DÉMOCRITE
A la tète de ces sages, il faut placer Démocrite , d'Abdère , un des plus grands génies de ces époques reculées. Ce philosophe était un peu postérieur à Pythagore; il étudia toutes les sciences, et voyagea dans presque tous les pays civilisés alors connus. On sait qu'accoutumé à rire des folies humaines, il eut lui-même, parmi ses concitoyens , la réputation d'être fou;qu'Hippocrate, appelé pour lui donner des soins, le trouva occupé à disséquer des animaux , et qu'il s'établit entre ces deux grands hommes une intimité qui dn-ra autant que leur vie. Ce n'est point sur ces particularités historiques que je prétends m'arrèter ; ce que je dois signaler, c'est le dogme de l'école d'Elée, enseigné par Leucippe dans la grande Grèce, où Démocrite paraît l'avoir puisé , dogme fameux dans l'antiquité, portant que les atomes et le vide sont le principe de toute chose. Démocrite ajoutait que les atomes ne sont ni doux ni amers, ni blancs ni noirs. Tout cela n'existait que dans l'opinion ou le sentiment des hommes. Il en était ainsi, suivant le même
philosophe, du bien et du mal , du juste et de Finjuste, etc. Il n'y avait de réel , à ses yeux , que les atomes et les espaces vicies qu'ils étaient destinés à remplir.
On se demande comment un penseur, assez profond pour affirmer que les qualités des corps et les rapports qui unissent les hommes entre eux ne sont que des modifications de notre manière de sentir , pouvait donner comme chose certaine l'existence du vide et des atomes. Mais ne nous arrêtons pas à cette question. Qu'il nous suffise, pour le moment actuel , de remarquer que l'homme est tourmenté par le besoin de connaître la cause première de ce qu'il voit , et que même bien souvent , lorsqu'on lui a démontré l'impossibilité de la découvrir , il prend le parti de la supposer. Or , de l'hypothèse à la réalisation, et de celle-ci au roman, la distance n'était pas grande à l'époque qui nous occupe. Chaque chef de secte jugeait de la crédulité des autres par la sienne, et ne doutait aucunement qu'un système bien spécieux , habilement coordonné, ne dût autant plaire aux autres qu'il plaisait à son inventeur. Malgré sa chimère des atomes et sa crédulité sur les vertus de certaines formules mystérieuses , Démocrite est un des plus grands hommes de l'antiquité , et ce qui me surprend , c'est qu'il ait fallu tant de siècles pour démontrer plusieurs vérités que la seule force de son génie lui avait fait entrevoir.
ACRON.
Àcron, d'Agrigente , contemporain d'Empédocle , ne partagea point la tendance générale de son épo-
que à éclairer la médecine par des considérations et des raison nemens philosophiques : c'est ce qui l'a fait remarquer et citer comme chef de la secte dite empirique , qui plus tard acquit beaucoup de célébrité. Mais Leclerc relève cette erreur et ne veut voir dans Acron qu'un médecin qui s'obstina à rester fidèle à l'empirisme des siècles antérieurs à la naissance de la philosophie médicale.
HÉRODICUS.
Il n'est point de mon objet de parler de tous les philosophes qui se sont occupés de la médecine; je ne dois mentionner ici que les hommes qui ont influé en quelque chose sur les destinées de cette science. Or, je ne trouve plus , antérieurement à Hippocrate, qu'Hérodicus qui soit digne de fixer notre attention.
11 ne nous est pas donné comme philosophe , mais seulement comme un médecin qui était en même temps directeur d'un gymnase, ce qui lui fournit l'occasion d'observer les bons effets de l'exercice sur la santé. De là l'heureuse idée qu'eut ce médecin d'abandonner la gymnastique des athlètes , et d'en fonder une autre purement médicale , pour laquelle il établit des règles et des préceptes appropriés aux besoins du corps , et aux différents genres d'exercices qui peuvent affermir la santé ou servir de remèdes aux maladies. Ces préceptes sur la gymnastique médicale sont perdus avec les ouvrages de cet ancien écrivain ; mais on en retrouve encore bien des fragmens dans les ouvrages de Celse, de Galien , de plusieurs autres anciens , et Mercurialis a pris soin de les recueillir dans un traité fort curieux, intitulé:
de Arte Gymnasticâ. Hérodicus avait appris la gymnastique d'un certain Iccus, qui fut en même temps médecin et athlète ; mais il ne paraît pas que cet Iccus ait eu le projet d'en faire l'application à l'art de guérir , et tout ce qu'on sait de lui , c'est qu'il fut le maître d'Hérodicus , auquel on fait honneur de cette idée.
La gymnastique étant entrée par la suite comme moyen principal dans la pratique de certaines sectes de médecins, son origine ne pouvait manquer de trouver place dans une recherche sur les doctrines médicales. De son côté , Hérodicus méritait doublement de fixer notre attention , puisqu'à la gloire d'avoir enrichi la médecine d'un moyen nouveau, il joint l'honneur d'avoir eu pour disciple dans l'art de la gymnastique , le grand Hippocrate.