BOILEAU
(2j Rosseecw-Saint-Hilaire, Histoire d'Espagne^ t. III, note dernière.
(3) Id., t. IV, p 13.
(i) SiSMORDi, Histoire des Français, i. XX, p. {95. Le préambule du décret est très-curieux. Le pape y établit ses droits à Tomnipotence. « L'autorité baillée à saint Pierre et à ses successeurs (y est-il dit) surpasse tous les pouvoirs des rois et des princes ierrestres; elle veille h l'observation des lois, et quand elle trouve aucuns contrevenants à l'ordonnance de Dieu, elle les punit de grièves conditions, les privant de leurs sièges, quelque grands qu'ils soient, et les terrasse comms ministres de Satan. »
par laquelle il excommunie Philippe le Bel, roi de France : c Ëievé par la prééminence de la divine puissance au-dessus des rois et des royaumes, nous en disposons avec opporlunilé, selon que nous considérons les choses de haut, que nous apprécions la valeur des actions, et que nous les pesons avec maturité. Quelquefois, en effet, il arrive que nous arrachons, nous transférons les trônes d'une nation à Vautre y k cause de fautes et des dois des princes; quelquefois nous plantons et nous cultivons des flis chéris, dévoués à notre sainte mère l'Ëglise, et nous leur confions de nouveaux domaines à gouverner (1). * < Assis en vertu de la volonté divine sur le siège de Pierre, trône sublime, nous tenons la place de celui à qui le Père a dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd hui ; demande-moi, et je te donnerai les nations en héritage, et tu posséderas jusqu'aux bornes de la terre. Tu les gouverneras avec une verge de fer, et tu les briseras comme un vase d'argile. Par là nous sommes avertis que les rois aient à comprendre, à appréhender la discipline; que ceux qui jugent la terre, apprennent à servir le Seigneur avec crainte et à le glorifier avec tremblement; de peur que, s'il vient à sMrrlter, ils périssent quand sa colère s'embrasera. C'est pourquoi nous jugeons les grands et les petits, parce que nous sommes les vicaires de celui chez lequel 11 n'y a pas acception de personnes (%, »
A partir du ix« siècle, on ne peut faire un pas dans l'histoire des peuples européens, sans rencontrer la puissance des papes comme une source continuelle de désordres et de guerres. Et c'est par les moyens les plus vils et les plus odieux qu'ils ont constamment marché à leur but. Les fausses décrétâtes et la fausse donation de
(1) Bullaire de Cocqcelires, t.* III; Rome, 1741.
(2) Bullaire de Cocqiielires, t. III. — Dans le préambiite de la Bulle de 1346, par loquelle le pape Clément YI confirma réiection de Tempereur Charles VI, il est dit : ■ Le pontife romain auquel le roi suprême et éternel a confié — en la personne du bienheureux apôtre Pierre qui tient les clefs de la vie éternelle, — l'empire du ciel et de la terre et la plénitude de la puissance, le chargeant de Tautorité et de la surveillance sur tous les fidèles, etc. » {Idem.)
Constantin (1) sont les plus célèbres parmi les fraudes innombrables auxquels ils ont eu recours. ProÛtant de la crédulité dû vulgaire, ils vendaient des indulgences et des dispenses au moyen desquelles ils permettaient aux particuliers de s'affranebir de la loi commune; ils attiraient à Rome la connaissance d'une foule de contestations afin d'augmenter leur importance et de multiplier leurs revenus ; leur avidité sans bornes inventait mille exactions pour pressurer les lldèles; ils levaient, sous toutes sortes de prétextes, une fouie de tributs et traflquaient, à beaux deniers comptants, du trésor des grâces célestes. Les auteurs catholiques les plus raisonnables sont forcés de confesser au moins une grande partie de ces abus criants. Ainsi Bergier {\^ Excommunication) convient que les pontifes ont quelquefois abusé de l'excommunication, qu'ils l'ont lancée pour des sujets qui n'avaient aucun rapport à la religion et contre des personnes dont il aurait fallu respecter là dignité. Le même auteur fait l'aveu suivant (v® Inquisition) : » En Italie, les papes se servirent de l'Inquisition contre les partisans des empereurs ; c'était une suite de l'ancien abus et de l'opinion dans laquelle ils étaient, qu'il leur était permis d'employer les censures ecclésiastiques pour soutenir les droits temporels de leur siège. En 4302, le pape Jean XXII fit procéder par les moines inquisiteurs contre Matthieu ViscontI, seigneur de Milan, dont le crime était son attachement à l'empereur Louis de Bavière. »
Ces monstruosités sont bien loin de nous, et en voyant l'affaiblissement actuel de la papauté, on croit pouvoir dédaigner une puissance qui n'est que l'ombre d'elle-même. Cette sécurité est prématurée. L'ambition ultramontaine vit encore tout entière chez le pape et ses conseillers, et elle aurait, au besoin, pour appui tout le clergé, les ordres monastiques, les innombrables congrégations, et même la masse des catholiques pour lesquels la suprématie univer-
(i) La Bulle de Nicolas III, qui fonda la souveraineté temporelle de
la papauté sur la donation (maintenant reconnue fausse) de Constantin,
subsiste toujours; et Boniface VIII l'ayant insérée dans la Sexte des
Décrétalcs, les catholiques doivent la révérer comme une loi perpétuelle
e( sacrée.
selle du pape est un article de foi (i). Naguère encore il y avail, surtout en France, des catholiques mitigés qui, tout en reconnaissant au pontife romain une supériorité de rang et certaines prérogatives, lui déniaient rinfailiibilité et plaçaient au-dessus de lui Tautorilé de rËglise. Mais ces traditions, derniers vestiges d'indépendance, disparaissent de jour en jour; la déclaration du cierge de France de 1682 est repoussée avec liorreur ; Bossuet est presque taxé d'iiérésle; le champion avoué de l'épiscopat, M. de Montalemberl, a affirmé à la tribune de la chambre des pairs, qu'il n'y avait plus de gallicans ; dans tous les séminaires, dans toutes les chaires, on enseigne que le pape résume en lui l'autorité dei'Ëglise universelle et qu'il a seul une puissance absolue. Le pape Pie IX, en introduisant de sa seule autorité un nouveau dogme (celui de l'Immaculée Conception), s'est mis à la place des conciles et a inauguré dans TËglise la monarchie absolue. Les doctrines du moyen âge ont retrouvé des défenseurs ; le plus éloquent d'entre eux. De Maistre, que l'enthousiasme clérical place au rang des Pères de l'Ëgllse, a fait du pape l'arbitre suprême et universel, aussi bien en matière temporelle qu'en matière spirituelle, et avdonné la formule par laquelle les peuples peuvent demander au pape d'être déliés de leurs devoirs envers leur souverain (2). Tous les ultramontains ne vont pas jusque-là, et beaucoup d'entre eux, tout en reconnaissant au pape une autorité souveraine en matière de foi, lui dénient tout pouvoir sur les choses temporelles et conservent au moins l'article !«'' de la déclaration de 1682, par laquelle il est dit que les gouvernants ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique, que les rois ne peuvent être déposés ni directement ni indirectement par l'autorité des chefs de l'Ëgiise, que leurs sujets ne peuvent être exemptés de la soumission et de l'obéissance qu'ils leur doivent, ou dispensés du serment de fidélité, etc. Mais ces catholiques inconséquents ne
(1) Les annotateurs de Bergier {Dictionnaire de théologie^ Lille, 1844, yo Roi) soutiennent, avec le cardinal Du Perron, que, quand un prince est boslile à la foi (et ce sera à TÉglise à en décider), TÉglise peut le déposer et délier ses sujets de leurs serments envers lui.
(2) Traité rfii Pape.
peuvent échapper à l'empire du roailre qu'ils se sont donné; dès qu'ils ont reconnu au pape une autorité inraillible, même au spiri* tuel, il n'est plus possible de limiter ses pouvoirs. En effet, que le pape prononçant ex cathedra^ après avoir consuilé le sacré collège, décide qu'une loi civile est contraire aux canons de la sainte Église et à la doctrine chrétienne (1), et défende de l'exécuter sous peine de péché mortel ; qu'il déclare le prince hérétique et ennemi de la religion, et interdise à toute personne, sous peine de damnation, de lui obéir en rien et de le reconnaître pour souverain : que devra faire un bon catholique? Obéir au vicaire de Jésus-Christ, se soumettre à son autorité infaillible, fouler aux pieds des lois impies, et abandonner un prince réprouvé par i'Ëglise ; il s'exposera même aux plus grands dangers plutôt que d'avoir le moindre rapport avec un excommunié, et il bravera sa colère en se rappelant que, d'après les saintes Ecritures, on ne peut servir deux maîtres (Luc, xvi, 13). Le gallican devra faire de même ; car, encore bien que, selon lui, les conciles soient supérieurs au pape, celui-ci n'en est pas moins le chef visible de l'Eglise universelle, revêtu de la plénitude de la puissance sur les choses spirituelles (2), et exerce dans l'Eglise le pouvoir législatif en l'absence des conciles et sauf leur approbation ; ses décisions sont donc provisoirement exécutoires. Le gallican, s'il est bon catholique, ne s'arrêtera pas aux lois civiles qui refusent en France toute autorité aux actes du saint- siège, tant qu'ils n'auront pas été vérifiés au conseil d'Etat; car il regardera comme une audace sacrilège de soumettre les décrets de l'Eglise ou de son chef au contrôle du pouvoir séculier (3), et de laisser la douane prohiber au
(1) C'est ce qai a déjà eu lieu plus d'une fois. L'encyclique de Grégoire XVI, que nous avons citée plus haut, renferme la condamnation des lois françaises sur la liberté de la presse, ainsi que de la charte constitutionnelle.
(2) Art. 2 de la Déclaration du clergé de France du 19 mars 1682.
(5) Le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, ayant invoqué, dans un mandement, la bulle Auciarem fidei qui n'avait pas été enregistrée en France, a été pour ce fait traduit au conseil d'État et déclaré coupable d'abus. Mais tout le clergé de France a pris parti pour lui et a déclaré se soumettre, non seulement à cette bulle, mais à tous les actes
passage les arrêts du Saint-Esprit. Il devra donc aussi se soumettre, et il se souviendra qu'il est chrétien avant d'être citoyen. On ne peut échapper à ces conséquences, dès qu'on a reconnu un clergé^ c'est-à-dire un corps de prêtres distincts des autres hommes et représentant Dieu sur terre ; ia force des choses attirera nécessairement à ce corps tous ies pouvoirs. Ce résultat peut être retardé ou contrarié par différentes circonstances, telles que l'imprudence ou le défaut d'habileté des prêtres, et surtout le refroidissement du zèle religieux. Mais la théocratie sera toujours le but de tous les efforts du clergé, surtout s'il a son chef et son centre d'action à l'étranger ; les populations enlacées dan^s ses filets par toutes sortes de liens, deviendront tôt ou tard sa proie si elles ne prennent le parti de s'émanciper complètement, non pas en chicanant sur l'étendue des prérogatives, comme ont voulu faire les gallicans, mais en coupant le mal dans sa racine, en supprimant la caste sacerdotale et en déclarant, conformément à l'esprit de l'Évangile, que tous les hommes sont égaux devant Dieu et peuvent communiquer avec lui sans intermédiaire (d).
du saint-siége, sans s'Ioqoiéter de leur enregistrement par le pouvoir laïc. Un théologien demandait ironiquement si le Nouveau Testament avait été vérifié au conseil d'Ëtat.
(1) Pour juger la théocratie, il suffit de la voir réalisée. Le pape règne sans partage dans les États romains; là, le clergé a pu sans aucune entrave faire Tépreuve de ses théories et appliquer ses maximes de gouvernement. Eh bien, il n^y a pas de pays plus mal administré en Europe; pas de pays oà il y ait plus de voleurs, de mendiants et de prostituées, où il y ait si peu de sécurité pour les personnes, où elles jouissent d'aussi peu de garanties, où les moyens de communication soient si imparfaits, où l'insalubrité du climat cause autant de ravages et soit si peu combattue par le travail de l'homme, où il y ait si peu de moralité dans toutes les classes, où Tagriculturé et Tindustrie aient fait si peu de progrès, enfin où il y ait moins de liberté. Voilà TEIdorado des prêtres! Les populations ont fait tous leurs efforts pour secouer ce joug abhorré, et le Père des fidèles ne peut se soutenir que par les baïonnettes étrangères. Quel est le peuple qui voudrait d*un tel régime?...