CHAPITRE IV
Conditions (Inexistence et fondements de la Société.
De ce que rhomme est né pour vivre en société , i) ne s'en suit pas que la société ait toujours été ce qu'elle est actuellement, et qu'il y ait toujours eu au-dessus de la société domestique une société politique et civile.
Au commencement, dans les temps primitifs , la famille seule existe , et le père est à la fois le législateur et le roi de cette nation au berceau. Mais bientôt la famille s'accroît çt se ramifie, l'au-. torité patriarcale est de plus en plus étendue, et
partant plus difficile à exercer : la famille est im peuple.
Qu'arrive-t-il alors ? le plus saint des gouvernements est- il détruit î non, le père n'abdique pas» il conserve Tautorité du foyer domestique ; mais , naturellement , sans convention , par la force des choses et par suite du développement de la société » il est dépossédé d'une partie de son pouvoir au profit d'un pouvoir supérieur, et, au-dessus de sa volonté , il reconnaît une loi au nom de laquelle ce pouvoir supérieur commande à ses enfants et a lui-même.
Le jour où cette reconnaissance a lieu , la so» ciété civile et politique est constituée et, quelles que soient ses formes extérieures , quels que soient les rapports divers de ceux qui la composent , elle est permanente et aussi durable que l'espèce humaine.
Ainsi , sans m' embarrasser dans les questions d'origine, qui, en pareille matière^ sont stériles ou dangereuses 9 je pose en principe que la société s'est naturellement formée et développée , et qu'elle n'est pas le résultat d'une convention.
Imaginer une convention antérieure à la société ,
22 EXAMEN DES PnmCIPES , ETC.
ce serait revenir a l'insoutenable paradoxe de Rousseau sur l'état sauvage.
Or, l'existence d'une société suppose trois conditions ou principes fondamentaux : l"" un corps de lois qui consacrent des droits , imposent des devoirs , et assurent la liberté de chacun en réglant la liberté de tous ; ^ un gouvernement qui fait exécuter les lois et qui leur est lui-même soumis; 3"* une religion qui lie les membres de la société par des croyances et des espérances communes, et qui dicte ^ au nom de Dieu , les devoirs que la loi humaine ne saurait prescrire.
Étudier successivement ces trois conditions, montrer leur nécesâté , faire voir surtout leur union indissoluble , voilk , en résumé , le sujet de ce travail , et nous allons l'aborder sur-le-champ.