‹ Examen du christianismeChapitre 10 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

mais il ne le désigne que sous le nom de Jé$us de Na%areth, hohmh approuvé de Dieu parmi vou^, au moyen des prodiges et des miracles que Dieu a faits par lui (v. 22) ; ce n'est donc pas lui qui a fait des miracles par sa propre puissance. Qu'on sache, ajoute Pierre, que Dieu Va (ait Seigneur et Christ(s.^), S'il l'eût regardé comme Dieu, ne l'eûl-il pas déclaré ouvertement? Il est dit qu'à la suite de ce récit, 3,000 hommes se convertirent. Voilà donc une foule d'individus devenus chrétiens^ sans que personne leur ait annoncé que Jésus fût Dieu ; donc la doctrine chrétienne n'admettait pas cette divinité. — Pierre dit au grand-prêtre : « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir (Aci, ap., v, 30), et l'a élevé par sa droite comme prince et sauveur (id ., v. 31). » Dooe Jésus ne s'était pas ressuscité par sa propre puissance ; il est donc inférieur à Dieu.— Dans ses autres discours rapportés aux Actes des apôtres, Pierre considère toujours Jésus comme tenant son pouvoir de Dieu qui se servait de lui pour faire des miracles (x, 38, 40).

Paul, interpellé par les philosophes d'Athènes de leur faire conh* naître sa doctrine, leur dit qu'il va leur annoncer le Dieu inconnu auquel un autel était élevé dans leur ville. S'il eût considéré Jésus comme Dieu, c'était certainement le cas de leur déclarer que ce Dieu qu'ils cherchaient, qu'ils adoraient sans le co>nnaitre, et dont lui, Paul, prêchait la doctrine, s'était fait homme sons le nom de Jésus. Mais, loin de tenir un tel langage, il émet sur le Dieu unique, infini et tout-puissant, des idées purement philosophiques; et voici la seule mention qu'il fasse de Jésus en terminant son discours : « Dieu a fixé un jour où il doit juger le monde suivant l'équité, en un homme quHl a destiné, et ii en a donné à tous un témoignage en le ressuscitant des morts (AcL ap,, xvii, 18-31). » Mais pas un mot de sa divinité.

Bergier prétend {Dict. de Théologie, v» Fils de Dieu) que Pierre, dans le préambule de sa seconde épUre, donne à Jésus les titres de Dieu et de Sauveur; et tel est en efftt le sens que présente la traduction si souvent infidèle de Lemaitre de Sacy. Mais il suffit de jeter un coup d'œil sur le texte grec ou même sur la Vulgate, pour s'assurer qu'il n'y a rien de semblable : l'apôtre s'adresse à ceux qui ont reçu le don de la foi, dans la justice de notre Dieu (ici est une virgule),

et de Jésus-Christ notre sauveur (injustitiâ Dei nostri, et Salvataris Jesu Christi); il désigne donc deux êlres dIsUnets, aoxqneis il rapporte le bienfait de ia foi, Dieu d'abord, puis ie Sauveur Jésus. Au lieu de ce sens qui s'offre de lol-méme, les docteurs catholiques ont trouvé commode de faire des mots notre Dieu un attribut de Jésus : c'est presque toujours ainsi qu'ils arrangent ies textes suivant les besoins de iaeause.^Les épitres des apôtres Jacques et Jude ne fournissent absolument rien à l'appui de ia doctrine orthodoxe. Chez Paul, on voit que l'idée de Jésus a grandi et que l'opinion de sa divinité commence à se former; on trouve tout à la fois, dans ses épîtres, les vestiges de l'ancien système qui ne ie regardait que comme un homme, et les prémices de son apothéose. Ainsi, d'une part, il nous dit que, si par le péché d'un seul homme plusieurs sont morts, ia miséricorde et le don de Dieu se sont répandus sur plusieurs par la grâce d'un seul homme qui est Jésus-Christ (Aom., V, 45. Voyex, aussi v. 47, et I Cor, y xv,24, 22); que les hommes connus de Dieu par sa prescience ont été prédestinés pour être conformes à l'image de son fils, afi/ti qu*il fût Vaîné entre plU" sieurs frères (Rom., viii, 29; voyez aussi v. 47) : c'est n'en faire que le premier entre les hommes, c Celui qui avait été abaissé un peu au-dessous des anges, ce même Jésus, à cause de sa passion et de sa mort, a été couronné de gloire afin que par la grâce de Dieu il goûtât la mort pour tous {Hebr,, ii, 9). » Si le haut rang qu'occupe Jésus ne lui vient que depuis sa mort et à cause de sa mort, il n'est donc qu'une créature. « Je désire que vous sachiez, dit l'apôtre, que Christ est le chef (caput) de tout homme, que l'homme est le chef de la femme, et que Dieu est ie chef de Christ (I Cor., xi, 3). » ' Voilà le Christ déclaré bien inférieur à Dieu. « Jésus a été prédestiné pour être Fils de Dieu, selon l'esprit de sanctification par sa résurrection entre les morts (Rom., i, 4). » li s'ensuit que Jésus n'a point été, de toute éternité. Fils de Dieu, mais que Dieu, dans sa pensée, lui a destiné celte glorieuse qualité pour ne lui en conférer les prérogatives qu'après sa résurrection ; donc Jésus n'est qu'un homme. On trouve la même idée clairement exprimée au v. 20 (Eph.y i), où il est dit que Dieu a ressuscité Jésus^Christ d'entre ies morts, l'a fait asseoir dans le ciel à sa droite au-dessus de toutes les

principautés (y.21), a mis toutes ctioses sous ses pieds et l'a donné pour chef à toute l*ÉgIise (v. 22); on voit que cette haute dignité n'a appartenu à Jésus qu'après sa résurrection {voyez aussi PhiL, II, 6). Paul dit que le Ftts est soumis au Père (I Cor., xv, 28) ; que le fils chéri de Dieu, par lequel nous avons été rachetés, est Vimage du Dieu invisible et le premier- né de toute créature {Primogenitus omnis creaturœ) (Col, i, 13, 14, 15). Si Jésus est l'image de Dieu, il n'est pas Dieu ; s'il est la première des créatures, il n'est encore qu'une créature; l'apôtre ajoute (v. 16, 17) que tout a été créé en lui, qu'il est avant tous, et que toutes choses subsistent en lui. On élève par là Jésus au-dessus de l'humanité, on en fait un être intermédiaire, supérieur à toutes les créatures ; mais la première des créatures est encore bien loin d'atteindre à Dieu. Voici un texte où saint Paul nous semble avoir bien formulé son opiniou sur la na* ture de Jésus : « Quand l'Ëcriture dit que tout lui est assujetti, il faut en excepter celui qui lui a assujetti toutes cboses. Lors donc que toutes choses auront été assujetties au Fils, le Fils sera lui-même assujetti à celui qui lui aura assujetti toutes choses (I Cor^, xy,

D'un autre côté, il est dit {PhiU, ii, 6) que Jésus étant en la forme de Dieu, ne crut pas commettre une usurpation en s'égalant à Dieu, mais s'anéantit en prenant la forme d'un esclave, et que prenant l'extérieur d'un homme, il fut regardé comme un homme. Ce passage se rapproche beaucoup de l'opinion orthodoxe sur le Dieu fait homme; mais 11 est tellement obscur, qu'il ne peut suffire pour faire autorité. Ceux qui l'invoquent, sont obligés d'expliquer ce que c'est que ia forme de Dieu, et pourquoi l'auteur, au lieu de dire que Jésus était Dieu, a seulement avancé qu'il était en la forme de Dieu, ce qui semble indiquer une apparence plutôt qu'une réalité. Enfin, le passage le plus significatif dans le sens dé la divinité de Jésus, est celui où il est dit que des Israélites est né, selon la chair. Christ qui est Dieu sur toutes choses, béni dans les siècles {Rom.,iXy 5). Mais comme les conséquences qu'on pourrait en tirer en faveur de l'opinion orthodoxe sont en contradiction avec une foule de textes qui la repoussent de la manière la plus formelle, et avec l'enseignement de Paul lui-même, il est plus raisonnable d'admettre que cet

apôlre, ainsi qoe toas les écrivains sacrés, a été parfois entraîné par son enthousiasme à se servir d'expressions emphatiques qui, dans sa pensée même, ne devaient pas être prises à la lettre,expressions semblables à celles que les mêmes. auteurs appliquent à rhumanité. C'est ainsi que Paul nous appelle les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Christ {Rom,, vin, 17) ; ainsi Jacques {Ep., i, 18) dit que Dieu nous a engendrés par la parole divine, afin que nous fussions comme les prémisses de ses créatures; et selon Pierre (II Ep., j, 4), Dieu, en nous communiquant les grandes et précieuses grâces qu'il avait promises, nous a rendus participant de la nature divine. Ces passages, le dernier surtout, ne peuvent pas être pris dans un sens rigoureux, et il ne faut y voir que des figures oratoires ayant pour but de rehausser la dignité de l'homme. Il est probable que les mêmes termes n'ont pas plus de précision quand il s'agit de Jésus que tant de textes s'accordent à présenter comme un homme et comme un être inférieur à Dieu. Même en prenant à la lettre les textes favorables à l'opinion orthodoxe, il faut reconnaître qu'ils sont encore bien loin d'avoir la netteté des symboles de l'Église; et il y aurait à en conclure que les livres canoniques peuvent se prêter aux solutions les plus opposées et fournir des armes à tous les partis. En présence de textes contradictoires, inconciliables, on en serait réduit à avouer que les Écritures n'ont point défini la nature de Jésus d'une manière ferme et arrêtée; et le lecteur, malgré ses efforts pour saisir le sens de la révélation, serait condamné à rester dans le doute.

En définitive, on voit que Jésus ne s'est jamais posé en Dieu et que les trois premiers évangiles ne font de lui qu'un homme. Le quatrième a une tendance timide et en quelque sorte latente à la divinisation ; mais il n'a rien de précis à ce sujet et contient plusieurs passages qui établissent énergiquement que Jésus n'était qu'un homme. Les Actes des apôtres et les épîtres apostoliques ne vont pas plus loin. Paul, au milieu de ses oscillations, fait un pas de plus; bien que traitant souvent Jésus en homme. Il s'exprime quelquefois sur lui d'une façon qui ne peut convenir à un homme, et pourtant il le maintient toujours distinct de Dieu et inférieur à Dieu. A mesure que le christianisme se répandit, l'admiration pour son fonda-

Page 1