‹ Examen du christianisme (volume 2)Chapitre 11 sur 31 · III. iO · texte numérisé non relu

III. iO

affreuse aberration ; les aulels de la plupart des religions anciennes ont été souillés de sang humain, les Juifs et les chrétiens se sont aussi rendus coupables de celte abomination (1). « Tant la superstition a enfanté de crimes (21)! » En Iraiianl de l'eucharistie (§ 5 ci-après), nous examinerons quelle est Tidée catholique actuelle sur le sacrifice. Nous ferons seulement observer ici que te dogme de la rédemp» tion est exactement conforme au principe qui inspirait les sacrifices chez les païens ; savoir que la colère de Dieu s'apaise par l'immolation des victimes. Seulement, le christianisme, agrandissant la colère divine au delà de toutes les proportions connues, la fit infinie et exigea pour une soif de vengeance aussi colossale une victime d'un prix Infini, c'est-à-dire un Dieu. Tout ce qu'il y a de faux dans la théorie du sacrifice, se retrouve donc dans le christianisme. 11 est faux que Dieu ait i'e&prit de vengeance ; il est f&ux que la mort d'un être quelconque ait une vertu expiatoire et satisfasse la vengeance divine ; il est faux que l'homme se rende agréable à Dieu en faisaDt souffrir ou en mettant à mort des êtres sensibles ou en détruisant des oiajets créés pour son usage,

§ 5. — Du culte des saints et des anges, et da polythéisme.

On est habituée regarder comme polythéistes toutes ies religions anciennes et à faire honneur au judaïsme d'avoir seul, au milieu de l'erreur générale, connu le dogme sublime de l'unité de Dieu ; le christianisme, comme héritier du Judaïsme, se glorifie acluellemeiit de ce privilège qu'il est obligé cependant de partager avec le maho^ roétisme. Comme les défenseurs de chaque système religieux ont l'habitude de défigurer les idées d'autrui pour ies condamner plus à Taise, ou même de condamner chez les autres leur propre doctrine, il importe de bien préciser la question afin de s'assurer s'il y a réellement un abîme entre ce que l'on appelle le paganisme et le

(1) Voir ci'dessus ch. v, g 7, et cb. xri, g 9.

(2) Tanlàm relligio pûtuit suadere mahrutn.

(LUGRBCB.)

judéo-chrIsUaDisme, si toute l'erreur est d'un côté et toute la vérité de l'autre. On a coutume de dire qu'une question bien posée est à moitié résolue; ici il y a plus, la poser c'est la résoudre.

Le polythéisme est la croyance à plusieurs dieux. Cette définition ne nous apprend rien si l'on ne s'enleod sur le sens du mot Dieu^ qui a reçu dans les diverses langues des signiflealions très-diverses. Définir Dieu â sa manière et raisonner comme si cette définition appartenait à ses adversaires, c'est un moyen très-commode de leur prêter des idées qu'ils n'ont Jamais eues ; c'est ce que font les chrétiens. Selon eux, Dieu est l'Être suprême, le maître souverain de l'univers, la cause universelle. Il résulte des tormcs mêmes de cette définition, qu'il ne peut y avoir qu'un Dieu ; car on le suppose Être suprême, et s'il avait un supérieur ou des égaux, il ne serait plus suprême, il ne serait pius Dieu. La pluralité des dieux Implique donc contradiction dans les termes ; c'est une absurdité aussi palpable que de faire la partie égale au tout. Comme nous pensons qu'à toutes les époques les hommes ont été doués d'assez de bon sens pour ne pas tomber dans des erreurs que l'Intelligence la plus épaisse est en état de repousser à la première vue, nous devons admettre, jusqu'à preuve contraire, qu'il ne s'est jamais trouvé de peuple, si stupide qu'on le suppose, qui ait admis plusieurs dieux, c'est*à-dire plusieurs êtres suprêmes. « 11 est difficile de penser, dit La Mennais, que l'on s'entende soi-même quand on prétend que les païens attachaient aux divers esprits supérieurs la vraie notion de la divinité. Qu'on veuille bien y réfléchir, l'unité u'entre*t-eile pas nécessairement dans cette notion? Il faudrait donc dire que les hommes croyaient à la pluralUé d'un Dieu unique,,. Soyons justes envers ceux mêmes dont nous déplorons le criminel aveuglement ; jamais ils ne tombèrent dans ces énormes contradictions, et l'on peut justement douter qu'un renversement si prodigieux du sens humain, nous ne dirons pas ait existé, mais soit possible (Essai sur ^indifférence, iv« partie, ch. iv). » En d'autres termes, le polythéisme, à proprement parler, n'a jamais existé.

Les peuples anciens attachaient au mot Dieu (Deus, Numen^ Théosy etc.) un sens très-peu précis et désignaient par là tout être

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supérieur à rhumanilé (1) ; et comme il y avait hiérarchie de rangs parmi ces dieux, il esl évident que ce n'étaient pas autant d'élres suprêmes. Quand même l'un d'eux n'eût pas été regardé comme supérieur à tous ies autres, on n'aurait pu encore dire qu'il y eût po^ ly théisme; car alors aucun membre de ia hiérarchie céleste n'eût été le Dieu souverain ; son absence dans le dogme religieux eût été une lacune qui aurait plutôt constitué l'athéisme; mais un tel système, s'il eût existé, n'eût pu mériter le reproche d'admettre plusieurs êtres suprêmes. Mais cette hypothèse est imaginaire, et 11 n'est aucune des théologies connues qui ne comprenne un Dieu suprême dominant tous les autres, le seul auquel puisse s'appliquer le titre de Dieu dans le sens actuel.

Les anciens avaient-ils tort de reconnaître une foule d'êtres supérieurs à l'homme? Bien que la science ne puisse Jusqu'ici prouver à posteriori l'existence de pareils êtres, il est certain que tout se lient dans l'univers, que tous les êtres sont distribués et gradués par séries : c'est là l'échelle de Jacob, qui unit la terre au ciel, et sur les degrés de laquelle montent et descendent les anges. Il existe en dehors de nous une infinité de genres et d'espèces d'êtres, les uns inférieurs à nous et occupant tous les échelons du développement de la vie, jusqu'à l'atome inerte, d'autres probablement supérieurs à nous et s'élevant progressivement suivant une chaîne infinie jusqu'à Dieu. Comme nous ignorons la nature de ceux de ces êtres avec lesquels nous ne sommes pas en relation, ou du moins dont les rapports avec notre monde ne peuvent être appréciés par nous, il est impossible de rien affirmer à leur égard, et toutes les hypothèses émises à ce sujet ne sont que des jeux d'imagination. Néanmoins, l'esprit humain n'a pu se résigner à rester renfermé dans les limites du petit monde terrestre, et il n'est pas un système religieux qui

(I) « Leclerc observe avec raison, dit an célèbre théologien, que le mot 6éo{, dans sa signification primitive, n'exprime point la nature divine telle que nous la concevons ei que nous devons la concevoir, comme un être unique, éternel, infini, souverainement parfait; il dé» signe seulement un être supérieur en quelque chose à l'humanité, digue de vénération et de respect. » Bbrgier, Origine des dieux du paganitme^ âe édition, Paris, 1774, t. Il, p. 38.

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n'ail eu la prétention de décrire en détail les êtres surhumains, de raconter leur histoire et de préciser leurs fondions. Le dogme juif admet des anges ; les chrétiens, en adoptant ces idées, y ont ajouté la hiérarchie céleste des saints, c'est-à-dire des hommes purs qui, après leur mort, sont admis à voir Dieu et à participer au gouvernement du monde. L'idée fondamentale d'êtres intermédiaires entre Dieu et Thomme ne peut donc être condamnée par les judéo-chrétiens qui l'admettent eux-mêmes : quant aux idées secondaires sur l'ordre et les fonctions de ces êtres, les erreurs, sMI en existe, ne doivent pas tirer à conséquence, ni constituer au crime envers Dieu* Car les chrétiens, de leur aveu, ont pu varier et se tromper à ce sujet. Ainsi ils admettent neuf chœurs d'esprits célestes rangés dans l'ordre suivant : les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Archanges et les Anges, mais ce classement ne se trouve ni dans l'Écriture, ni dans les décisions des conciles; il n'est donc pas de dogme et ne s'appuie que sur la tradition ou sur les suppositions des théologiens, ce qui n'empêche pas la liturgie de s'en emparer et les arts de l'adopter. Les chrétiens doivent cependant considérer comme possible que cette distribution des habitants du ciel soit erronée, que plusieurs de ces catégories n'existent pas, que le classement soit tout différent, que,* par exemple, les Archanges, au lieu d'être relégués au liuitlème rang, occupent le premier, lis ne croient pas par ces erreurs se rendre coupables d'impiété. D'un autre côté, des saints imaginaires ou apocryphes se sont glissés dans le culte et ont usurpé des honneurs qui n'étaient dus qu'aux véritables élus (1); n'importe : i'intentioi>des fidèles était bonne, ils n'ont pas commis

(I) Le célèbre docteur en théologie, Jean De Launoy, écrivain parfaitement orthodoxe, a prouvé que beaucoup de prétendus saints n'avaient Jamais existé : on Ta surnommé le dénicheur de saints.

Sulpice Sévère raconte que saint Martin, visitant un jour les reliques d'un saint qu'il ne connaissait pas, lui commanda de dire qui il était ; le prétendu saint sortit de son tombeau et déclara qu'il avait été voleur de grand chemin et qu'il était damné- En conséquence, l'autel qu'on lui avait élevé fut aussitôt renversé. {De vHà B. Martini^ ch. xi.) Sans la

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d'idolâtrie en boDoranl des êlres qui n'existaient pas et qui peut* être» au lieu de jouir du séjour céleste, subissaient en enfer ie sup-* plice des damnés. Les erreurs que les hommes peuvent commettre sur i'existeuce, le rang ou les attributions des êlres surhumains, n'ont donc rien d'essentiel et ne nuisent pas à l'orthodoxie. Pour-» quoi, dès lors, se montrerait-on plus sévère à l'égard desnon^hré-» tiens? Si les esprits supérieurs auxquels ils donnent le nom de dieux, ne sont pas r<)ngés dans l'ordre qu'on leur assigne, ou n'exercent pas les offices qui leur sont attribués, ou même n'existent pas, ces erreurs de la part des hommes ne peuvent offenser, ni le Dieu suprême, ni les divinités secondaires, pas plus que les erreurs où tombent les chrétiens en intervertissant les chœurs des anges ou en plaçant au nombre des saints, des individus qui ne doivent pas y figurer. Les deux systèmes païen et chrétien n'en font réellement qu'un et sont d'accord sur les points essentiels, savoir : Un Dieu suprême, supérieur à tout et gouvernant tout, médiatement ou im-* média temenl,— et des divinités secondaires placées sous ses ordres et partageant avec lui le gouvernement du monde. La fausse appréciation qu'on a faite des deux systèmes est venue de ce que, en les comparant, on n'a voulu considérer que le premier point chez les chrétiens, et que ie second chez les païens : mais en considérant l'ensemble de la doctrine chez les uns et chez les autres, on arrive à en reconnaître la conformité, on pourrait même dire l'identité.

Comme les anciens prodiguaient le mot Dieu en rappliquant à toutes les causes des phénomènes naturels (1), les esprits superficiels, s'attachant aux mots plutôt qu'aux choses, ont cru pouvoir se

défiance de saint Martin, on honorerait peut-être encore les reliques de ce brigand.

Denys le ehartreax rapporte Thistoire d*an religieux qai voyagea dans Tenfer et dans le purgatoire, et qui, dans ce dernier séjour, vit entre les griffes da diable vn ëvèqoe dont les reliques faisaient ôts miracles sur terre (Dioiiysii Carthosiari, De purgatorio et infemo, art. 47).

(1) On trouve la m^me ambigu! té chez les Hébreux : le root Eloha (pluriel ^loAim) qui signifie Dteii, s^applique aussi aux anges et aux hommes puissants.

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moquer de cette Innombrable multitude de dieux el railler les païens qui en disséminant la divinité, méconnaissaient le Dieu suprême. Et pourtant ce dogme de l'unité de Dieu ressort de tous les monuments du paganisme, comme Font reconnu tous ceux qui ont étudié l'antiquité.

Commençons par celle des religions anciennes qui est la plus connue, savoir celle du monde gréco-romain. --Au-dessus de toutes les divinités s'élève ie tout-puissant Jupiter {Zeu$)y le Dieu par excellence, très-grand el tris*bon {Deus optimus niaximu$\ le roi du ciel, le souverain recteur de l'univers, le roi el le père des dieux et des hommes, l'auteur du monde, le maître de la foudre (i); c'est lui qui est la cause éternelle^ la source de toute puissance (2); d'un signe il ébranle ie monde (3); il est Immense, ioflnl, présent

(1) Ùivém paitr aique hominum rex.

(VlKfllLfe.)

Torquei qui sidéra mundi,

Pattr omnipotent, rerum eut tumtna potesUu.

Ud.) '

Qui tes hominumque Deûmque jEtemis régie imperiie.

(2) Opater, 6 hominum divûmque œlema poteetae.

(3) Annuité et totum nutu tremefecit Olympum,

Jo9is Cuneta eupereUio moventis,

(Horace.)

Nutu qui evnentil 9rbem.

(Ûfioe.)

parloat (i) ; tout lui esl soumis, el aucun êlre n'est semblable à lui (2). Les dieux ne lui parlent qu'en suppliants et se tiennent tremblants devant son trône, d'où il leur parle en maître. Si, leur dit-il, une chaîne descendait de mon trône et que réunissant vos forces, vous vous y attachiez pour chercher à me renverser, vous ne parviendriez même pas à m'ébranler ; et moi, seul et sans effort, j'enlèverais et la chaîne, et vous tous, et la terre et les cieux (3). Homère représente Jupiter comme le dieu qui lance la foudre, répand la pluie, assemble et dissipe les nuages, fait briller le soleil dans le ciel éclairci, domine les mondes et de son vaste regard embrasse tout l'univers (4). Les prêtresses de Jupiter Dodonéen lui adressaient cette Invocation : « Toi qui étais, qui es, qui seras, ô grand Jupiter (5). » -— Jupiter est l'auteur de tout bien, il inspire les vertus, éclaire les intelligences : c'est ce qui est attesté notamment par la prière de Cléanthe conservée dans le recueil de Stobée; Racine fils, qui a traduit en vers ce beau morceau, était d'avis qu'un chrétien pourrait adresser à Dieu celte prière en se bornant à en effacer le nom de Jupiter. — Voici comment s'exprime sur Jupiter le divin Orphée, dans des vers cités par Platon (Timée) et par Aristote {Du monde, ch. vu) : c L'univers a été produit par Zeus; à l'origine, tout était en lui, l'étendue éthérée et son élévation lumineuse, la mer, la terre, l'océan, l'abîme du Tartare, les fleuves, tous

(i ) Jovis omn ta plena.

(Virgile.)

Jupiter est quodcumque vides quàcumque moveris,

(Lucrèce.)

(3) Qui res hominutn ae deorum

Qui mare et terras variisque mundum

Tempérât horis ; Undè nil majus generatur ipso.

Née viget quidquam simile aut secundum, (Horace, Ode 13, liv. L)

(3) HoHéRE,/ltWc, liv. VIII.

(i) Id., Iliade, viii, 48; xvii, 649; xi, 493.

(5) Pacsakias, liv. X, ch. xii, S S*

les dieux et toutes les déesses immortelles, tout ce qui est né et tout ce qui doit naître; tout était renfermé dans le sein du Dieu suprême... Zeus, le premier et le dernier, le commencement et le milieu, de qui toutes choses tirent leur origine, l'esprit qui anime toutes choses, et le chef et le roi qui les gouverne (1).

< Les païens (dit Laclance) qui admettent plusieurs dieux, disent cependant que ces divinités président à chaque chose en particulier et aux diverses parties de Tunivers, de manière qu'il existe un seul gouverneur suprême. Les autres ne sont donc pasy H proprement parler y des dieux, mais des satellites et des ministres que li Dieu uiiiqiib, très-grand et tout-puissant, a préposés pour servir sous ses ordres et exécuter ses volontés {Instit. div., liv. I, ch. m). »

II est inutile de multiplier ces témoignages. Il suffit d'ou^ir au hasard les auteurs anciens ; on y trouve, à chaque page, la consé* cralion de celte vérité, que le Jupiter des Grecs et des Romains n'était autre que l'Être suprême auquel nous donnons le nom de Dieu. Il peut sembler difficile, au premier coup d'oeil, de concilier cette grande conception avec les aventures attribuées à Jupiter, sa naissance en Crète, son éducation par les corybantes, ses combats, ses amours, ses métamorphoses, etc. Nous ne pouvons, sans sortir de notre sujet, nous livrer à l'explication de ces mythes; le lecteur peut consulter à ce sujet l'cxellent ouvrage de M. Ëmeric David sur Jupiter. Il y verra démontré, par les monuments les plus au* tbenUques,que Jupiter est le feu élhéré, substance incréée et infinie, qui a organisé le monde et le gouverne. L'histoii^e de la naissance de Jupiter tenait à un genre d'allégorie assez commun, d'après lequel on attribuait aux dieux des événements qui se rapportaient à leur culte; quand on dit que Jupiter était fils de Saturne, qu'il détrôna son père, ou qu'il lutta contre lui aux jeux olympiques et le vainquit, cela veut dire que le culte de Jupiter dérivait d'une religion plus ancienne qui adorait Saturne ou le Temps (Kronos), que les

(1) La Hennais, en citant ce passage, en remarque la conformité avec les paroles de TApocalypse (i, 8; xxi, 6) {Essai sur Vlndiff., 1V« partie, eh. VI).

deux religions rivaiisèrenl pendant quelque temps dans la Grèce d'où l'ancienne Unit par disparaître ; Saturne vaincu se réfugia dans le Lallum, c'est-à-dire que son cuite y fut accueilli après quMl eut été cbassé de la Grèce ; les Cretois qui disputaient à la Grèce l'honneur d'avoir donné naissance au culte de Jupiter, exprimèrent leur prétention par le récit qui faisait naître ce dieu dans leur île (1). Les anciens aimaient l'allégorie et revêtaient des grâces de la poésie leurs conceptions métaphysiques. Le peuple grossier a pu prendre à la lettre les récits mythologiques et se faire ainsi des dieux une idée absurde et ridicule. Mais il ne serait pas plus juste de rendre le paganisme responsable de ces abus, que d'incriminer le catholicisme de ce que les bonnes femmes se figurent que le bon Dieu est né un beau Jour à Bethléem, de la bonne Vierge ; la religion catholique seraltibéme plus vulnérable en ce que ses fidèles, en s'exprimant ainsi, ne font que formuler d'une manière choquante une proposition qui fait bien partie de la croyance de i'Ëgllse, et que si Marie est mère de Dieu, 11 semble assez logique d'en conclure qu'avant son accouchement, Dieu n'existait pas. L'abus venait, au contraire, chez les païens Ignorants, de ce que, ne possédant pas la clef des allégories sacrées, Ils croyaient pouvoir en prendre le sens littéral, et se faisaient ainsi de faux dogmes très-différents de ceux qui constituaient réellement la religion.

« L'ancienne religion hindoue ne reconnaît qu'un seul Dieu (CoLBBRooKB, Noticô SUT Ics Védos), » Cette proposition est déve-

(1) Cicéron donne une autre explication {De naturà deorum^ liv. Il, ch. XXIV etsuiv.).

Si Ton appliquait au christianisme le genre d'allégorie des anciens, on pourrait dire que Jésus, fils de Jehovah, a détrôné son père et a découpé son corps en une multitude de morceaux qu'il a disséminés dans le monde entier, que ces fragments dispersés s*agitent continuellement sans pouvoir se rejoindre; quant à la tète, elle est enfouie à Jérusalem dans une profonde caverne d'où personne ne peut approcher ; Jésus, devenu roi du ciel, a introduit dans ses conseils Marie qui, étendant progressivement son influence, devint premier ministre, puis maire du palais, finit par s'emparer de Tautorité souveraine et ne laissa à Jésus qu'un rôle secondaire.

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loppée et démoDlrée par le brahmine Ram-Moban-Roy dans son ouvrage publié à Londres, en 1832, en sanscrit, en bengali et en anglais, intitulé Translation ofseveral principal books, passages and texts oflhe Veds, and of some contraversial books on brah» manical theobgy.— Dans la théologie indienne, le Dieu Indra est appelé le Dieu des dieux ; « Il est le Dieu éternel, premier né, dont la puissance est sans bornes, irrésistible, incomparable... Ce roi du monde, le plus grand, le plus élevé des êtres, plein de force et d'équité, est Vauteur de tout ce qui existe; il domine au ciel et sur la terre , il est au-dessus de tout, des Jours et des nuits, de Pair et de la mer; il s'étend plus loin que le vent, que la terre, que les fleuves, que le monde (Th. Payib, Fragments du Mahabharala, p. 89). »— -< Le culte proclamfî par les Védas, c'est l'adoration d'un être unique et spirituel, se manifestant dans les diverses parties de la matière, lesquelles, remplies de sa force, animées de son esprit, reçoivent le nom de dévas ou Dieux secondaires (Langlois, Mémoires de VAcad, des inscriptions^ 1853, t. XIX, deuxième parlie, p. 326). »

Il est parfaitement établi, d'après les textes formels et l'esprit du Zend Avesta, que les anciens Perses n'étaient pas idolâtres et que familiarisés avec les notions les plus hautes comme les plus pures de la divinité, ils ne rendaient au feu, aux astres, aux plantes, qu'un culte de dulie; aussi Payne Knight (Inquiry into the symboL lang.) les appelle-t-ii les puritains du paganisme {Biographie Michaud^ Mythologie, v* Zoroastre.)— Anquetil-Duperron a prouvé (Mém, de VAcad. des inscr., t. LX1, p. 298, et t. LXIX, p. 101) que les Perses reconnaissaient l'unité de Dieu, créateur de l'univers; c'est aussi le sentiment de Hyde {De veteri Persarum religione, p. 299) (La Mennais, Essai sur Pindiff., 1V« partie, ch. vi). — « A la notion d'un Dieu esprit, mais enveloppé, mais absorbé dans des organes physiques d'une origine douteuse , Zoroaslre substitua l'idée d'un Dieu créateur et servi par des intelligences subalternes (Langlois, Mém. de VAcad. des inscr,, 1853, t. XIX, 1I« partie, p. 326). »

Quant aux anciens Égyptiens, M. Cbampollion-Figeac a prouvé tant d'après les monuments que d'après le témoignage des auteurs (Hérodote, Porphyre, Jamblique), qu'ils admettaient un Dieu suprême

Ainon-Râ et des divinités subalternes. • Leur religion, dit-il, était un monothéisme pur se manifestant extérieurement par un polythéisme symbolique, c'est-à-dire un seul Dieu dont toutes les qualités et les attributions étaient personnifiées en autant d'agents actifs ou divinités obéissantes... 11 est très-vrai que les Egyptiens s'étalent élevés, par leur pensée et la longue observation de la nature, à l'idée de l'unité de Dieu, de l'immortalité de l'âme, et d'une autre vie qui serait celle des peines et des récompenses {VUnivers pittoresque, Egypte ancienne, p. 245). »

Ainsi, chez tous les peuples qu'on a l'habitude d'appeler païens, le même dogme était universellement adopté : partout on reconnaissait un Dieu supérieur à tous les autres, quels que fussent les noms qu'on lui donnait; c'était le Dieu suprême, éternel, infini, cause universelle; et au-dessous de lui étaient placées des divinités inférieures qui étaient, ou la personnification des attributs divins, comme Minerve qui n'est que la Sagesse divine, le Verbe de Dieu, sorti tout armé de sa tête; ou des esprits intermédiaires entre Dieu et l'homme, comme les anges du judéo-cliristianisme,ou des hommes divinisés, comme les saints du paradis chrétien (i).

Les divers peuples ne diffèrent donc réellement que par le nom qu'ils donnent à Dieu et Ils s'entendent sur ses attributs essentiels.

(1) Cette thèse est parfaitement démontrée par Beausobre {Histoire du manichéisme^ liv. IX, ch. iv, t. II). Voyez aussi Brucker {Historia critica phitosophiœ^ liv. Il, cb. ii). M. Alfred Haury a clairement eipliqué le symbolisme de la religion hellénique; voici comment il s^exprime {Histoire des religions de la Grèce antique, t. III, ch. xiv, p. 23) : « Platon prescrit de ne pas croire aux cruautés et aux impiétés prêtées par les poètes aux dieux et aux héros ; quand il déclare que de pareilles fictions blessent à la fois la religion et la vérité, puisqu'on ne saurait imputer rien de mauvais aux dieux {De republicdt liv. III, § 5, p. iOO, édition Bekker), il ne fait que répéter et développer ce que les intelligences d'élite avaient déjà compris en Grèce avant lui. En lisant les poètes, on sentait déjà, comme Plutarque le répétait plus tard, que tout ce qu'on y trouve de déraisonnable et d'absurde, devait être mis sur le compte de la fiction {PiviktiQUE, De audiendis poetis, ch. ii, p. 61, édition Wyttenbftch). »

Combien n'est-il donc pas déplorable qu'ils se soient si longtemps traités réciproquement d'Impies, de païens et d'idolâtres, et se soient fait la guerre pour une équivoque ! Les Juifs reprochaient amèrement aux gentils d'adorer Zeus, Jupiter, Bel, etc., soutenant que Jehovab était seul le vrai Dieu et avait seul droit aux hommages des hommes. Les Grecs et les Romains beaucoup plus sensés ne faisaient aucune difficulté de reconnaître chez les autres peuples leurs propres divinités, quand les attributs se trouvaient semblables; ils retrouvaient leur Mercure dans le Thot égyptien, leur Vénus dans l'Âstarté phénicienne, et, ainsi de suite, et surtout leur Jupiter dans le Dieu suprême, révéré en chaque pays. Mais les Juifs et à leur suite les chrétiens s'obstinent à méconnaître leur Dieu, chaque fols qu'on ne lui donne pas le même nom qu'eux (i); en vain leur crie-t-on que Jéhovah, Jupiter, Zeus, Amon, etc., ne sont qu'un même être, le Dieu suprême et tout-puissant ; ils se bouchent les. oreilles pour ne pas entendre d'explications ; partout en dehors d'eux ils ne veulent voir dans les objets des cultes étrangers, que des êtres Imaginaires ou des démons. C'est comme si un Français déplorait l'aveuglement de ces pauvres Anglais qui ne connaissent pas Dieu et adorent un certain God, être fantastique, si ce n'est même Satan qui s'amuse ainsi à se faire rendre les honneurs dus au seul vrai Dieu; en même temps les Anglais pourraient nous rendre la pareille et nous reprocher d'ignorer le vrai God et de rendre un culte sacrilège à un usurpateur nommé Dieu; on se disputerait ainsi, on s'excommunierait, on se détesterait jusqu'à ce qu'on eût Uni par

(1) La Bible aurait dû suffire pour prémunir les Juifs (et leurs héritiers) contre le respect superstitieux des mots. Plusieurs termes y sont indifféremment employé» pour désigner Dieu. Il y est dit •* « Je suis Jehovah. Je me suis bien fait connaître à Abraham, à Isaac et & Jacob, comme le Tout-Puissant {SchaddaV}^ mais je n'ai pas été connu d'eux sous mon nom de Jehovah (celui qui est) {Exode^ vi, 2, ^. » II résulte bien de ce passage que le nom de Jehovah était le plus auguste de tous, celui qui convient le mieux à Dieu ; mais il en résulte aussi que remploi de ce nom n'avait rien d'obligatoire ni de sacramentel, puisque de nombreuses générations de saints patriarches avaient pu adresser à Dieu, sous d'autres noms, des hommages dont il s'était tenu pour satisfait.

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