‹ Examen du christianisme (volume 2)Chapitre 6 sur 31 · III · texte numérisé non relu

III

rocité qu'on ne trouve qu'au berceau des peuples barbares; le Christ, tel que Ta fait TËgltse de Rome, est retombé au-dessous de Jupiter très-grand et très-bon : pour lui trouver des termes de comparaison, il faul remonter jusqu'à Moloch, à Teulatès et au vieux Saturne. On cherche en vain à épiioguer sur les mois en objeclanl que les supplices qui, dans tous les pays, sont infligés aux malfaiteurs, sont autant de sacrifices humains. Les sociétés ont cru que leur sûreté exigeait que les plus grands crimes fussent punis de la perte de la vie ; le motif principal a été l'espoir que la crainte d'un tel châtiment intimiderait les malfaiteurs et rendrait les crimes moins fréquents; mais on ne se soumet qu'à regret à la dure nécessité de retrancher un membre de l'humanité; c'est au bien public qu'est fait ce pénible sacrifice ; il ne frappe qu'un malfaiteur qui a violé la loi et porté une grave atteinte à Tordre et à la sécurité publique; l'exécution est un jour de deuil pour la société, aucune idée religieuse ne s'y rattache. Dans l'auto-da-fé, au contraire, ce n'est point pour un délit envers la société ou envers ses membres, que la condamnation est prononcée, mais pour un prétendu crime envers Dieu ; le sacrifice a un motif purement religieux, comme l'indique suffisamment le mot [acte de foi)\ Il est ordonné par les ministres de la religion, exécuté avec les formalités religieuses et avec l'appareil des plus grandes solennités, il fait partie du culte; au lieu du bourreau qui seul préside à l'exécution des sentences Judiciaires, ici c'est le premier des pontifes qui officie avec toute sa cour ecclésiastique, le peuple et le roi y assistent avec dévotion et croient se sanctifier en participant à cette cérémonie, et même des indulgences sont accordées par l'Ëglise aux assistants (1) ; le sacrifice est regardé comme une œuvre pie, et l'on remercie Dieu par un Te Deum de la grâce qu'il vient d'accorder aux fidèles en les faisant participer à une fête aussi édifiante (2).

(1) Direcl0rium inquisitorum^ part. II.

(2) Toutes ces circonstances font voir qoel est le véritable caractère de Tinqtiisition. De Malstre insiste en vain sur ee que ses membres étaient des juges royaux ; ce n'en est pas moins une institution éfAinemment ecclésiastique.

C'est bien là un sacrifice humain, s'il en fui jamais. L'aalo-da-f^ est l'exacte reprodoclion de ce qui passait cliez les Gaulois, les Carlhaginois et autres peuples anciens ; les motifs en sont les mêmes et viennent de la persuasion que Timmolaiion des impies est une offrande agréable à Dieu et a la vertu d'apaiser sa colère. Ainsi, même en morale, le christianisme est tombé aussi bas que les rell^ gions les plus grossières et les plus inhumaines qui du moins avaient pour excuse la barbarie générale qui régnait alors. C'est une tache hideuse dont TËglise ne se lavera jamais. C'est l'Église qui, par l'organe des papes, agissant comme chefs de la chrétienté et prononçant excathedrâf a institué, propagé et entretenu, autant qu'elle a pu, l'Inquisition; elle doit subir la responsabilité de celle œuvre infâme. Cette église qui ne doit jamais être privée des lumières de l'Esprit*Saint, qui ne peut faillir, et contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais, cette église a érigé en principe des monstruosités dont le souvenir fait horreur. Les seetes appelées par elle hérétiques et schismaliques, bien qu'elles aient eu souvent à se reprocher des actes d'intolérance et de cruauté, n'ont jamais rien eu qui approchât de l'Inquisition, n'ont point eu d'institution permanente ayant pour but la recherche et l'extermination des dissidents. C'est l'esprit philosophique qui a commencé à ébranlei* celte œuvre essentiellement catholique ; c'est le génie de la révolution française personnifié dans Napoléon, qui lui a porté le dernier coup; et maintenant le seul pays du monde où l'inquisi* tlon ait été conservée, c'est celui où règne le successeur des apô* très, le vicaire de Jésus-Christ. Qu'on le sache bjen, l'Inquisition existe à Rome, comme un débris encore menaçant du moyen âge, comme un défi porté à l'esprit du siècle; elle n'allume plus de bûchers comme autrefois, mais elle a conservé la charge de rechercher les gens suspects d'opinions non orthodoxes, elle les fait arrêter sans forme de procès, et les laisse languir toute leur vie dans des cachots mystérieux. Les peuples de l'Europe ont fait d'autant plus de progrès dans la tolérance et dans la bienveillance universelle envers tous les hommes, sans distinction de sectes, qu'ils se spnt plus t^luignés du catholicisme ; l'Ëlat qui est le boulevard de cette religion, a frappé d'anathème la liberté des cultes et

la liberté de discussion (i), et a conservé TiDstrument le plus parfait da despotisme, l'institution qui a produit les sacrifices humains. Ce simple rapprochement suffit pour faire voir lequel, du catholicisme ou de la philosophie, contient le plus de vraie morale, lequel est le plus conforme aux besoins de l'humanité, lequel est le plus favorable aux progrès de l'esprit humain.

§ 10. — De la théocratie

Les diverses sectes chrétiennes (excepté les Quakers et les Unitaires) reconnaissent à certains hommes privilégiés le caractère de représentants de Dieu; ils sont, nous dit-on, les successeurs cl les héritiers des apôtres auxquels Dieu lui-même avait remis ses pouvoirs; ils ont puissance pour faire des commandements aussi obligatoires que ceux de Dieu même, et pour dresser, par conséquent, le code des droits et des devoirs; Ils sont les intermédiaires nécessaires entre Thomme et la divinité; seuls ils ont droit d'approcher des choses saintes et de célébrer les augustes mystères; ils commandent à Dieu même qui, h leur voix, descend docilement du ciel pour se renfermer dans le lieu à lui désigné; ils parlent en son nom, rendent des arrêts qu'il a promis de ratifier; Ils tiennent les clefs du ciel et de l'enfer et en ouvrent les portes suivant leur volonté; ils voient les autres hommes prosternés à leurs pieds, ils les citent tous à leur redoutable tribunal où ils peuvent remettre ou retenir les fautes. Quelles hautes prérogatives, quel immense et effrayant pouvoir! Ceux qui en sont armés, sont-ils des hommes comme les autres? Évidemment, non. Leur caractère sacré les élève au-dessus de l'humanité, ce sont des dieux visibles, des êtres supérieurs, semblables aux anges. Que dis- je? Bien que participant encore de la faiblesse inhérente aux êtres terrestres, ils s'élèvent par le rang

(i) Le pape Grégoire XYI, par son encyclique du 15 août 1832, a condamné de toutes ses forces cette maxime absurde et erronée ou plutôt ce délire f qu*il faut assurer et garantir à chacun la liberté de conscience, ainsi que cette liberté funeste et dont on ne peut avoir assez d^horreur, Vexécrable liberté de la librairie pour publier quelque écrit que ce soit, liberté que quelqueê uns osent solliciter et mettre en avani.

au-dessus des anges et des archanges qui ne sonl que des envoyés de Dieu dont les prêtres sonl les ministres. La messe suffit pour creuser entre les uns et les autres un vaste intervalle; range n'a pas, comme le prêtre, le droit de métamorphoser le pain en Dieu, et rien n'approche, dans le ciel, de celle sublime prérogative réservée aux prêtres seuls (Imil. de J.-C, liv. IV, ch. v). Aussi saint François disait-il que, s'il rencontrait sur son chemin un ange et un prêtre, c'est au dernier qu'il commencerait par rendre hommage.

Il est Impossible que ceux auxquels Topinion attribue une si haute dignité, ne forment pas une corporation séparée du reste de l'humanité avec laquelle elle conserve à peine quelques points de contact, et qu'elle domine de toute la hauteur de sa position surnaturelle ; il est impossible que cette corporation ne concentre pas entre ses mains tous les pouvoirs et ne finisse par courber tous les autres hommes sous la domination la plus dure. De là la théocratie ou gouvernement de Dieu, ou plutôt gouvernement par un certain nombre d'hommes qui commandent au nom de Dieu ; c'est le plus oppressif de tous les gouvernements. Avec les diverses constitu* lions politiques qui ne sont que des œuvres humaines, le droit d'examen reste toujours aux gouvernés, et par suite une voie est ouverte au progrès : entre les gouvernants et les gouvernés, ii y a Identité de nature et réciprocité de devoirs; ceux-là ne sont ou du moins ne doivent être que les délégués de ceux-ci envers lesquels ils sont tenus de répondre de l'usage de leur mandat. Mais avec un pouvoir qui tire son origine du ciel, II n'y a rien de semblable : le supérieur ne doit aucun compte à ses inférieurs desquels il ne tient rien ; il ne relève que de Dieu; ses ordres sont une loi suprême devant laquelle on doit s'incliner sans examen ; sa voix est l'organe de Dieu ; toute discussion est une impiété et un acte de rébellion. Il en résulte donc pour la masse de la population une tyrannie écrasante. Ceux qui l'exercent, ne peuvent se tenir dans une région aussi haute sans que la tête leur tourne ; les hommages dont ils sont enivrés, les enflent d'orgueil ; qu'on n'attende plus, de leur part, de tendres sympathies pour les profanes qu'ils se sont habitués à ne plus regarder comme leurs semblables.

Pour arriver à la théocratie complète, il n'y avait qu'à suivre les

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