CHAPITRE VI
De la Loi positive.
Le droit positif ou Tenscmble des lois civiles et politiques est, logiquement et dans le temps, postérieur au droit naturel , mais il en dérive et en est le complément indispensable.
Il ne suffit pas, en effet, pour assurer l'observation de la loi éternelle que Dieu Tait écrite dans nos cœurs et Tait rendue intelligible a notre raison . Il en faut une expression plus sensible. Il faut une prescription, également accompagnée de menaces et de promesses , dont relTet soit plus prochain , qui parle plus grossièrement peut-être, mais plus
28 i:XAMEN DES PAINCIPES
immédiatement à 1 mstinct de rébellion^ II hnï une loi positive.
Le cri de la conscience , Ik foi en une vie futare , en un Juge inlàilUble auquel rien n'échappe , les espérances et les craintes qui se rattachent k cette foi seraient assurément des motifs assez puissants pour nous inciter k la vertu , si nous étions moins faibles et moins portés au mal. Et, dans les sociétés pri-* mitives où Thomme avait des rapports étroits avec son auteur, dans Tâge d*or comme on rappelle, où la créature avait un sentiment profond de sa dépendance , où le genre humain , peu éloigné de son berceau , conservait intact le dépôt des enseignements divins 9 la loi naturelle régnait seule et suffisait au maintien de la société.
Mais les cœurs s'endurcirent bientôt : la foi s affaiblit ; Dieu ne lui parlant plus directement , rhomme oublia Dieu et alla sacrifier k la divinité complaisante qu'il avait faite à sa mode (*); il méconnut son origine et ses devoirs ; il arriva enfin
(^) BOSSUET, Oraison funèbirt d'Anne de Gonzague^
a un tel degré de corruption et la société fut tellement bouleversée qu'une législation sensible, ayant une sanction sur la terre , fut reconnue nécessaire , et Dieu lui-même , sur le mont Sinaî , en donna le premier le modèle et l'exemple.
Telle est, selon moi, l'origine du droit positif, ou plutôt telle en fut la première apparition . Â ceux qui contesteraient l'exactitude du récit biblique et qui m'accuseraient de faire intervenir mal k propos l'autorité des livres saints dans une question philosophique , a ceux-là je dirais :
Consultez les traditions primitives de tous les peuples , et vous verrez qu'elles s'accordent sur ce point , à savoir qu'il n'y eut d'abord qu'une loi , la loi de la conscience , et que la loi civile ou posi^ tive lui est postérieure ; vous verrez encore que la coutume a précédé le droit écrit , car la coutume est la forme première et naïve de la loi positive (*).
(M < Dieu pariait d'abord, et Ton n'écrivait pas. i^
DB MaisTRE , CormdérutiOHS sur la France.