‹ Examen du christianisme (volume 2)Chapitre 13 sur 31 · III · texte numérisé non relu

III

IgQ. EXAMEN DU CHRISTI ANISME

aux anges el aux saints, a été jugé insuffisant pour la Mère de Dieu, à laquelle on offre un culte à'hyperdulie. On lui décerne les titres les plus pompeux, notamment celui de reine du ciel, que les païens adressaient à Isis, à Phébé, etc. (i) j si elle est la reine du ciel, que reste-t-il à Dieu? Rien, que d'être son sujet. Les arts la représentent ceinte d'un diadème ou d'une couronne d'étoiles; elle porte ordinairement dans ses bras l'enfant Jésus (ilbambino), de sorte que Dieu ne figure à côté d'elle que dans un état de faiblesse et d'infériorité. Jamais Junon, ni aucun autre membre de la hiérarchie païenne ne fut élevé si haut, de sorte que Marie est bien plus une déesse pour les chrétiens, que les diverses divinités de l'Olympe n'étaient des dieux pour les païeus (2).

a été la source du sang adorable quMl a versé pour nous, elc. {Manuel d'instructions et de prières à l'usage des membres de Carehi-confrérie du très-saint et immaculé cœur de Marie., par Dupriche Desgerettes, curé de Nolre-Dame-des- Victoires, il» édition, 1846, p. 86). » Les mêmes raisons devront amener le culle du sacré poumon, du sacré foie, elc.

(1) Bergier, yo Reine du ciel.

(2) Dans Pouvrage de Tabbé Rousselot, intitulé la Vérité sur l'événement de la Salette (Grenoble, 18i8}, on fait ainsi parler la Vierge qui apparaît aux deux petits bergers : « Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me raccorder (p. H). » C'est donc elle qui a fait le monde, elle a pris la place de Dieu. Plusieurs membres du clergé ont trouvé sans doute que le zèle mariolàlre de Tabbé Rousselot allait trop loin : car dans d'autres publications sur ce grand événement, notamment dans Touvrage de M. L.-F. Guérin {Notre-Dame réeonciliatrice de la Salette, Paris, 1855, 2« édition, p. 10), on fait dire à la Vierge : « Mon fils a donné aux hommes, etc. » C'est encore passablement fort de lui faire donner le nom de fils au Créateur, c'est-à-dire au Père, première personne de la Trinité.

Dans l'ouvrage de Sablon que nous avons déjà cité, il est dit que la Vierge Marie à été créée devant les siècles (ch. xvi); ainsi, bien qu'elle soit une créature, elle n'a pas eu de commencement ; son origine serait semblable à celle des deuxième et troisième personnes de la Trinité. Sa manifestation sous forme humaine est une incarnation, semblable à celle du Fils. Bien avant cette incarnation, la Vierge exerçait déjà son pouvoir miraculeux : elle a notamment ressuscité le fils d'un certain Geof-

Tous ces écarts étaieDt inévitables avec le culte des créatures. On ne pouvait rerréoer Piroagination des croyants, ni leur mesurer striclemeot la dose d'enthousiasme qu'ils pourraient mettre dansleur dévotion pour les saints. On devait même prévoir que les ^ hommes se passionneraient plus facliemenl pour des êtres de même nature et de même forme qu'eux, que pour un Dieu invisible et Impalpable, et que des divinités charnelles ou du moins à figure humaine absorberaient toute leur attention. II était donc plus sage de prohiber complètement le culte des êtres contingents, et de dire avec Moïse : Tu ne serviras que Dieu {DeuL, vi, 13), et avec Mahomet : Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu.

§ i. — Du culte des images et reliques, et de Tidolàlrie.

L'idolâtrie, à proprement parler, est le culte des images. D'après la signification plus étendue que donnent à ce mot les théologiens, c'est le culte de tout objet perceptible aux sens. Le culte des objets naturels tels que les astres, le feu, l'eau, etc., n'est qu'une variété du polythéisme et doit être apprécié en vertu des principes que nous avons posés dans le paragraphe précédent. Les divers peuples qui ont adoré ou adorent encore la nature ou ses parties, adorent réellement les génies ou divinités secondaires qu'ils croient chargés de la gouverner sous l'autorité d'un Dieu suprême; un tel culte ne renferme rien d'impie, ni surtout rien que doivent proscrire les chrétiens, puisque ces derniers disséminent par tout l'univers des anges

froy^ roi de Montléry^ sur lequel toutes les annales sont malheureusement muettes. Elle était, dès ees temps reculés, Tobjçt d'un culte de la part des Druides qui avaient appris par révélation son existence, sa future incarnation et sa future maternité divine. — Le livre où se trouvent toutes ces belles choses est répandu avec le concours du clergé, et les événements qui y sont racontés sont retracés à profusion dans l'ornementation des églises.

Un dernier trait. Dans la basilique de Saint-Denis, première chapelle du bas-côté à gauche en entrant par la porte royale, on voit une peinture murafe représentant la sainte Trinité perfectionnée; il y a bien le Père et le FiU, mais le Saint-Esprit absent est remplacé par la Vierge,

chargés d'en administrer les diverses parties et rendent à ces anges des honneurs religieux. L'adoration des astres, du feu, des cours d'eau, des animaux, des plantes, etc., n*esl donc autre que le culte des anges préposés à la direction de ces différents objets , et par conséquent u'a rien de contraire au christianisme qui l'autorise et le pratique sous d'autres noms.

Quant à la question du culte des images faites de main d'homme^ c'est un des exemples les plus déplorables des divisions que peut occasionner le défaut d'explication nette. Les païens se prosler* naient devant des images, leur adressaient des prières, les encensaient, les couronnaient de fleurs, etc.; les catholiques font exac* tement de même; et cependant ils n'ont pas d'expressions assez énergiques pour stigmatiser ce qu'ils appellent l'idolâtrie des premiers. Le culte des images est donc une idolâtrie suivant l'Église. Mais l'Église rend un culte aux images de Jésus et des saints, ainsi qu'à leurs reliques , et elle a la prétention de n'être pas idolâtre. Elle doit donc reconnaître que tout hommage rendu à des figures ou à des objets matériels n'est pas nécessairement une idolâtrie. Il faut donc faire des distinctions, poser des principes, et surtout appliquer à ses adversaires la même règle qu'à soi. Pour avoir bon marché des païens, on a supposé qu'ils regardaient leurs statues comme autant de dieux : partant de là, rien n'a été plus facile que de flageller la folie des hommes qui attribuent à l'ouvrage de leurs mains la divinité et la toute-puissance. Que de belles tirades dans l'Ancien Testament et dans les saints Pères, sur ces dieux muets, sur l'ouvrier qui adore son œuvre (1), etc. t Mais en voulant avoir trop rai-

(1) Toutes ces philippiques peuvent s'appliquer avec autant de justesse au culte que les catholiques rendent à des statues faites de leurs mains. « Dans une paroisse de village, on venait de placer un beau saint Nicolas, bien peinturé, bien doré et bien enluminé. Toutes les bonnes femmes, au seul aspect de la décoration, viennent se mettre à genoux en foule aux pieds de la statue. Un paysan présent à la cérémonie s'abstint de se mettre à genoux ; bien plus, on le vit rire de la simplicité des bonnes gens. Comme on lui demandait la raison de son indifférence et de son ris moqueur au sujet du saint Nicolas : « C'est, dit-il, que je Pai vu poirier. « (Hccqdbt, Du naêuralismt des convulsionsy Ill« partie, § 28.)

son contre ces pauvres païens, on s'expose à être arrêté court, dès le premier niot, par celle question : Ëles-vous bien sûr que Tidole soit un Dieu pour son adorateur? Puisque les images devant lesquelles vous vous prosternez, ne sont pas des dieux pour vous, comment n'admettez -vous pas la possibilité qu'il en soit de même chez les autres; et étes-vous en état de prouver que la majeure partie du genre humain soit tombée dans l'erreur monstrueuse que vous lui imputez si bénévolement ?

Chez les Gréco-Romains, malgré la grande divergence qui régnait dans les notions qu'on se faisait des dieux, tout le monde était parfaitement d'accord sur certains attributs essentiels ; les dieux supérieurs étaient répulés habitants du ciel (Coslicoke) ; Jupiter y résidait armé de la foudre (1); Apollon dirigeait le char du soleil, Diane celui de la lune, et ainsi des autres. Cé^s dieux ne pouvaient donc habiter des temples. Les simulacres qu'on y voyait n'avaient pas d'autre objet que de présenter aux hommes d'une manière sensible rétre qu'ils devaieut adorer, non pas en offrant sa ressemblance, comme on pourrait faire d'un homme, mais en le flgurant par des emblèmes qui pussent donner bne idée de son caractère et de ses fonctions. On ne regardait pas une statue d'Apollon comme le portrait du dieu : à plus forte raison ne la prenait-on pas pour le dieu lui-même. On savait fort bien que cette statue n'était pas le soleil, ni le génie du soleil ; que ce n'était pas non plus le chefd'œuvre de Phidias qui lançait la foudre. Le même dieu avait une multitude de temples, et de nombreuses statues étalent érigées en son honneur; il n'était personne qui crût que toutes ces statues fussent autant de dieux, que par exemple les mille images de Jupiter fussent mille Jupiters, c'est-à-dire mille dieux suprêmes, mille pères des dieux et des hommes, mille maîtres de la foudre ; que les mille statues d'Apollon fussent mille soleils, etc. « Croire, dit l'abbé Lebatteux, que des boucs, des chiens, des cbals, des scarabées, de petits cailloux d'une certaine forme, des marmousets d'or ou de

(i) Cœlo lonantem eredidimus Jovem

Regnare.

(Horace, ode 5, liv. III.)

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