CHAPITRE V
L'homme seul a ses Lois.
Les eréatares que Dieu a placées sur celte terre se peuvent diviser en deux grandes catégories : Les êtres impersonnels et les Personnes,
J'entends par êtres impersonnels ceux qui n'ont aucune autonomie, qui obéissent aveuglément et fatalement kune puissance supérieure, qui concourent a leur insu k la fin universelle , et qui , il'ayant ni liberté ni raison, ne sauraient avoir aucune responsabilité.
Sous cette dénomiiMion générale sont compris , quelle que soit d'aiHeurs leur hiérarchie , les minéraux , les plantes et les bétes . Leur loi commune ,
e'est d'être comme ils sont, comme leur auteur a vouhi qu'ils iîissent > et toifô s'y conforment inva^ riablement.
J'entends par Personnes les êtres doués d'une intelligence, non pas de Tintelligence immuable des ammaux et qu'on appelle instinct, mais d'une intelligence dont ils ont la conduite et dont ils peuvent faire un bon ou mauvais usage.
Les Personnes étant en possession du libre ar* bitre, étant capables de gouverner leur entende* ment , de connaître leur fin , d'aller vers Dieu ou de s'en éloigner, sont responsables de leurs actes. Leur loi commune, ce n'est pas la manière dont elles sont , mais la m/onière dont elles doivent être.
La loi des êtres impersonnels est une loi qu'ils ne modifient et ne violent jamais ; et lorsque nous admirons leur sagesse et leur soumission , nous ne faisons qu'admirer la sagesse et la puissance de Dieu.
La loi des Personnes^ au contraire, est, en quelque sorte, une loi qui dépend d'elles, non pas sans doute dans sa nature ou son principe , mais
dans son exécution , car elles ont la faculté de s'y conformer ou de l'enfreindre. Cette faculté expli* que leur grandeur et leurs défaillances , leur condition présente et leur condition k venir.
En un mot , Thomme seul , selon 1* expression de Montesquieu > a ses lois, parce que Thomme seul est en état de connaître et d'accomplir librement sa an.
Que l'être impersonnel se conforme k Tordre, on ne lui attribue aucun mérite : il a agi comme il devait agir ; mais k la Personne se conformant a l'ordre, on attribue avec raison un mérite, un droit k une récompense : elle aurait pu agir, elle était même tentée d'agir autrement; car^ outre TintelUgence et la liberté» elle a en elle la passion , qui est souvent l'ennemie de Tordre et la corruptrice de Tintelligence.
Dieu n'adresse ses promesses et ses menaces, ni aux minéraux , ni aux plantes , ni aux bêtes ; il est assuré de leur obéissance. Il parle k Thomme seul , auquel dans sa bonté infinie il a donné le terrible privilège de pouvoir lui désobéir.
t26 EXAMEN DES PRINCIPES, ETC.
Ainsi , le caractère de la loi des Personnes est Tobligation et non la contrainte : elle cotifimandc de Técouter, elle n'y force point. S*il en était autrement, si la loi cessait d*étre la reconnaissance de la liberté humaine , Thomme ne serait plus un agent moral : il prendrait place parmi les êtres impersonnels.