‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologiqueChapitre 143 sur 148 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Hermann Boerhaave, professeur à Leyde, en Hollande, fut un homme très éloquent et d'une vaste érudition : il dut plutôt la prodigieuse réputation qu'il obtint à cette double qualité qu'à sa supériorité en médecine pratique. S'il ne part pas de bien haut dans sa théorie médicale , du moins il part de loin ; car il définit la maladie , toute condition du corps humain qui lèse les actions vitales^ naturelles ou animales, ce qui rappelle aussitôt l'antique échafaudage de Galien. Une condition qui lèse est du plus pur ontologisme. Une condition n'est qu'un jugement très compliqué de l'esprit humain : elle n'a point d'action, et la définition de Boerhaave ne met point sous les yeux du lecteur un agent matériel dont il puisse observer l'action sur les organes.

Au surplus, l'auteur renvoie à l'anatomie et à la physiologie pour connaître les instrumens et le jeu des fonctions, c'est-à-dire les conditions de la santé; ce qui ne fait que confirmer notre critique. Puisque la maladie est inhérente au corps, elle doit être, selon lui, l'effet corporel particulier d'une cause déterminée. Cette phrase, qui est une seconde définition,

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condamne la première, et n'est pas moins ontologique. Qu'est-ce qu'un effet qui adhère au corps ? Ce mot adhère ne suppose -t- il pas une entité modelée sur un corps susceptible d'adhésion à un autre corps ? Mais comment se fait une pareille adhésion ? On le conçoit d'autant moins que les maladies de Boerhaave sont des changemens dans les solides et les fluides. Or, des changemens n'adhèrent pas; ils existent et ils persistent plus ou moins de temps, et c'est là tout.

Ce serait une tâche trop pénible que celle d'exposer tous les vices du langage de Boerhaave , et tous les inconvéniens qu'ils doivent entraîner; nous les retrouverons, ces inconvéniens, en examinant le fond de sa doctrine, c'est-à-dire en recherchant ce qu'il veut dire plutôt que ce qu'il dit.

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