‹ Examen du christianisme (volume 2)Chapitre 15 sur 31 · III. ii · texte numérisé non relu

III. ii

turel, tout différent de i'état du corps bumain, tel que nous le voyons dans celte vie (i). Cette explication ne peut se concilier avec le Tait de la Gène, où Jésus, vivant de la vie terrestre, et dont le corps n'était pas encore glorifié, a donné à manger le corps qu'il avait alors, corps semblable au nôtre, et a recommandé de faire de même à l'avenir, c'est-à-dire de manger toujours le même objet, savoir un corps ordinaire et nullement glorifié. £t d'ailleurs un corps glorifié doit conserver sa forme primitive et les attributs qui le spécifient; sans quoi, son identité aura disparu. Un tel corps ne peut présenter l^aspcct du pain et en réunir toutes les propriétés.

Pour rendre raison de la présence simultanée d'un corps dans plusieurs lieux, on a prétendu qu'un corps qui se meut avec une vitesse infinie occupe à la fois et continuellement tous les lieux qu'il parcourt (Pluquet, Dictionnaire des hérésies ^ \° Béranger; La Mennais, Essai sur V indifférence). Pour apprécier ce raisonnement, concevons un cadran avec une aiguille pivotant au centre et ayant la forme d'un secteur circulaire égal à la centième partie du cercle. Supposons que la révolution d'un tour d'aiguille dure une heure; à chaque révolution d'un tour d'aiguille, chaque point du cadran sera couvert par l'aiguille pendant un temps égal au centiènrie d'une heure. Si, la vitesse de l'aiguille s'accélérant, elle fait le tour du cadran en une minute, chaque point du cadran sera, dans l'espace d'un tour, couverte par l'aiguille pendant un temps égal au centième de la durée de cette révolution; de sorte que dans une heure, un jour, un mois, etc., chaque point du cadran sera couvert par l'aiguille pendant le centième du temps. Que la vitesse s'accélère encore et devienne cent fois, mille fois plus grande, etc. ; la proportion sera toujours la même, et l'aiguille ne sera toujours présente, à l'égard de chacun de ces points, que pendant un centième de son parcours et pendant le centième d'un temps quelconque embrassant plusieurs parcours. Celte proportion sera vraie, quelle que soit l'accélération de l'aiguille, et aucun degré de vitesse ne peut y rien changer. Donc la même chose aura encore lieu si la vitesse est infinie. Donc un corps qui serait mû avec une vitesse infinie ne serait

(1) Réponses courtes et familières^ par l'abbé de Ségur.

pas pour cela présent en plusieurs lieux à la Tois (i). — Dans le système que nous combattons, il faudrait admettre que deux corps distincts n'en fissent qu'un ; par conséquent, un seul atome, parcourant avec une vitesse infinie tous les points de Tespace, et se modifiant dans ces passages infiniment nombreux, pourrait à lui seul composer l'univers qui ne serait plus qu'une immense fiction. Ce serait donner raison au pyrrhonisme.

Concevons une hostie placée à une distance d'un mètre d'un point déterminé, une seconde hostie à une distance de deux mètres du même point. On pourra affirmer comme vraies ces deux propositions : Le corps de Jésus-Christ est distant d'un mètre; le corps de Jésus-Christ est distant de deux mètres. jOr, comme c'est identiquement le même corps, il s'ensuit qu'il y a identité entre les deux distances ; donc, un est la même chose que deux ; donc, les nombres sont des chimères ; et les notions les plus claires, les plus certaines que notre esprit puisse concevoir, sont de vains fantômes; donc, rien ne peut être prouvé,donc le christianisme ne peut l'être.

Quand Jésus donna à manger à ses apôtres le repas eucharistique, 41 leur dit qu'il avait désiré ardemment de manger cette pâque avec eux, et qu'il n'en mangerait plus de semblable que dans le royaume de Dieu; et après la distribution, il ajouta qu'il ne boirait plus du fruit de la vignç jusqu'à ce que le règne de Dieu fût arrivé (Luc, xxii, 45-18; Mat., xxvi, 29). Tl résulte de là que Jésus participa au repas sacramentel ; il faut donc admettre qu'il

{i) Traduisons ce raisonnement en langage algébrique. L'aiguille met d'abord une heure & faire sa révolution. Le temps pendant lequel chaque

point du cadran est couvert par Taiguille en une heure, est de .

Divisons Pheure en n parties égales, et supposons que l'aiguille fasse

i h une révolution en — .A chaque révolution, chaque point du cadran

sera couvert par l'aiguille pendant un temps égal ■ ; et pendant la durée d'uue heure, chaque point sera couvert par l'aiguille durant un temps r= . Que n augmente tant qu'on voudra et même devienne

infini, cette quantité ne sera jamais, pour une heure, que 77^ "^.t^'

prit son propre corps dans ses mains, i'introdaisU dans sa bouche el le mangea; de sorte que sa bouche et son estomac renfermèrent son corps entier ; la partie contint le tout et dut élre plus grande que le tout. On dirait en vain que ta matière du corps a pu être condensée en un faible volume pour pouvoir se prêter à cette opération : un corps humain qui serait ainsi comprimé, ne serait plus lui-même; il en resterait seulement les parties matérielles qui le composaient, mais il aurait perdu et sa (orme et ses organes et Tharmonie de l'ensemble. Ce n'est pas ainsi que doit être défiguré le corps de Jésus- Christ, ce n'est pas un débris pétri, aplati et informe, que renferme le saint sacrement; mais c'est, comme dit i'Ëgllse, le même corps qui est né de la Vierge Marie et qui a souffert sur la croix (i). Donc ce corps devant occuper, conformément à la moyenne, un volume d'environ soixante quinze décimètres cubes, s'est trouvé renfermé tout entier dans la bouche de ce même corps, c'est-à-dire 'dans on espace de moinsd'un décimètre cube. Quand même Jésus ne se serait pas mangé lui-même, la difficulté, quoique devenue moins choquante, n'en conserverait pas moins sa force, puisque son corps entier se trouverait renfermé dans chacune des bouches des fidèles, c'est-àdire dans des espaces beaucoup moindres que celui qu'il occupe. L'absurdité est donc mathématiquement démontrée, et le grand mot de mystère ne peut suffire pour la faire accepter.

Dire qu'un morceau de pain n'est plus du pain, mais bien un corps humain, c'est insulter au bon sens de ses auditeurs. Vous prenez du pain, et à l'exemple de l'escamoteur qui, en soufflant sur une muscade, la ntétamorphose en ballon, vous prononcez des paroles magiques, puis vous me dites que le pain a disparu et est remplacé par le corps d'un homme. L'escamoteur du moins me fait voir et toucher du doigt le ballon qui remplace la muscade, et me permet de m'assurer ainsi de son habileté. Mais, avec vous, il est impossible de juger de l'effet miraculeux de vos paroles; (ont est resté dans le

(1) Voici le langage que FËglise adresse à Iliostîe : « Ave verum corpus fuUum dt Maria virginet verèpanum^ immoUUum in erucepro homine. »

(Office de la Féle-Dieu.)

même élat, je vois toujours du pain; je le toucbe, je le pèse, Je le goûte ; toujours du pain, rien que du pain. Et pourtant vous voulez que je croie que tous mes sens me trompent et que Je suis dupe d'une série d'illusions; Je me figure voir du pain, et j'ai sous les yeux le corps d'un homme aussi grand que moi ; je me figure palper une petite galette du poids d'un gramme à peine, et du volume d'un millimètre cube, et je tiens entre mes doigts un corps pesant soixante quinze kilogrammes et d'une stature d'un mètre soixante centimètres; mon palais constate le goût fade du pain azyme, et cependant c'est de la viande crue el des os que je broie, que je déguste et que J'avale; mon estomac n'accuse que la réception d'une matière insensible, et pourtant il vient de se charger d'un poids égal à celui de tout mon corps. Si je puis ainsi être égaré par le témoignage de tous mes sens, je dois renoncer à toute espèce de certitude et me défier de toute sensation comme d'un piège.

Ce qui constitue une chose , c'est l'ensemble des qualités qui la caractérisent. Dire d'une matière qu'elle a l'aspect du pain, le goût du pain , l'odeur du pain , etc., en un mot, qu'elle offre toutes les propriétés physiques et chimiques du pain..., et ajouter que cependant ce n*est pas du pain, c'est commettre une logomachie ridicule et divorcer avec le bon sens.

Dieu est partout : donc il ne peut être contenu dans un lieu particulier. Les êtres finis peuvent seuls occuper un lieu déterminé. L'être Infini remplit l'immensité de l'espace et ne peut être dans un lieu plutôt que dans un autre. Donc Dieu n'est pas contenu dans les hosties et n'est pas dans les hosties plus qu'ailleurs (1).

Et pourquoi Jésus-Christ yiendralt-il s'y renfermer? C'est pour se faire manger. Mais dans quel but? Manger un corps humain» c'est quelque chose de hideux et de repoussant, c'est une action que ré-

(I) Dans la plupart des passages de la Htorgie, on ne considère comme présent dans reocharistie que Jésus-Christ, cVst-ft-dire Dieu le Fils. Mais dans les commandements de PÉglise il est dit : Ton Criaieur tu recevras au moins à Pâques humblement i on y comprend donc Dieu le Père. Saint François de Sales asaure que la sainte Trinité tout entière y est par coneomiiance {conduite pour la communùm). Ainsi Ton mange les trois personnes divines.

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