DES FIEVRES EN PARTICULIER
Je dirai maintenant un mot des fièvres en particulier : elles sont continues ou intermittentes. Des fièvres continues, la plus simple est l'éphémère ; elle est caractérisée par la simplicité de ses causes; à peine a-t-elle un peu de matière morbifique. Elle dépend de l'influence des six choses non naturelles. Le corps est sain et pur, les symptômes légers, la crise prompte, et le pouls se rétablit dans l'état naturel aussitôt que la fièvre a cessé. L'auteur ne lui oppose que le repos, l'abstinence et quelques boissons délayantes.
Se prolonge-t-elle plusieurs jours, l'éphémère perd ce nom pour prendre celui de continue simple, non putride. On l'appelle aussi synoque simple. C'est l'angioténique du nosographe.
Rien de plus simple aussi que de se rendre raison d'une pareille fièvre : les auteurs l'ont créée en rapprochant tous les cas d'inflammation gastrique de courte durée, c'est-à-dire, de gastro -entérite provoquée accidentellement chez des personnes jeunes, fortes et en état de pléthore, dont les viscères étaient î. 25
sains, et qui, pour cette raison, ont été promptement délivrées de l'irritation par la simple réaction sur les exhalans cutanés. Ce qui démontre le caractère gastrique de cette phlegmasie, c'est la réunion de la rougeur de la langue, de l'inappétence, de la soif, avec l'absence de tous les symptômes des autres inflammations, ainsi que nous en donnerons les preuves détaillées en analysant laNosographie philosophique. Cette fièvre, dont Galien paraît être l'inventeur, n'est caractérisée qu'après sa terminaison ; ce qui ne doit surprendre personne , puisqu'elle se confond avec le début de toutes les gastro-entérites d'une médiocre intensité chez les sujets en état de pléthore. Le corps est pur, pour les humoristes , tant qu'ils n'observent dans les fièvres ni bile, ni pituite, ni fétidité des excrétions, ni couleur sombre, ni prostration; mais aussitôt qu'ils sont frappés de l'aspect de ces formidables symptômes, ou qu'ils remarquent ceux plus terribles encore de l'état nerveux, au lieu d'y voir les conséquences des progrès ou de l'extension d'une phlegmasie dont ils n'ont point comprimé l'essor, c'est-à-dire, de la fièvre éphémère ou de la synoque simple , ils supposent l'existence d'une matière qui infecte les humeurs, et donnent à ce dernier groupe de symptômes un nom qui le sépare entièrement du premier. Viennent ensuite les explications hypothétiques et la recherche des spécifiques appropriés aux matières, aux acres, aux symptômes alarmans ; et malgré ces laborieux efforts de l'esprit, l'incertitude recommence à la première occasion.
Telle est la position de Boerhaave, lorsqu'il cherche à fixer la théorie de la synoque putride. On voit qu'il
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ne peut parvenir à la distinguer de la synoque simple que parle degré. Elle est, dit-il, provoquée par des causes plus graves que l'inflammatoire, et ces causes sont l'obstruction des viscères, l'opilation de la peau et de tous les capillaires, une acrimonie plus aiguë, quelquefois entièrement spéciale. Selon Van-Swieten , les humeurs ont dégénéré avant la fièvre , ou bien elles dégénèrent par la fièvre elle-même et deviennent impropres à la circulation : une mauvaise méthode, ajoute-t-il avec beaucoup de justesse, peut donc suffire pour convertir une synoque simple en synoque putride.
Profitons de ces aveux pour pénétrer le fond de la pensée de ces grands hommes et nous faire une idée de leur position scientifique. Ils ignoraient l'histoire du phénomène de l'inflammation ; ils ne connaissaient pas l'irritabilité; ils étaient, dès l'enfance, imbus et saturés des principes de l'humorisme et du chimisme médical. Nourris des dogmes ontologiques d'Hippocrate sur l'autocratisme de la nature , est-il donc surprenant qu'ils n'aient pas pu reconnaître que les obstructions antécédentes n'étaient que des phlegmasies chroniques qui servaient de noyau à des phlegmasies aiguës; que la sécheresse de la peau en était l'effet sympathique; que l'acrimonie générale et la dégénération des humeurs dépendaient du vice de la nutrition et de celui des sécrétions, déterminés l'un et l'autre par la même cause ; que les acrimonies spéciales, ou les miasmes et les virus, ne peuvent nuire qu'en portant l'irritation dans les mêmes organes sur lesquels agissent les stimulans les plus ordinaires, les plus naturels, et que par conséquent
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les symptômes doivent être les mêmes après toutes ces stimulations, et diffèrent uniquement par le dégré : que les engorgemens ne se font point parceque les humeurs sont devenues impropres à la circulation, mais bien plutôt parcequ'un excès d'irritabilité les accumule et les retient dans un lieu déterminé , où les fixe plus ou moins une nutrition anormale; enfin que ce n'est pas la fièvre simple qui corrompt les humeurs, mais l'inflammation dont elle dépend : de sorte que la mauvaise méthode ne produit la conversion fâcheuse dont il s'agit que parcequ'elle laisse marcher ou qu'elle exaspère la phlegmasie ou les phlegmasies qui causent l'état fébrile.
Les fauteurs des vieilles routines répètent sans cesse qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil : sans doute, mais tout ce qui existe n'est pas connu, et l'on peut à chaque instant faire de nouvelles découvertes ; on peut mieux voir ce qui n'avait été qu'aperçu; on peut, en regardant de bien près, reconnaître des différences où l'on ne voyait que des ressemblances ; en un mot, un objet imparfaitement distingué se simplifie ou se multiplie par une observation plus attentive et plus soutenue. C'est ce qui est arrivé dans la question qui nous occupe. Le fait des affections chroniques viscérales précédant les affections aiguës fébriles et les déterminant, était connu, aussi bien que celui du vice de la nutrition et des sécrétions dans les unes et les autres; mais ces faits ne suffisent pas, présentés d'une manière aussi vague , pour constituer une science ou même une partie de science, et pour faire trouver les moyens de délivrer l'homme du fléau de ces affections.
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Il a donc fallu chercher d'autres faits particuliers, et il a fallu les trouver dans l'examen plus attentif de ces faits généraux. Mais il fallait aussi une bonne méthode de recherche , et on ne l'a pas trouvée du premier abord. Sur les faits de la corruption apparente des humeurs qui sortent du corps, on a supposé celle des humeurs qui y sont encore renfermées ; puis, regardant autour de soi pour découvrir les agens de cette corruption , on a cru les trouver dans tous les corps inertes qui frappent les sens de la même manière que les humeurs corrompues qui émanent du corps vivant. On a de plus noté que quelquefois la santé paraissait se rétablir dans la progression de la sortie de ces humeurs, tandis que d'autres fois cette sortie n'ayant pas lieu , la vie cessait et le corps tombait plus tôt dans la corruption : que de raisons pour croire que tout devait s'expliquer par la lutte du principe vital de l'économie avec les agens de corruption ! N 'était-on pas naturellement porté à croire que quand la mort arrive sans l'évacuation des matières putrides, elle dépend de leur rétention dans l'intérieur du corps, et que lorsqu'elle survient mal gré l'excrétion de ces matières, elle n'est due qu'à leur abondance, qui est telle, que tous les efforts de la nature et de l'art n'ont pu en tarir la source? De ces inductions générales , érigées en vérités de fait par la prévention et l'ignorance , aux explications du mode d'action des matières délétères dans l'intérieur des vaisseaux, la distance n'était pas grande: les hommes à imagination l'eurent bientôt franchie, même long -temps avant la découverte de la circulation du sang; mais lorsque cette découverte, les
visions des microscopistes et les premières observations des chimistes sur les mouvemens intrinsèques des molécules eurent jeté dans le champ de la science une foule de notions nouvelles qui se présentaient à l'esprit avec l'apparence de faits physiques d'une vérité rigoureuse, tout le sang-froid des médecins ne put les préserver d'un vif enthousiasme.
De toute part on se mit à construire des échafaudages d'hypothèses: on ne les fondaitplus, comme autrefois, surles lois et sur les causes imaginaires des anciens philosophes grecs , mais sur des faits démontrés qui inspiraient beaucoup de confiance aux inventeurs. Ceux-ci ne s'apercevaient pas qu'ils en tiraient des inductions prématurées, dont la fausseté ne pouvait être aperçue qu'après la découverte de faits non encore connus, ou seulement soupçonnés; les inductions passaient pour des vérités de fait, et les doctrines médicales se multipliaient presque à l'infini. Elles périrent pour la plupart comme étouffées dès leur berceau; mais celle de notre auteur, fortifiée par son alliance avec les dogmes vénérés du grand Hippocrate, soutenue par le crédit et l'éloquence d'un professeur non moins savant qu érudit, survécut à toutes ses sœurs et acquit une vigueur telle que les doctrines fondées sur le vitalisme ne sont point encore parvenues à l'anéantir.
Pour les fièvres intermittentes, Boerhaave abandonne la théorie des quatre humeurs de Galien : il attribue ces maladies à la viscosité du sang artériel et à celle du fluide nerveux de l'encéphale ; la première détermine le ralentissement du cours du
sang; la seconde ne fait qu'ajouter à cette modification , à cause de la difficulté d'innervation du cervelet sur le cœur. C'est ce qui produit le frisson , qui ne fait qu'augmenter la densité du sang. Enfin vient le redoublement d'énergie du cœur, d'autant plus difficileàconcevoir que la viscosité du fluide nerveux et la difficulté d'innervation sont des conditions peu favorables à ce réveil du cœur. Quoi qu'il en soit, les contractions de cet organe ayant acquis plus de vélocité, il en résulte un surcroît de mouvement et ç}e chaleur du sang, qui opère la résolution des engorgemens et rétablit l'équilibre , qui dure jusqu'à ce que la viscosité non détruite , car elle ne peut l'être qu'après plusieurs accès, ait reproduit la même stagnation.
Cette théorie n'est point du goût de Van-Swieten, qui ne peut admettre, dans tous les cas, la viscosité comme cause prochaine, attendu qu'il a observé les fièvres intermittentes chez des malades en état de salivation mercurielle , et qui , par cette raison , devaient avoir le sang suffisamment dissous. D'autre part, il a vu des intermittentes subitement déterminées par des causes morales, comme la frayeur, ce qui détruit tout soupçon d'une viscosité antécédente , qui ne peut se former qu'avec lenteur. D'ailleurs les rechutes par causes légères et momentanées, telles qu'un refroidissement accidentel, un purgatif, un accès de colère , le début constant des accès par des phénomènes nerveux , la régularité de leurs retours à la même heure dans une épidémie dont il avait été témoin, lui paraissaient déposer en faveur d'une cause nerveuse. Il place donc la cause des fié-
vres dans le fluide nerveux; mais il ne peut déterminer de quelle manière ce fluide est altéré. Il croit aussi que cette disposition persiste entre les accès , et plus ou moins de temps après qu'ils ont cessé, et qu'elle peut être remise en jeu par une des causes mentionnées, ou par la saburre. •
Van-Swieten rappelle les anciennes opinions sur la cause prochaine des fièvres intermittentes. Il cite d'abord celle de Galien , que nous avons fait connaître en son lieu, et qui rattache chaque type à chacune des humeurs cardinales. Il parle ensuite de Fernel et de Vanhelmont qui plaçaient le nid de ces maladies entre l'estomac et le duodénun, tandis que d'autres l'ont mis dans les glandes du mésentère et dans le pancréas. Quant à nous, nous remarquons que tous ces auteurs ne voyaient pas dans ces organes une irritation, mais toujours la collection, la stagnation ou l'adhérence d'une matière morbifique, soitsaburrale, soit produite par une sécrétion vicieuse, une corruption, etc.
Ayant égard à ces autorités et à celle de Sydenham, qui donnait également dans la cause humorale , Van- Bwieten conclut que la cause nerveuse peut être mise en action par un foyer humoral et diminuer d'intensité par l'évacuation de ce foyer ; mais il croit qu'elle n'a nul besoin du secours d'un pareil foyer , et qu'elle possède par elle-même la force suffisante pour faire naître les accès. Ne pensez pas cependant qu'il substitue le vitalisme pur à l'humorisme. Vous avez vu que le vice non déterminé qu'il admet pour cause des fièvres n'est pas seulement dans les nerfs ; il est en même temps dans leurs fluides , et surtout dans le
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fluide nerveux de l'encéphale. Cette remarque est importante , afin qu'on ne fasse pas honneur à Van- Swieten d'une idée qui ne lui appartient point. Il a d'ailleurs beaucoup de titres à la reconnaissance de la postérité. C'est un observateur scrupuleux, un homme d'une grande franchise et d'une conscience très délicate.
Il penche à croire que la cause extérieure qui vient donner au système nerveux la disposition première à produire les accès de fièvre, en dépravant son fluide propre, pourrait bien être un miasme épidémique. Mais après avoir émis cette opinion , Van-Swieten, qui n'aspire point à fonder un système cohérent , qui ne veut que faire part de ses observations pour servir la science , convient que cette disposition fébrile des nerfs n'est pas suffisamment déterminée par tout ce qu'il en a dit, et n'abandonne pas à beaucoup près la théorie des épaississemens et des obstructions. Du reste, il dit que la cause nerveuse est souvent fort tenace et résiste pendant plusieurs années aux efforts de l'art ; ce qu'il n'a vu que chez des sujets qui avaient des viscères obstrués. Plusieurs auteurs, et surtout Boerhaave et Sydenham, sont d'avis que le travail fébrile a pour objet la résolution de ces obstructions. Yan-Swieten respecte trop ces graves autorités pour les combattre avec des argumens pressés ; mais nous qui le lisons , nous ne pouvons pas trop comprendre comment une modification vicieuse du fluide nerveux occasionée par un poison miasmatique aurait pu être considérée, par un auteur aussi judicieux, comme le remède nécessaire institué par la nature pour la guérison de ces obstructions. L'auteur n'a
pu admettre une semblable proposition qu'en isolant la fièvre, des causes, et même des modifications de< solides et des fluides qui la produisent, pour en faire une espèce d'être actif, une puissance qui est appelée par ces mêmes causes pour remédier aux dérangemens qu'elles viennent d'opérer. C'est un raffinement d'ontologie.
On aurait tort de croire qu'en transportant h cause des fièvres intermittentes des humeurs dan! les nerfs, Van-Swieten renonce à l'humorisme relativement au traitement de ces maladies. L'humorisme et l'autocratisme impuissant de la nature ou des entités morbides, puissances qui ont besoin presque i chaque moment du secours de l'art pour achever le? œuvres qu'elles méditent, constituent essentiellement la théorie des humoristes de l'école hippocra tique du moyen âge. Celle de Boerhaave dérive de h même source ; mais on y remarque l'addition d'une hydrodynamie fondée sur les rapports des mole cules et des tubes capillaires. Celle de Sydenham et d< Yan-Swieten sont l'une et l'autre avec quelque mé lange d'empirisme. Mais suivons-les dans l'applica tion au traitement des fièvres intermittentes.
D'après l'idée que Boerhaave s'est faite delà cause des fièvres intermittentes, on juge bien qu'il doi trouver beaucoup d'indications à remplir pour le trai tement de ces affections. En effet, il faut d'abon donner,' pendant l'apyrexie , des apéritifs salins , al câlins, aromatiques, des minéraux combinés ave des délayans, des huileux fort doux. On doit aide ces substances à pénétrer dans l'intérieur des vai»s seaux par l'exercice, par des fomentations, des fric
tions douces; en un mot, on doit tout faire pour en introduire le plus possible, afin que, quand le cœur viendra à se ranimer dans le prochain accès, il promène partout ces particules médicamenteuses à la faveur de l'eau qui leur sert de véhicule, et achève de les pousser jusque dans les plus petits vaisseaux pour délayer la viscosité et préparer la solution des obstructions. Toutefois, que l'on n'aille pas se figurer que cette désobstruction puisse être l'ouvrage d'un jour. Boerhaave ne pense pas à guérir promptement les fièvres intermittentes : il lui suffit de seconder le travail désopilateur de chaque accès avec les moyens indiqués. Mais on présume bien qu'il ne perd pas de vue sa théorie générale , fondée sur les différences radicales de la matière obstruante, en rapport avec le régime et le tempérament des malades. *Il paraîtra donc tout simple de le voir approprier, non pas à la susceptibilité des organes, mais à l'espèce d'humeur qui obstrue leurs canaux, les différentes espèces de fôndans, depuis les plus actifs, comme les alcalis et les sels acres, jusqu'aux sels neutres les plus doux , depuis les aromates les plus riches en huile essentielle caustique, jusqu'aux végétaux saponacés, aux chicorées et aux plantes potagères, etc. L'imagination peut ici se donner une libre carrière en se figurant les mille et une manières d'agir des molécules médicamenteuses sur les molécules de la matière morbifique qui obstrue les canaux par la densité de ses particules terreuses, par ses particules branchues et s'accrochant entre elles, par ses particules aigres , acres, acides, crispantes, qui resserrent les vaisseaux en les irritant , etc. , etc.
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Boerhaave avait pourtant senti la nécessité de presser laguérison de certaines fièvres automnales dont les accès sont alarmans par leur intensité, surtout lorsque le corps est affaibli et que la maladie a déjà duré quelque temps. Il conseille donc lekina sous différentes formes durant l'apyrexie, pourvu qu'il n'y ait point de signe d'inflammation interne ni d'obstruction.
Cette thérapeutique est modifiée par Van-Swieten : admettant avec tous les hippocratistes le principe que la fièvre intermittente doit être respectée dans son début , quand elle ne compromet pas la vie par la violence des accès, il ne lui reste qu'à rattacher ce principe à là théorie humorale , et, en le faisant, il de'veloppe les idées de son maître. Les intermittentes automnales ne doivent pas être supprimées brusquement , parcequ'elles sont un moyen de résoudre les engorgemens et les obstructions qui se sont formées durant l'été par la grande dissipation des liquides du sang. L'expérience atteste , en effet, suivant les humoristes mécaniciens, que, bien traitée , la fièvre dissipe ces engorgemens, et même assure la longévité, et que, trop tôt guérie par le kina, elle est la source d'une foule de maux. Celui qui nous développe cette théorie est pourtant le même qui nous disait naguère que le caractère de la fièvre intermittente est dans les nerfs, et que les guérisons opérées par le kina dans bien des circonstances peuvent concourir avec les causes purement nerveuses, dont mention a été faite plus haut, à faire révoquer en doute la dégénération ou l'épaississement des humeurs, et les obstructions. Il est vrai que cela ne s'appliquait qu'aux intermit-
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tentes vernales, et que maintenant il est question des automnales. Toutefois, force sera d'admettre encore une exception pour les cas où les accès d'automne sont forts, et les sujets faibles, cas qui rentrent évidemment dans nos pernicieuses. Quoi qu'il en soit, Van-Swieten se croit forcé de négliger ici les obstructions , que Boerhaave, plus attaché aux principes, ne négligeait pas, comme on l'a vu. Mais le commentateur se réserve de les traiter par les apéritifs, et de fortifier les malades afin qu'ils puissent supporter la fièvre , qui plus tard pourra revenir achever la résolution des obstructions.
En mettant sur la même ligne les fièvres continues et les intermittentes , qu'Hippocrate et Galien avaient déjà rapprochées , la même école , dans laquelle on voit surtout figurer Sydenham , admet nécessairement que les fièvres bilieuses automnales sont, comme les intermittentes, un résultat des engorgemens , stagnations d'humeurs , obstructions , saburres , qui se sont formés durant le cours de la saison chaude. Le but de la nature est toujours le même ; seulement elle suspend à plusieurs reprises, dans les fièvres intermittentes , le travail qu'elle achève tout d'une haleine dans les continues. On ne sait trop, suivant eux, pourquoi cette différence : le savoir , ce serait connaître la cause de l'intermittence. Les uns ont prétendu qu'elle dépendait de la trop grande abondance de la matière à évacuer, les autres de la faiblesse des sujets, ce qui ne s'accordait guère avec la possibilité d'un état inflammatoire plus prononcé que dans certaines continues. Les galénistes
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s'en prenaient aux différens degrés de résistance que les humeurs formant la matière des intermittentes diverses opposaient à la coction. Mais les humoristes de l'époque que nous examinons auraient rougi de donner une semblable explication. La meilleure ressource, pour eux, était d'admettre des miasmes qui attaquaient la force nerveuse, ou, pour parler leur langage, le fluide nerveux, et l'empêchaient de déployer d'un seul coup toute son énergie. Il est vrai que cette explication n'allait pas avec les cas d'intermittentes causées par une chute dans l'eau claire ou par une frayeur soudaine ; mais du moins cela se rattachait-il à la cause nerveuse, et c'était toujours quelque chose, quand on était avide du nouveau , d'autant plus que l'on pouvait encore s'appuyer d'une autre analogie : le quinquina, ce souverain spécifique de l'intermittence fébrile, est aussi , selon Van-Swieten , un excellent remède contre l'hypochondrie et l'hystérie, qui sont des maladies purement nerveuses. Quelle puissante raison pour regarder les fièvres intermittentes comme ayant leur cause première dans les nerfs ! Aujourd'hui que la véritable cause des phénomènes nerveux d'01rigine abdominale, la gastro-entérite, est découverte, on peut juger de la solidité d'un pareil argument. Mais n'eût-on pas ce moyen de rectifier l'erreur de Van-Swieten , on n'en sentirait pas moins combien il est vicieux de juger du caractère d'une maladie par le remède auquel on doit sa guérison , comme si chaque remède était exclusivement le spécifique d'une maladie ou d'une disposition morbide de l'économie , comme si la même maladie ne pouvait pas
céder dans certaines circonstances à des médicamens de propriétés opposées.
Boerhaave tolérait trop la saignée dans les fièvres intermittentes, selon Yan-Swieten. Elle n'est point le remède de la fièvre, mais seulement de quelques accidens , comme la pléthore ; et Sydenham allait jusqu'à craindre que les malades ne périssent sous la lancette. Ces auteurs restreignaient trop l'emploi de la saignée dans les fièvres intermittentes ; ce qui a beaucoup retardé les progrès de la médecine, à cause du roman que Brown bâtit dans la suite sur la nature asthénique de ces maladies.
Quant aux purgatifs, nos auteurs en sont assez partisans , mais pas autant que Boerhaave. Yan- Swieten n'a pas oublié la remarque de Vanheimont, que plus on prend de purgatifs, plus on rend de matières putrides; ce qui avait fait croire au spiritualiste brabançon que les purgatifs engendraient toutes ces humeurs, et lui avait inspiré le plus grand mépris pour les médecins. Toutefois, comme il fallait absolument purger après les fièvres, automnales, Sydenham et Yan-Swieten combinaient ou alternaient leurs purgatifs avec des sudorifiques, et les répétaient tous les deux ou trois jours, pendant plusieurs semaines, et même pendant deux ou trois mois, jusqu'à ce que la langue se nettoyât, pour être sûr qu'il ne restait aucune humeur hétérogène dans les embouchures des vaisseaux.
C'est dans le même but qu'ils employaient aussi les sudorifiques appropriés, non pas à la susceptibilité du malade, on n'en était pas à ce point, mais à son tempérament, ou à la nature de sa prédominance hu-
morale , conçue et estimée d'après les principes de la secte dont j'ai donné plus haut l'exposition.
Cependant toutes ces précautions n'étaient pas, à beaucoup près, si nécessaires pour les fièvres vernales , attendu que la chaleur, qui va toujours en augmentant, suffit pour dissiper les résidus de l'humeur fébrile. D'ailleurs il n'était pas démontré pour Van-Swieten que les fièvres vernales fussent produites par les mêmes causes que les automnales.
C'est un spectacle intéressant de contempler les longs efforts de l'esprit humain pour se tirer du labyrinthe de l'ontologie médicale. Les médecins qui nous occupent n'avaient de réel sous les yeux que les symptômes des maladies : tous les autres faits intérieurs qui leur servaient d'explication , par lesquels ils prétendaient régler leur traitement, étaient controuvés. C'étaient de fausses déductions tirées de découvertes encore imparfaites sur la physiologie du corps humain, et toutes les tentatives des humoristes pour rendre la pathologie physiologique, car les théories médicales n'avaient pas d'autre objet, étaient inutiles. Inattentifs sur le phénomène de l'irritabilité, ne voyant dans le corps humain que des phénomènes mécaniques et hydrauliques, cessavans faisaient de vains efforts pour saisir les rapports qu'il y a nécessairement entre les modificateurs et nos organes : un succès obtenu leur faisait d'abord croire qu'ils avaient réussi; mais bientôt un revers les détrompait et les forçait à chercher d'autres explications. S'ils avaient toujours bien observé, leur erreur n'eût pas été de si longue durée; mais l'observation des faits de pathologie, même considérés
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de la manière la plus empirique , est une chose extrêmement difficile. Eile l'était surtout pour les praticiens des temps passés, qui ne pouvaient pas tirer leurs points de comparaison d'une médecine allant directement au but. Ils croyaient voir des succès où il n'y en avait pas , et leur erreur ne se dissipait pas facilement. C'est ainsi qu'on les voit se féliciter d'avoir consolidé la convalescence des malades auxquels le kina avait d'abord enlevé la fièvre, lorsqu'après trois, quatre et six mois de l'usage continuel des purgatifs et des sudorifiques, la saison venait enfin les guérir, en ramenant les beaux jours, les distractions et le régime de la campagne.
Yan-Swieten nous fournit un nouvel exemple du même genre d'erreur à l'occasion du quinquina. Lorsque ce médicament fut introduit en Europe , il fut d'abord considéré comme le spécifique de toutes les fièvres, car les hommes soupirent toujours après les spécifiques ; mais bientôt on s'aperçut que le succès n'était pas général, et que de grands maux (pessima mala ) survenaient à la suite des guérisons qu'il avait opérées. Il fallut beaucoup de temps pour s'apercevoir de cela , et quand on s'en fut bien assuré, plusieurs médecins condamnèrent le quinquina d'une manière trop exclusive, comme coupable de tous les maux qui succédaient aux fièvres intermittentes. Les médecins à l'antique profitèrent de ce moment d'alarme pour revenir à Hippocrate et à Galien, qui avaient bien guéri les fièvres sans quinquina. Mais des hommes sans passion voulurent faire le rôle de conciliateurs et s'opposer à la proscription d'un puissant moyen. Van-Swieten est de i. 26
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ce nombre. Il fit judicieusement remarquer que les obstructions et autres suites de fièvres avaient existé avant la découverte du quinquina. Il essaya de concilier le traitement perturbateur par le kina avec les préceptes de la doctrine hippocratico-humorale essentiellement temporisante , parcequ'elle a toujours de nombreuses indications à remplir. Selon lui , les fièvres guérissent la goutte , les palpitations de cœur, les épilepsies; elles disposent à la longévité, etc. (assertions qui prouvent de nouveau combien les auteurs étaient sujets à mal observer ): c'est donc rendre un mauvais service aux malades que de les délivrer trop tôt d'un pareil trésor. Quand ils ont le malheur d'être trop faibles pour pouvoir en soutenir le poids; par exemple, quand ils sont vieux, épuisés par la longueur de la maladie , quand leurs accès les accablent à tel point qu'ils sont menacés de mourir dans le frisson; dans tous ces cas, dit notre auteur, il faut les en délivrer par le quinquina : mais s'ils sont jeunes, robustes, qu'ils suivent un bon régime, et qu'ils n'aient aucun viscère malade, il est bon de les laisser jouir long-temps d'une fièvre quarte pure qui leur prépare une vieillesse longue et saine. Les fièvres ne sont pas moins précieuses aux personnes qui ont des obstructions, puisque de grands maîtres ont assuré qu'elles sont faites pour les résoudre. Soyez donc réservé sur l'usage du quinquina dans ces sortes de cas, et n'oubliez pas surtout que ceux qui vous donnent ce conseil ont pu plaider dans la même page en faveur de ce médicament, en assurant que s'il fait du mal à tant de personnes, s'il laisse la santé languissante pendant plusieurs mois chez
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de jeunes sujets robustes, c'est uniquement la faute du médecin. En effet, ajoute-t-on, le kina est par lui-même un excellent remède; ce qui le prouve, c'est qu'il guérit à merveille les hypocondriaques et les hystériques, en les fortifiant, et l'on aurait grand tort de lui reprocher de nuire aux fièvres en retenant la matière morbifique que les accès devaient élaborer , car il s'en faut de beaucoup qu'il en existe dans toutes les fièvres ; et d'ailleurs, si l'on s'aperçoit que l'on guérit trop tôt la fièvre, on peut attaquer les obstructions qu'elle n'a pas eu le temps de résoudre, la rappeler par un purgatif, par un bain froid , etc.
Que conclure de ces contradictions , de ces échappatoires plus ou moin* subtiles ? Toujours que
les faits matériels, en apparence les plus simples, la guérison et la non-guérison , les bons et les mauvais effets d'un médicament, non pas inerte, mais du nombre de ceux qu'on appelle héroïques, étaient mal vus et très mal observés par lés premiers praticiens de leur siècle, tant il est vrai qu'Hippoçrate avait raison de dire : Experientia fallax.
Nous nous souviendrons de cette difficulté de bien voir en médecine pratique , lorsqu'il sera question des prétendus éclectiques modernes qui croient pouvoir observer juste sans rallier leurs observations à la doctrine physiologique. Notons toujours en passant que le vice de l'observation dépend de la théorie à laquelle les humoristes voulaient rallier les faits observés, et c'est encore le vice que nous avons signalé plus haut. Ils regardaient moins les symptômes que les altérations qu'ils supposaient
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dans les organes et dans les humeurs. Ils manquaient d'observations précises pour leur servir de modèles, bien qu'ils eussent sous les yeux toutes les épidémies d'Hippocrate.
MALADIES AIGUËS FEBRILES.
Après avoir traité des fièvres, Boerhaave passe aux maladies aiguës fébriles. On voit qu'il a commencé par examiner la fièvre en elle-même sous ses deux formes générales de continue ou d'intermittente, et qu'ensuite il étudie cet élément combiné avec l'inflammation locale. Cette méthode a persisté jusqu'à la doctrine physiologique. Par maladies aiguës fébriles, l'auteur entend la frénésie, le coma, le carus, l'angine, la péripneumonie, l'hémoptysie, la pleurésie, l'inflammation des mamelles , du diaphragme, de l'estomac, du foie , de la rate, du mésentère , des intestins ( ce qui comprend la dysenterie, l'iléus, le volvulus, le lénesme, les hémorrhoïdes, la colique bilieuse ), des reins , de la vessie, des uretères, de l'utérus, des jointures, et les inflammations des parties externes dans la rougeole et la variole.
C'est toujours la matière inflammatoire, produite comme on l'a vu précédemment, qui engendre toutes les maladies. Elle se porte d'un organe à l'autre, et le danger dépend de l'importance de l'organe quelle attaque. En général , trois choses sont à considérer dans les maladies inflammatoires : la fièvre Continue, l'inflammation et l'organe. L'auteur ne traite pas en particulier de toutes les inflammations locales, attendu que plusieurs d'entre elles sont même
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placées comme symptômes de maladies plus graves et plus étendues.
Dans l'histoire de la frénésie caractérisée par un délire furieux , on remarque la distinction de cette maladie en frénésie vraie, par affection primitive du cerveau, et en symptomatique, qu'il nomme aussi parafrénésie j laquelle dépend de l'inflammation d'une autre partie. Ce qui doit être noté dans cette distinction, c'est que l'affection secondaire du cerveau n'est point attribuée à une influence exercée par le moyen des nerfs, mais au transport d'une partie de la matière inflammatoire qui surabonde dans le siège primitif de l'inflammation.
Sa description est soignée, c'est-à-dire courte et précise comme d'ordinaire , dans le texte de Boerhaave, et Van-Swieten donne des détails qui ne peuvent qu'être fort utiles. Je remarque, entre beaucoup dautres, la réflexion suivante : La disposition interne du cerveau (1) peut exciter en nous des idées qui ne répondent pas aux causes externes agissant sur les organes des sens; quand elles sont faibles, la raison peut les corriger; mais si elles ont beaucoup d'intensité, elle ne saurait en triompher, et il y a délire, les malades étant persuadés que ces causes existent hors d'eux, et les comparant à de semblables impressions qu'ils ont jadis reçues des corps extérieurs. Cette explication est juste pour le fond ; elle ne pèche que par la forme ontologique de l'expression :
(i) Cette disposition est pour lui le dérangement de l'influx et du transflux des esprits , causé par la rapidité du cours du sang ou par sa congestion.
4o6 THÉORIE DE BOERHAAVE.
nous dirions, nous , dans 1 état actuel de nos connaissances, et d'après le traité de ï Irritation et de la Folie, que cette disposition interne du cerveau est un excès d'irritabilité et de mouvement de la substance nerveuse contenue dans le crâne ; que ces mots , la raison résiste, signifient que cette irritation anormale n'a pas encore détruit celle du type normal ; que ceux-ci, la raison ne peut triompher , expriment la disparition de ce type et la prédominance de l'anormal. Voilà le fait dans sa forme physiologique; mais Van-Swieten,qui ne pouvait la lui donner, a toujours eu le mérite d'en consacrer la substance en faisant voir le malade trompé par des impressions internes, qui ressemblent tellement à celles qu'ont coutume de fournir les sens, que sa raison ne suffit pas pour les lui faire distinguer. Les philosophes ontologistes de nos jours n'ont pas dans leur système de quoi fournir cette explication , puisqu'ils jugent de tout ce qui est relatif à l'intellect par ta conscience , et qu'ils l'affranchissent du contrôle des sens. En effet, dirontîls que la conscience est trompée par la disposition morbide du cerveau ? ce serait assujettir la conscience à la matière nerveuse de l'encéphale, et alors elle n'aurait pas plus d'infaillibilité que les sens : diront-ils qu'elle est suspendue ? ce serait sans fondement ; car le frénétique n'a pas perdu le sentiment de son existence, et il jouit de toute la plénitude de son moi ; elle est donc seulement dépravée. Que devient alors, dans leur théorie, une faculté faillible, une faculté qui délire au point de prendre l'intérieur pour l'extérieur ? Comment peut-elle être l'arbitre d'une science?....
Boerhaave n'a pas ignoré que la frénésie peut se changer en manie et se terminer par les maladies soporeuses : il a tenu compte des changemens qui s'opèrent dans les fonctions de l'estomac et des autres viscères, aussi bien que des variations continuelles qui surviennent dans les symptômes , à mesure que le cerveau se détériore par l'effet de l'inflammation ; ce qui donne, mais consécutivement, tous les symptômes des fièvres ataxiques , apoplectiques , cérébrales des modernes. Il n'y avait pas beaucoup à faire, si Ion n'a égard qu'aux belles descriptions de cet auteur, pour arriver à la conception nette des deux modes principaux de l'irritation du cerveau, l'un antérieur, et l'autre postérieur à celles des autres viscères. Mais n'oublions pas que les explications gratuites sur les causes, et le rôle tout imaginaire des modificateurs, sont de puissans déviateurs de l'attention dans la théorie boerhaavienne. Chaque système avait ses causes de distraction ; autrement la médecine aurait marché à pas de géant.
Il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont Boerhaave et son commentateur ont envisagé les angines ; mais cela ne serait bien placé que dans une monographie: il me suffira de dire qu'on y rapporte tous les phénomènes aux principes généraux de la théorie, c'est-à-dire que celles qui ne paraissent pas assez intenses pour être attribuées à la matière inflammatoire , sont regardées comme un effet des congestions lymphatiques.
La même théorie s'applique aux inflammations pulmonaires. D'abord on trouve une première distinction pour la péripneumonie inflammatoire ; elle
4o8 THÉORIE DE BOERHA.AVE.
est placée tantôt dans les capillaires de l'artère pulmonaire, et tantôt dans ceux de l'artère bronchique. Cette distinction théorique , fondée sur l'anatomie , n'est d'aucun usage dans la pratique. L'abcès se forme en quatorze jours lorsque la matière inflammatoire n'a pu être résoute, assertion théorique que le fait ne justifie pas ; le pus formé dans le poumon peut être résorbé et aller former un dépôt ailleurs , opinion sans preuve. Mais ce qui est ici digne d'attention , c'est la terminaison par une tumeur calleuse ou squirrheuse dans le poumon, qui laisse pour toute la vie une respiration difficile , tussiculeuse, qui augmente après les repas, sans signe de vomique latente. On reconnaît dans cette explication une application de la théorie générale de l'auteur sur l'i nflammation .11 s'est représenté cette tumeur squirrheuse, et lui a attribué la dyspnée, comme produite soit par elle , soit par les adhérences des poumons aux parois thoraciques. Mais quand plus tard les observateurs ont voulu vérifier cette assertion, ils ne l'ont point trouvée exacte, et l'on s'est cru obligé de faire pour les inflammations pulmonaires une théorie différente de celle du phlegmon. L'état aigu offrait les premières différences, attendu que l'induration rouge des parenchymes n'a point son analogue, du moins d'une manière exacte , dans les inflammations des autres organes. L'abcès parut d'abord tout différent, quoique plus tard on soit convenu de sa ressemblance avec les autres collections de pus. Mais c'est dans l'état chronique sans suppuration qu'on trouva ces grandes différences : elles parurent telles, qu'on abandonna dans l'école vulgaire la théorie des indurations squirrheuses,
considérées comme suite de l'inflammation aiguë, pour y substituer celle des tubercules spontanés dépendans de principes, et tout-à-fait affranchis du domaine de l'inflammation. Toutefois, leur règne finit aujourd'hui , sous les influences de la nouvelle doctrine , pour faire place aux collections purulentes partielles et aux petites indurations circonscrites ; ce qui veut dire qu'on revient à l'inflammation, soit purulente, soit terminée par des congestions inertes et plus ou moins stationnaires. C'est de cette manière que la phthisie pulmonaire rentre insensiblement, comme nous l'avions prévu, dans la série des inflammations pulmonaires.
Le titre de bâtardes a été consacré par l'auteur aux péripneumonies dans lesquelles les principaux phénomènes del'inflammation, ceux qui justifient ce mot et qui donnent l'idée de la surabondance des forces, c'est-à-dire Ja rougeur, la chaleur, la fermeté des chairs et du pouls, sont peu prononcés. Ici revient encore l'idée des engorgemens pituiteux, glutineux, conformément aux principes humoraux de notre auteur. Cette fausse péripneurnonie ne se rattache plus au glutineux inflammatoire, mais au glutineux froid, engendré de la manière indiquée plus haut , et se trouve ainsi rapprochée de toutes les maladies catarrheuses des membranes de rapport, où les auteurs humoristes n'avaient pu voir rien de noble , et pour ainsi dire de vital; où ils ne voyaient, à l'imitation du vulgaire, que des ordures, des saletés et des preuves d'une dépravation introduite insensiblement dans le corps animé par une accumulation de matières crues, ou du moins imparfaitement élaborées.
4lO THÉORIE DE BOERHAÀVE.
Toutefois, le traitement de ces cacochymies offrait souvent des difficultés qui devaient rendre la théorie un peu suspecte. On avait senti la nécessité de la saignée , qui ne pouvait que diminuer les forces déjà languissantes et faire prédominer les sucs inélaborés: c'était un mal nécessaire ; mais pour en atténuer les conséquences, on se hâtait d'introduire, par l'absorption gastrique , des boissons propres à dissoudre et à mûrir les sucs visqueux. On joignait à cette précaution celle d'évacuer, par des purgatifs , les humeurs atténuées et fondues par leur moyen. Sydenham allait jusqu'à vouloir que l'on donnât tous les deux jours un purgatif dans les engorgemens glutineux des voies respiratoires : ce nettoiement rendait la surface interne des intestins plus en état d'absorber les fondans et les discussifs dont les humeurs circulantes avaient besoin. Voilà qui est sans doute bien conséquent, quoique fort peu vital; mais voici les inconvéniens : souvent on s'apercevait que les préparations amères, aromatiques, miellées, savonneuses, échauffaient trop et rendaient la maladie mortelle. On en concluait que tous ces gens engorgés, pâteux, pituiteux, glaireux, essentiellement froids, qui, depuis et y compris Hippocrate , sont reconnus avoir absolument besoin de l'art pour parvenir à dompter et à cuire leur nourriture quand ils passent pour bien portans, et leurs accumulations d'humeurs crues, quand ils sont malades , constituent autant de problèmes vivans insolubles. En effet, l'art de cette importante cuisson n'était pas encore connu dans l'école boerhaavienne.
Le type de la pleurésie est tiré de celles qui exis-
THÉORIE DE BOERHAÀVE. 41 l
tent au plus haut degré chez les hommes robustes, qui ne sont point sujets aux acides ; les nuances inférieures mai dessinées se confondent avec les maladies prétendues lymphatiques, glaireuses, catarrhales , bilieuses , rhumatismales , etc. Mais on remarque chez les auteurs de cette école une maladie que l'on n'a bien expliquée que dans les temps modernes. Il s'agit de la parafrénésie ou parafrénitis que l'on supposait être une inflammation du diaphragme. Pour s'en faire une idée , il faut savoir que les anciens donnaient au diaphragme le même nom qu'à l'esprit , sans doute à cause des sensations que l'on éprouve à l'épigastre dans toutes les passions un peu vives et dans les maladies les plus douloureuses et les plus graves. Ils supposaient une espèce d'âme dans cette région ; on a vu jusqu'à quel point Paracelse et Vanhelmont ont fait valoir cette idée. Lors donc que les médecins, et cela depuis Hippocrate, observaient une douleur fixe transversale à la base de la poitrine , avec angoisse , rire sardonique , délire , quelquefois vomissement et une fièvre très ardente, ils attribuaient ce groupe de symptômes à l'inflammation du centre tendineux du diaphragme , qu'ils supposaient être le siège de cette espèce d'âme secondaire. Mais, à force d'observer et de raisonner , on a fini par attribuer aux plexus nerveux et à la membrane interne de l'estomac la sensibilité dont il s'agit. Alors on s'est aperçu que les cas de parafrénitis rentraient ou dans les péricardites et pleuro-péricardites, ou dans les gastrites , ou dans les péritonites sousdiaphragmatiques , simples ou compliquées 9 et le délire a dû revenir au cerveau comme un effet de
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l'irritation qu'il reçoit sympathiquementdu foyer ou des foyers de phlegmasie. Une si grande imperfection de diagnostic chez les principaux humoristes, comme Boerhaave, Van-Swieten , Sydenham, etc., nuit beaucoup à la confiance que Ton doit avoir dans leurs ouvrages de médecine pratique.
L'hépatite fournit une belle occasion à Boerhaave, et à son commentateur Van-Swieten , de déployer la théorie humorale dans toute sa fécondité. La bile est, comme on doit bienle penser, la principale cause de ces maladies ; une foule de substances acres , rances , huileuses , etc. , la chaleur , lui communiquent un surcroît d'activité, et produisent les cacochymies bilieuses et atrabilaires. Le froid , la colère, un exercice violent, poussent ces humeurs vicieuses vers le foie, où elles forment des obstacles au cours du sang ; d'autres matières acres , purulentes , ichoreuses , vénéneuses , peuvent y être ainsi poussées; quelquefois ce sont des calculs , des concrétions provenant d'une bile épaissie , dégénérée, brûlée, qui sont la cause de la stagnation du sang génératrice de l'inflammation ; dans d'autres cas , l'hépatite dépend des squirrhes ou des matières ichoreuses qui sont contenues dans le foie.
On juge par cette énumération de ce qui se passe dans l'esprit de l'auteur. Il a tiré ses causes en partie des principes généraux de sa théorie , en partie des ouvertures de cadavres. Dans le premier cas, il a supposé que les causes excitantes ordinaires des phlegmasies produisaient directement les deux cacochymies ; il s'est représenté les molécules acres , étrangères, agissant primitivement sur celles de la
bile. Dans le second, il a également imaginé que les dégénérations et les corps étrangers s'étaient formés avant l'inflammation. Enfin , dans l'un comme dans l'autre , il a vu mentalement les globules sanguins s'arrêter autour de l'obstacle accidentellement survenu , et produire la chaleur d'abord locale, puis générale , et définitivement tous les phénomènes inflammatoires.
Après avoir admis toutes ces modifications sans en exiger des preuves rigoureuses , on conçoit que Boerhaave devait procéder de la même manière pour déterminer la nature des moyens curatifs et expliquer leurs modes d'action. Il n'a été que trop bien imité dans toutes ces opérations intellectuelles par Van-Swieten; ce qui nous a valu une ample dissertation sur les jaunisses et sur les maladies hépatiques, tant aiguës que chroniques, tant simples que combinées avec des affections de tous genres; dissertation vraiment curieuse par l'abondance des suppositions sur les embarras mécaniques , les dépravations humorales , les codions à divers degrés , les épaississcmens , les atténuations , résolutions , corruptions , dilatations , ou ruptures mécaniques de vaisseaux de divers genres , et autres altérations auxquelles l'action vitale propre des capillaires , ou leurs innervations, ne prennent aucune part, dont on retrouve la substance , avec quelques modifications , dans tous les livres qui ont été composés selon l'esprit de la même école, jusqu'à nos jours. Toutefois , pour être juste , il convient d'ajouter qu'au milieu de ces faits supposés , il en est quelquefois de réels dont lart a pu profiter. On apprend , par exemple ,
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de l'honnête Van-Swieten , qu'il a souvent été forcé de renoncer aux drogues les plus vantées , même aux eaux minérales, pour s'en tenir au régime végétal avec un peu de miel et de savon de Venise ; et l'on finit par convenir que la cure la plus curieuse de maladie du foie est celle qu'il obtint en faisant vivre pendant plusieurs années avec du gramen , c'est-à-dire, en faisait paître à peu près comme les animaux, un malheureux qui n'avait pas le moyen de payer des drogues et des alimens délicats.
Il est à remarquer que dans ce long traité des maladies du foie, aussi bien que dans tous ceux qu'il a inspirés depuis, on ne s'est point avisé de considérer l'irritation du duodénum comme pouvant être la cause des affections hépatiques. La gastrite et la duodénite sont bien quelquefois mentionnées dans les traités les plus modernes , mais toujours comme consécutives , jusqu'à l'époque de la doctrine physiologique.
Boerhaave dit que l'estomac s'enflamme , comme tous les autres organes , par les causes ordinaires des phlegmasies, et surtout par l'ingestion des substances acres; mais Van-Swieten les redoute moins que le froid , et cite de nombreux exemples de l'innocuité des ingesta irritans , capables même de brûler la bouche, comme le poivre , le gingembre, le tithymale qu'Hippocrate faisait prendre impunément avec des figues aux hydropiques avant le repas. Tous ces médecins n'ont point connu l'histoire particulière de l'estomac , organe dont l'irritabilité s'exalte de deux manières, ou subitement , ou peu à peu, ce qui donne à la fin les mêmes résultats. Van-
THÉORIE DE BOEIIHAAVE. 4*5
Swieten avoue pourtant que les acres non enveloppés peuvent enflammer l'estomac ; il va plus loin , il affirme que les venins, et même celui de la peste, produisent quelquefois le même effet. 11 est curieux de le voir s'appuyer du témoignage de Vanhelmont et de Sydenham pour soutenir que le virus variolique peut produire la gastrite. C'est une belle observation qui , faute d'être vérifiée , est restée sans résultat , pendant qu'on s'empressait de généraliser des faits de moindre importance et purement accidentels. Lorsque je proclamai, dans le sein de l'école de Paris, que les miasmes varioliques , aussi bien que ceux des typhus , de la peste , etc. , exercent leur première action appréciable sur le sens interne gastro-duodénal, d'où l'irritation est portée au cerveau , et par lui réfléchie dans tout l'appareil sensitif , on ne parut pas me comprendre, on dénatura, on déprava ma proposition^ laquelle on est pourtant forcé d'acquiescer, aujourd'hui que l'on voit tous les poisons, même ceux qui sont injectés dans les veines , se servir de l'irritation gastro-duodénale , réfléchie par le cerveau et la médulie, pour ébranler tous les viscères, produire la fièvre et exciter tous les mouvemens dépura teurs. Il est vrai que je considérais la membrane interne de l'estomac et de son prolongement comme un sens interne plus nerveux que muqueux , et surtout comme le promoteur interne le plus puissant de l'appareil encéphalique ; tandis que les auteurs dont il s'agit maintenant mettaient l'estomac sur la même ligne que tous les autres organes , le croyaient enflammé dans toute son épaisseur, et n'y voyaient qu'une inflammation phlegmoneuse , tendant à la
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suppuration , à l'abcès , à la gangrène , etc. Il était assez difficile , selon toutes les apparences , de passer de cette série d'idées à la précédente , puisque Réga lui-même , qui avait fait un ouvrage sur les sympathies de l'estomac, n'était pas parvenu à détruire l'essentialité fébrile. Mais revenons à nos humoristes.
Ils ne disent, sur les inflammations aiguës et chroniques du ventricule, rien qui soit bien supérieur à ce que Celse avait écrit : ces maladies ne leur sont démontrées que par les quatre signes ordinaires de l'inflammation, accompagnés de l'impossibilité de digérer ; ils exigent surtout de fortes douleurs , non seulement à la pression , mais encore aux ingesta les plus adoucissans , beaucoup d'angoisse et des vomissemens avec tuméfaction douloureuse. Toutefois, ils sont plus sévères que Gelse dans le régime. Van-Swieten témoigne la crainte que l'on n'abuse du précepte hippocratique, Vomitus vomitu curatur. S'il propose de fondre les squirrhes de l'estomac par les savonneux , il corrige ce précepte en conseillant d'y renoncer s'ils causent trop d'irritation. Qu'on n'aille pas croire toutefois que la théorie des gastrites aiguës ou chroniques puisse découler de ce qu'il en a dit. Les fièvres essentielles et plusieurs maladies chroniques, dont nous allons bientôt parler, sont là pour empêcher les déductions qui pourraient conduire à cet heureux résultat. Tout ce qu'on peut dire en sa faveur sur ce sujet, c'est que la gastrite est considérée d'une manière moins humorale, et par ainsi plus vitale que toutes les autres inflammations.
La splénite et la pancréite ne sont pas ici traitées' d'unemanière qui nous engage à nous y arrêter.
Les inflammations des intestins , relies qu'elles sont dans ces deux auteurs et dans ies classiques humoristes, pourraient seules fournir matière à de longues dissertations. On voit d'abord arriver dans les organes des acres provenants des viscères voisins, de lepiploon même, et qui, par conséquent, n'ont pas suivi les voies de la circulation; puis des acres dits généraux, comme celui de la goutte, et certaines matières fébriles (Sydenham), se jeter sur les tuniques des intestins : les acres hystériques et hypochondriaques sont même accusés , ce qui nous rejette dans un vague assez pénible. La colique, surtout par le froid des pieds , est mise sur la même ligne que les causes précédentes.
Nos auteurs décrivent les deux groupes principaux de symptômes sous lesquels se manifestent les irritations intestinales , c'est-à-dire la colique avec constipation, et la colique avec diarrhée, ou du moins violent ténesme; mais ils ne pensent point à distinguer l'inflammation de la membrane séreuse, quoique l'un d'eux, Van-Swieten , s'attache à la recherche des caractères de l'inflammation interne des çros intestins, et qu'il se livre, à cette occasion, à des rapprochemens de la dysenterie avec d'autres affections caîarrhales. Nous avons été fort surpris de trouver dans ce passage les vues que le professeur Pinel a depuis développées sur le genre des phlegmasies muqueuses. Quant au traitement, quoique les détails en soient confus et incohérens, on est frappé d'une
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remarque de Boerhaave : c'est que, dans les coliques avec météorisme et constipation, les malades tombent souvent entre les mains d'ignorans qui qualifient leur maladie de douleur iliaque , et leur portent un coup mortel, en leur donnant des carminatifs pendant la période d'inflammation. Il n'est point de maladies contre lesquelles on ait essayé plus de remèdes que les douleurs fébriles ou non fébriles des entrailles. On peut lire de longs détails sur cette matière dans les Commentaires de Van-Swieten : comme nous n'y avons rien trouvé que des déductions des principes de la secte, avec quelque peu d'empilisme, nous ne jugeons pas à propos de nous y arrêter. Il nous suffit de faire remarquer , i° que la péritonite y est fondue dans l'entérite; 20 que la colo-rectite commence à être soupçonnée, mais n'est pas assez distinguée de l'entérite ; 3° que l'entérite des cas douloureux n'est point rapprochée de celle des cas avec indolence, qui se rattachent aux fièvres crues essentielles; 4° qiie *es intussusceptions sont regardées comme devant nécessairement causer les symptômes du volvulus. Du reste, il faut encore ajouter que, bien que nos auteurs s'attendent souvent à des dépôts, à des indurations squirrheuses , à des ulcérations cancéreuses, la doctrine des élaborations de matières morbifiques, inflammatoires ou autres, est ici moins prononcée que dans les inflammations de parenchymes, quoiqu'elle le soit un peu plus que dans celles du ventricule.
Dans la description des aphthes, on reconnaît des signes ordinaires d'une gastro-entérite avec phle^masie buccale, et dans l'explication que les
THEORIE DE BOERHAAVE. ^ig
auteurs, et surtout Van-Swieten, en donnent, une application de la théorie des matières morbifîques. Boerhaave déclare que les apbthes se développent dans les viscères enflammés et ont leur siège dans les conduits excréteurs salivaires et muqueux : quant à leur matière morbifique , elle est un produit de l'air marécageux. Du reste, il en décrit fort bien toutes les variétés.
L'histoire de la néphrite ne sefait remarquerquepar les explications de Van-Swieten, qui l'attribue à l'épaississement du sang et à une impulsion trop violente, qui engage ce liquide ou des particules trop épaisses dans des vaisseaux où ils ne devraient pas pénétrer. Van - Swieten cite des exemples de développement de vers dans les reins.
L'idée de l'apoplexie n'était pas encore bien déterminée dans l'école boerhaavienne : on donnait ce nom à toutes les suspensions des fonctions animales, de sorte que les asphyxies s'y trouvaient comprises. Toutefois l'attention se fixait d'une manière spéciale sur l'apoplexie commune, que l'on divisait, avec les anciens médecins, en deux espèces , Tune sanguine et l'autre séreuse. La sanguine ne dépend pas seulement, selon Boerhaave , de l'épaississement ou de la densité inflammatoire du sang, et d'une impulsion trop violente qui l'engage dans des vaisseaux où il ne devrait pas pénétrer, mais aussi des obstacles à la circulation. Une secte où la mécanique jouait un rôle prédominant n'avait garde d'omettre ce genre de causes, et c'est à elle qu'il faut s'adresser pour avancer ce point de doctrine. C'est ainsi que Ton voit figurer comme principales causes les
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pressions qui peuvent agir sur les veines du cou, et surtout les polypes du cœur : ceci mérite attention ; car, en ce temps, on donnait le nom de polypes aux concrétions fibrineuses qui se rencontrent presque toujours dans les cœurs dilatés et ramollis , et qui se prolongent plus ou moins dans les gros vaisseaux. Les palpitations avec essoufflement, inégalités du pouls, vertiges, défaillances, sont les signes de cette espèce d'affection : rapprochez de cela les autres concrétions polypeuses qui , selon les humoristes , se forment dans les vaisseaux artériels et veineux de différens calibres, et opposent un obstacle mécanique au cours du sang, lequel peut également être une cause d'apoplexie , et vous aurez un fait qui , traduit en langage physiologique , deviendra fort important; c'est que les irritations du cœur et des vaisseaux sanguins qui produisent tous ces désordres méritent d'être placées au premier rang parmi les causes de l'apoplexie.
Les mécaniciens humoristes ne connaissaient pas, ou du moins n'admettaient pas l'exhalation sanguine sans rupture ; aussi s'en prenaient-ils toujours ou à la pression ou à l'érosion occasionée par le sang en stagnation pour expliquer les extravasations sanguines des apoplectiques. C'est ce qui les mettait souvent dans l'embarras, lorsqu'ils ne pouvaient justifier par d'autres preuves la prétendue faculté corrodante du sang chez certains apoplectiques. Ils étaient alors réduits à la simple distension ; mais, pour l'une comme pour l'autre raison , ils redoutaient l'emploi des teintures et des baumes donnés à titre de préservatifs , les regardant comme des sli-
mulans dangereux ; ils désapprouvaient aussi les vomitifs.
Quant aux apoplexies séreuses, BoerhaaveetVan- Swieten ne les attribuaient pas simplement à la sérosité, mais à une pituite visqueuse, glutineuse, etc., qui ronge les vaisseaux et s'épanche par les érosions qu'elle a produites.
Quant aux prétendues apoplexies produites par les gaz délétères , ils n'entreprennent pas de les expliquer. Le système mécanico - humoral ne fournit aucune ressource pour ces sortes d'explications. Au Surplus , nos auteurs trouvent que les anciens ont trop restreint les apoplexies en les réduisant a deux genres; car, outre la sanguine et la pituiteuse, il y en a de séreuses, de glutineuses, d'atrabilaires, etc. Ici, comme dans les maladies précédentes, les descriptions sont bonnes. En se rappelant les principes de la secte , on peut facilement juger quelle thérapeutique doit être indiquée. Hippocrate ayant dit que l'apoplexie peut se résoudre par la fièvre avant le septième jour, il faut bien que l'on accorde quelque pouvoir à la nature ; mais on le restreint aux attaques légères qui peuvent se résoudre par des sueurs, des urines et quelques autres évacuations : dans les autres cas, l'art doit tout faire. La cure des apoplexies sanguines est bien indiquée; mais on admet pour toutes les autres une foule de médications qui peuvent devenir dangereuses, comme irritant directement la tète ou les voies digestives qui réagissent si prompîenient: sur elle. Ce sont des spécifiques adressés aux différentes humeurs et à leurs dégénérations imaginaires.
La catalepsie est bien dans Boerhaave, parcequ'il s'y mêle peu de théorie. Les affections soporeuses sont distribuées, par Van-Swieten, en six degrés, dont le plus haut est l'apoplexie ; mais cela comprend les secondaires comme les primitives , et une dissertation sur ce point nous mènerait beaucoup trop loin sans aucun profit.
MALADIES CHRONIQUES EN Ge'ne'rAL.
Les maladies chroniques découlent, selon Boerhaave , d'une double source : i° altérations des liquides formés peu à peu dans le corps; 2° altérations des liquides laissés dans le corps par les maladies aiguës. Ainsi, le fait général que les affections chroniques sont primitives ou secondaires a frappé cet excellent observateur ; mais il les place exclusivement dans les liquides, ce dont Van-Swieten veut l'excuser, en disant qu'en effet les solides ne sont ou tendus , ou relâchés, ou soumis à des désorganisations quelconques, que par suite des altérations des liquides qui les parcourent. Nous trouverons dans une autre secte iln raisonnement tout opposé, et nous en apprécierons la valeur.
Les vices des liquides sont ramenés par Boerhaave aux formes suivantes : i° L'austère , qui resserre les vaisseaux et tend à les obstruer. Il exige l'emploi des délayans... à merveille... mais il y joint celui des alcalis fixes et des savonneux, et l'on prévoit où doit conduire cette pratique, long -temps suivie comme le recommande notre auteur. 2° L'acre gras, aromatique , provenant des alimens, des boissons et des condimens qui sont chauds par l'odeur ou la
saveur. Il résulte de leur emploi chaleur morbide , rupture des petits vaisseaux, douleurs brûlantes, atténuation des liquides, leur putréfaction, des extravasations et autres maux pareils, auxquels on doit opposer les farineux, les gélatineux, les acides. Il ne manque à cette théorie que la considération de l'état des organes digestifs , que les causes indiquées dans cette section ont pu mettre hors d'état de ne s'accommoder ni des gélatineux, ni des acides. 3° Le gras inerte , résultant du trop grand usage des alimens gras, des animaux terrestres , des poissons et des végétaux huileux sans âcreté.De là des obstructions, la rancidité bilieuse, l'inflammation , la corrosion, la putréfaction la plus fâcheuse , si l'on n'avait à lui opposer les délayans , les savonneux et les acides. La réflexion précédemment faite est parfaitement applicable à cette troisième section. 4° La salure muriatique, produite par l'usage du sel ou des choses salées : elle détruit les petits vaisseaux , dissout les liquides et les rend acres. De là l'atrophie, les hémorrhagies , les extravasations de liquides qui ne se putréfient pas de suite , à cause de la vertu antiputride du sel , mais produisent des taches. On remédie à ces désordres par l'eau, les acides, la lessive, spécifiques imaginaires , fondés sur des idées de chimie, et qui, comme irritans, ne pourraient qu'ajouter aux irritations déjà produites, si l'abondance de l'eau dans laquelle on les étend ne neutralisait parfois leur action. Cette réflexion est applicable à la plupart des cures obtenues par les eaux minérales. 5° L'alcali ; mais l'auteur, pour ne pas se répéter, renvoie à ce qu'il en a dit dans ses considérations
générales , où il a posé les bases de sa théorie. Nous croyons devoir l'imiter. 6° Le glutineux ; il dépend d'un excès de force et de cohésion qui rend le sang trop riche et trop prédominant. Cette lésion est aussi renvoyée aux considérations préliminaires.
Boerhaave ajoute à ces causes les résultats des maladies aiguës mal guéries, c'est-à-dire, i° différens vices des humeurs, le purulent, l'ichoreux , le putréfiant ou gangreneux, etc., dont il a déjà parlé; 2° d'autres vices des solides consistant dans des abcès, des fistules, desempyèmes , des squirrhes, des cancers, des caries. De ces maux simples ou compliqués, il fait dériver une foule de maladies chroniques dont les divisions et la théorie doivent être déduites de ces généralités. Van-Swieten, à cette occasion , célèbre les eaux minérales pour la cure des maladies chroniques , surtout à cause de la vertu qu'elles possèdent de résoudre les obstructions dans les maladies du bas-ventre ; car tontes les irritations de l'appareil digestif se rallient définitivement, dans le système humoral , à ce genre de lésion. L'auteur y ajoute la nombreuse liste des fondans, le petit-lait, le savon de Venise avec le miel , formule qui lui inspire beaucoup de confiance, et qu'il doit particulièrement recommander pour la cure de la mélancolie. Il insiste sur les frictions qui tendent et relâchent alternativement les vaisseaux, puissant moyen, selon lui, de résoudre leurs obstructions, et où l'on retrouve quelque chose du méthodisme : il pense aussi que les frictions ont l'effet de dissoudre et de rendre mobiles les matières stagnantes qui empâtent les olides. Le shumoristes mécaniciens attribuaient beau-
coup à l'art: ils croyaient tout faire par des modifications médicamenteuses dans la cure des maladies chroniques. Sydenham dit qu'il faut changer toute l'habitude du corps, et le renouveler de toutes pièces dans ces affections.
Tels sont les fondemens de la théorie des maladies chroniques, suivant le système des humoristes. Il serait sans doute curieux de les passer toutes en revue, en suivant l'auteur pas à pas, et de rechercher quels faits réels sont cachés sous ces espèces d'emblèmes. Cette investigation philosophique appliquée en détail à toutes les doctrines pourrait donner d'utiles rémdtats; mais le trajet est si long, que l'auteur qui oserait s'y engager trouverait peu de lecteurs doués d'une assez longue haleine pour le suivre. Nous nous bornerons donc à fixer l'attention des nôtres sur quelques points qui nous paraîtront des plus importans.