‹ Examen des principes de la morale socialeChapitre 8 sur 23 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Pourquoi la Loi insiste- 1- elle sur le devoir?

Je ne sache pas qu il y ait des hommes assez ignorants pour avoir besoin d'être avertis de leurs droits essentiels. Le droit dont ils n'ont pas conscience n'est pas un droit pour eux. Et lorsque des gens avisés cherchent à éveiller ce droit qui sommeille , les prétendus opprimés ne s'en soucient guères : ils savent que les droits nouveaux imposent de nouveaux devoirs. S'ils feignent d'être touchés, c'est que d'autres passions sont en jeu qui saisissent un prétexte pour se faire jour.

Les droits essentiels de la personne humaine sont , je le répète , connus et compris de tous.

Ou peut en dire autant des devoirs ; mais entre eux et les droits il y a une différence profonde : c'est que nous ne perdons jamais de vue ce qui nous est dû , nous n'en laissons jamais affaiblir le sentiment > tandis que nous oublions volontiers le droit d'autrui ou notre devoir. Nous sommes moins sensibles au mal que nous faisons qu'au mal que nous endurons ; et , par degrés , nous arrivons à cette perfection de Tégoîsme qui consiste à croire que les autres nous doivent tout et | que nous ne devons rien aux autres.

Or, le législateur, ayant constaté cette double tendance , se garde bien de venir en aide à la plus énergique. Ce serait un soin superflu. Il est persuadé avec raison que l'idée de l'obligation morale suscite assez fortement Vidée de droit , sans qu'il y ait nécessité d'insister sur cette dernière. 11 a étudié r homme et l'histoire , et il a remarqué que les égarements des individus , simples particuliers ou souverains , et des nations , proviennent presque tous de l'exagération de leur droit et de l'oubli de leurs devoirs.

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