‹ Examen des principes de la morale socialeChapitre 7 sur 23 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Définition de la Loi positive; ce qui la distingue de la Loi

naturelle.

La loi positive est l'expression de la justice. Elle a pour but de restreindre la liberté individuelle , en consacrant des droits et en imposant des devoirs, et , par suite , d'assurer le maintien de la société.

Gomme son divin exemplaire, elle est fondée sur la reconnaissance de l^ liberté humaine; et Ton pourrait définir la société une assurance mutuelle, formée parla nature, où chacun, pour garantir sa liberté, en donne une partie : Tensemble de ces parties constitue la loi ou la raison d* être de la société.

Ainsi , loin d'être , lorsqu'elle est juste , une né-

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galion de la liberté , la loi en est au contraire la solennelle affirmation ( ^ ) ; elle ne lui pose des bornes que pour la défendre et pour substituer le droit raisonnable de la justice au droit brutal de la force. Ainsi , ceux qui demandent la liberté absolue demandent Tabolition de la loi , et ^ par conséquent, de la liberté possible (a).

De cette définition , il suit que le fondement de la loi humaine est dans la loi divine , qu'elle doit lui être conforme^ qu'elle ne saurait la contredire sans manquer k son but et sans perdre son autorité (').

(*) « Hoc(Lex nempe) vinculum est hujus dignilatis, qua fruimur in republica, hoc fundamentum Libertatis, hicfons aoquitatis. Mens, et animus, et consilium, et sententia civitatis, posita est in legibus. Ut corpora nostra sine mente; sic civitas sinelege, suis partibus, ut nervis, ac sanguine, et membris , uti non potest. Legum ministri , magistratus ; legum interprètes , judices ; legum denique idcirco omnes servi sumus, ut Liberi esse possimus, » ( Gic. pro Ciuent» S3. )

(a) Voir la note première , à la fin du volume.

( *) < Est lex, justorum injustorumque distinctio, ad illam antiquissimam et rerum omnium principem expressa naturam, ad quam leges honiinum diriguntur, quae supplicio improbos afficiunt , defendunt ac tuentur bonos. »

CiCERO , de LegibîtSy II. ^.

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Supposez-la contraire : tout homme qui a quelque courage et quelque sentiment de sa dignité ne lui obéira pas, car entre Dieu et les hommes il n'y a pas k hésiter. Si le code commandait le meurtre ou la trahison , je braverais ses ordres , et ne voudrais être ni meurtrier ni traître.

Que la loi blesse mon intérêt en vue de l'intérêt général , je m'y soumets et je serais coupable de lui résister ; mais qu'elle contredise ma conscience , qu'elle heurte le droit éternel , je n'écoute plus sa voix et passe outre (b).

De la définition que nous avons donnée il suit encore que la loi humaine diffère de la loi divine par son étendue , et cette différence se manifeste en deux points essentiels.

En premier lieu , la loi divine règle non-seulement la liberté morale , mais encore la liberté extérieure^ ce qu'il faut vouloir et ce qu'il faut faire.

La loi positive , étant incapable d'atteindre les actes intimes , ne doit pas se mêler des affaires de

(b) Voir la note deuxième, à la fin du volume.

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la eonsdenee : ce sérail empiéter sur les droits de Dieu. Elle ne peut que régler la conduite de l'homme, traduisant ses pensées par des actes externes , ou sa liberté civile et politique.

En second lieu , la loi divine commande , outre la justice , le dévouement , le sacrifice et Tabnégation de soi-même : elle commande de ne pas se borner à évitei^ le mal , mais de faire le bien : elle nous dit que nous ne serons pas jugés uniquement d'après la justice, mais aussi et singulièrement d'après la charité, cette prescription supérieure dont Tobservance constitue le vrai mérite.

La loi positive ordonne seulement la justice : elle contraint les citoyens au respect des biens, de la vie, de Thonneur et de la foi de leurs semblables ; elle développe en articles ce précepte de morale : fais à autrui ce que tu voudrais qui te fût fait. Elle ne va pas au delà , elle n'enjoint pas a ses sujets de se dévouer^ d'être des héros ou des saints.

Gomment expliquer ce silence , sinon par l'impuissance où elle est de faire davantage , et aussi par un respect naturel des droits de Dieu et de la

liberté humaine (M- Le législateur équitable doit pousser ce respect jusqu'au scrupule , et n'assigner k notre liberté extérieure que les bornes imposées par les conditions mêmes de la société , c'est-a-dirc par les rapports nécessaires des hommes entre eux.

( ^ ) Nous montrerons plus loin et avec détail (voir le dupitre XX« ) que la loi positive est et doit se reconnaître insuffisante, et que, si elle réglait toute notre conduite, elle serait odieuse et tyrannique.

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