III. i
seur aura obtenu d'eux tous los éclaircissemenls et aura amené, au besoin, les aveux au moyen de questions adroitement faites, il en résulte que le prêtre se croit obligé en conscience d'Interroger sur tout ce qui peut être un sujet de chute. Il fera donc aux jeunes ûtles et aux femmes mariées des questions multipliées afin de savoir si elles ne seraient pas coupables de quelques uns de ces péchés dont il a si bien étudié le catalogue; il ternira leur pudeur en leur dévoilant des secrets qui ne sont connus que des libertins , en leur présentant ces tableaux de luxure dont sjbs maîtres l'ont entrenu avec tant de complaisance; il voudra pénétrer dans les mystères du lit conjugal, il s'enquerra si la femme rend ce qu'elle doit et si elle ie demande {an debitum reddat, an petal) (1), comment les choses se passent, si l'on emploie silum naluralem^ vel contra situs innaturalesy s'il ne se commet aucune fraude contre la génération ; il corrompra ainsi sa pénitente sous prétexte de travailler à sou salut; il la familiarisera avec des dérèglements qu'elle n'eût jamais connus, peut-être ailumera-t-il chez elle des désirs impudiques. Souvent ses questions indiscrètes jetteront le trouble entre deux époux bien unis; s'il prétend condamner, sous peine de refus d'absolution, ce qui avait été jusque-là pratiqué entre eux, si, conformément à ses manuels, il prononce des interdictions pour certains jours<«t certaines époques (S) , si en un mot il applique les règles de la diaconale , le mari verra tout à coup sa femme changer de dispositions à sou égard, il ne saura à quoi attribuer ce refroidissement; c'est qu'un ennemi invisible pour lui aura jeté un brandon de discorde; c'est qu'un autre que lui possédera l'âme de sa femme, el au nom de la religion y régnera sans partage; c'est que la communauté de sentiments sera rendue impossible entre les deux époux , parce qu'ils appartiendront à des mondes différents, l'un vivant de la vie du siècle, et l'autre subjugué par les exigences de la vie dévote. Ces causes de dissensions intérieures sont permanentes ; elles nous menacent tous, elles ont été plus d'une fois dévoilées ; un
(i) I Cor., VII, 5.
(2) Liguori défend l'usage du mariage pendant la grossesse, les jours de comuiuniou et les grandes fêles de Tannée (liv. VI, n«* 922, 923).
écrivain du premier mérite (i) a rail ressortir avec éloqueDce les vices de l'influence du prêtre sur la femme. Comlûen de temps encore restera-t-on sourd à la voix de la vérité ? Comment la divulgation des livres des casaistes n'est-elle pas Tarrét de mort de la ronfession ? Comment les pères de famille peuvent-ils voir tranquillement leurs femmes et leurs filles aller chercher des leçons de morale auprès des élèves des Liguori et des Bouvier ?..•
g 8. — Du repos des fêtes et dimanches.
L'institution d*un jour périodique de repos a pu, dans les temps anciens, être justifiée par d'excellentes raisons. A une époque oà les travaux manuels étaient exécutés par des esclaves qui n'en tiraient aucun fruit, ce fut une pensée vraiment humaine que de suspendre de temps en temps les fatigues de ces infortunés ; le législateur, en s'inlerposant entre le maître et l'esclave pour atténuer la masse de misère qui pesait sur celai-ci, rendait un immense service à la classe la plus nombreuse et la plus malheureuse de la société ; il la dotait d'un bien inestimable, le repos, c'est-à-dire, ane liberté temporaire; le fouet était déposé, la chaîne ne se faisait plas sentir; quelques moments heureux pouvaient du moins succéder à une série de tourments. Le maître lui-même y trouvait avantage; car l'esclave, après avoir réparé ses forces par le repos, ne se trouvait que plus propre à de nouveaux travaux.
Ces motifs ont perdu beaucoup de leur force depuis que l'esclave émancipé est devenu l'ouvrier libre. Il n'appartient plus à un maître, il dispose seul de son temps et de ses bras ; mais aussi, personne n'a plus d'obligation envers lui; il doit donc trouver, dans ses propres ressources, de quoi subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Toute interruption de travail est donc meurtrière pour lui et les siens. Quand l'esclave cessait de travailler, le maître n'en était pas moins obligé de le nourrir. Mais, quand l'ouvrier se repose, personne ne vient à son aide, et les besoins ne se font pas moins sentir. Pour qu'il pût se reposer, Il faudrait que le salaire de la semaine fut plus que suffisant pour son ejitrelien, et
(I) MicHELET, féC prêtre, la femme et la famille.
qu'un excédant fût réservé pour le dimanche. Mais, s'il en esl plusieurs qui peuvent ainsi faire des économies, il est certain que le plus grand nombre des ouvriers ne gagnent même pas le pain de chaque jour, et que la moindre interruption dans leur travail suffit pour tes condamner à la famine. Les résultais du repos périodique sont donc tout opposés à ce qu'ils étaient dans des sociétés autrement constituées ; si le sabbat était un bienfait pour Tesclave, le repos forcé du dimanche est funeste pour Touvrier qui se trouve par là privé du nécessaire et ne peut plus apporter à sa famille le maigre salaire qui la fait vivre. Ceux qui vantent les avantages du repos du dimanche, en parlent bien à leur aise et en gens qui ne manquent de rien. Mais ils oublient que la première loi, c'est de vivre. Sans doute, si tous les membres de la société trouvaient, quand ils le demandent, de quoi employer leurs bras et leur tête, et qu'une juste rétribution fût le fruit de leurs travaux, on pourrait parler de repos et de fêtes. Mais c'est une amère dérision que de prononcer ces mots devant des hommes dont la faim tord les entrailles. Si vous voulez qu'ils prennent part à vos fêles, commencez par leur assurer le pain quotidien; si, au contraire, vous n'avez rien à leur donner, ne leur interdisez pas du moins le travail, leur seule ressource; elle leur fait assez souvent défaut par des circonstances fatales que jusqu'ici Ton n'a pu prévenir, sans que vous veniez encore réduire le gagne-pain du pauvre. Tant que subsistera la misère qui pèse sur la majeure partie des populations, la loi du dimanche sera oppressive et barbare. L'Égise ne devrait au moins l'imposer qu'à ceux qui peuvent supporter l'interruption du travail. Les dimanches ne sont pas les seuls jours auxquels la loi ecclésiastique prescrive le repos ; il y a encore les fêles dont le nombre était autrefois considérable (i), et égalait, s'il ne surpassait celui des
(1) C'est ce qu'exprime fort joliment le savetier de Lafontaine.
Le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes), Le mal est que dans Tan s'entremêlent des jours Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêles ; L'une fait torl à l'autre ; et monsieur le curé De quelque saint nouveau toujours charge son prône.
(Liv. Vlll,fab. 2.)
dimanches. Le concordai passé en i802 entre le goavernement français et le saint-siége, en a réduit le nombre à qaatre ; mais on a permis que les anciennes fêtes continuassent d'être célébrées sous le nom de fêtes de dévotion ; il en résulte, surtout dans les campagnes, qu'une foule de gens n'ayant aucune idée de la distinction introduite par la nouvelle législation, regardent comme obligatoires toutes les fêtes pour lesquelles ils volent le clergé déployer ses solennités, et se croient tenus en conscience de ne pas travailler ; il s'ensuit une perte énorme pour eux et pour la société. Il est à regretter que Bonaparte, qui pouvait faire la loi, n'ait pas exigé que toutes les fêtes tombassent le dimanche.
Le commandement catholique n'exige pas la renonciation à toute espèce de travail, mais seulement aux œuvres serviles, c'està-dire, aux travaux pareils à ceux dont on chargeait les esclaves; les travaux regardés comme libéraux ne sont pas interdits. Il y a dans cette distinction une injustice criante; car ceux qui exercent les professions libérales, étant ordinairement pourvus des dons de la fortune, pourraient sans dommage subir une certaine interruption dans leurs occupations, tandis que ceux qui se livrent aux travaux les plus fatigants, sont ceux qui peuvent le moins se passer de leur salaire quotidien, et la plus légère perte peut suffire pour les plonger dans la misère. Les casuistes distinguent encore si le travail a lieu dans un but de lucre, ou seulement comme récréation; et la plupart, en l'interdisant rigoureusement dans le premier cas, le tolèrent dans le second (1). Ainsi, le dimanche, le tourneur de profession devra s'abstenir de tourner, tandis que l'homme de loisir pourra se livrer à cet exercice pour son agrément. Les riches ont encore ici tout l'avantage. Mais si un certain travail est licite par lui-même, il devrait l'être aussi bien pour les uns que pour les autres, et la considération du gain n'en change pas la nature. Si une distinction devait être faite, ce serait en faveur des artisans; car, quand ils se livrent aux travaux de leur profession, ce n'est pas pour leur satisfaction qu'ils le font, mais dans le but de soutenir leur famille, tandis que le riche, en exécutant ces mêmes travaux,
(i) Voyez LiccoRi, Tkeol, mor.^ Viv. III, no 272, tMfue ocf 286.