CHAPITRE III
SUCCESSEURS d'hïPPOCRATE. DOGMATISME.
Hippocrate fut le premier de sa famille qui enseigna la médecine aux personnes qui n'en faisaient pas partie. Il n'exigeait de ses disciples qu'une moralité irréprochable et des connaissances suffisantes pour leur faciliter l'étude de leur profession, études au nombre desquelles figurait , comme on l'a vu , la philosophie. La médecine cessa donc d'être le monopole de la famille des Asclépiades. Toutefois les étrangers n'effacèrent pas d'abord les membres de cette ancienne famille médicale: les fils d'Hippocrate , Thessalus et Draco , et son gendre Polybe , furent ceux qui héritèrent de sa célébrité. Ce furent eux aussi qui établirent la première école dogmatique , dont Hippocrate avait posé les fondemens. Plus empresse's de mettre leurs productions sous l'égide d'un nom vénéré, que de briller d'un éclat particulier, ou d'effa-
successeurs d'hippocrate. /j5
cer celui de leur illustre père, ils insérèrent dans ses œuvres le fruit de leurs études et de leurs méditations : on leur attribue la plupart des livres qui roulent sur la théorie , et quelques uns de ceux qui traitent des épidémies. Thessalus et Draco vécurent à la cour de Macédoine, où ils jouirent d'une grande considération : Polybe continua d'enseigner les disciples de son beau-père , ce qui paraît lui avoir donné de la supériorité sur les fils d'Hippocrate ; car, de l'aveu des critiques , les livres qu'on lui attribue sont les plus réguliers, ceux où le raisonnement est le mieux suivi. On a mis sur le Compte de Polybe les livres qui traitent de la conservation de la santé, et de la nature de la semence ; on y remarque une doctrine analogue à celle d'Hippocrate. On lui fait également honneur de quelques autres livres encore mieux raisonnes , tels que celui intitulé: de Natura pueri, et le quatrième livre de Morbis, où se trouve développé le système des quatre humeurs, le sang, la bile, le phlegme ou l'eau et la pituite, car alors il n'était pas encore question de la mélancolie ou atrabile. Dans ce livre, on nie positivement le passage des boissons à travers le poumon , passage qui est soutenu dans l'anatomie d'Hippocrate, ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre précédent.
Hippocrate dut sans doute former beaucoup d'autres élèves distingués : on s'est souvenu de quelques uns; mais ils n'ont point eu de célébrité durable. Dans cette première génération , tous les noms étaient effacés par celui d'Hippocrate. Ce nom fut si vénéré, que plusieurs des descendans de ce médecin en furent honorés. Il y a eu jusqu'à sept Hippocrate ,
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en comptant le grand, qui fut le second dans l'ordre numérique, son aïeul, le père d'Heraclite de Gos, ayant déjà porté le même nom.
Ce furent donc les ouvrages d'Hippocrate, tels que je viens de les représenter, qui servirent de fondemens à la secte dite dogmatique; mais les principes qu'on y trouve consacrés furent développés ou modifiés par plusieurs médecins célèbres et par des philosophes ; car, bien qu'ils ne pratiquassent pas la médecine, les philosophes ne renoncèrent pas au plaisir de s'en occuper. Plusieurs ambitionnaient l'honneur de soumettre à leur génie cette partie des connaissances humaines, comme ils y soumettaient toutes les autres, et croyaient n'avoir besoin ni de la pratique ni de l'examen scrupuleux de la structure des organes, pour comprendre et dévoiler les secrets de la nature vivante.