‹ Examen du christianisme (volume 2)Chapitre 25 sur 31 · III · texte numérisé non relu

III

d'un jeune bomme qui, ayant remarqué qu'il avait fait une vive impression sur des femmes, rougit d'avoir plu, et II ajoute : « Par cette sainteté de mœurs II se montra digne du sacerdoce (1). »

La conformité de la morale du christianisme avec celle des anciens a été signalée par une foule de Pères et d'auteurs ecclésiastiques. Lactance dit que si l'on voulait recueillir toutes les vérités que les philosophes ont enseignées , on en ferait un corps de doctrine qui ne différerait pas de la doctrine chrétienne (Institut, div, , liv. VII, ch. Tii). Le travail Indiqué par Lactance a été exécuté par Huet, évéque d'Âvranehes {Alnetanœ questiones), par Tauteur de Touvrage classique intitulé : Selectœ è profanis scriptoribus hiS' toriœ, et par plusieurs autres. En voyant les nombreux et importants documents qui y sont recueillis, on demeure convaincu qu'il n'y a pas une seule vérité morale enseignée par le christianisme, qui ne soit la reproduction de quelques écrits antérieurs. Celse reprochait aux chrétiens ce défaut d'originalité , et trouvait même qu'en copiant leurs devanciers, ils étaient restés bien au-dessous de leurs modèles. Les aveux de Lactance sont répétés par l'apologiste Grotius : « Les païens, dit-il, ont d'autant moins de raison de combattre notre religion, que toutes les parties, à les considérer l'une après l'autre , sont si pures qu'elles convainquent les esprits par leurs lumières; de façon que Von en trouve plusieurs parmi eux, qui ont dit par parcelles ce que notre religion dit en gros. Par exemple, ils ont écrit que la religion ne consiste pas dans les cérémonies, mais dans les dispositions intérieures; que celui-là est adultère qui a seulement la pensée de commettre un adultère; quHl ne faut pas se venger d^une injure ; qu'un homme ne doit être mari que d'une femme; que l'union conjugale doit être indissoluble; que c'est le devoir d'on homme de faire du bien à tous les hommes, particulièrement à ceux qui sont dans le besoin ; qu'il faut s'abstenir de jurer autant qu'il est possible ; que pour la nourriture et les vêlements on doit se contenter des choses indispensables à l'existence {De verâ religione, liv. IV, ch. xiv).

Ce n'est pas seulement dans ce qu'il a de bon et de véritablement

(I) Consolattoad âfartianum^ ch. xxiv.

moral, que le ciirisUaoisme a joué le rôle decopisle, c'est aussi dans les parties nuisibles et dangereuses de son système. Ainsi, bien avant lui, des sectes religieuses avaient prêché et pratiqué la mortification^ avaient prétendu que riiomme ne peut mériter plus sûrement la faveur céleste qu'en se privant de tous les plaisirs et en s'imposant les plus rudes tortures. Si affreuses que soient les pénitences des anachorètes, des stylites et des flagellants, elles restent encore bien au-dessous de celles qui étaient usitées chez les fakirs ou solitaires indiens, dès la plus haute antiquité. Voici ce qu'en dit Strabon (liv. XV) : « Les brachmanes mènent une vie très-austère; ils vivent hors des villes dans les bois, ne mangent point de chairs, n'approchent point des femmes ; ils couchent sur des peaux , ne parlent que de vie à venir ; toute leur vie est une préparalion à la mort... Plusieurs vivent de feuilles et de fruits sauvages ; ils s'habillent d'éeorce. Les uns, couchés sur le dos, demeurent exposés au soleil et à la pluie et restent immobiles ; d'autres tiennent un bras ou un pied en l'air; la plupart vont tout nus, et quelques uns se brûlent pour aller dans une vie meilleure et plus pure. » Ces austérités sont attestées par Porphyre {De abstinentiâ) et par Eusèbe (Prépar. évang, liv. VI, ch. x). Elles se pratiquent encore , ainsi qu'il résulte des témoignages d'une foule de voyageurs; et comme tout se maintient immobile dans les Indes, leur»' relations, en nous apprenant ce qui se passe aujourd'hui, nous font connaître ce qui se passait il y a deux mille ans et plus « Parmi les fakirs, dit Bernler (t. I, p. 421), il y en a un grand nombre qui ont une espèce de couvent où il y a des supérieurs et où ils font vœu de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. On en voit qui sont tout nus, assis ou couchés les jours et les nuits sur les cendres... J'en ai vu, en plusieurs endroits, qui tenaient un bras et quelquefois tous les deux élevés et tendus perpétuellement en haut par- dessus leur tête, et qui avaient au bout des doigts, des ongles entortillés, plus longs que la moitié de mon petit doigt. Leurs bras étaient petits et maigres, comme ceux des personnes qui meurent étlques, parce qu'ils ne prenaient pas assez de nourriture dans cette posture forcée et contre nature, et ils ne les pouvaient abaisser pour prendre quoi que ce fût, pour boire ou pour manger, parce que les nerfs s'étaient retirés, et les

joinlures s*élaienl remplies el sécliées... J'en ai vu qui, par dévotion, faisaienl de longs pèlerinages, non seoiement tout nus , mais chargés de grosses chaînes de fer qu'on met aux éléphants ; d'autres, par un vœu particulier, se tenaient sept ou huit jours debout sur leurs jambes qui devenaient enflées et grosses comme leurs cuisses , sans s'asseoir ni se coucher, ni se reposer, autrement qu'en se penchant, durant quelques heures de la nuit, sur une corde tendue devant eux ; d'autres qui se tenaient des heures entières sur leurs mains, sans branler, la tête en bas et les pieds en haut, et ainsi je ne sais combien d'autres postures tellement contraintes el tellement difficiles, que nous n'avons bateleurs qui les puissent imiter. » On trouve de nombreux détails sur ces austérités dans Tavernier (t. V, ch. vi) et dans Sonnerat. < Les pénitents hindous (dit ce dernier), pour acquérir sur la terre des droits certains aux félicités et aux récompenses du monde à venir, s'imposent encore de temps en temps d'horribles châtiments. Les uns, tout à faitnus, la barbe et les cheveux en désordre, les ongles enfoncés profondément dans les chairS) restent quelquefois jour et nuit étendus sur des planches hérissées de pointes de fer; d'autres, enduits de bouse de vache, toujours debout, enchaînés par le torse ou par le cou à des troncs d'arbres, exposés à la frappe d'un soleil brûlant, vivent et dorment sur un pied ; d'autres, enterrés dans des sortes de huttes en maçonnerie, ne hument l'air, ne reçoivent la nourriture que par un trou ménagé à dessein dans les parois de ces épouvantables tombeaux {Voyage aux Indes orientales, 3 vol. in-4^ 1. 1, p.â24et sulv.). » Lors de la grande fête de Djaggernat, l'idole colossale est traînée sur un char énorme, nombre de dévots se précipitent sous les roues et se font écraser, persuadés qu'ils gagnent ainsi la vie éternelle (Berrier, 1. 1, p. 142).

On voit que, de tout temps, si la religion a adouci et amélioré les hommes, elle a aussi inspiré des crimes et des folles. Le christianisme ayant la faculté de puiser dans les Innombrables systèmes qui avaient régné avant lui, n'a malheureusement pas su discerner le bon du mauvais, et a tout adopté confusément.

EXAMEN DU CHRISTIANISME S4l

§ 6. — Du culle.

Toutes les cérémonies chrétiennes, même celles qui se rattachent le plus intimement aux dogmes, ne sont que la reproduction des rites païens.

L'usage des temples a une origine païenne ; car le premier temple qu'aient eu les Juifs, prédécesseurs des chrétiens, est celui que fit construire Saiomon ; or,' il y avait déjà plus de dix siècles, que des temples magnifiques couvraient la surface de TËgyple.

Les processions ou théories , inconnues aux Juifs, étaient en usage chez les païens auxquels les chrétiens les ont empruntées; on y portait pompeusement les images des divinités, comme aujourd'hui celles des saints, et l'on y chantait, comme maintenant, des hymnes sacrés. Il y avait particulièrement les fêtes appelées Arvalia, consistant en processions qui avaient lieu au printemps pour appeler la bénédiction céleste sur les campagnes; ce sont maintenant les rogations, « Dans toutes tes religions les plus connues, dit Dulaure, les processions étaient en usage. Celles d'Osiris sont décrites par Hérodote, celles d'isis par Apulée, celles d'Eleusis par divers écrivains. Les païens avaient aussi des processions où les dévots marchaient les pieds nus; on les nommait nudipedalia; Tertullien en parle(/)é je/unm, éd. 4675, p. S53), et les h\kme{Histoire de Paris, 6« éd. 1837; t. IV, p. 30i, note). »

Les anciens se figuraient que l'odeur des parfums était agréable aux dieux, et l'encens était particulièrement employé dans les cérémonies sacrées. Cet usage était commun aux Juifs et aux païens. Les premiers Pères réprouvaient l'encens comme une marque de paganisme; non seulement Ils attestent qu'on ne l'employait pas dans les cérémonies chrétiennes, mais ils n'en parlent qu'avec horreur (Voyez TiRTULLTEN, ApoL, ch. xxx, xlii; Lactangb, Institut, div., liv. I. ch. XX, liv. IV, ch. m, liv. V, ch. xx; Arrobb, liv. II, etc.). Tertullien condamne même la profession de marchand d'encens {De idolatriâ, ch. xi). Mais les chrétiens qui ont successivement introduit chez eux toutes les cérémonies païennes et se sont

mis à pratiquer ce qu'ils avaient anatliémalisé chez les autres, ont rébabililé Tencens. On en adresse la fumée à Dieu comme si son odorat devait en être flatté ; on encense les simulacres et les reliques ; on encensait autrefois les seigneurs ; on encense encore les prêtres et jusqu'aux cbantres de paroisse.

Le feu était l'objet d'un culte dans beaucoup d'anciennes religions; on le regardait comme un des plus précieux dons de Dieu, comme l'instrument à l'aide duquel l'homme avait conquis l'empire sur la nature. Le feu se trouve en grande vénération sur les bords de rindus et du Gange, selon le rit des Yédas ; il l'est surtout dans l'Asie moyenne, selon le rit de Zoroaslre; il t'est à Rome selon le mode de Vesta, et des Vierges consacrées sont changées de veiller à sa conservation. Chez les Juifs, c'est dans un feu, que Dieu se manifeste à Abraham (Gen., xv), ainsi qu'à Moïse sur les monts Horeb et Sinaî (Exode^ lu, 2; xix, 18). Jéhovah commande que sur son autel, comme sur celui d'Ormuzd, un feu perpétuel soit entretenu par les prêtres (LeviL, vi); et sous la loi nouvelle, c'est en forme de langues de feu, que le Saint-Esprit descend sur les apôtres (Act. ap.^ II). Dans les cérémonies chrétlenes, le feu joue un aussi grand rôle que dans celles du paganisme ou du judaïsme; il n'y a pas un acte important où il n'intervienne. On en allume sur l'autel pour le mystère de la messe; on en porte devant les livres sacrés, devant les offrandes quand on les présente à la bénédiction, devant les reliques des Saints, dans les* processions, autour des morts ; enfln un feu perpétuel brûle (comme dans les Ater-gâbs du magisme) devant le sanctuaire. Ce n'est pas sans difficulté que cet usage s'est introduit dans l'Eglise, les premiers Pères repoussaient avec horreur ce qu'ils regardaient comme un signe d'idolâtrie. Ainsi Minutius Félix raille, chez les païens, l'usage des flambeaux aux funérailles et des couronnes sur les tombeaux : c A quoi bon, dit-il, donner un flambeavà celui qui ne voit point, ou une couronne de fleurs à celui qui n'a pas l'usage de l'odorat? D'ailleurs, s'ils sont heureux, ils n'en ont que faire, et s'ils ne le sont point, cela n'est pas capable de les réjouir (Octavius, ch. xxxvii). » Lactance est encore plus énergique : « Peut-on croire qu'un homme qui fait présent de cierges et de bougies à l'auteur et au dispensateur de la

lumière, ail l'usage de la raison? Il nous demande une lumière qui n*ait point de fumée, qui soit pure et claire, c'est la lumière de l'esprit, qui ne se trouve qu'en ceux qui connaissent Dieu. Les dieux des païens étant des dieux de la terre, ont besoin qu'on leur allume des cierges, afin qu'ils ne soient pas dans les iénèbves (InstiluL div. liv. VI, cil. II). » Au iv« siècle, les idées à ce sujet étaient déjà bien changées, la coutume païenne s'introduisait de plus en plus dans les églises, non sans réclamation des partisans de la simplicité du culte primitif; c'est ainsi que Vigilance écrivait ironiquement à saint Jérôme; « Grand honneur, assurément, rendu par les hommes aux bienheureux ! Ils pensent les illustrer avec les misérables feux de la cire, tandis que l'agneau sans tache les illustre de toutes les splendeurs de sa majesté. » — De tous les feux qu'allume rËglise, aucun ne reçoit plus d'honneur que le feu pascal dont la bénédiction est lellemeot empreinte de magisme, que les formules qui l'accompagnent ne seraient pas déplacées dans la bouche d'un prêtre de Zoroaslre. « Que i'armée des anges se réjouisse dans le clel^ que leurs trompettes retentissent; que la terre éclairée de tant de splendeurs entre en allégresse, et que devant la lumière du Roi éternel, elle sente que les ténèbres ont disparu pour elle. Que l'Ëglise embellie par les rayons de cette lumière, soit dans la joie, et que la voix des peuples se fasse entendre. Et vous, frères chéris, à la clarté de ce Feu sacré, invoquez avec nous le Toat-Polssant, afin qu'après m'avoir admis à son sacerdoce, versant en moi les trésors de sa lumière, il me rende capable de chanter dignement les louanges de ce Feu. » Le célébrant allumant alors ce feu après y avoir brûlé l'encens, ajoute : u Nous savons ce que ligure cette colonne que le Feu fait resplendir en l'honneur de Dieu; nourri par la substance précieuse que prépare l'abeille, ce Feu, bien que partagé, ne souffre aucune perte par la communication de sa lumière. nuit dans laquelle les choses du ciel s'unissent avec celles de la terre, celles de Dieu avec celles de l'homme ! Seigneur, nous vous en prions, que ce Feu consacré à l'honneur de votre nom persévère pour dissiper les ténèbres, et qu'accepté par vous en odeur de suavité, sa lumière se rattache à celle d«s Feux supérieurs (office du samedi saint). »

â44 EXAMEN DU CHRISTIANISME

Chez plusieurs peuples anciens , on allumait, à Tépoque du solstiee d'été, de très-grands feux en signe d'allégresse. Les chrétiens ont conservé cet usage, et célèbrent dans les campagnes le feu de saint Jean, à la même époque, c'est-à-dire le ^ juin (1). L'origine païenne de cette cérémonie ne peut être mise en doute, et le clergé prétendrait en vain que ce feu a pour but de fêter la naissance du Précurseur du Sauveur ; car on ne fait rien de semblable aux plus grandes fêtes de l'année, ni à Pâques, ni à la Pentecôte, ni à la naissance de Marie, ni à celle de Jésus; et l'on ne peut admettre qu'il soit rendu à Jean-Baptiste des honneurs plus grands que ceux qu'on décerne à l'Homme-Dieu et à la Mère de Dieu. D'autre part, il y a des localités où un feu semblable à celui de saint Jean est allumé en l'honneur de Saints obscurs dont la fêle tombe aux environs du solstice (2i). La fête du saint ne su£9t donc pas pour rendre raison de cette pompeuse cérémonie. Ce que l'on fête en réalité, c'est le soleil arrivé à son plus haut degré d'élévation; seulement le clergé est païen sans s'en douter, il agit par routine en Imitant les cultes qu'il a maudits; semblable aux anciens prêtres de Zeus et d'Osirls, il a perdu la signification des rites qu'il accomplit.

L'eau ayant la propriété d'enlever les souillures matérielles, fut employée comme emblème des purifications spirituelles et joua un grand rôle dans les cultes anciens ; chez presque tous, Teau lustrale servait à asperger le peuple ou était employée pour les ablutions. Saint Justin dit que pour contrefaire d'avance le baptême, le diable a suggéré à ses adorateurs les aspersions et les lustrations avant d'entrer dans les temples {ApoL ii, n" 62). Tertullien dit des païens : tt Ils honorent leurs dieux par les ablutions solennelles de leurs simulacres. Voyez leurs lustrations expiatoires; le prêtre, promenant çà et là l'eau sacrée, en arrose maison, bourgade, temple, cité; il n'omet rien {De baptismo). » — Dans le mazdéisme figuraient

(i) Quand le feu est éteint, les dévots en emportent .des débris quMIs conservent comme un préservatif contre la foudre, valable pendant un an. Le clergé ne fait rien pour combattre cette superstition qu'il encourage même, et dont il doit, par conséquent, porter la responsabilité.

(2) Nous connaissons une paroisse où Ton fait le feu de saint Thibaut^ sans préjudice de celui de saint Jean.

deux sortes d'eaux sacrées (1), savoir : l'eau Padiave et Teau Zour, La première, qui était la plus commune, était consacrée au nom des anges, sa présence devait sanctifier toutes les maisons, c'était la matière des ablutions; le mazdéisnan, à son lever, avant ses prières et avant ses repas, s'en lavait les pieds, les mains et le visage en prononçant certaines formules. C'était, comme on voit, le modèle de l'eau bénite des chrétiens ; dans les premiers temps du cbristianisme, les fidèles ne se bornaient pas à en mouiller, comme aujourd'hui, l'extrémité de leurs doigts et leur front; ils en puisaient dans de vastes bassins placés à l'entrée des églises, et, avant la messe, ils faisaient l'ablution complète des mains et du visage. Du reste, la vertu de cette eau pour purifier ce qu'elle touche et en éloigner les mauvais anges, est, comme il y paraît par les paroles employées pour sa bénédiction, exactement la même que celle de l'eau Padiave. « Dieu, dit l'officiant dans cette consécration, que cette eau servant à vos mystères, prenne par votre grâce l'efficace de chasser les démons et d'écarter les maladies ; que tout ce qui, dans les maisons et les autres dépendances des fidèles, en sera arrosé, cesse d'être immonde et devienne franc de toute souillure ; qu'il n'y réside ni l'esprit de pestilence ni le souffle corrupteur; que par elle l'ennemi caché soit frappé dans ses embûches ; que tout ce qui menace le repos ou la santé des habitants, soit mis en fuite par l'aspersion de cette eau. » Cette formule ne disconvient pas, sur une seule nuance, à la croyance mazdéenne. — Quant à l'eau Zour, dit M. Jean Raynaud, elle jouit d'une efficacité encore plus grande que l'eau Padiave; elle n'est pas simple auxiliaire, c'est une des bases essentielles de la liturgie ; elle doit être regardée comme proprement sacramentelle en raison de son rôle, noft seulement dans le sacrifice fondamental de i'Izesché, mais dans les cérémonies qui, douées de la vertu purificatoire absolue, servent à conférer aux enfants et aux néophytes le caractère de mazdéisnan ; comme elle est supérieure dans ses effets à l'eau Padiave, sa bénédiction appelle aussi plus d'appareil et de plus magnifiques paroles. Voici un extrait de la formule de consécration qui se trouve dans les livres Zends : « Je sa-

(I) Jean Raynaud, arl. ZoroastreyileV Encyclopédie nouvelle. III. 8»

criûe à la moelleuse, à la douce eau courante, qui muiUpiie les plantes, qui est ennemie des désirs déréglés inspirés par les Dews, qui détruit le Dew Mousch et les Parsis,qui les terrasse, qui anéantit l'auteur du mal. Que ma prière s'élève en haut, moi qui bénis avec pureté, qui consacre saintement, qui porte et présente comme il faut le Zour ; moi qui t'invoque, eau pure, reine, fille d'Ormuzd, avec les Zours célestes, avec les Zours purs, avec l'eau qui entoure le monde. Sois toujours, dit l'Eau, éclatant de lumière! Que ton corps soit toujours en bon étatt Que ton corps soit toujours victorieux! Vis à jamais, durant longtemps, longues années, et sois reçu pour toujours dans les demeures célestes des saints, éclatants de lumière et de bonheur (Yaçna, traductioii de Ë. Burnouf, hymne LXX). » Si dans l'eau Padiave nous avons trouvé l'analogue de l'eau bénite, on peut sans témérité reconnaître dans l'eau Zour l'analogue de reau baptismale par la vertu de laquelle les hommes reçoivent le caractère de chrétien. En rapprochant les formules des deux cultes, on verra que les chrétiens ne font pas jouer à Teau un rôle moins important que leurs devanciers. < Nous prions Dieu que, par un mélange secret de sa grâce divine, il rende féconde cette eau qui est préparée pour la régénération des hommes, afin que les enfants qui seront conçus et sanctifiés dans le sein pur des eaux divines, deviennent de nouvelles créatures par une naissance céleste, et que la grâce qui avec elle en est la mère, leur donne une vie nouvelle. C'est pourquoi. Seigneur, éloignez d'ici tout esprit immonde, chassez-en toute malice -et tromperie des démons... (En touchant l'eau, le prêtre prononce ces paroles) : Faites, Seigneur, que cette sainte €t innocente créature soit exempte de toutes entreprises de l'ennemi ; et que, toute malice en étant éloignée, elle soit conservée dans sa pureté; qu'elle soit une source de vie et une eau de purification; afin que tous ceux qui seront lavés dans ce bain salutaire, obtiennent la grâce d'être parfaitement purifiés par la vertu du Saint-Esprit... Seigneur, bénissez ces simples eaux, afin qu'outre leur propriété naturelle de nettoyer les corps, elles reçoivent encore la vertu surnaturelle de purifier les âmes. Que la vertu du Saint-Esprit descende sur cette eau et en rende toute la substance féconde et capable de régénérer. Que toutes les taches des péchés soient ici effacées ;

que la nature humaine, qui a été créée à voire image, étant ici rétablie dans la dignité de son auteur, soit purifiée de toutes les souillures du vieil homme, afin que tous ceux qui entreront dans ce sacrement de régénération, renaissent dans la véritable innocence d'une nouvelle enfance {Office du samedi saint), » Ainsi l'Ëgiise, en empruntant de Zoroastre la vertu de purification attribuée à l'eau, en a porté encore plus haut l'ejficacité et lui a donné le rôle prépondérant que l'Ëgiise d'Ormuzd accordait au feu.

Chez les Grecs, on se servait également, pour les purifications, d'une eau spéciale, l'eau lustrale, que l'on consacrait en y jetant du sel; on en remplissait un vase, qui se trouvait ordinairement à rentrée des temples (de là nos bénitiers); on purifiait par des lustrations les localités qui avaient été souillées par un meurtre ou par un suicide ; on plaçait à la porte de la maison mortuaire un vase rempli d'eau lustrale (1). Le sei, qui était considéré comme ayant une vertu sainte et était employé dans les cérémonies sacrées (2), joue un grand rôle dans le rituel catholique; on le mêle à l'eau bénite, on s'en sert dans le baptême, etc.

L'usage du baptême ou de l'initiation religieuse par l'eau se trouve chez une foule d'anciens peuples, comme le reconnaît La Mennais {Essai sur IHndiff., 1V« partie, ch. vu). Le Sadder, XXV* Porte, exige que l'on donne le baptême à l'enfant nouveauné, et c'est ce que font encore les Guëbres ; le ministre prend de l'eau pure, qu'il verse dans l'écorce de l'arbre Bom; il puise ensuite cette eau avec la main, et, en la jetant sur l'enfant, il prie Dieu qu'il daigne le nettoyer des souillures de ses parents; après quoi, l'enfant est inscrit sur le catalogue des croyants {Histoire des 7'eîigions, 1. 1, p. 88). — Les Grecs avaient une cérémonie nommée Amphidromie, qui consistait à promener le nouveau-né autour du foyer et des Images des dieux Lares ; c'était une sorte de consécration religieuse, à la suite de laquelle un nom était donné à l'enfant. Une cérémonie ayant le même objet se pratiquait chez les Romains, le neuvième jour pour les garçons et le huitième pour les filles ; on

(i) Alf. Maurt, Des religions de la Grèee^ t. II, p. 109, lii, li5, U6. (2) /d.,t. I, p. 318; t. Il, p. 144.

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appelait ce jour lustricus à cause de l'eau lustrale qui était employée pour purifier le nouveau-né (Magmobb, Saturnales, llv. 1 ; FiSTus, De verborum signiflcatione), -> On trouve des coutumes semblables chez les Égyptiens (Analyse de Vinscinption deRosettey p. 145). — Dans Tlnde, lorsqu'on donne le nom à un enfant, on récrit sur son front, on plonge trois fois l'enfant dans Teau d'un fleuve, et le brahmine s'écrie à baute voix : « Dieu pur, unique, invisible, éternel et parfait! Nous t'offrons cet enfant issu d'une tribu sainte, oint d'une huile incorruptible et purifié avec Veau (Alphabetum thibetanum, Prœfatio, p. 34 ; De Hukboldt, Vues des Cordillères et monuments de V Amérique, 1. 1, p. W). L'idée de la régénération par l'eau est extrêmement ancienne aux Indes ; de là vient le profond respect pour les cours d'eau, surtout pour le Gange, au point que de fanatiques courent s'y noyer, avec la persuasion qu'ils vont être reçus dans le sein de Brabma. •— • Les gentils, dit Tertullien, ont coutume d'inllier par une espèce de baptême leurs néophytes à certains mystères de la déesse Isis et du dieu Mithra. Ils honorent même leurs dieux par des ablutions solennelles {De baptismOf ch. v). » — Le baptême a été trouvé chez beaucoup de peuples de l'Amérique, quand les Européens l'ont découverte (Caeli, Lettres américaines, 1. 1, p. 445, 146, 151 et 454; Db Hum- BOLDT, op. cit., 1. 1, p. ^7, 238).

La confession des péchés avait lieu dès les temps les plus reculés, lors de l'admission des néophytes aux divers mystères; celui qui se faisait recevoir dans ces sociétés secrètes (à Memphis, Eleusis, Samothrace, etc.), faisait devant l'assemblée un aveu public de ses fautes et exprimait sou repentir; l'hiérophante le déclarait absous et le revêtait d'une robe blanche, en signe de la pureté communiquée à son âme par l'effet des rites sacrés. — C'est particulièrement dans la religion de Zoroastre que se trouve la confession auriculaire, en tout semblable à celle des catholiques (1); celui qui s'est rendu coupable d'un crime, doit aller se jeter aux pieds d'un prêtre pour l'engager à réciter à son intention la prière de la pénitence et à lui donner l'absolution de son pecbé (2). Le prêtre dit

(1) Arquetil-Duperbor, Zend'Awsta.

(2) 5o(/der, Porte 81.

à son oreille les paroles suivantes : « Seigneur, pardonnez-lui tous ses péchés, tous ses méfaits, toutes ses négligences (i). » Le prêtre doit, chaque matin, faire à Dieu certaines oblaiions pour la rémission des péchés (% Enfin , un souverain pontife est re* gardé comme tenant de Dieu le pouvoir d'ouvrir et de fermer les portes du paradis (3). On peut voir dans Anquetil-Duperron (tome III) les formules de confession et d'absolution, ainsi que les cérémonies de la pénitence ; il résulte clairement de la comparaison, que les catholiques n'ont eu qu'à copier ce qui se faisait en Asie depuis plus de douze siècles avant Jésus-Christ (4). --<• Aux Indes, les Gourous remettent les péchés à ceux qui se prosternent devant eux et implorent leur bénédiction (5). — La confession se trouve aussi dans le bouddhisme (6). —Le paganisme gréco-romain l'avait adopté dans certaines localités; ainsi Piutarque se moque du superstitieux qui, par esprit de pénitence, se vautre tout bu dans la fange, qui confesse des péchés chimériques» comme d'avoir bu ou mangé tel mets, d'avotr été quelque part où Dieu défend d'aller (7). « La confession» dit M. Nicolas (II« partie, ch. xvii, p. 429 do t. III de la 7« édition), se trouve chez tous les peuples qui ont adopté les mystères d'Eleusis; on l'a retrouvée aussi chez les Brahmes, chez les Turcs, au Thibet, au Japon, et jusque chez les peuples de l'Amérique (8). »

Il n'est pas jusqu'à Teucharistie des catholiques, qui ne soit aussi une copie de l'antiquité. Ce sont encore les mages qui nous présen* tent la monstruosité de la tbéophagie. « Le Bom, dit J. Raynaud

(1) Htdi, Divilerirdigioiut Per^arum, pnefatio, p. 579.

(2) Sadder, Porte 72.

(3) /cf.. Porte il.

(4) UsTETRiE, Hittoirede la confeêsiony liv. 1.

(5) Dubois, Mœurs et instUutions des peuples de Vlnde^ 1. 1, p. 206.

(6) Alphabet thibétain, t. 1, p. 264, 265.

(7) DelasuperstitionfCh.xx.

(8) H. Nicolas se réfère aax -autorités savantes : Carli, Lettres amérieainesy 1. 1, let. 19 ; extrait des Voyages d'Bffremoff, dans le Journal du Aordy Saint-Pétersbourg, mai 1807; Felleb, Catéeh. phihê.j t. III* B«50L

(loc, ciL) est uo végétal des moutagnes, qui jouit du privilège de porter le plus ancien nom de Dieu dans ia tradition de Zoroaslre : consacré, ii est Dieu même. Ho m est à la fois dans le ciel et sur la terre : dans le ciel, esprit divin ; sur la terre, breuvage mystique. Tandis. que les autres sacrements ne donnent que la pureté, celui-ci donne la vie ; et il donne la vie, parce que c'est la personne de Dieu qui est supposée mangée par l'homme. C'est là un des dogmes capitaux du culte mazdéen, et le témoignage formel des Naçkas, joint à l'usage constant de la liturgie, ne peut laisser aucun doute sur ce point...

« Alors Zoroastre lui demanda : Quel bomme es-tu, toi que j'ai vu le meilleur du monde existant, avec ton beau corps immortel ? Alors Hom, le Saint qui éloigne la mort, lui répondit : Je suis, ô Zoroastre, Hom le Saint, qui éloigne la mort. Sacrifie-moi, ô Guitama. Prépare-moi pour me manger y chante-moi des hymnes {Yaçnay hymne IX). » C'est ce même Hom qui est considéré comme le principe de tout bien, la source de toute grâce. Alors Zoroaslre lui dit : « Je t'adresse ma prière, ô Hom ! Hom pur qui donnes ce qui est bon, qui donnes la justice, qui donnes la pureté, la santé, qui as un corps excellent, éclatant de lumière, victorieux, qui es appelé de couleur d'or. Lorsque les âmes te mangent avec pureté, tu les protèges, elles sont dignes du paradis. toi qui es de couleur d'or, je t'appelle toujours grand, toujours victorieux, toujours beau, toujours principe de santé, toujours distribuant les biens, toujours plus grand que tous les corps, toujours excellent et tout bien (id,).,. Que l'homme qui te prie, ô Hom, soit toujours victorieux ; les Dews de mille espèces sont au-dessous, ô Hom, de celui qui t'Invoque, de celui qui te célèbre, de celui qui te mange. Par ces actions grandes et méritoires, les maux seront anéantis dans ce lieu (Hymne X)... Pour cette seule coupe que je te présente (dit l'officiant tenant en main le calice à l'instant de la consécration), donne-moi dix pour un. Récompense-moi ainsi, ô pur Perahom ! Donne la pureté à mon corps. Veille sur moi, Hom, production excellente. Viens toi-même, source de pureté. Donne-mol, Hom saint qui éloignes la mort, les demeures célestes des saints, séjour de lumière et de bonheur (Hymne XI). » —

tf D'après l'Avesta, dit M. AU. Maury, le Hom s'offrait à l'imagination comme le génie de la victoire et de la santé, comme un médiateur ou une divinité qui, sous nne^ apparence sensible et matérielle, se laissait boire et manger de ses adorateurs, et entretenait dans leur cœur la pureté et la vertu {la Magie et Pastrologie dans V antiquité et au moyen âge, p. 36, 37). » — Ainsi, c'est la personne divine qui, sous la figure d'un breuvage, entre dans rbomme et lui donne la vie; c'est bien là l'eucharistie; il n'y a de différence que dans la matière qui, dans le mazdéisme, était le suc d'un arbre, tandis que, dans le catholicisme, c'est le pain et le vin.

L'oblation du pain se trouve aussi dans le culte de Mithra. Saint Justin, après avoir rapporté les paroles de Jésus dans l'institution de l'eucharistie, Hoc est corpus meum, reconnaît qu'une semblable oblation eucharistique faisait partie des mystères de Mithra et qu'on y prononçait également des paroles mystiques sur le pain et l'eau qui y étaient offerts; il explique cette ressemblance, comme toutes les autres, par la fureur qu'a toujours eue le diable d'imiter dans ses institutions tout ce qui devait un jour être pratiqué par les chrétiens (ApoL ii, p. 98, éd. 1615). Tertullien n'a pu s'empêcher d'être frappé de la similitude entre le culte du Christ et celui de Mithra ; il reconnaît que ce dernier a ses épreuves préparatoires, même plus rigoureuses que celles des chrétiens, ses fidèles défenseurs et ses martyrs ; que les sacrements du baptême, de la pénitence et de Veucharistie se trouvaient aussi dans cette religion; que les sectateurs de Mithra marquaient leurs fronts d'un signe sacré comme les chrétiens, qu'ils portaient des emblèmes de la résurrection future; qu'ils avaient un souverain pontife, des vierges consacrées à Dieu, et, en un mot, qu'on y retrouvait tout ce qui se pratiquait chez les chrétiens : ce Père, à l'exemple de saint Justin, a recours au diable, parodiste par anticipation, pour expliquer une ressemblance aussi frappante (De prœscriptione, ch. xl).

La théophagie se trouve aussi dans la religion de Brahma. La liqueur Samondra est versée en libation sur le foyer et répandue dans les* coupes pour être consommée par les assistants qui se

S5â EXAMEN DU CHRISTIANISME

noorrissenl ainsi du Dieu Soma. Ce Dieu est devenu la ebatr du sacrifice; à son banquet sacré ont été également conviés les dieux et les hommes; dans cette participation commune à de mystérieuses nourritures, tous ont trouvé la vigueur et le plaisir (1).

La croix qui occupe tant de place dans le culte catholique, figurait dans les cultes anciens, comme le reconnaît Dion Cbrysostome (Oratio IV, De regnd)\ < D'où vient, dit-il, que les Égyptiens, les Arabes, les Indiens, avant la naissance de Jésus*Christ, et les habitants des contrées les plus septentrionales, avant qu'ils eussent entendu parler de lui, avaient tous une vénération profonde pour le signe de la croix ? C'est ce que j'ignore ; mais le fait est certain... En quelques endroits, le signe de la croix était donné aux hommes déchargés de l'accusation d'un crime. En Egypte, ce signe signifiait la vie éternelle. » Effectivement, toutes les divinités égyptiennes tenaient dans la main droite la croix ansée, qui est le symbole de la vie (%.

Avant que la Santa Casa se mit à voyager, on citait des statues de Bouddha qui se meuvent d'elles-mêmes, traversent les airs et vont se poser à de très-grandes distances; le pèlerin Hiouen Thsang vit une statue qui était venue à la prière d'un roi se poser dans un couvent sur un trône préparé pour la recevoir (Bâmtvéleht Saint* HiLAiRB, le Bouddha et sa doctrine^ p. 290, 291).

Le même auteur remarque que le cuite des reliques était fort usité dans le bouddhisme dont le catholicisme a depuis copié les pratiques : • Dans le royaume de Nagarahâra, outre la prunelle de Bouddha et l'os de son crâne, on conservait son vêtement et son bâton; à Baktra, avec une de ses dents, on montrait son pot à eau et son balai. A Kouglianapoura, on gardait précieusement, avec la statue deSlddârtha, son bonnet; à chaque jour de fête, on le tirait de la boîte où il était soigneusement serré» et on le plaçait sur un piédestal élevé (icf., p. 294).

(1) Lanclois, Mémoiret de VAccidémie des inscriptions, 1853, t. XIX, II< partie; Alf. Maury, La magie et Vastrologie, etc., p. 37, et Essai sur la religion des AryaSy Revue archéologique, 9« année, p. 733, 734.

(2) Crampollior -FicEic, V Egypte ancienne.

EXAMEN DU CHBISTIANISME 258

La forme des vêlements sacerdotaux et des ornements consacrés au culte est également empruntée au paganisme. La mitre épisco* pale est la tiare des anciens pontifes, la crosse est le lituus ou bâton augurai. Chateaubriand remarque cette conformité : « L'encens, ies fleurs, les vases d'or et d'argent, les lampes, le luminaire, le lin, le chant, les processions, les époques de certaines fêtes passèrent des autels vaincus à l'autel triomphant ; le christianisme enleva au paganisme ses ornements (Études historiques). ».

Le chapelet était inconnu de la primitive Église (1); les croisés ront emprunté aux mahométans.

Nous avons vu que le christianisme a suivi les religions païennes dans les voies de l'anthropomorphisme (ch. xi, %3), du polythéisme et de l'apothéose (ch. xiii, % 3), de Tidolâtrie et du fétichisme (id«, § 4, 5).

Les pèlerinages qui sont regardés par les catholiques comme une des œuvres ies plus saintes et les plus méritoires, étaient usités dans toutes les anciennes religions. On croyait se rendre agréable aux dieux en visitant certains lieux où ils s'étaient manifestés, certains temples où ils faisaient entendre leurs voix, ou qu'Us affectionnaient plus spécialement ; et l'on était persuadé que les prières et les sacrifices avaient bien plus d'efficacité dans ces lieux privilégiés que partout ailleurs. On accourait en fouie au temple de Diane à Ëphèse, et l'on en rapportait des effigies en métal de cet édifice (S), de même que ceux qui vont visiter Notre-Dame de Lorette, rapportent dévotement une médaille sur laquelle est gravée l'image de la Santa Casa. On visitait le temple d'Apollon à Delphes, celui de Cérès en Sicile, celui d'Ammon en Libye, etc. Le Sadder (Porte VI) recommande de faire annuellement un voyage au

(1) Bergier (v« Chaptlet) reconnaît qu'ail n''est pas très-ancien.

(2) Act. ap., XIX. I/aateur raconte que les fabricants de ces petits temples, voyant que la prédication de saint Paul allait ruiner leur commerce, excitèrent une sédition contre les chrétiens. II en a été de même lors de la prédication du prolestanllsme $ ses ennemis les plus ardents étaient ceux dont il ruinait le commerce ; et, aujourd'hui encore» combien de vieux abus ne subsistent que par un motif semblable ! Sans le purgatoire, que deviendrait le commerce des messes?

Sft4 EXAMEN DU CHRISTIANISME

principal temple de Toupags. Il y a aax Indes plusieurs lieux qui attirent un grand concours de pèlerins ;. celui de Djaggernat est surtout célèbre; tous les ans, il y vient plus d'un million deux cent mille pèlerins, ce qui rapporte aux prêtres une vingtaine de millions de piastres. C'est absolument comme les visiteurs de la sainte Tunique de Trêves, du saint Sépulcre de Jérusalem, de saint Jacques de Compostelle, etc.

Les pèlerins qui se croyaient redevables de leur guérison aux dieux qu'ils étaient venus invoquer, avaient coutume de pendre aux voûtes des temples, des représentations des membres guéris, c'est ce qu'on appelle des ex-voto. Le même usage s'observe dans les églises catholiques, ou l'on volt pendus de petits vaisseaux, des béquilles, des Jambes, des yeux, etc.

En un mot, le culte catholique n'est, d'un bout à l'autre, qu'un plagiat des cultes païens.

§ 7. — Conclusion.

La conformité du christianisme avec les anciennes religions ne peut être niée : de longs ouvrages, remplis d'érudition, ont été écrits dans le but de l'établir; et, chose curieuse, ces ouvrages ont pour auteurs des apologistes du christianisme, qui ont cru pouvoir tirer du fait de cette conformité des conséquences tout opposées aux nôtres (on peut voir, entre autres, Hdet, Âlnetanœ quœsiionesy et La Mbriiais, Essai sur Vindifférence, IV« partie, ch. iv à vin) (1). Les preuves que nous avons données, sont, du reste, plus que su£9santés pour Justifier notre assertion ; voyons maintenant quelles conséquences en découlent.

11 en résulte d'abord, comme nous l'avons dit au préambule de ce chapitre, que Dieu, si on le fait auteur de la religion chrétienne, aurait daigné prendre une forme humaine, vivre de la vie humaine, annonçant aux hommes que sa mission avait pour but de les tirer de l'erreur et du mal où ils étaient plongés et dont lui seul pouvait

(i) « Nous ne devons pas chercher & revendiquer pour le christianisme le privilège de la nouveauté, comme s^il s'agissait d'une invention humaine. 11 est du privilège de la vérité d'avoir toujours été (Nicolas, Il« partie, ch. vu). »

les délivrer, et que ce divin révélateur n'aurait rien révélé et n'aurait /ait que répéter ce qui avait été enseigné avant lui. Sa mission comme révélateur aurait donc été complètement manquée, ou plutôt elle était superflue dès qu'elle ne devait comprendre que des répétitions. 11 est impossible d'attribuer à Dieu un pareil rôle.

Il y a plus. D'après le dogme cbrétien, Dieu n'aurait cessé, depuis l'origine du genre bumain, de se révéler à lui par Torgane de certains bommes d'élite qui, à partir d'Abraham, auraient été pris exclusivement dans la descendance de ce patriarche; le peuple hébreu aurait joui du précieux privilège de communications journalières avec Dieu qui se serait plu à verser sur lui les trésors de ses lumières, tandis que toutes les autres nations, privées de semblables révélations, seraient restées plongées dans les plus épaisses ténèbres et auraient été le jouet des esprits malfaisants qui auraient égaré leur intelligence et perverti leur cœur. £b bien, ces nations flétries en masse du nom de profanes, de païennes, d'idolâtres, se trouvent avoir eu, dès la plus haute antiquité, connaissance de dogmes que le christianisme déclare vrais et qui étaient ignorés du peuple chéri de Dieu ; de sorte que les hommes livrés à leur propre faiblesse et aux suggestions des démons, auraient Recouvert la vérité, quand les prophètes qui s'entretenaient familièrement avec Dieu, n'ont pu la connaître; et Dieu lui-même, venant sur terre, n'a pu trouver rien de mieux que de répéter les oracles de la sagesse païenne. C'est ainsi que les païens se trouvent avoir connu la trinité divine, l'incarnation divine, la hiérarchie des anges, la révolte des démons, l'immortalité de l'âme humaine, les peines et les récompenses après la mort, toutes choses ignorées des Juifs, et ont pratiqué le culte des images, la confession et la théophagie ou manducation de Dieu, toutes choses que les Juifs ignoraient ou avaient en horreur, et que le christianisme déclare excellentes et divines ; enfin , quant à la morale, les païens surpassaient les Juifs et n'ont pas été surpassés par les chrétiens.

N'est-il pas évident dès lors que ces derniers intervertissent les rôles, et que s'il faut admettre que des peuples antérieurs à Jésus- Christ doivent être regardés comme ayant été favorisés de révéla-

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lions divines, ce caractôre appartiendra aux peuples païens et particulièrement aux mages dont la doctrine et le culte se rapprochaient le plus du christianisme, et qu'on devra le reruser aux Juifs qui s'obstinaient à repousser les vérités admises par les païens et adoptées depuis par les chrétiens. Et si l'ignorance et l'erreur sont regardées comme le résultat de l'inspiration du démon, les Juifs se trouveront le peuple maudit entre tous. Si l'on persiste à voir en eux le peuple de Dieu, Il faudra donc arriver à proclamer ce singulier paradoxe, que la révélation divine avait un effet négatif, et que, bien loin de les faire avancer dans la science divine, elle retardait au contrairé^ leurs progrès et les maintenait dans l'Ignorance d'où ils seraient sortis sans cette grâce surnaturelle ; ou, en d'autres termes, la communication de la lumière avait pour objet de conserver les ténè* bres.

Les Pères ont imaginé des explications plus ou moins bizarres pour sortir de cette difficulté. Les uns ont supposé que les diables, qui dès l'origine connaissaient les mystères et le futur rituel du christianisme, en ont révélé une partie aux hommes afin de leur en faire la parodie, de manière que le christianisme fût travesti avant d'être né. Nous avons déjà cité (% précédent) des passages de saint Justin et de Tertuilien où se trouve exprimée celte étrange supposition. « Le diable, dit aussi Firmicus Maternus, n'a rien oublié pour perdre l'homme. Il a pris pour cela toutes sortes de formes. Mais parce qu'il savait que ies hommes devaient retrouver dans la croix l'Immortalité qu'ils avaient perdue par leur péché, il a voulu les tromper par quelques ressemblances de la croix en se servant du bols de plusieurs arbres dans la célébration de ses mystères impies. Dans les fêtes que l'on célèbre tous ies ans en Phrygie en l'honneur de la Mèredes Dieux, on coupe un pin et l'on attache un jeune homme au tronc. Dans celles que l'on célèbre en l'honneur d'Isis, ou coupe pareillement un pin, etc. » « Le démon , singe de la divinité^ fait imiter parles idolâtres les divers sacrements; il les fait baptiser, signer au front et célébrer l'offrande du pain (Tertvlliek, Conirà Marcionem, ch. xiv) » (1).

(1) Dom Antoine de Solis ayant raconté que le baptême, la confession,

C'est à peioe si un pareil raisonDemenl peut être pris au sérieux. Consentons néanmoins à l'examiner. On pourrait se t)orner à demander aux Pères comment ils ont été si bien informés des faits et gestes de Satan. Comme ils ne s'expliquent pas à cet égard, leur déclaration ne vaut que comme une supposition gratuite à laquelle on peut opposer une simple dénégation ; gratis negatur quod gratis affirmatur. Sur quoi repose leur système? Sur cette affirmation que les diables peuvent, non seulement changer Tordre de la nature, c'est-à- dire faire des miracles, non seulement prévoir et annoncer l'avenir, mais encore révéler la vérité; d'où il résulte pour l'homme une difficulté insoluble pour discerner si une révélation vient de Dieu ou des diables. On ne peut se déterminer de préférence pour celle qui s'appuie sur des miracles, car le Diable sait aussi en faire (ch. II ci- dessus), ni pour celle qui se fonde sur des prophéties, car le Diable sait beaucoup dé choses à venir et peut les annoncer aux hommes (ch. vi) ; enfin on ne peut sortir d'embarras en se livrant à l'examen intrinsèque des choses révélées; car, indépendamment de ce qu'un pareil examen substitue la raison humaine à l'autorité et implique la négation de la révélation, cet examen ne pourrait nous conduire à aucun résultat, dès qu'il est entendu que ce qu'il y a de vrai, de pur, de moral dans une doctrine, peut avoir été enseigné par les esprits infernaux. Quelque masse de vérité que nous trouvions dans cette doctrine, nous pourrons toujours supposer qu'elle a été inspirée par^atan, et sans doute aussi dans le but de parodier d'avance la vraie révélation divine qui n'est pas née. Si c'est le diable qui a dicté la vérité à Zoroastre, Bouddha, Numa, Minos,

la communion, les jubilés, les processions, et jusqu'au nom de pape donné au chef des sacrificateurs, existaient chez les Mexicains avant rarrivéc des chrétiens en Amérique, assure que le diable était Tauteur de ces inventions [Histoire de la conquête du Mexique^ liv. III).

Les Chinois ont des figures toutes semblables & eelles de la Vierge Marie. L^auleur de la Relation de Vambaetade anglaise dit à ce propos, que le missionnaire Prémore pensait, en considérant les pratiques des sectaires de Fo, que c'était un tour que le diable avait voulu jouer aux jésuites {Voyage dans ^intérieur de la Chine, de lord Macartney, t. Il, p. 305).

ZaleucQs, Orphée, Platon, etc., il peut toat aussi bien avoir inspiré Jésus-Christ : ainsi s'écroulerait l'argument de ce dernier sur le royaume divisé contre lui-même, et sur Béelzébub qui ne peut chasser les démons (Mat., xii); dans ce système, Béelzébub peut très-bien faire ses affaires, tout en paraissant faire celles de Dieu ; il se fait l'apôtre des vérités divines, tout en y glissant des erreurs qui les défigurent. Mais comment l'homme pourra-t-ii s'assurer de la présence de cet élément diabolique dans une doctrine dont le fond est vrai? Ce ne pourra être qu'en examinant attentivement par luimême; ii sera donc toujours conduit à l'examen philosophique que la révélation a pour but d'interdire. Et s'il suffit que cet examen fasse découvrir des imperfections dans une doctrine pour qu'on soit autorisé à lui attribuer une origine infernale et à la déclarer une parodie de la doctrine divine, l'œuvre de Jésus-Christ sortira-t-elle victorieuse de celle épreuve? L'examinateur, en y voyant des puérilités comme l'eau changée en vin et le miracle des diables envoyés dans le corps de deux mille pourceaux, les contradictions innombrables, le manque de courage du révélateur, et des préceptes antisociaux, tels que celui qui défend de résister à la violence et à l'injustice, et celui qui ordonne d'abandonner son pays, sa famille et même sa femme; l'examinateur, dis-je, s'il est sans préventions, ne manquera pas de voir dans toutes ces taches autant d'indices de la coopération satanique ; il sera donc conduit, par le système des théologiens , à reléguer le christianisme au nombre des religions païennes dans lesquelles, soit par l'effet de la suggestion du démon, soit par toute autre cause, le vrai se trouve mêlé au faux , et il conclura qu'aucune de ces religions ne peut être acceptée que sous bénéfice d'inventaire, conclusion exactement conforme à celle du philosophe.

D'autres théologiens, éprouvant sans doute de la répugnanc^à faire intervenir le diable dont la personne a toujours quelque chose de grotesque, ont imaginé une explication tout opposée à la précédente ; ils ont prétendu que ce qu'il y a de vrai dans les religions extra-juives, a été révélé, non par les diables, mais bleu par Dieu, et que chez presque toutes les nations il s'est trouvé des hommes inspirés de Dieu et doués de l'esprit prophétique. L^exemple de

Balaam qui, bien qu'étranger à la nalion juive, avait le don de prophétie, est fourni par la Bible elle-même. La plupart des Pères ont reconnu ce don chez les Sibylles (1); saint Augustin déclare que Virgile, en décrivant, dans sa quatrième églogue, les merveilles du règne messianique, ne faisait que reproduire les prophéties de la Sibylle de Cumes qui avait vu en esprit ia venue et tes actions du Sauveur des hommes (2). S'il y a eu des prophètes chez le peuple juif, dit le même Père, Il y en a eu aussi chez les autres peuples, et ils ont prédit des choses qui regardent Jésus-Christ (3); on croit qu'il y a eu, chez les autres nations, des hommes auxquels le mystère de Jésus-Christ a été prédit, et qui ont été poussés à le prédire (4). Saint Clément d'Alexandrie dit que, comme Dieu voulut sauver les Juifs en leur donnant des prophètes, de même il distingua, parmi les Grecs, les hommes les plus recommandables pour en faire ses prophètes, dans leur propre langue, autant qu'ils étalent capables de recevoir les bienfaits de Dieu (5), et il cite, à ce sujet, le livre apocryphe de la Prédication de saint Pierre, dans lequel on invoque l'autorité des Sibylles. Dans tous les temps^ dit Origène, la sagesse divine descendant dans les âmes des justes, en a fait des prophètes et amis de /Heu {Contra Celsum, liv. IV, ch. vu). L'existence de l'esprit prophétique chez tous les peuples est reconnue par saint Thomas (Quest. ii, art. 7), par Sixte de Sienne {Bibliotheca sancta, liv. VI, annot. li, p. 490), et par La Mennais {Essai sur Pindifférence, 1V« partie, ch. xiii); Lactance attribue l'inspiration divine à Cicéron {Instit, div., liv. VI; ch. tiii); Huet l'attribue à Confucius {Âlnet. quœsL, liv. II, ch. xiii, p. 235).

S'il en est ainsi, les privilèges du peuple juif disparaissent, ainsi que ceux des chrétiens. L'inspiration divine se trouve dans tous les temps et dans tous les lieux, et nulle secte particulière ne peut la revendiquer comme un bien propre. On ne peut non plus attribuer à uu certain peuple la prééminence en ce genre, car personne n'a la

(1) Saint Jostir, Adgrœeot ; Lagtarce, Inêlit, div., liv. IV, ch. xv.

(2) Epitt, 258 ad Martianum.

(3) Epitt.ad Romanos^inchoataexpoêUiOfCh. m, part. IL (i) De civitate Dût, liv. XVIII, ch. xlvii.

(5) Stromatet, liv. VI, p. 636.

prétention de connaître le nombre exact des hommes honorés des communications divines, ni le nombre de ces communications, ni d'en supputer la valeur comparative. Chez les Juifs eux-mêmes, beaucoup de prophètes n'ont pas écrit, beaucoup d'autres ont composé des ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous, et il en est encore plus dont le nom même n'a pas passé à la postérité (l). On ne peut donc Taire le dénombrement exact de ces hommes de Dieu. On doit admettre également que ies autres peuples ne nous ont transmis, ni les ouvrages, ni même les noms de tous les hommes inspirés qui leur ont appartenu. D'ailleurs, pour faire la comparaison, le nombre ne serait pas le seul élément à considérer, mais aussi le degré de science divine départi aux divers prophètes; et qui sait, par exemple, si, un Platon ou un Gonfucius ne vaut pas cent Jonas, cent Osée, etc? Mais qui assignera les rangs, qui osera calculer les doses de grâce divine? Évidemment aucun homme ne sera compétent pour un pareil travail. Dans le système que nous examinons, il faudra donc simplement admettre que Dieu s'est manifesté à tous les peuples par l'intermédiaire de quelques prophètes, et il faudra renoncer à établir une hiérarchie entre les peuples et à déterminer lequel d'entre eux a reçu la plus forte quantité de lumière céleste. Les Juifs se trouvent ainsi déchus de leur prétendue supériorité et mis sur la même ligne que les Egyptiens, les Indiens, ies Perses, les Chinois, les Cbaldéens, les Grecs, etc., en un mot, les gentils qui tous, au lieu d'avoir été plongés dans le mal et dans Terreur, ainsi que se le figure le vulgaire chrétien, ont au contraire été guidés par Dieu £t éclairés de la lumière céleste.

Ce premier point établi, il en résulte plusieurs conséquences fatales pour le système chrétien. D'abord on peut dire que si divers peuples avaient reçu de leurs sages l'initiation à toutes ies vérités que devait plus tard annoncer Jésus-Christ, la mission de celui-ci était inutile, et Dieu n'avait pas besoin de produire un miracle aussi prodigieux que celui de l'incarnation pour venir répéter une

(1) Ils étaient si nombreux, qu'il est parlé d^une Iroupe de prophètes à laquelle se mêla Saûl qui, dans celle sociélé, devint aussi propbèle (I Roiif x). Acbab, roi d'Israël, entretenait un corps de quatre cents ^rophèles (II! i2oi>, xx, 6; Il Par., xviii, 5).

* EXAMEN DP CHRISTIANISME 861

leçoD déjà donnée et reçue tant de rois. En second lieu, les théologiens ne peuvent admettre que tout ait été vrai dans l'enseignement des prophètes gentils; car ceux-ci se contredisent sur une foule de points, en même temps qu'ils sont contredits par les prophètes juifs et chrétiens. Donc les hommes inspirés de Dieu, malgré les lumières surnaturelles dont ils sont gratifiés, sont sujets à faillir; les Confucius, les Platon, qui sont loin d'être toujours d'accord avec les écritures judéo-chrétiennes, ont mêlé aux vérités divines qu'ils recevaient par inspiration, des erreurs qui leur appartiennent en propre, et l'inspiration divine n'a pu les préserver de bien des chutes. S'il en est ainsi pour ces prophètes, quelle garantie avons-nous qu'il n'en est pas de même des écrivains sacrés chez les Juifs et chez les chrétiens, des prophètes, des apôtres, et même des évangélistes? Si Dieu ne soutient pas toujours ceux auxquels il daigne se manifester, aucun d'eux n'a droit à une confiance absolue. Chez tous, le divin est confondu avec l'humain, le vrai avec le faux; tous doivent être reçus avec vénération, mais nul ne doit l'être avec une confiance aveugle. La qualité d'auteur Inspiré, qualité extrêmement difficile à constater, comme nous l'avons vu ci-dessus ch. m, ne dispense pas le lecteur d'un examen sévère et ne lui fait jamais une loi d'abdiquer sa raison. Dès lors, tous les systèmes de révélation s'écroulent, et le sage le plus éminent n'obtient d'autre autorité que celle qui est due aux qualités éminentes dont il fait preuve. Les hommes inspirés ne sont plus que des êtres doués d'une intelligence supérieure à celle du vulgaire; ils sont inspirés en ce sens qu'ils tiennent de Dieu leurs hautes facultés ; c'est ainsi que les anciens attribuaient à une inspiration divine le talent poétique et le don des arts, et que ie même mot, vo/ex, désignait le poète et l'oracle. L'inspiration ainsi entendue ne renferme plus rien de surnaturel, et nous nous trouvons encore ramenés à l'examen philosophique.

Quelques uns ont prétendu que tout ce qu'il y avait de vrai dans les auteurs païens, en religion et en morale, avait été par eux emprunté aux livres juifs, et c'est ce qui a été allégué notamment de Pylbagore et de Platon. Les réponses ne manquent pas à cette prétention.

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