mais il n'y a qu'une doctrine qui puisse produire cet accord , et ce n'est ni celle que nous examinons ni celles qui eurent l'avantage de la renverser.
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RÉSISTANCE DE i/HIPrOCRATISME.
L'hippocratisme opposa une vigoureuse résistance à la chémiatrie : elle ne fit aucun progrès en France tant que Riolan et Gui Patin présidèrent la Faculté. Gui Patin, d'ailleurs, satirique despîus mordans, était grand partisan des écoles hippocratique et galénique : c'était un homme à expectation, à crises, à décoctions de simples pour favoriser des dépurations préparées par la nature ; il se sentit révolté par les prétentions des chémiâtres, et ne vit pas sans indignation les effets perturbateurs du tartre émétique. Il saisit toutes les occasions de discréditer cette préparation minérale, et dressa le martyrologe de ses victimes. Malgré tous ses efforts , le minéralogisme médical l'emporta, et l'antimoine triompha par un arrêt du parlement de l'année 1666.
Un autre médecin français, Jacques Minot, de l'école de Paris, nia l'altération du sang dans les fièvres ; mais ce fut pour y substituer l'altération des esprits vitaux par un principe acre, interne ou externe , d'où résultait une fermentation du chyle et du sang, qu'il croyait apaiser par les diaphorétiques, les spiritueux, l'opium et ie quinquina. On se partageait entre les fermentations, les effervescences et les configurations des molécules trouvées par les microscopistes et exploitées par Descartes; et Muller fut, à Leipsick. apôtre et propagateur de Descartes et de Sylvius. Mais Hermann JBoerhaave, Thomas Sydenham et Frédéric Hoffmann furent ceux dont les efforts contribuèrent le plus puissamment à la ruine totale du chimisme. Les travaux de Robert Boyle ,
en Angleterre, préparèrent rétablissement delà véritable chimie, et les succès que Sydenham obtint parla saignée dans la peste de Londres de 1 665 , firent une telle impression sur ses contemporains, que la chimie cessa de présider aux phénomènes de la vitalité. On demeura d'accord qu'il y a bien de la chimie dans le corps vivant, mais qu'elle est soumise à des forces différentes de celles qui agissent dans les laboratoires sur les corps morts; et, vers le commencement du dix-huitième siècle, la secte iatromathématique devint prédominante.