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n'agilqoe pour se procurer une jouissance à laquelle II lui serait facile de renoncer. L'Église semble donc avoir pris à tâche de grever les pauvres et de favoriser les riches en ne les privant d'aucun genre de satisfaction ; c'est toul le contraire des préceptes évangétiques {Esurientes implevit bonis, et divites dimisil inanes).
Les protestants qui se sont imprégnés de toute la sévérité de la loi judaïque, sont d'une exigence tyrannique en matière d'observation du dimanche ; ils interdisent ces jours-là, les spectacles, les concerts, les danses ; dans certains comtés de l'Ecosse et de l'Amérique du Nord, la circulation des voitures publique^ est interrompue, ainsi que le service de la poste; toute occupation est proscrite ; la journée entière doit être consacrée à prier et à lire la Bible; l'ennui est peint sur toutes les physionomies, un immense bâillement distend toutes les mâchoires ; on paraît persuadé que c'est là une offrande très-agréable au Seigneur que l'on suppose jaloux de tout ce qui peut procurer à l'homme quelques instants joyeux. Rien n'est triste et maussade comme les villes protestantes un dimanche; c'est à faire prendre en haine la religion. Les scru> pules puritains vont parfois jusqu'à la cruauté ; tel médecin absorbé par la méditation des saintes écritures, hésitera à venir au secours d'un malade, à moins d'urgence extrême. Ces nouveaux pharisiens oublient que leur maître opérait de fréquentes guérisons les jours de sabbat, et que, d'après lui, le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat ; ils sont esclaves de la lettre qui tue et méconnaissent l'esprit qui vivifie. Les prolestants méritent à cet égard plus de reproches que les catholiques qui du moins tolèrent le dimanche certains travaux et quelques divertissements.
Ce qui est profondément erroné chez les uns et chez les autres, c'est l'opinion que l'homme plaît plus à Dieu par l'oisiveté que par le travail. L'homme, au contraire, est fait pour le travail ; et quand il s'en acquitte, il accomplit la loi de sa nature et fait une œuvre sainte. L'oisiveté est un vice et ne peut jamais être un moyen de sanctification, mais plutôt une source de désordres.
Si l'homme a besoin de prendre baleine au milieu d'un labeur incessant, l'inaction n'est pas le moyen le plus propre à réparer ses
forces el à lui apporter du soulagement; car le repos absolu est un supplice. Mais Tbomme se délassera en passant d'un travail à un autre, surtout s'il a la faculté de ne se livrer qu'à des travaux de son choix. C'est ce qu'on peut observer chez les gens riches auxquels aucun travail n'est imposé ; ils adoptent des occupations qui flattent leurs goûts et s'y livrent parfois avec une ardeur extrême; ils ne regardent pas cela comme un travail, mais comme un amusement. Pourtant ils font exactement la même chose que le mercenaire; seulement Ils opèrent dans des conditions très-difTérenles. Le mercenaire est obligé, sous peine de mourir de faim, d'exécuter un travail qu'il n^a pas choisi, pour lequel il n'éprouve souvent aucun attrait; il opère habituellement dans des circonstances qui rendent le travail répugnant ; il fait constamment la même chose depuis le matin jusqu'au soir et depuis le premierjour.de l'année jusqu'au dernier. Vamateur, au contraire, ne fait que ee qu'il veut et quand il le veut. La même besogne qui pour le premier est une corvée monotone et nauséabonde, est pour le dernier un passetemps délicieux. L'attrait suffit pour cette métamorphose. Que tous les travaux soient organisés et rendus attrayants , ils cesseront d'être regardés comme une peine imposée à l'homme, mais plutôt comme une succession de plaisirs destinés à embellir la vie. Le repos ne sera plus invoqué alors comme une trêve à ses maux. Le repos du dimanche n'aura plus d'objet. Des fêtes pourront réunir les hommes, et des travaux intellectuels s'entremêleront aux travaux matériels; mais toutes les œuvres seront réputées nobles, parce que toutes seront utiles et conformes à la destinée humaine, aucune ne sera servile. En attendant- celte transformation, nous applaudirons de grand cœur à la loi qui accordera du repos au pauvre travailleur, mais pourvu qu'il reçoive, les jours de repos, son salaire habituel; autrement nous maudirons les efforts de la bigoterie pour amoindrir la ration déjà si exiguë de l'ouvrier.
§ 9. — Des bénédictioos.
La bénédiction est une cérémonie ou une prière ayant pour objet d'appeler la faveur divine sur des personnes ou sur des choses.
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Elle est fort employée dans l'Église romaine. Le clergé bénit loas les objets qui doivent servir au culte; il bénit plusieurs fois les assistants, pendant les offices, soit par une simple formule, soit en y ajoutant Taspersion de Teau; il bénit ceux auxquels il administre les sacrements ; il bénit les moissons ; il bénit des rameaux que les assistants se partagent et auxquels il attribue le don d'écarter les fléaux; il bénit les amulettes que doivent porter les dévots, tels que chapelets, scapulaires, médailles miraculeuses, etc. ; les pontifes bénissent avec un geste particulier toutes les personnes qui passent à leur portée; depuis quelque temps, ils ont introduit Phabitude d*inaugurer les chemins de fer par une bénédiction ; etc., etc.
Le clergé n'entend pas accomplir des cérémonies vaines et stériles; il attache donc une certaine efficacité à ses bénédictions, et prétend que les personnes et les choses auxquelles elles s'appliquent, si elles ne sont pas mises à l'abri de toute espèce d'accident, s'y trouventmoins exposées, et que les chances malheureuses qui auraient pu les atteindre suivant le cours ordinaire des choses, sont par là considérablement réduites; tel est le sens des formules qui sont prononcées. Il y aurait un curieux parallèle à établir entre les choses de même nature, bénites ou non bénites, afin de rechercher de quel côté II y a moins de sinistres; on pourrait juger par là de l'utilité pratique des bénédictions. Malheureusement, ce travail statistique n'a pas encore été fait, et les bénisseurs ne paraissent pas disposés à l'entreprendre; en général, les faits positifs et les chiffres sont peu de leur goût. En attendant, nous sommes en droit de douter des effets de la bénédiction, et nous pouvons nous référera ce que nous avons dit de la prière en général. Nous ne devons pas nous flatter qu'à la voix d'un homme. Dieu accourra docilement pour faire disparaître les causes de dommage, encouragera notre apathie en faisant notre besogne et en réparant nos imprudences; il ne dérangera pas ie cours de la nature pour nous dispenser d'intelligence, d'activité et de prévoyance. A peine le chemin de fer du Nord étaitil bénit et livré à la circulation, qu'une affreuse catastrophe arriva à Famponx. On pourrait citer des chemins de fer anglais qui, bien que privés de bénédiction, n'ont pas offert de semblable malheur, et tirer de ce rapprochement des inductions sur l'inutilité de la béné-
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diclion. Mais il vaul mieux chercher ane instruction dans l'accident de Fampoux. Beaucoup de fautes y avaient contribué; tracé défectueux, locomotives trop lourdes, vitesse excessive dans un endroit dangereux, etc. Dira-t-on que Dieu n'a pas fait son devoir parce qu'il n'a pas corrigé tous ces vices, pour empêcher un déraillement? Mais, à ce compte, l'homme n'aurait qu'à s'endormir dans une molle Indolence et à prier ou se faire bénir au lieu d'agir, appelant ainsi Dieu à prévenir et exécuter toutes ses volontés. Non, il n'en peut être ainsi; Dieu laisse à l'homme le soin de tirer parti des forces naturelles pour les faire servir à ses besoins et à ses plaisirs ; mais l'homme est responsable de ses erreurs et de ses fautes; toutes les bénédictions ne peuvent rien changer aux lois divines et Immuables.
Raisonnons dans l'hypothèse de l'efficacité de la bénédiction. Si les objets bénits sont moins exposés aux accidents, on ne conçoit pas que le bienfait de ta bénédiction ne soit pas étendu à toutes les choses ; ce ne sont pas seulement les chemins de fer qu'il faut bénir, mais aussi les routes, les chemins, les sentiers, les rues des villes, et en un mot tous les lieux où il peut arriver malheur ; il faut bénir les maisons afin qu'elles ne s'écroulent pas, les instruments des arts afin qu'ils fonctionnent bien et qu'il n'en soit fait aucun mauvais usage, les mets afin qu'Us nourrissent le corps et n'y causent ni in« digestion ni aucune autre maladie, les substances vénéneuses afin qu'elles ne servent qu'au bien de l'homme et ne soient Jamais employées contre lui, etc., etc. Il n'y a pas de raison pour laisser une seule chose sans bénédiction, puisque ce serait la maintenir avec toutes ses chances de mal, quand on peut les réduire et peut-être les annihiler. Le clergé, en omettant une seule bénédiction, se rend responsable de tout le mal qu'il aurait pu empêcher. Il ne pourrait s'excuser en disant qu'il n'est pas requis; c'est à lui à s'offrir spontanément et à bénir au besoin, même contre le gré des parties intéressées. Les prêtres, en ne bénissant que certaines choses et en laissant le reste imbénit, se conduisent comme s'ils avaient euxmême peu de foi dans leurs bénédictions. Sans doute, si le système de bénédiction était appliqué avec toutes ses conséquences et se généralisait, la tâche des prêtres serait extrêmement rude ; le nom-
brc (les choses à bénir en détail sérail lellcmeiil prodigieux, que la vie des prêtres se passerait tout entière à bénir, et encore seraitelle insuffisante. Mais, heureusement, on peut sortir de cet embarras à l'aide des bénédictions collectives qui s'emploient déjà. Ainsi le célébrant, au moyen d'une seule formule, bénit en bloc tous les assistants, quel que soit leur nombre; le pape bénit à la fols la ville et tout le globe terrestre {urbi et orhi)\ d'un geste il bénit une quantité considérable de chapelets,*médailles, agnus Dei, etc.; un évéque placé sur un point quelconque d'un chemin de fer, le bénit tout entier, quelle que soit son étendue. De cette dernière opération on peut conclure que les effets de ia bénédiction ne sont pas bornés à rétendue de territoire que le prêtre peut toucher ou embrasser de l'œil, mais qu'ils s'étendent aussi loin qu'il le veut, et que la portée de la bénédiction dépend de l'intention qui y préside. Elle pourrait donc embrasser le globe entier. Dès lors, la difficulté est résolue. Que le pape dont ia bénédiction surpasse toutes les autres en efficacité, bénisse une bonne fois le globe terrestre avec tout ce qu'il contient, et tout sera complet; il sera désormais inutile d'ajouter la bénédiction d'un simple prêtre ou même celle d'un pontife quelconque à celle du vicaire de Jésus-Christ; toute espèce de bénédiction sera donc à jamais supprimée. II en résulterait d'abord pour tous ceux, qui bénissent ou se font bénir, une économie de temps, qui n'est pas à dédaigner. Puis, ce qui est bien plu$ grave, les immenses avantages attachés à ia bénédiction en général, et spécialement à celle du pape, avantages qui maintenant sont renfermés dans un cercle trèsétroit, s'étendraient au monde entier, d'où il suit que la quantité des maux qui affligent l'humanité, diminuerait sensiblement. Quand on songe à tout le bien que le pape pourrait faire ainsi et qu'il ne fait pas, on peut à bon droit accuser sa cruauté.
Peut-être objectera-t-on à cette proposition philanthropique, que l'effet d'une bénédiction n'est pas perpétuel, qu'il s'affaiblit avec le temps, et que la cérémonie a besoin d'être renouvelée au bout d'un certain temps. Nou^ ne discuterons pas ce principe que semble démentir la pratique de l'Église ; un temple, une fois bénit, l'est pour toujours, sauf le cas exceptionnel de profanation ; on peut en dire autant desdrapeaux, des vaisseaux, des fontaines, des chapelets, etc.;
il n'y a que les personnes qui, peul-élre à cause du libre arbitre, recourent sans cesse à de nouvelles bénédictions. Peut-être aussi la matière, en changeant de forme et en donnant lieu à de nouveaux produits, perd-elle l'effet de l'ancienne bénédiction et a-l-elle besoin d'être rebénite. Mais il est facile d'obvier à ces difficultés. Il s'agirait d'établir à Rome un foyer incessant de bénédiction, qui rayonnerait sur toute ia terre et atteindrait toutes les personnes à chaque instant de leur vie, et tous les objets matériels au fur et à mesure de leurs transformations ; Il suffirait que le pape prît la peine de bénir le monde tous les matins, ou même quatre à cinq fois par jour; bien plus, si l'on objecte qu'il y a péril à laisser un intervalle de quelques heures entre les bénédictions, le pape, dont les moments sont précieux, n'aurait qu'à déléguer ses prérogatives à un certain nombre de prélats ou bénisseurs en titre, qui se partageraient les heures du jour, de manière que chacun d'eux fût de service pendant une partie de la journée et prononçât continuellement les bénédictions les plus énergiques en leur donnant la portée la plus large, et ue cessât qu'au moment où il serait remplacé par un autre, et ainsi de suite. Douze personnes feraient ainsi le travail réparti aujourd'hui en des milliers de prêtres, et le feraient infiniment mieux ; au lieu des bénédictions précaires et incomplètes, dont l'effet est disséminé sur quelques points privilégiés, une bénédiction vraiment humanitaire et élevée à sa plus haute puissance protégerait le monde et lui procurerait tous les avantages que l'homme peut obtenir de Dieu. Si le clergé n'adopte pas notre procédé, que devonsnous penser? C'est qu'il tient, non pas à appeler sur nous la faveur céleste, mais à se rendre continuellement nécessaire en multipliant les cas où les fidèles doivent recourir à son ministère.