III
Si4 EXAMEN DU CHRISTIANISME
qui veul lui ressembler {Manuel (VÉpictèt^, liv. II, p. 113, 114, éd. de Paris, 1798). Les véritables jours de fête pour loi, sont ceux où lu as surmonté une tentation, et où tu as cbassé loin de toi ou du moins affaibli l'orgueil, la témérité, la malignité, la médisance, l'envie, l'obscénité des paroles, le luxe, ou quelqu'un des autres vices qui te tyrannisent. Gela mérite bien plus des sacrifices, que si ta avais obtenu le consulat ou le commandement d'une armée (id., liv, IV, p. 472). — Le sage est celui qui honore réellement Dieu. Seul pieux, seul véritablement prêtre, Il est le seul qui sache prier; car Dieu n'écoute point celui qui est chargé du bien d'aulrui. La vertu est le plus grand des dons de Dieu. On ne l'honore point par des victimes, ni par des offrandes, mais par de saintes pensées et les sentiments pieux qui nous unissent solidement à lui. Quelque chose qui vous occupe, si vous vous souvenez toujours que Dieu est présent, qu'il vous voit; si dans vos actions ou vos prières, vous respectez sa présence, il habitera au fond de vos cœurs. S'appuyer sur Dieu, c'est l'unique force. On ne peut l'aimer quand on aime son corps et les voluptés et les richesses. Le voluptueux est l'esclave du corps, et dès lors avide de richesses. Celui qui est avide de richesses, devient nécessairement injuste, c'est-à-dire Impie envers Dieu et inique à l'égard des hommes. Quand II sacrifierait des hécatombes, il serait plus que jamais impie, abominable, athée, sacrilège. Fuyez donc le voluptueux comme un homme exécrable, comme l'athée. L'homme chaste et pur est la demeure la plus agréable à Dieu (Déhophilb, Sentences de Pythagore, p. 26- 42, éd. de 1754). »
« Mortels, il est un Dieu que les pères de nos pères ont nommé le commencement, le milieu et la fin de tous les êtres. A ses côtés marche éternellement la justice qui punit les violateurs de la loi divine. L'homme prédestiné au bonheur, s'attache k elle et suit avec humilité la trace auguste de ses pas, tandis que l'insensé, aveuglé par sa passion, se trouve bientôt sans Dieu, sans vertu, renverse tout, et après avoir joui un instant d'une fausse gloire, victime réservée aux coups de la justice inévitable, se perd l)ii^ même avec sa famille et sa patrie... Ainsi, que doit penser, que dpU faire le sage? Toutes ses pensées, tous se3 «ffort^ se toumeol veri»
Dieu; c'est de lui qu'il faul élre animé, c'est lui qu'il faut suivre. Il n'est qu'une route, et la raison des anciens peuples nous l'a déjà tracée; on plaît à qui i*on ressemble; or, Dieu est le souverain bieuy et devant lui toutes nos perfections disparaissent. Il faut donc, pour lui plaire, chercher à lui ressembler en faisant ie bien. Si l'on fait le mal, on s'éloigne de lui, ou reste seul, et la justice est outragée. Cette distinction nous conduit à une belle et grande vérité : l'homme juste, en s'approchant des autels, en communiquant avec les dieux par les prières, les offrandes et toutes les pompes du culte religieux, fait une action noble, sainte, utile à son bonheur et conforme en tout à sa nature. (Platon, De legibus, liv. IV; opéra, t. Vlî, p. 185, 186, éd. Bipont.). »
S 2. — De la Trinité.
La Trinité, Inconnue des Juifs, se trouve dans un grand nombre de systèmes religieux, antérieurs au christianisme.
Les Égyptiens admettaient un Dieu unique, qui suivant la manière dont on le considère, est successivement Pirômi, l'être qui ne s'est pas eucore révélé, Knef, le créateur ou premier démiurge, Fta, la lumière, second démiurge, principe actif de la création, et Fra, le soleil ou l'incarnation de la lumière; ces divers aspects de Dieu deviennent des personnifications, et Knef, Fta et Fra forment une trinilé divine qui n'exclut pas l'unité (GhahpoliiIon-Figeac, PÉgypte ancienne; Biographie Michaudy partie mythologique).
On lit dans Suidas que l'oracle de Sérapis dit à Thulis, roi d'Egypte : « Dieu, le Verbe et l'Esprit qui les unit, tous ces trois ne sont qu'un ; c'est ie Dieu dont la force est éternelle. Mortel, adore et tremble; ou tu es plus à plaindre /que l'animal dépourvu de raison. »
Chez les Indiens, Brahm, ou l'Être par excellence, l'éternel, l'Illimité, l'absplu se scinde eu une trinité (en sanscrit Trimourti); elle se composa de trois prineipes, le eréaieur ou Brahma, le conservateur ou Viebnou, et Ja modificateur (ou destructeur) appelé Siva. Pour fBire eonaprendre la multiplicité dans l'unité, les Indiens ont recours aux trois angles d'«n tj'iangle, à celle des trois éicorces de Farbre de vie, etc. Kreuzcr qui avait fait une étude approfondie des
religions orientales, rend compte ainsi du système indien : < Jusque dans ses émanations dernières, cette double trinité (mâle et femelle) témoigne de sa haute origine qui est l'unité considérée elle-même dans sa première émanation, dans la dualité des sexes partout reproduite. Ses pouvoirs, ses facultés, ses opérations, bien que distinctes, se croisent, se combinent, se permutent entre eux de mille manières. Ce sont les trois couleurs d*un même rayon, les trois rameaux d'une même tige, les trois formes d'un même principe; car cette définition des mots en dirait assez quand même les représentations symboliques ne viendraient pas en foule à l'appui; Très sdnt et hi très UNDM suifT {Symbolique, trad. de Guignant, 1. 1, p. 157, 158; Bio^ graphie Michaud, t. LUI, v« Brahma),
Les Chinois ont aussi leur trinité, comme on peut s'en assurer par le livre de Lao-Tseu, composé plus de six siècles avant l'ère chrétienne : c La raison a produit un; un a produit deux, trois a produit toutes choses... Celui que vous regardez et que vous ne voyez pas, se nomme I; celui que vous écoutez et que vous n'entendez pas, se nomme^i; celui que votre main cherche et qu'elle ne peut saisir, se nomme Weï. Ce sont trois êtres que Von ne peut comprendre et qui confondus n'en fontqu^un. Celui qui est au-dessus, n'est pas plus brillant; celui qui est au-dessous, n'est pas plus obscur. C'est une chaîne sans interruption, qu'on ne peut nommer {Mémoires sur la vie et les opinions de Lao Tseu, par Âbei Rémusat, pages 30, 31, 40; Paris, 1823).»
Chez les Perses, Zoroastre dit que dans tout l'univers brille la Trinité dont l'unité est le principe (oracles de Zoroastre cités par Beausobre). Suivant le même auteur, les Chaldéens ont connu une espèce de Trinité composée de Dieu le Père qui a seul l'existence par lui-même, de VEsprit pur ou Nous, et de VAme {Histoire du Manichéisme, t. II, p. 348).
Les missionnaires jésuites ont trouvé la Trinité au Thibet; on y donne à l'Être suprême les titres de Kon-Ciodk, Dieu unique, et de Kon-Cio-Sum, Dieu triple; en disant le chapelet, on prononce les mots om, ha, hum, c'est-à-dire intelligence, bras, puissance, oa parole, cœur, amour. Ces trois mots sont un des noms de la divinité {Lettres édifiantes, t. XV).
Platon expose dans ses ouvrages un syslème de Trinité qu'il avait probablement puisé dans la théologie égyptienne; il admet trois hypostases ou façons d'être de la divinité; la première est le Dieu suprême, auteur de tout; c'est le Père; la seconde qu'il appelle Verbe (X<5y«k) et le Fils unique (fiovoyeviiç), est l'intelligence divine, le démiurge par lequel Dieu a créé le monde; le troisième est V Esprit ou âme du monde {Timée). Les premiers Pères ne (alésaient aucune difficulté de reconnaître l'extrême ressemblance des idées de Platon avec celles de l'Église. Saint Justin dit que Platon connaissait la Trinité et la distinction du Père, du Fils et du Saint- Esprit, et il pense que Platon a tiré ce dogme de quelques passages de Moïse qu'il a défigurés {ApoL i, n« 60). Le prince des philosophes, à la vérité, est loin d'avoir exposé ses conceptions avec toute la clarté désirable; et d'après ce qu'on peut en saisir, elles ne sont pas exactement conformes à la doctrine catholique. Mais il n'en est pas moins vrai que chez lui se trouve l'idée fondamentale de trinité dans l'unité, les noms et les attributions spéciales des personnes divines, ainsi que leur rang : c'est plus qu'il n'en faut pour prouver le plagiat des chrétiens. On peut voir à ce sujet le Platonisme dévoilé; Lbclsrc, Art critique, II* partie, sect., % ch. ii, n<» 41 ; le même, Prolégomènes de V Histoire ecclésiastique, sect., 2, ch. ir, et t. X de la Bibliothèque universelle ; Brvckbr, Histoire critique de la Philosophie, t. I,p. 167; Mosheim, Histoire ecclésiastique, et Note sur le syslème intellectuel de Cudworth, ch. iv, v. 16; Hubt, Quœst, alnet, liv. II, ch.iii; et surtout Duphis, Origine des cultes, religion chrét,, ch. m.
Eusèbe convient que les philosophes grecs s'accordent avec les docteurs hébreux sur la génération du second principe et sur sa consubstantialité avec le premier, et que la Trinité ou le triple principe, Père, Fils et Saint-Esprit, se trouve non seulement dans la doctrine des Hébreux, mais encore dans Platon d'une manière énlgma tique; il cite la lettre de Platon à Denys, et il ajoute que tous ceux qui ont expliqué ce passage sur les trois principes, ont entendu le premier de Dieu, le second de l'intellect son fils, et le troisième appelé rame, de l'esprit universel {Préparation évangélique; ch. xx). Saint Augustin dit qu'un docteur platonicien ayant lu le
commeoeement <le l'Evangile de saint Jean, y reconnut Platon tout pur et voulut qu'on gravit partout ce passage en lettres d'or; ia seule chose qui l'arrêta, c'çst le Verbum caro factumest(DecivUate Dei, llv. X, eh. xxix). C'est que si les chrétiens avaient emprunté de Platon la Trinité, l'inearnation avait une autre source.
Parmi les apologistes modernes du christianisme, qui ont soutenu à ce sujet la même doctrine que les Pérès, nous citerons La Mennais (Essai sur Vindifférence) et M. Nicolas (II« partie, ch. xi, p. 107 de la 7* éd.). Voici comment s'exprime ce dernier : c Platon semble indiquer la Trinité dans le TiméCy VEpinomis, et dans une lettre à Denys le jeune ; il énonce le Verbe de ia manière la plus claire. Selon lui, le Verbe très-divin a arrangé l'univers et l'a rendu visible. Il avait emprunté le dogme de la Trinité à Tlmée de Locres, qui le tenait de l'école italique. Les pythagoriciens avouaient l'excellence du ternaire; le trois n'est point engendré et engendre toutes les autres fractions ; d'où il prenait dans l'école pythagoricienne la qualiûcation de nombre sans mère. Les stoïciens professaient la même théologie, ainsi que le remarque Tertuliien qui cite Zenon et Cléanlhc. Dans l'Inde, dans la Perse, dans l'Egypte, cette triple unité se retrouve dans toutes les dégradations du théisme, et toujours le Verbe, sa parole, le Logos, comme la plus haute manifestation de l'esprit divin. Enfin les missionnaires anglais croient avoir retrouvé la Trinité jusque dans la religion des sauvages d'O-TahiU. »
g 3. — De rincarnation divine.
Rien n'est si commun, dans les mylhologies anciennes, que de voir des dieux qui, comme Jésus-Christ, se rendent visibles sous une forme humaine. Tantôt ils prennent et quittent subitement celte forme, sans passer par les diverses phases de la croissance ; tels sont Jupiter et Mercure quand lis prennent un repas chez Philémon et Baucis ; tels Jehovah et ses deux compagnons quand ils dînent chez Abraham et Sara. Tantôt ils s'incarnent à proprement parler, c'està-dire qu'Us s'enferment dans un germe humain et consentent à subir, pendant un certain temps , loutes les conditions qui régissent le dé-
veloppement de la vie chez i'homine. Jésus-Christ, en adoplaot ce dernier mode, ne fail que suivre les nombreux exemples qui lui avaient été donnés, depuis bien longtemps, par les dieux Indiens. Brahma, la première personne delà Trinité indienne, se manifeste successivement sous les traits du corbeau-poële Kakabhousonda et des poëtes révélateurs Valmiki, Vlaça-Mouni et Kalidâça. Mais les incarnations de Vichnou, seconde personne de la Trinité, sont bien autrement célèbres; il se manifeste d'abord en animal, sous les formes de poisson, de tortue, de sanglier et de lion. Si la raison peut se trouver choquée de cet abaissement de la nature divine, les Indiens nous répondent que du moins Vichnou, sous ces diverses formes, remplit des missions de la plus haute importance pour le salut de Tunivers, tandis que la troisième personne de la Trinité chrétienne, le Saint-Esprit, ne prend la forme d'une colombe que pour assister silencieusement au baptême de Jésus, et, par conséquent, son apozôose est beaucoup moins justifiable. A partir de la cinquième incarnation ou Avatar, Vichnou ne paraît plus que sous la forme humaine, et ses diverses apparitions présentent un caractère de plus en plus élevé; il est successivement Vamana, Paraçou- Rama, Rama, Krichna et Bouddha. C'est surtout sous les traits de Krichna qu'il peut être regardé comme le modèle de Jésus. Voici comment Kreuzer définit sa mission d'après les livres sacrés de l'Inde : « Vichnou, second membre de la Trinité indienne, est descendu sur la terre par un sacrifice dont lui seul était capable, pour la sauver d'une perte trop certaine. Il s'est soumis à toutes les faiblesses, à toutes les misères de l'humanité, à une mort cruelle pour combattre l'empire du mal et relever l'empire du bien. Il s'est fait pasteur, guerrier et prophète pour laisser aux hommes, en les quittant, un modèle de l'homme. Mais il n'en est pas moins le Dieu par excellence , le représentant de l'Être invisible duquel il a reçu sa mission, puissant comme lui, bon et miséricordieux comme lui, répandant ses grâces, même sur ses ennemis, et n'exigeant de ses adorateurs que la foi et l'amour, qu'un culte en esprit et en vérité, que le désir de lui être uni, le mépris de la terre et l'abnégatioh d'euxmêmes. Lui seul fait les véritables Saints, lui seul peut donner le moukli ou la bénédiction éternelle; car il est Naraïm, il est Bagha-
van, il est Brâbm, il réside au centre des mondes, et tous les inondes sont en lui, il est l'unité dans le tout. »
Ce n'est pas seulement par la nature de sa mission, que Krichna est le type de Jésus, c'est aussi par les traits les plus saillants de sa vie, et même, chose singulière, par la ressemblance des noms, comme on peut s'en assurer par ce parallèle :
Viehnou s'incarne sous le nom de Krichna chez les Jadous.
Krichna a pour mère la belle Dévaki, princesse de la race royale, qui reste toujours vierge (i).
Le roi Kansa informé par les oracles, que l'enfant qui naîtrait de Dévaki , lui ravirait le trône et la vie, envoie des sicaires pour l'égorger. L'enfant - Dieu naît à minuit, au bruit des instruments célestes que font vibrer les Kinnaras, ce qui étourdit les farouches soldats. Kansa, pour envelopper son futur antagoniste dans une catastrophe commune à tous, ordonne un massacre général des enfants en bas âge. Dévaki, pour préserver son enfant, se confie au roi pasteur Nauda.
Krichna met à mort les géants ennemis de la race humaine.
Il prend le titre de roi que lui contestent ses ennemis.
Le Fils s'incarne sous le nom de Christus chez les Judœi (loudaïoï).
Jésus-Christ a pour mère Marie, issue de David, et qui reste vierge.
Le roi Hérode se trouble en apprenant parles oracles , qu'il est né un enfant qui doit devenir roi des Juifs. Pour être certain de l'atteindre, il ordonne le massacre de tous les enfants au-dessous de deux ans. L'enfant divin naît à minuit; sa naissance est saluée par des concerts des anges; sa mère le sauve en fuyant dans un royaume étranger.
Christ chasse les démons et annonce qu'il va anéantir leur puissance.
II prend le titre de roi des Juifs qui devient contre lui un chef d'accusation.
(I) D^autres traditions donnent un père h Krichna ; Kansa fait égorger les enfants de sa sœur au moment de leur naissance. Sept avaient déjà ainsi été mis à mort, quand Dévaki devint enceinte de Krichna.
SSl
Il fait son entrée solennelle à Malboura.
Il confie les Irésors de sa doctrine au docile Ardjouna (le disciple par excellence).
Ses persécuteurs trament des complots contre lui.
Il expire cloué par une flèche sur un arbre duquel il prédit les désastres qui vont ensanglanter le KalhJouga (âge noir).
Krichna, après avoir accompli sa mission terrestre et avoir donné à ses disciples les instructions qui devaient guider l'huma- Dite à travers les âges , remonte à son séjour de gloire, au milieu des nuées lumineuses (1).
II fait son entrée solennelle à Jérusalem.
Il confie son enseignement à Jean, son disciple chéri.
Ses persécuteurs trament des complots contre lui.
II prédit, peu de temps avant sa mort, les désastres qui vont accabler son pays; Il meurt cloué sur un bois.
Christ, après avoir accompli sa mission terrestre, et avoir donné à se^isciples les instructions qui devaient guider Thumanité à travers les âges , remonte à son séjour de gloire, au milieu des nuées lumineuses.
Toutes ces ressemblances ne peuvent être l'effet du hasard; évidemment une des légendes est la mère de l'autre; et la question de priorité ne peut être douteuse , puisque les aventures de Kricbna sont chantées dans le Mahabharata, poëme sanscrit d'une haute antiquité. Ce sont donc les auteurs du christianisme qui ont copié la mythologie indienne, à laquelle ils ont mêlé une foule de traits empruntés à plusieurs autres mytbologies ; de cette composition est née la mythologie chrétienne.
Le Bouddha indien naît aussi d'une vierge dont le mari n'était, comme Joseph, que le gardien de sa chasteté. Mahamaia, quoique vierge, conçut par l'influence divine et mit au monde un fils qu'elle avait porté trois cents jours dans son sein ; ce fut Bouddha ou Chakia-Mouni (2).
Les morts et les résurrections des dieux ne sont pas rares dans les anciennes légendes. Nous venons de voir Krichna passer par ces deux phases. Nous allons en citer quelques autres exemples.
(1) Biographie Michaudj i. LIY, v« Krichna.
(2) L'abbé Hue, VEmpire chinois, t. II, p. 218.
ââi EXAMEN DU CHRISTIANISME
Chez les Grées, Promélhée est un Dieu rédempleur qui, comme Jésus, se dévoue pour le salut des bommes. Voici comment il s'exprime dans Eschyle [Prométhée] : « Voyez comme les Dieux traitent un dieu, à quelles déchirantes tortures je suis en proie, et pour des milliers d'années... Malheureux ! C'est pour avoir favorisé de mes dons les mortels, que je suis attaché à ces longs tourments. J'ai ravi au ciel, j'ai apporté sur la terre une étincelle de ce feu, devenu pour ses habitants le principe de tous les arts, la source de mille avantages. Voilà le crime que j'expie, suspendu dans les airs, cloué à cette roche... J'avais tout prévu; c'est volontairement, oui, volontairement que j'ai faiiji. Je ne le nie point. Pour secourir les mortels^ je me suis perdu moi-même (v. 263-275). » — c N'est-it pas bien extraordinaire, dit à ce sujet M. Patin, de trouver chez un poète païen cette idée sublime cPun Dieu qui s^offre lui-même en sacrifice pour Phomme ? Des Pères de l'Église (i) en ont été si frappés qu'ils n'ont pas craint d'y voir une sorte de pressentiment des plus grands mystères de la religion (Études sur les tragiques grecs, 2« éd. 1858, 1. 1, p. 267, 268). »
Quand les Géants escaladent le ciel et mettent en déroute la cour céleste, Jupiter s'embarrasse dans les innombrables anneaux des serpents qui formaient l'extrémité Inférieure du corps de l'énorme Typhoë, et tombe; un glaive lui coupe le corps en mille morceaux qui sont enveloppés dans une peau d'ours au fond d'un antre, en Cilicie, sous la garde du dragon Delphine. Mais Ëgipan et Mercure dérobent la peau d'ours qui contenait ces débris Inanimés, les soudent ensemble, leur communiquent l'élincelle vitale ft enfin placent le dieu ressuscité dans un char ailé {Biographie Michaud, Mythologie , t. LIV, v Jupiter), — Hercule, consumé par le feu , puise dans le bûcher une nouvelle vie et s'élance glorieux vers l'Olympe. — Bacchus, mis en pièces par les géants, meurt, descend aux enfers et ressuscite; c'était la doctrine enseignée dans les mystères (Macrobe, In somnium Scipionis, liv. I, ch, xii). — Esculape est foudroyé par Jupiter qui ensuite le ressuscite et le place au rang des dieux.
(1) Tertullien, Contra Marcionenij liv. I> ch. i; Apol.y ch. xviii.
EXAMEN DU CHRISTIANISME âid
Chez les Égyptiens, Osiris périt enfermé dans an coffre d*où son corps n'est extrait que pour être coupé en quatre morceaux par son ennemi Trypiion. Mais ensuite il ressuscite et s'unit à son épouse Isis dont ii a Harpocrate {Biographie Michattd, Mythologie y l. LV, V" Osiris; Plvtarque, d^Isis et Osiris), Horus (i'Apollon des Grecs) subissait également ia mort; sa perte causait un deuii profond, puis Ii était rendu à la vie.
Atys (ie dicu-soleii de Pbrygie) meurt et ressuscite au bout de trois jours. Des fêtes se célébraient chaque année en son honneur. Elles commençaient ie24 mars (jour de l'équinoxe du printemps), et duraient trois jours. Le premier jour était consacré au deuil ; on venait se prosterner devant l'image du dieu mis à mort ; on montrait la large plaie qu'il avait reçue; on versait des larmes; on poussait des cris plaintifs ; le second jour avait un caractère ambigu : on faisait entendre une musique sauvage dont les sons graves et sourds semblaient participer de la douleur et de l'espérance ; enfin le troisième jour, Atys était retrouvé, la joie ne connaissait plus de bornes, des chants de triomphe retentissaient partout. — Adonis, le dieusoleil de la Phénicie, éprouve un sort semblable à celui d'Alys ; la commémoration de sa mort et de sa résurrection donnait lieu à des fêtes semblables, mais beaucoup plus célèbres, et son culte était beaucoup plus répandu. La première partie de ces fêtes était consacrée à la tristesse (Bion, IdylL I); les Juifs n'ignoraient pas ces solennités, car Ëzéchiel reproche aux femmes Israélites de verser des pleurs sur Thammouz (Ëzéch., viii, 14), qui n'est autre qu'Adonis. Une procession magnifique où tout respirait la tristesse, ouvrait la cérémonie ; on se rendait auprès d*un catafalque où des femmes étendaient de riches tapis de pourpre ; on y couchait ensuite une statue d'Adonis pâle comme si la mort venait de le frapper, et sur son corps se faisait remarquer une plaie sanglante. La douleur d'Astarté était rendue presque sous les mêmes traits que celle de la Vierge en présence du cadavre de son divin ûls< Les femmes éplorées se livraient aux démonstrations les plus bruyantes de la désolation. Vers le déclin du jour, on procédait à l'ensevelisscment solennel du dieu. Mais ie surlendemain, les prêtres annon-
çaient que le dieu perdu était retrouvé, et à la tristesse succédait tout à coup la joie la plus vive (1).
Que l'on compare tout ce cérémonial avec celui qui se pratique cliez les catholiques pendant la semaine sainte. C'est à la même époque de l'année, à l'équinoxe du printemps (Pâques a lieu le dimanche qui suit la pleine lune qui vient après l'équinoxe); le vendredi saint, jour de deuil, on pleure le Dieu mis à mort, on porte processionneilement sa statue livide et couverte de plaies ensanglantées; les dévots viennent baiser respectueusement ce corps inanimé ; le soir, l'ensevelissement du Dieu se célèbre dans les cliapelles ardentes; le lendemain, samedi saint, est un jour ambigu, l'office conserve une teinte de tristesse, mais déjà le retour des cloches annonce bruyamment les joies du lendemain; enfin, le troisième Jour, l'Eglise déploie toutes ses pompes pour célébrer le Dieu ressuscité, et fait entendre des chants d'allégresse.... Peut-on voir une ressemblance plus frappante? N'est-il pas évident que le christianisme, en s'appropriant les dogmes et les cérémonies des anciens, n'a eu que le nom à changer, et que si les prêtres d'Atys ou d'ÂdonIs revenatient aujourd'hui et se trouvaient témoins des cérémonies de la semaine sainte, ils croiraient revoir leur Dieu et leur culte.
Mithra, dieu-soleil de la Perse, naissait dans une grotte, à minuit, le jour du solstice d'hiver, comme Jésus; comme celui-ci, il mourait et avait son sépulcre près duquel on venait verser des larmes; ses prêtres le portaient pendant la nuit au tombeau; il était étendu dans une litière. Cette pompe était accompagnée de chants funèbres et des gémissements de ses prêtres qui, après avoir donné cours à leur douleur, allumaient le sacré (lambeau, s'oignaient la figure de parfums; l'un d'eux prononçait ces paroles; «Rassurez-vous, troupe sacrée des initiés; votre Dieu est ressuscité; ses peines, ses souffrances vont faire votre salut (Firmigus, Deprofan. relig. ; Dupuis, Orig. des cultes, christianisme, ch. ii).
(1) Plutarque, Ttef d'Aleibiade et de Nicias; Lucien, De la Déesse de Syrie, § 5$ De Sainte-Croix, Mystères du paganisme, sect. VMl, art. 1 ; Dupuis, Origine des cultes, liv. III, ch. xii, xiii; Biographie Michaud, Mythologie, aux mots Atys et Adoni»\ Salvador, Jésus et sa doctrine, t. Il, p. 152, note; Alfred Madrt, Des religions delà Grèce, t. III.
L'abbé Hue, missionnaire, qui a visilé loule l'Asie orienlale, dil que l'Idée d*une rédemption humaine par une inearnation divine est générale et populaire chez les bouddhistes qui donnent à Bouddha ie titre de Sauveur des hommes; il ajoute que la naissance merveilleuse de Bouddha, sa vie et ses enseignements renferment une grande conformité avec le christianisme {le Chrislianisme en Chiney 1. 1, p. 361, 362). Le même écrivain fait les observations suivantes : « Lorsque l'Évangile a été successivement propagé chez tous les peuples de la terre, la religion du Christ n'a excité nulle part aucun étonnement (4), parce qu'elle avait été prophétisée en tous lieux et qu'elle était universellement attendue. La naissance d'un homme-Dieu^ une incarnation divine^ voilà la croyance, la foi de l'humanité, ie grand dogme qui s'est retrouvé sous des formes plus ou moins mystérieuses dans les vieux cuites et parmi les traditions les plus anciennes {id.^ 1. 1, p. 1). »
§ 4. — De rimmortalité de rame.
Tous les anciens peuples ont cru à l'immortalité de Tâme, au jugement de l'homme après sa mort, aux récompenses pour les bons, aux châtiments pour les méchants. C'est là un point historique incontestable et dont les preuves surabondent. La Mennais a rassemblé un grand nombre de documents {Essai sur V indifférence, IV« partie, ch. vu), pour prouver l'existence de celle croyance chez les Égyptiens, les Chaldéens, les Perses, les Indiens, les Chinois, les Japonais, les Grecs, les Romains, les Thraces, les Gèles, les Gaulois, les Germains, les Sarmales, les Scythes, les Bretons, les
(1) Voilà un prêtre catholique qui met en avant un système diamétralement opposé à celui qu'ont soutenu la plupart des auteurs ecclésiastiques, et d'après lequel le chrislianisme devait révolter les peuples par sa prodigieuse étrangeté et par son apparente absurdité, à tel point que, suivant saint Augustin, son acceptation ne peut s'expliquer que par une suite de miracles (votr ci-dessus ch. x, § 3); aujourd'hui, au contraire, on vient nous dire que le christianisme était tellement semblable à toutes les religions païennes, que chacun a reconnu en lui sa propre religion... E sempre bene,