III
Ibères, les peuples de l'Amérique, etc. Le sage Zaleueus qu'on croit avoir été disciple de Pythagore, proclamait cette grande vérité plus de six siècles avant Jésus -Christ : c Tout citoyen, dit-il, doit être persuadé de l'existence des dieux. L'ordre et la beauté de l'univers le convaincront aisément que le monde n'est pas l'effet du hasard, ni l'ouvrage de la main des hommes. Il faut adorer les dieux parce qu'ils sont les auteurs des vrais biens. Il faut préparer et disposer son cœur de manière qu'il soit exempt de toutes sortes de souillures; car ia divinité n'est point honorée par l'hommage du méchant, elle n'est point flattée de sacrifices pompeux ni de magnifiques offrandes. On ne peut lui plaire que par de bonnes œuvres.... Quant aux hommes qui ne goûtent pas ces vérités et qui sont enclins au mal, je ne puis trop les avertir de se souvenir des dieux, de leur justice inaltérable et des châtiments qu'elle réserve aux méchants; qu'ils aient toujours devant les yeux le moment qui doit terminer leur vie, moment où Ton se rappelle avec tant de regrets et de remords, et le mal que l'on a fait, et le bien que l'on aurait dû faire (DioDORB de Sicile, liv. XII). »
Platon s'exprime à ce sujet avec une précision qui ne laisse rien à désirer : « Celui qui règne sur nous, ayant vu que toutes les actions humaines ont pour âme, soit ia vertu, soit le vice, nous a préparé différentes demeures selon la nature de nos actions, laissant à notre volonté ie choix entre ces demeures diverses. Ainsi les âmes portent en elles-mêmes la cause du changement qu'elles doivent éprouver selon l'ordre et la loi du destin. Celles qui n'ont commis que des fautes légères, descendent moins bas que les âmes plus coupables ; elles errent à la surface de la terre. Celles qui ont commis plus de crimes et des crimes plus grands, sont précipitées dans l'abîme qu'on appelle l'enfer ou d'un nom semblable, lieu redouté des vivants et des morts, et dont la pensée trouble encore l'homme pendant son sommeil. Mais l'âme qui par de continuels efforts de sa volonté, avance dans la vertu et se corrige du vice, est transportée dans un séjour d'autant plus heureux et plus saint, qu'elle s'est plus rapprochée de la perfection divine; et le contraire arrive à l'âme qui, au lieu de se corriger, s'est pervertie. Jeune homme, tel est le jugement des dieux qui habitent le ciel, des dieux que tu t'imagines ne pas
s'occuper de loi. Les bons seront réunis aux âmes des bons, les méchants aux âmes des méchants. Chacun rejoindra ceux qui lui ressemblent, pour agir et souffrir selon ce qu'il est. Que ni toi, ni aucun autre ne se flatte d'éviter ce jugement des dieux. Quand lu pénétrerais dans les profondeurs de la terre, quand prenant ton YOi, lu t'élèverais dans les hauteurs des deux, ie supplice que tu as mérité t'atteindra, soit ici^bas, soit dans les enfers, soit dans un lieu plus terrible encore (Des loiSy ilv. X).... La mort n'est que la séparation de l'âme et du corps. Après cette séparation, l'âme demeure telle qu'elle était auparavant, elle conserve et sa nature et les affections qu'elle avait pendant cette vie. Quand donc les morts arrivent devant le juge, il examine l'âme de chacun sans avoir égard au rang qu'il occupait sur la terre. Mais bien souvent, considérant l'âme du grand roi des Perses ou d'un autre roi ou de quelque autre homme puissant, il n'y découvre rien de sain ; au contraire, les parjures et les injustices dont elle s'est rendue coupable, la couvrent comme d'autant de meurtrissures et de plaies, elle est toute défigurée par l'orgueil et le mensonge; il n'y a rien de droit en elle parce qu'elle n'a point été nourrie de la vérité. Maîtresse de suivre ses penchants, elle s'est plongée dans la mollesse, la débauche, Tintempérance, dans les désordres de toute espèce, de sorte qu'elle regorge d'infamie; ce que voyant le Juge, il l'envoie ignominieusement dans la prison où elle doit subir les supplices qu'elle a mérités; car ii convient que celui qui est puni justement, le soit afin d'en tirer de l'avantage en devenant meilleur, ou pour servir d'exemple aux autres et les porter à se corriger par la crainte que son châtiment leur inspire. Or ceux que les dieux et les hommes punissent, afin que leur punition leur soit utile, sont des malheureux qui u)nt commis des péchés guérissables; les douleurs et les tourments leur procurent un bien réel, car on ne peut être aulrement délivré de l'injustice. Mais pour ceux qui, ayant atteint les limites du mal, sont tout à fait incurables, ils servent d'exemple aux autres sans qu'il leur en revienne aucune utilité, parce qu'ils ne sont pas susceptibles d'être guéris; ils souffriront éternellement des supplices épouvantables... C'est pourquoi, méprisant les vains honneurs et ne regardant que la vérité, je m'efforce de vivre et de mourir en homme de
bien ; et je vous y exhorte, ainsi que tous les autres, autant que je puis. Je vous rappelle à la vertu, je vous anime à ce saint combat, le plus grand, croyez-moi, que nous ayons à soutenir sur la terre. Combattez donc sans relâche ; car vous ne pouvez plus vous être à vous-même d'aucun secours, lorsque, présent devant le Juge, vous attendrez votre sentence tout tremblant et saisi de terreur {Gorgias). Cette sentence rendue, le Juge ordonne aux justes de passer à ia droite et de monter aux cieux, il commande aux méchants de passer à la gauche et de descendre aux enfers {id.) (i). »
On croit entendre une exposition de dogme faite par un Père de rËglise; le christianisme n'a, sur ce point, rien de mieux arrêté, de plus nettement formulé que le discours du disciple de Socrate.
Le purgatoire était connu des anciens, comme on vient de le voir par ces passages de Platon. La métempsycose n'était qu'une série d'épreuves constituant le purgatoire. D'après la théologie égyptienne, l'âme sortant du corps subissait un jugement, ses bonnes et ses mauvaises actions étaient scrupuleusement pesées; si la masse du bien l'emportait, l'âme était conduite dans le séjour des dieux dont elle était appelée à partager la félicité; si, au contraire, le mal était en excès, l'âme coupable était condamnée à revenir sur terre sous la forme d'un animal dont les goûts étaient en rapport avec les vices dont elle s'était souillée; ainsi, le gourmand passait dans le corps d'un porc, le luxurieux dans celui d'un singe, etc. Après quoi, l'âme humaine parcourait successivement un certain nombre de degrés de l'échelle animale jusqu'à ce qu'elle fût jugée digne de reprendre possession d'un corps humain, au sortir duquel elle su-
(I) Judex ergo cûm sedebit^
Quidquid lalei apparebit, IVil inuUum remanebit, «
Quid sum miser lune dicturus^ Quem patronum rogaturus, Cûm vixjuttus ait securus ?
Inter oves locum pnesla.
Et ab hœdis me sequetlra, Statuefis in parte dextrâ, (Prose Diet irœ.)
bissait un nouveau jugement, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'après avoir accompli une existence humaine, elle fût trouvée assez pure pour être admise dans le séjour divin ; c'est alors seulement que cessait pour l'âme l'obligation des transmigrations et que commençait le repos éternel. Une foule de monuments égyptiens consacrent cette doctrine, et notamment de nombreux tableaux représentant le jugement de l'âme. (Chahpollion-Figeac, P Egypte ancienne).
Les Romains admettaient également le purgatoire. Cicéron s'exprime ainsi : « Les âmes qui se sont vautrées dans les voluptés matérielles et ont violé les droits des dieux et des hommes, après être sorties des corps qu'elles habitaient, sont entraînées autour de la terre où elles ne reviennent qu'après avoir été tourmentées pendant plusieurs siècles (Songe de Scipion, ch. ix, n<> 22). »
Virgile enseigne la même doctrine :
Ergà exereentur pœnis veterutnque nudorum Supplicia expendunt,., Infectum eluitur scelus, a\U exuritur igné.
Quisque suos patimur tnanes. Exindè per atnplum MiUimur Elysium, et pauci lœta arva tenemus : Donec longa dies perfecto temporis orbe Coneretam exemii labem purumque reliquil ^thereum sensum,
{jEneid., liv. VI, v. 739-746.)
Les anciens pratiquaient les prières et sacrifices pour les âmes des morts, dans le but d'abréger la durée de leurs supplices. Platon parle ainsi de ces cérémonies : « Musée, Orphée, Linus et les fils des Muses recommandent, non seulement aux particuliers, mais aux villes mêmes, de ne pas négliger ces saintes pratiques qui sont d'une grande efficacité pour délivrer les morts des tourments qu'ils endurent (République^ liv. II). »
Les anciens pensaient que Pâme sortie du corps était errante, en proie à la souffrance, jusqu'à ce que les prières et les sacrifices offerts par les vivants eussent apaisé les mânes du défunt. Les for-
mules des prières prouvent qu'on invoquait en leur faveur les esprits célestes (1).
« Les âmes reçues dans le ciol, dit un savant antiquaire, n'avaient pas besoin de prières ; mais comme il n'était pas toujours aisé de les distinguer des autres, il arrivait rarement qu'on se dispensât des devoirs ordinaires, à moins que les dieux n'eussent donné des preuves de la félicité dont elles jouissaient. Ainsi, Romulus, reçu après sa mort parmi les dieux, eut des vœux et non des prières. Deum Deo natitm regem pareniemque urbis salvere universi Romulum jubent {De Vusage de la prière pour les morts parmi les païens; Histoire de r Académie des inscriptions, t. H, p. t2i,
Les livres Zends enseignent que irs hommes qui meurent avant d'avoir été entièrement puriflés, souffrent des tourments dans une autre vie, et que la durée de ces tourments est plus ou moins longue, suivant la gravité des crimes qu'ils sont destinés à punir; Ils ajoutent que les puriûcalions prescrites par la loi pour les vivants sont très-utiles aux morts quand leurs parents s'y soumettent à leur intention (ânquktil-Dvpkrron, Mémoires de VAcad. des irncr.y t. LXIX, p. 267-270 ; La Mknnais, Essai sur Vindiff., 1V« partie, cb. vu).
On trouve donc, dans les croyances de l'antiquité, et la perpétuité de l'individu bumain, et le jugement après la mort, et les divers états de l'âme bumaine suivant la manière dont elle a rempli sa mission sur la terre, et la communion entre les vivants et les morts. Ici, comme sur tout le reste, le christianisme s'est borné à copier.
(I) Adesle superi
Dl tibi benè faeiant
lia peto vos mânes sanclissimos eommodatum
habeatis meum conjugem^ et velitis illi
indulgentissimi esse.
« Ames célestes, venez à mon aide; qae les dienx te soient propices. MAnes trës^saints, je vous recommande mon époux ; daignez-lui être trës-indnlgents. »
Grdtbr, Inseriptiones antiqum; Histoire de V Académie des inscriplions, t. f , p. 370, et t. If, p. 124*
§ 5. — De la morale.
Des préceptes les plus vantés de la morale chrétienne, il n'en est aucun qa*on ne retrouve chez les anciens écrivains antérieurs à Jésus-Cbrist.
Suivant Anquetil-Duperron, la religion de Zoroastre peut se réduire à deux points : « Le premier est d'abord de reconnaître et d'adorer le maître de tout ce qui est bon, le principe de toute justice, Ormnzd, selon le culte qu'il a prescrit, et avec pureté de pensée, de parole et d'action, pureté qui est entretenue par celle du corps... En second lieu, d'avoir un respect accompagné de reconnaissance pour les intelligences qu'Ormuzd a chargées du soin de la nature; de prendre, selon ses actions, leurs attributs pour modèle ; de retracer, dans sa conduite, l'harmonie qui règne entre les diverses parties de l'univers, et généralement d'honorer Ormuzd dans tout ce qu'il a produit (Mém. de VAcad, des inscr,, t. LXIX, p. S62- 264). »
« Honore premièrement Dieu, et ensuite tes parents. Sols équitable envers tous, sans acception de personne. Ne repousse point le pauvre. Ne rends point de jugements injustes, car si tu Juges mai, Dieu à son tour te jugera. Fuis le faux témoignage. Dis ce qui est vrai. Conserve la chasteté. Sois bienveillant envers tous les hommes. N'use point d'une mesure trompeuse. Que ta balance n'incline d'aucun côté. Ne te parjure point, ni volontairement, ni inconsidérément; car Dieu a le parjure en horreur. Ne dérobe point les semences, c'est un crime exécrable. Paie à l'ouvrier son salaire et n'aflOige pas le pauvre. Veille sur ta langue ; ne révèle point le secret qui t'est conflé. Ne commets point d'injustice et ne souffre point qu'on en commette. Donne tout de suite au mendiant, et ne le remets point au lendemain ; donne à pleines mains à l'indigent. Reçois l'exilé dans ta maison. Sois le conducteur de l'aveugle. Aie pitié des naufragés, car la navigation est incertaine. Tends la main à celui qui tombe; secours l'homme abandonné. Tous boivent à la coupe des maux; la vie ressemble à la roue d'un char; il n'est point de
â3!2 EXAMEN DU CHRISTIANISME
bonheur stable. £s-lu riche, partage avec l'indigent, rends-loi ce que Dieu l'a donné, et ne fais point de différence entre l'étranger et le concitoyen ; car la pauvreté voyage sans cesse; elle nous visite tous, et il n'y a pas un coin de terre où les hommes puissent poser le pied solidement. Dieu seul est sage, puissant; seul il possède des richesses infinies et impérissables. ( Phoctlidb ; Poëtes gnomiques), » — La Mennais, en citant ce beau morceau, ajoute ces réflexions : « Qui parle ainsi ? Est-ce Moïse, ou Jésus, fils de Sirach, ou quelqu'un des prophètes? Non, c'est on poète grec, Phocylide, qui vivait environ six siècles avant Jésus-Christ (Essai sur Pindiff,, 1V« partie, ch. vi). »
< La doctrine de notre maître consiste uniquement à avoir la droiture du cœur et à aimer son prochain comme soi-même. » (CoNFUGics, Lun-Yu ou Entreliens philosophiques^ liv. L ch. iv, art. 45; traduction de M. Pauthier, dans la collection des Livres sacrés de VOrienL)
m Le devoir de l'homme, c'est d'être bon, de respecter la pudeur des vierges et des épouses, de s'abstenir de meurtre et de vol, de ne pas même désirer la plus petite partie du bien d'autrui ; car Dieu est près de vous, il vous voit. mes amis. Dieu aime les œuvres Justes, il déteste l'iniquité. Soyez donc justes jusqu'à la fin, et sacrifiez à Dieu avec un cœur pur (Mëftandrb, chez Ëusèbe, Préparation évangélique, liv. XIII, ch. xiii). »
« La véritable loi, c'est la raison droite et conforme à la nature, qui est répandue dans le cœur de tous les hommes, qui est uniforme, stable et éternelle, qui commande le bien et qui défend le mal. On ne peut s'y opposer, ni y déroger, ni l'abolir. Ni le Sénat, ni le peuple n'eu peuvent accorder aucune dispense. Il n'en faut pas chercher d'explication ni de commentaire. Il n'y en a point une pour Rome et une pour Athènes, une pour le temps présent et une autre pour le temps à venir. Elle sera toujours la même, et dans tous les temps elle gouvernera les peuples. Celui qui l'a inventée et publiée, est un législateur, un Seigneur et un Dieu éternel, duquel on ne peut s'éloigner sans se perdre et auquel on ne saurait désobéir sans renoncer à sa propre nature, ce qui serait un châtiment fort terrible, quand même on pourrait éviter les autres (Cicéron, De legibus, liv. IIl).»
— Lactance, après avoir rapporté ce passage, ajoute : « Y a-t-il quelqu'un, si bien informé qu'il soit des mystères de notre religion, qui pût trouver des termes plus propres à parler de la loi de Dieu, que ceux qu'a employés cet auteur, bien qu'il fût fort éloigné de la vérité? Pour moi, je me persuade que ceux qui la publient de cette sorte, sans la connaître, sont inspirés de Dieu (ImtituL div,, liv. VI, ch. viii). »
Les philosophes anciens ont déclaré que nos actions, pour être parfaites, devaient être rapportées à la source de la perfection. Ainsi Pythagore dit que nous devons avoir Dieu incessamment en vue (Jàhbliqub, ch. xxviii, n<> 137). Plutarque dit qu'il faut référer le principe de nos actions à Dieu {Du génie de Socrale). Marc- Aurèle affirme que nous ne ferons Jamais aucune bonne action, si nous ne la rapportons à Dieu; aussi défendait-il de se laisser déterminer par le seul motif du plaisir, lorsqu'on devait agir, parce que c*est le principe de tous les crimes (liv. 111, sect. 43).
« Le culte des dieux le meilleur, le plus efficace, le plus saint, le plus rempli de vraie piété, c'est celui qui consiste à nous maintenir toujours purs, intègres, incorruptibles, et en paroles et en esprit (CicÉKON, De naturâ deorum, liv. 11). »
« Pour être réputé juste, il ne suffit pas de ne pas faire de mal, il ne faut pas même en avoir la volonté ou le désir (StobAe, Serm, 9 ; Sentences de Démocrite). — Il n'arrivera jamais qu'un ami de Jupiter désire une chose injuste ou arrête sa pensée sur quelque chose de honteux (Dion Chktsostohb, Oral, 4). — L'homme de bien, non seulement n'osera rien faire, mais même penser qu'il ne puisse avouer tout haut (CicâRoif, De officiis, liv. III, n"" 77). — C'est un excellent précepte que celui qui recommande de s'abstenir de toute action, quand il y a doqte si elle est juste ou injuste {id., liv. 1, n« 30). — 11 est très-honteux de peser Tutilité d'une chose plutôt que de considérer si elle est honnête, de comparer entre elles ces deux manières de l'envisager, et d'éprouver des hésitations (id,, liv. III, n» iS). — li est criminel de délibérer si l'on suivra ce que l'on croit honnête, ou si l'on se souillera d'un méfait ; car dans le doute et la délibération existe déjà le crime, quand même l'action ne s'ensuivrait pas. Il ne faut donc aucunement m. 20
délibérer sur les choses dans lesquelles la délibératioD même est bODtease (td., iiv. I, n® 37). »
« Ce n*est pas par crainte qu'on doit s'abstenir de mal faire, mais par amour pour le devoir (Sentences de Démocrite). — On ne peut appeler pudiques ceux qui ne sont détournés du crime que par la crainte de Pinfamie ou des lois ; car que fera dans les ténèbres, celui qui ne craint que le témoin ou le juge (Cicéror, De legibus, Iiv. 1, n<^ 41, 50, 51)? — Noos devons être persuadés que, quand même nous pourrions éviter tous les regards, nous ne devons jamais agir avec avarice, ni commettre rien d'Injuste ou d'impudique (CicÉioif, De offlciis, iiv. III, ii» 37). — Pérégrinus disait que le sage ne pèche pas, quand même il serait assuré de dérober son action à la connaissance des dieux et des hommes ; qu'en effet, ce n'est pas la crainte de la peine ou de l'Infamie, qui doit vous empêcher de mal faire, mais bien l'amour de ia vertu et le sentiment du devoir (Aulu-Gellb, llv. XLII, ch. ii). »
Plusieurs auteurs recommandent à l'homme de travailler à la perfection en cherchant à devenir semblables à Dieu, et exaltent l'amour de Dieu comme le principe de la vertu. C'est ce que saint Augustin atteste de Platon. « Platon, dit-il, reconnaît que Dieu est le véritable et souverain bien. C'est pourquoi il veut que le philosophe aime Dieu afin que, la philosophie tendant à la vie heureuse, celui-là soit heureux qui aura aimé Dieu (De civitate Dei, Iiv. VIII, ch. viii). » — « Celui-là, dit Sexlus, honore Dieu, qui rend son âme semblable à Dieu, autant qu'elle peut le devenir. Aime Dieu plus que ton âme. Si tu n'aimes pas Dieu, tu n'iras pas à Dieu. Or, tu n'aimes pas Dieu, si tu n'as pas en toi quelque chose de semblable à Dieu (Sentences de Sextus). — • Le culte des dieux consiste premièrement à croire à leur existence, ensuite à savoir qu'ils président au monde, qu'ils gouvernent le genre humain et veillent en particulier sur chaque homme. Veux-tu être agréable aux dieux? Sois homme de bien. Celui qui les imite, les honore de la manière la plus convenable (SïiiiQDi, Ep. 95). — Nous devons nous efforcer de devenir semblables à Dieu, autant qu'il est permis â l'homme. Or, l'homme devient semblable à Dieu par la sagesse, la justice et la sainteté (Platon, In theat,). *
L'umour du prochain élail regardé comme une vertu indispensable. Tant que nous sommes parmi les iiommes, dit Sénèque, pratiquons l'humanité (Z)£ ira, liv. III, ch. xliii). Quoi de plus beau que celte maxime de Térence?
Homo 8um, humani nihil à me alienum puto.
« Je suis homme, je pense que rien d'humain ne m'est étranger. » C'est proclamer le grand, le fécond principe de la solidarité qui unit tous les membres passés, présents et futurs de l'humanité; le christianisme n'a rien de plus véritablement religieux. Lucain dit de même :
Non sibi, sed loti genitum se credere mundo.
ff C'est le stoïcisme, dit M. Em. Saisset(l),et non le christianisme, qui a reconnu pour la première fols que les hommes sont frères et frères en Dieu. » 11 cite ce motdeSocrate : « Je ne suis ni Athénien ni Grec, mais citoyen du monde (Plutarqve, De exil.,\). »— « C'est la loi de la nature, que tout homme fasse «tp bien à son sembtable, par cela seul qu'il est homme comme lui (Cicéron, De officiiSy liv. III, n» 6). » •— « Celui, disent les Lois de Manou, qui tient maison, doit, autant qu'il est en son pouvoir, donner des aliments aux gens qui en manquent, même aux mendiants hérétiques, et tous les êtres, jusqu'aux plantes, doivent avoir leur part. »
Le pardon des injures était prêché bien avant le sermon sur la montagne. Socrate dit, dans le Criton, qu'il n'est pas permis à un homme qui a été offensé par une injure, de s'en venger par une autre. Et c'est par ce passage, que Celse prouve que la défense de se venger n'a pas été introduite dans le monde par Jésus-Christ. Platon dit qu'il vaut mieux souffrir le mal que de le commettre (Apophthegmes; MhïEv, liv. II, ch.iS). Quelqu'un ayant loué ce mot de Cléomène, qu'il faut faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis, combien, dit Socrate, ne vaut-il pas mieux faire du bien à ses amis, et de ses ennemis se faire des amis (Platon, Apophthegmes) t Pythagore disait de même qu'il fallait, non pas de ses amis se faire des ennemis, mais de ses ennemis se faire des amis
(1) Essais sur la philosophie et la religion au xix« siècle^ 1845, p. 309.
(DiOGÉNE Laerub, In Pylhagorâ). — Morlei, ne garde pas une haine immorleile (ErRiproE). — « ]| faut payer les bienfaits par les bienfaits, mais non les injures par les injures. Sur le premier point, il esl factieux d'être dépassé; sur le second, il l'est de dépasser. Le terme de vengeance est inhumain, bien qu'une coutume funeste en fasse un synonyme de justice (Sérèqub, Deirâ, liv. Il, eh. XXXIII ; liv. III, cb. xvi). — Pardonne toujours aux autres, jamais à toi-même (Sentences de Publius Syrns). — Pour un homme magnanime, le remède aux injures est l'oubli (zU). —Jusqu'au dernier jour de notre vie, nous ne devons cesser de travailler au bien public, d'aider tous les hommes et de secourir même nos ennemis (Sénéque, deoiiOy ch. xxviii). — Le meilleur moyen de se venger d'une injure, est de ne pas se rendre semblable à celui qui en est l'auteur (Marc-âuréle, liv. VI, ch. vi; liv. XI, ch. xiii). » — « La résignation, Vaction de rendre le bien pour le mal, la tempérance, la probité, la pureté, ia répression des sens, la connaissance des Sâstras, Q|lle de l'âme suprême, la véracité et l'abstinence de ia colère : telles sont les dix vertus en quoi consiste le devoir {Lois de Manou^ liv. Vi, st. 92; trad. de Loiseleur- Deslongchamps, dans la collection des Livres sacrés de l^ Orient). » Les religions indiennes l'emportent sur le christianisme par la tolérance envers les dissidents. « Dans toute l'histoire ancienne du brahmanisme, il n'est pas fait mention d'une persécution religieuse. Le Bouddha, tout réformateur qu'il était, l'avait en cela fidèlement imité ; et jamais, dans le cours de sa longue carrière, il n'avait songé à se servir contre ses antagonistes, de l'appui des princes qui le protégeaient; il les avait combattus par des doctrines qui lui semblaient supérieures, il n'avait jamais essayé de les combattre par la force, et l'esprit tout entier de la foi nouvelle répugnait à la violence (Barthélehy-Saint-Hilairb , Le Bouddha et sa religion, 1860,
Le mensonge a toujours été sévèrement prohibé par les moralistes « Cicéron défend de parler contre la vérité, quelque intérêt qu'on puisse avoir à le faire {De o/^c, liv. III, n» 81); il loue Aristide et Ëpaminondas de ce qu'ils étaient tellement ennemis du mensonge, qu'ils se faisaient scrupule de mentir, même en plaisantant
(td., Ilv. 1, n«> 63). — « A quoi devons-nous nous appliquer? A ce que notre âme soit juste, nos discours exempts de mensonges. C'est le propre d'un homme de bien, de ne rien dire de contraire à la vérité, aussi bien que de ne rien faire de contraire à la justice (Marc- AuRiLs, liv. III, secl. 16; liv. IV, secl. 33). » — « Qui voudrait se parjurer? dit Aristote. Les parjures doivent craindre la punition divine, et ils sont déshonorés chez les hommes. Quand bien même leur crime serait caché aux mortels, les immortels ne l'ignoreraient pas (Rhétorique, liv. XVIII). »
La chasteté n'a pas manqué de panégyristes, même chez les poètes habitués à chanter la volupté, tels que Tibulle qui s'exprime ainsi :
Ccuta placent superis, purâ cum veste venite, Et manibus puris sumite fontis aquam.
c La chasteté plaît aux dieux ; présentez-vous avec des vêtements purs, et de vos mains pures puisez l'eau dans la fontaine. » Horace veut que les louanges des dieux soient chantées par des vierges choisies et des enfants chastes.
Virgines lectaa puerosque castos, (Carmen sœctUare,)
Aristote veut qu'on punisse les jeunes gens qui s'accoutument à tenir des discours propres à blesser la pudeur, et qu'on traite avec ignominie les gens âgés quand ils ne seront pas plus retenus; sa raison est que l'habitude de dire du mal conduit à le faire (i), — Ëpiclète blâme tousses discours contraires à la chasteté; il veut qu'on reprenne ceux qui en tiennent, si l'on a quelque supériorité sur eux ; sinon, il conseille que par un silence triste et morne on témoigne qu'on n'approuve pas leur conversation (2). — La fidélité conjugale n'est pas moins un devoir pour le mari que pour la femme, suivant Sénèque : Sicut illi nil cum adulterio , sic tibi nil esse debere cum pellice (3). Le même auteur loue ia pudeur
(i) République, liv. VII!,ch.xvii.
(2) Simplicitu, p. 285.
(3) SÉirÈQUB, Ep. U.