‹ Examen des principes de la morale socialeChapitre 17 sur 23 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Du Gouvernement.

Là mission du gouvernement est de faire respecter la loi^ et d'améliorer, autant que possible, la condition morale et matërielle du plus grand nombre.

En d'autres termes , gouverner c est essayer d'établir dans les affaires humaines cette harmonie de la justice et de Tutilité , de la liberté et de la règle, que Ton appelle Tordre , et que Ton remarque dans l'administration de Dieu.

La fin de la société , comme celle de Tindividu , n'est point de vivre, mais de se perfectionner (c);

(c) Voir la note troisième, à la fin du volume.

et le gouvernement, quelle que soit sa forme, n'est institué que pour seconder , accélérer et régler ' le mouvement de la société. Son action est nécessaire ; car , outre qu'il est le bras de la loi et qu'en assurant son exécution il la rend efficace, il per^ sonnifie toutes les forces, toutes les volontés, toutes les intelligences, et leur donne ce sans quoi elles ne seraient rien : l'Unité.

L'anarchie , ou la cessation momentanée de Taction gouvernementale , c est le désarmement de la loi et , en même temps , le désordre dans les esprits ; c'est le champ librement ouvert aux mauvaises doctnnes^ qui n'attendent que Theure favorable pour se traduire en mauvaises actions.

Aux jours d'émeute , lorsque Faction gouvernementale est suspendue , les lois perdent leur empire ; la vie , la propriété , la famille , et la liberté des citoyens ne sont plus protégées que par les citoyens eux-mêmes, et chacun se met au lieu et place de la loi impuissante et de la force publique dispersée ou occupée ailleurs.

En ces jours de trouble et de confusion, on voit

surgir (surtout k Paris), sans savoir quels ils sont, d'où ils viennent et comment ils sont réunis , une foule étrange d'hommes au visage cynique et menaçant. Ils se précipitent avec rage au milieu de la mêlée ; ils provoquent , ils excitent a la violence ^ ils ne reculent devant aucun obstacle et devant aucun crime. Puis, lorsque Fémeute est comprimée ou que , victorieuse , elle est glorifiée sous le nom de révolution , lorsqu'un nouvel état de choses se fonde, ces terribles inconnus disparaissent , laissant après eux un long effroi dans Tâme des vaincus et des vainqueurs. Ils disparaissent pour revenir en des jours semblables , car ils sont les auxiliaires mystérieux et fidèles de tous ceux qui , à tort ou k raison, attaquent les gouvernements établis ( ^ ).

Voilk les tristes conséquences de l'anarchie ; je n'ai pas besoin d'insister.

Exécuteur de la loi , le gouvernement en est ,

(^) Pour se faire une idée des perturbations qui aceompâgnent Tanarchie , on n'a qu'à relire les lignes célèbres que le cardinal de Retz écrivait à propos des barricades du 27 août 1648 : « On cherche en s'éveillant , comme à tâtons , les lois ; on ne les trouve plus, etc. »

d'une certaine manière, le véritable aatear; car c est lui qui la prépare , qui la propose , qui demande qu'elle soit corrigée ou abolie. Il a l'initiative, puisqu'il est formé des hommes réputés les premiers en lumières et en vertus.

11 doit surtout marcher en avant ; et , dans la voie des réformes utiles, il est presque aussi funeste pour lui d'être devancé par l'opinion publique que de lui résister. Cependant lorsque l'opinion publique n'est qu'une impression mobile , comme chez certains peuples, le gouvernement doit l'éclairer , la régler , la discréditer au besoin par la discussion, lui résister même s'il le faut , mais sans violence , comme on résiste aux enfants capricieux et entêtés. Savoir préférer le devoir k la popularité , voilk la plus grande et la plus rare des vertus politiques.

La loi de la société est incontestablement le progrès ; mais le progrès durable , le progrès vrai , particulièrement en politique, demande patience et longueur de temps. Les changements les plus désirables sont nuisibles, s'ils ne sont accomplis avec mesure et précaution. Ils sont nuisibles , parce que,

à leur suite, la société, comme un coureur essoufflé, au lieu de marcher devant elle , s'arrête , puis revient sur ses pas , ou meurt.

Le gouvernement est , selon la belle image de Platon , comme un pilote qui guide la marche du vaisseau, ayant pour charge d'éviter les écueils contre lesquels le navire , les passagers et lui-même iraient se briser , et de les conduire tous au port. Et ici le port, c'est la fin voulue par Dieu.

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