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lailon étaient ou pouvaient être, dans l'esprit d'aucun peuple, le plus haut degré de la divinité, reine et maîtresse de Tunivers, c*est une erreur impossible, une absurdité qui ne peut se trouver dans aucune tête. En un root, les dieux n'étaient que ce que sont encore parroi nous les patrons révérés par les provinces, par les villes, par les bourgades, que ce que sont les reliques^ les images des personnes dont le nom a été consacré par la piété {Histoire des causes premières, p. 448). »
Les anciens crurent qu'il serait difficile de fixer l'attention des hommes sur des êtres qu'on ne peut atteindre par les sens, à moins de frapper l'imagination par des représentalions symboliques. On se flatta qu'il serait impossible de jamais confondre cette représentation avec l'être représenté, le Dieu arbitre de nos destinées avec le morceau de bois ou de métal qui servait à en rappeler le souvenir; on ne pouvait penser qu'il se trouverait un individu assez obtus pour considérer la statue comme un dieu réel qui ainsi aurait pris naissance sous le ciseau de l'ouvrier, et qui avant lui n'aurait pas existé. Les termes mêmes dont on se servait chez les anciens, protestaient contre une telle erreur; le mot image {signum, simulacrum) fait voir qu'on n'a sous les yeux qu'une représentation, et non le dieu lui-même (!}.
Sans doute, l'ignorance du vulgaire a dû ensuite matérialiser le culte ; des hommes grossiers, frappés des honneurs rendus à des simulacres, ont fini par croire que ces objets étaient saints par euxmêmes, animés d'un esprit divin, que les statues étaient sensibles aux marques de respect qui leur étaient prodiguées, qu'elles avaient des sentiments, des volontés', etc. Ces aberrations, quoique n'ayant jamais été érigées en dogme, quoique démenties même par la liturgie, par les traditions, par les écrits sacrés, n'on ont pas moins pris possession de beaucoup d'esprits : c'est la conséquence inévi-
(i) Il y a contradiction entre les deux reproches adressés par les chrétiens aux païens. Si Jupiter, Mars, Vénus, etc., étaient des démons présidant au mal, ce n'étaient donc pas des statues. Si, au contraire, les païens n'adoraient que des statues, ces ouvrages de bois ou de pierre n'ont pu se rendre coupables d'adultère, de parricide et de tous les autres méfaits dont on veut charger leor mémoire.
table du culte des images, et la même chose a lieu dans le calbolicisme. Le dévot habitué à venir prier à genoux devant certaines images de saints, prend ces images pour Tobjet direct de son culte : il fait brûler des cierges devant elles et croit par là flatter leur goût et se les rendre agréables ; c'est à elles qu'il fait des vœux en cas de danger, il leur offre des ex-voto et leur consacre les prémices de sa moisson ; c'est seulement à certaines images de prédilection qu'il rend ses hommages, parce qu'il leur suppose plus de vertu, plus de puissance qu'à d'autres. Le clergé, par sa conduite, conflrme ces préférences et accrédite l'opinion que chaque Image en renom est une personne ayant sa puissance propre : de là les pèlerinages. On vient de très-loin pour implorer telle statue célèbre par les miracles, telle bonne Vierge en crédit. Chacune de ces Notre-Dames a sa spécialité, guérit de certains maux, octroie certaines grâces. Ce n'est donc plus à Marie, mère de Jésus, que s'adressent ces prières; car les fidèles pourraient l'invoquer d'un lieu quelconque, sans se déplacer ; mais elles s'adressent à telle ou telle image qui est supposée remplir un ofllce déterminé dont aucune autre ne serait capable. Si ces images n'avaient pour but que de rappeler le souvenir de l'objet représenté, elles n'auraient rien de précieux par elles-mêmes, aucune n'aurait plus de valeur que les autres, une statue se renouvellerait sans plus de façon qu'un vieux meuble ; mais il n'eri est pas ainsi. Plusieurs de ces images sont regardées comme autant de palladiums, comme des talismans inestimables dont la possession est plus précieuse pour une ville que toutes les richesses du monde, et dont la perte serait irréparable. Ce n'est pas comme objets d'art qu'elles ont cette importance, car elles sont pour la plupart fort grossièrement travaillées; et les chefs-d'œuvre de la peinture et de la sculpture qui décorent les basiliques, ne jouissent jamais de la haute vénération qui s'attache à qnelque débris informe des anciens âges. Ce ne sont donc pas seulement des morceaux de bois ou de métaux, mais bien des êtres vivants, sensibles, intelligents ; la représentation a fait perdre de vue l'objet représenté primitivement; les saints ont disparu, il ne reste plus, dans l'esprit de la foule, que des dieux visibles, dieux de bois et de pierre, dieux faits de main d'homme.
Ces dieux ont, comme les hommes, des passions et des caprices ëlranges. Ils préfèrent certains lieux à d'autres, et donnent des marques de satisfaction ou de colère quand ils sont déplacés; c'est ainsi qvt% \Si Santa Casa ou maison de la Vierge, enlevée de Nazarelli par les anges, et transportée d'abord avec la Madone qu'elle renfermait, en Dalmatie où elle ne se trouvait pas à l'aise, témoigna son mécontentement et changea deux ou trois fois de place, jusqu'à ce que ses porteurs célrstes l'enlevassent de nouveau pour la déposer à Lorette où elle manifesta sa satisfaction et prit définitivement racine (i). Les histoires de statues qui parlent, pleurent, répandent du sang, remuent la tête ou les membres, sont tout aussi communes dans le catholicisme que dans le paganisme. Beaucoup d'images ne se décident à accorder les services qu'on leur demande, qu'autant qu'on les porte procession uellement dans les rues des villes, comme si elles avaient besoin de se dédommager de leur longue immobilité dans leurs niches : la châsse de sainte Geneviève donne du beau temps, pourvu qu'on la promène; il est donc bien fâcheux que le clergé fasse de ce spécifique un usage aussi parcimonieux et n'octroie pas plus souvent aux campagnes la température dont elles ont besoin. Certaines images féminines paraissent partager le faible de leur sexe pour la parure : ainsi la Vierge noire de Chartres a une douzaine de robes plus on moins magnifiques et un riche assortiment de Joyaux et de bijoux ; des femmes de chambre chargées de veiller à sa toilette, sous la surveillance d'un chapelain spécial, viennent chaque matin la parer suivant la saison et la fête du jour. Âgirait-on ainsi à l'égard d'un bois inanimé?
Depuis quelque temps, le clergé a mis à la mode le couronnement des statues de la Vierge ; ces cérémonies se font avec une pompe extraordinaire, bien supérieure à celle des plus grandes fêles; ou s'en réjouit comme d'un événement des plus heureux; les villes s'Illuminent. On manifeste donc par tous ces signes d'allégresse qu'on a acquis quelque chose de plus; la statue a donc
(1) Dans les images pieuses qai représentent la Santa Casa, on voit figurée la fenêtre par où entra Fange Gabriel.
gagné eo vertu ; la consécration solennelle qu'elle a reçue, ajoute i sa sainteté et convie les fidèles à un culte plus fervent. Certes, des bommages aussi éclatants laissent bien loin les cérémonies de prise de possession qui avaient lieu dans les temples païens quand on y introduisait un nouveau simulacre.
Le culte des reliques a un caractère encore plus grossier, sMt est possible. La plupart des reliques sont apocrypiies, et 11 suffit, pour s'en assurer, de remarquer qu'un grand nombre d'églises se vantent de posséder le même membre du même saint, que par conséquent toutes ces reliques, moins une, sont nécessairement fausses; el comme aucuned'eiles ne peut prouver son authenlicité mieux que les autres, le plus sage serait de les rejeter toutes. Six églises an moins possèdent ia tête de saint Jean-Baptiste. Saint Louis acheta fort cber une sainte couronne d'épines, bien que l'abbaye de Saint-Denis en possédât déjà une ; l'Ëgtise d'Argenteull montre la vraie tunique que portait Notre-Seigneur en allant au supplice, ce qui n'empêche pas l'Ëglise 4]e Trêves de posséder aussi une sainte tunique, la seule vraie, et de mieux s'en servir qu'Argenteuil (i). On peut voir dans le curieux Dictionnaire des reliques et images miraculeuses y de Collln de Plancy, l'énumération des richesses que possèdent en ce genre les églises de France; on y volt figurer, au nombre des reliques proposées à la vénération des fidèles, des objets grotesques qui semblent avoir été imaginés pour couvrir la religion de ridicule; ainsi des églises prétendent avoir du lait de la Vierge, des linges tachés de ses menstrues, ses cheveux, sa chemise, etc., le nombril de Jésus- Christ (2), son prépuce (sept églises se vantaient de pos-
(1) LVxhibition de la sainte tonique à Trêves en 1840 a attiré plus de trois cent mille pèlerins et a prodaît à l^Église des receltes énormes. C'est ft ce sujet que le fameux hérésiarque Ronge commença ft attaquer ridolàtrie romaine.
(2) Ce nombril se trouvait notamment dans Téglise de Notre-Damede-Vaux, à Chàlons. De Noailles, évèque de cette ville, Tayant fait enlever et disparaître, le chapitre de Notre-Dame-de-Vaux, irrité de la perte d*un tel trésor, intenta contre l'évéque une action au possessoire; mais il fut débouté par arrêt du parlement de Paris do 13 mars 1708 (voyez BéLiME, traité De la possestion^ n* 277, p 308).
séder le seul vériuble) (i), une larme de Jésus-Christ (S), une dent de lait du même, une plume de Tange Gabriel, le braquemart de i'archange Michel, la verge d'Aaron, etc. Une forêt suffirait à peine à fournir une masse de bois égale à celle que donnerait la réunion de tous les morceaux de bois de la vraie croix.
Les reliques sont l'objet des honneurs les plus éminenls, on les renferme dans des châsses magnifiques, on ne les expose que dans les grandes occasions, on les couronne de fleurs, on les encense, on brûle des cierges devant elles, on en approche des linges qui parce contact deviennent bénits et sont réputés très-efficaces en thérapeutique surnaturelle ; quand elles sont promenées en grande solennité, la foule se prosterne avec recueillement, et sur leur passage les maisons sont tendues de draperies, ornées et pavoisées comme à la Fête-Dieu. Elles sont regardées comme une source abondante de grâces de tout genre, elles guérissent les maladies, elles font cesser les fléaux. Les dévols portent sur eux des reliques et se flattent ainsi d'être préservés d'une foule de maux; de même que le nègre africain a des gris-gris ou talismans contre toute espèce de calamités, de même le catholique a des reliques et des médailles miraculeuses, qui sont autant de phylactères ou préservatifs universels. Elles opèrent même à Tinsu, bien plus contre le gré de celui qui les portent; elles le guérissent ou même le convertissent (3) sans qu'il s'en doute... Voilà donc le roi de la création, l'homme plein de vie et d'intelligence, qui adore des squelettes inanimés, et
(4) Un de ces prépuces se voit encore dans l'église de Coulombs (Eure-et-Loir).
(2) C'était la larme que Jésus avait répandue en apprenant la mort de Lazare, et qu'un ange avait recueillie et renfermée dans une fiole : on conservait à Tabbaye de Vendôme cette précieuse relique. L'abbé Thiers, docteur en théologie, en prouva la fausseté dans une savante disserialion.
(3j On peut voir notamment, dans la Yit de sainte Philomène (p. 138), rhistoire d'un libertin converti au moyen d'un petit papier bénit que sa femme avait cousu ft son insu dans la doublure de sa culotte. Ce talisman produit son effet moral avec la sûreté et la précision d'un agent chimique.
mel sa confiance dans une froide poussière ! « C'est on crime énorme, dit Lactance, d'abandonner le colle du Dieo vivant pour se soumettre à celui d^un cadavre et d^un tombeau qui ne sauraient donner la vie dont ils sont privés ( Inst. div,, liv. II, ch. xviii). »
Qoe l'on compare le coite des images et autres objets matériels, cbez les païens et cbez les catholiques; il est impossible d'y voir de la différence. Ce sont les mêmes procédés, les mêmes cérémo* nies; oo tous sont idolâtres, ou aocons ne le sont. Cbez les uns comme chez les autres, le principe n'est réellement pas idolâtre, mais il doit nécessairement dans la pratique conduire à l'idolâtrie. Les hommes les plus éclairés savent l'éviter, et croient pouvoir justifier du reproche d'idolâtrie leurs coreligionnaires; mais le vulgaire est entraîné par une pente irrésistible à la superstition la plus abjecte et devient coupable d'Idolâtrie à différents degrés. On peut même dire que, sous ce rapport, les catholiques sont tombés plus bas que les païens. SI le culte des images condnit forcément à ces excès dégradants, on doit féliciter Zoroastre (1) et Moïse (2) de l'avoir proscrit, et les mahomélans ainsi qoe les protestants d'avoir mainteno cette proscription et de s'être garantis d'one telle sooillure ; il leur eût été bien facile de poser en théorie, comme les catholiques, la distinction entre adorer et honorer (3), et de ne permettre les hommages aux signes qu'à condition qu'ils se rapporteraient
(1) Hérodote atteste qoe les mages n'avaient point de statues et en condamnaient Tusage comme une folie (dio).
(2) Voir ch. ix ci-dessos, § 12, art. 2.
(3) Le clergé, oubliant ses distinctions sur les diverses espèces de culte, se sert souvent du mot adorer, le même qui sert & désigner le culte dû à Dieu seul, pour désigner le culte qu'il rend à des objets matériels. Ainsi, dans Toffice du vendredi saint, il y a Vadoraiion de la croix. On y récite ce qui suit : « Voici le bois de la croix sur lequel a été attaché le salut du monde. Venez, adorons... Nous adorons votre croix, Seigneur, etc. » — Dans un mandement, publié le 18 novembre 1827 & propos de Tapparition delà croix de Migné, Tévéquede Poitiers annonce que le pape lui a envoyé un morceau delà vraie croix, qui sera exposé ft Vadoration des fidèles (l'abbé Lecarc, Dictionnaire des prophélies et des miracles, t. Il, col. 338, art. Migné),
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aux objets représentés ; mais ils savaient par expérience que la plupart des bommes ne peuvent saisir ces distinctions ou les oublient facilement, que la moindre concession occasionne toujours de graves abus, et que l'image honorée finit par devenir une idole pour l'adorateur. Les mêmes motifs qui ont guidé Moïse, auraient dû arrêter les catholiques et les empêcher d'introduire une pratique qui a ressuscité le paganisme en le plaçant sous Tégide de l'Ëcriture qui i'anathématise avec tant de force. Les catholiques ont perdu le droit de condamner les païens dont ils sont les serviles imitateurs ; quand ils s'Introduisent chez quelqu'un des peuples qu'Us continuent à appeler païens, leur plus grand progrès, sous le rapport du culte, consiste à remplacer les vieilles idoles par des neuves et à changer d'amulettes.
§ 5. -' De l'eacharîstie et da féliehisme.
Cicéron a dit que les hommes, après avoir épuisé la série des superstitions, n'ont du moins pas encore poussé l'absurdité jusqu'à manger leurs dieux (1). Il était réservé au christianisme de réaliser ce que la philosophie antique regardait comme excédant les limites du possible en fait de sottise; il peut se vanter d'avoir surpassé toutes les folies du paganisme.
L'Ëgiise enseigne qu'à ia parole du prêtre, le pain se change au corps de Jésus-Christ, que le pain a disparu, bien qu'il en reste les apparences, que Tbostie présentant l'aspect du pain contient réellement et en vérité le corps, le sang, rame et la divinité de Notre* Seigneur Jésus-Christ, que ce corps est présent tout entier dans toutes les hosties, et que, lors de la fracture de chaque hostie, chaque particule contient la totalité du même corps, enfin que chaque fidèle mange ce corps chaque fois qu'il communie, ce qu'il est obligé de faire au molus une fois par itD.
Qu'un même corps soit présent dans plusieurs lieux à la fois, c'est ce que la raison repousse comme une grossière absurdité. 11
(I) « Eequem tam amentem esteptUat, quiiUudquo veteatutf Deum esse credat. » De nat. deorumj liv. III, eh. XTi.
vaudrait autant proclamer comme vérité révélée, que deux et deux fout cinq, ou que le tout est plus petit que sa partie. En donnant son adhésion à une proposition aussi monstrueuse, on s'étourdit pour ne pas voir l'abîme où l'on se laisse enfoneer, on ferme volontairement les yeux à la lumière, et Ton se figure que l'on croit, parce que Ton évite de réfléchir à Tobjet de sa croyance.
Les théologiens ont eu recours à des tours de force incroyables pour se tirer de ce mauvais pas. J'ai entendu des prédicateurs comparer l'ubiquité du corps de Jésus-Christ à l'étincelle électrique qui en un instant parcourt tous les anneaux d'une chaîne immense. Mais l'étincelle, si rapide que soit sa marche, se meut d'un lieu à rautre, parcourt successivement tous tes anneaux et n'en occupe jamais plusieurs à la fois ; tandis que, suivant le dogme, le corps de Jésus-Christ est présent simultanément dans toutes les hosties. -* L'évêque de Chartres, dans son mandement intitulé : Parallèle des mystères de la religion et de VincréduHté (i), dit en parlant de l'eucharistie, qu^un corps uHmédans la gloire n*est prbsqukp/ux qu'un pur esprit. Voilà un presque qui trahit les embarras, les anxiétés de l'avocat d'une cause désespérée. Y aurait^ii par hasard un état mixte entre ce qui est matière et ce qui n'est pas matière? Un corps qui ne serait pas matière, ce serait un corps qui ne serait pas corps, ce qui n'a pas de sens. Comment la matérialité du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie, pourrait-elle être mise en question en présence de cette affirmation de l'Ëglise, que le sacrement contient réellement et en venté le corps et le sang de Jésus-€hrist? Des expressions aussi catégoriques ne permettent pas d'intercaler un presque. Le concile de Trente a anathématisé ceux qui soutiennent, avec Calvin, que le corps de Jésus-Christ n'est mangé que spirituellement (session Xlll, canon viii); puisqu'il est mangé cor-* poreiiemeut, il faut donc qu'il existe corporellement dans le sacrement; ce qu'on y mange, est donc un corps humain tout entier, avec sa tête, ses membres, ses viscères, ses intestins, etc. — Un théologien, pour rendre acceptable le mystère de l'eucharistie, nous dit que le corps de Jésus-Christ s'y trouve dans un état glorifié, surna-
(I) Du 8 décembre 1841, in-8».