‹ Examen des principes de la morale socialeChapitre 2 sur 23 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Idée générale de ce travail.

Par les considérations qui précèdent , j'ai déjk indiqué au lecteur F origine et le but de cet essai.

Je yeux chercher, abstraction Êiite des systèmes et des passions politiques, quels sont les fondements de la société et par conséquent de la morale sociale. Mon ambition n'est pas de mettre en avant des idées nouvelles ou d'inventer des paradoxes ingénieux , mais d'exprimer des idées vraies et ao cessibles k tous.

Si la plupart des hommes s'égarent en des théories aventureuses ou se laissent séduire par de folles utopies, c'est qu'ils méconnaissent la nature,

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les lois et les rapports des choses ; c'est qu ils n'ont pas de principes arrêtés , au moyen desquels ils puissent juger les doctrines en crédit et régler leur propre conduite. Si les masses sont facilement entraînées dans une direction contraire au devoir et même au véritable intérêt, c'est quil y a en elles plus d'ignorance que de corruption , plus de faiblesse et d'aveuglement que de mauvais vouloir et de goût pour la révolte. Si enfin les questions d'organisation sociale ont le triste et beau privilège de passionner les âmes , et si , en pareille matière , les sophistes ont une si grande popularité, ce n'est pas seulement parce que les peuples souffrent et aspirent k une condition meilleure, c'est encore parce qu ils n'ont qu'une idée vague, qu'un sentiment confus de la destinée humaine, de la justice, et de la raison etdes conditions d'existence delà société (^).

(*) « Qu'est-ce qui a cours auprès du peuple? ce sont les doctrines querelleuses et agressives, ou celles qui ont de belles formes et peu de fond , qui sont telles en un mot qu'elles doivent être pour surprendre son assentiment ou flatter ses passions. »

Bacon , préf. da De aûgtnentif , traduction de M. RUux , p. 7.

Le meilleur moyen de moraliser et de calmer les âmes est donc de les élever, de préciser les grandes notions qui sont en elles , de les armer contre Terreur, et de fortifier, par une éducation vraiment libérale , la tendance naturelle qui les pousse vers le beau et le bien. Tant que celte (Buvre d'apaisement et de moralisation ne sera pas accomplie , il ne faudra ni songer au progrès ni même espérer la durée de la société moderne.

Telle est notre conviction : qu'elle soit l'excuse d'une tentative qui paraîtra téméraire , peut -être, quoique nous n'ayons fait, comme cet ouvrier de la dernière heure dont il est parlé au saint Livre , que mettre en gerbe les épis cueillis par nos pères.

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