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se croit réellement Dieu, il doit accepter nettement le reproche et dire qu'en se faisant Dieu il ne fait qae s'attribuer le titre qni lui appartient légitimement. Loin de là, il leur cite, pour se justifier, un passage de l'Ëcriture (Ps. iixxxi, 6) où, en parlant des personnes élevées en dignité, il est dit poétiquement et métaphoriquement : Vous êtes des Dieux (1) ; et il ajoute : c Si l'Écriture appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu était adressée et que l'Écriture ne puisse être détruite, pourquoi dites-vous que je blasphème, moi que mon père a sanctifié et envoyé dans le monde, parce que j'ai dit que j'étais fils de Dieu? » Ainsi, Jésus, en s'autorisant d'un passage où des hommes avaient reçu, non-seulement le titre de Fils de Dieu, mais même celui de dieux, exprime clairement par là qu'il ne faut pas non plus prendre à la lettre son titre de Fils de Dieu, et que ces expressions ont dans sa bouche la même signification que dans le psaume cité. 11 avoue donc qu'il n'est qu'un homme. Rien de plus concluant que cette réponse aux Juifs. Si Jésus se fût cru Dieu, il faudrait donc admettre qu'il a volontairement induit en erreur ses auditeurs. Bien loin de faire un rapprochement entre ses expressions habituelles et le passage qu'il cite, il devait au contraire en établir la différence, il devait dire aux Juifs : Votre prophète, par une expression figurée, a appelé dieux ceux qui n'étaient que des hommes; mais à mon égard, ce terme doit être pris dans son sens rigoureux et absolu ; en un mot, je suis Dieu.

Mais jamais Jésus n'a fait de déclaration semblable, jamais il ne s'est dit Dieu, Jamais il ne s'est donné aucun des attributs de Dieu, tels que l'éternité, l'omniscience ou l'omnipotence; jamais il n'a revendiqué pour iui-même aucune des œuvres de Dieu, telles que la création ; jamais il n'a dit, par exemple : C'est moi qui vous ai tirés d'Egypte, qui vous ai donné la loi sur le Sinaï, etc. Ses historiens sont si éloignés de lui attribuer l'omnipotence, que, d'après l'un d'eux, il ne put faire de miracles à Nazareth à cause du peu de foi des habitants (Marc, vi, S).

(1) Ce verset du psaume est ainsi conçu : « Vous êtes des dieux et vous êtes tous enfants du Très-Haut. » Ce dernier titre est celui dont se sert l'ange lors de Tannonciation, en parlant du Messie que devait enfanter Uarie.

Après une déclaration de l'bumanité de Jésus^ aussi claire que celle qui résulte de sa réponse aux Juifs, on conçoit que les termes équivoques, comme il s'en trouve plusieurs dans le quatrième évangile, ne peuvent être entendus que dans le même sens, et l'opinion contraire ne pourrait être soutenue qu'autant que des textes parfaitement clairs viendraient l'établir, ce qui n'a pas lieu.

Jésus dit (Jean, viii, S6) qu'Abraham a désiré ardemment de voir son jour, qu'il l'a vu et qu'il en a été rempli de joie. Les Juifs lui objectent qu'il est trop jeune pour avoir connu Abraham ; il répond : Je suis avant qu^ Abraham fût. Ces deux discours doivent s'expliquer l'un par l'autre, puisque le second est le complément ou plutôt la démonstration du premier. Or, le premier ne peut être pris à la lettre : Abraham n'a pu voir physiquement Jésus; il n'a pu, même après sa mort, le voir dans le séjour des bienheureux, puisque, d'après la doctrine de l'Église, les justes de l'ancienne loi ne sont enXrés dans le royaume céleste et n'ont joui de la vue de Dieu, qu'après la mort du Christ. Ainsi Abraham n'a pu voir que par les yeux de l'esprit en plongeant dans Tavenir, le Messie qui devait naître de sa postérité. Si c'est par figure que Jésus a dit qu'Abraham l'avait vu, c'est donc aussi par figure qu'il s'est dit plus ancien qu'Abraham ; ce qui ne signifie autre chose sinon que la pensée du Messie était plus ancienne qu'Abraham, puisque la promesse de Dieu à ce sujet était aussi ancienne que l'humanité et remontait jusqu'à Adam. Enfin, en supposant qu'on dûl prendre à la lettre ces mots : Je suis avant qu* Abraham fût (vin, 58), il s'en faudrait encore beaucoup qu'on pût y voir clairement la prétention par Jésus de s'attribuer la divinité : on pourrait demander s'il a voulu s'attribuer des existences humaines antérieures, comme ont fait, dit-on, Pythagore, Ënnins et Apollonius de Tyane ; s'il parlait dans le système de l'émanation des âmes qui, contenues en Dieu de toute éternité, s'en détachent dans le temps pour former des entités distinctes ; ou s'il s'est donné une existence antérieure à l'humanité, bien que bornée, ainsi que depuis l'ont prétendu les ariens. Le défaut de précision dans les termes et de développement des idées empêche de répondre à ces questions que Jésus a laissées indécises. Les mêmes observations s'appliquent au passage où il dit : « Que sera-ce si vous voyez

le (ils de riiomme monter où 11 était auparavant (Jean, vi, 63) ? » Il pouvait indiquer par là qu'il avait Dieu pour père, et que venu de Dieu, il retournerait à Dieu. Mais ce n'est pas là se dire Dieu. — On a allégué les paroles de Jésus à son père : « Glorifiez-moi en vous-même, de cette glorlûcation que j'ai eue avant que le monde fût en vous (Jean, xvii, 5). » Il s'agit d'une glorification en Dieu et, par conséquent, d'une pensée divine non réalisée ; Jésus déclare que, dans l'esprit de Dieu, la pensée de son Christ avait précédé celle du monde. Que l'Église explique, si elle peut, comment chez l'être immuable il peut y avoir succession d'idées; c'est son affaire. Mais il est certain que, d'après ce passage, ce n'est pas Jésus qui est antérieur au monde, mais se glorifiant en Dieu.

Les partisans de la divinité de Jésus ont cru en trouver une preuve dans ces paroles : Mon père et moi sommes un (Jean, x, 30). Ce n'est qu'une locution familière au quatrième évangile. Il fait dire à Jésus, dans sa prière après la Cène : « Je prie pour ceux qui doivent croire en moi afin qu'ils soient tou^ une seule chose (u^ omnes unum sint). Comme voms, Père, êtes en moi et moi en vous, quHls soient de même un en nous (Jean, xvii, 20, 21). « Jésus ne demande pas par là que toutes les individualités des chrétiens disparaissent pour s'absorber en Dieu; cette doctrine à laquelle paraissait conduire le quiétisme,aété réprouvée par l'Église qui a entendu les paroles de Jésus dans le sens figuré et a compris que les vrais chrétiens seraient tous unis de pensée et de sentimeut et sembleraient ne plus avoir qu'un seul cœur, ne plus faire qu'un seul être, et que la conformité de leurs sentiments avec ceux de Dieu réaliserait cette unité en Dieu dont parle Jésus, sans que les individualités distinctes cessent de subsister. Jésus, en disant qu'il est un avec son père, n'exprime donc pas autre chose que quand il demande à son père que les croyants soient un en nous.

S'il restait encore au lecteur quelques doutes sur ce point, ils seront levés par les textes qu'il nous reste à citer.

Un jeune homme l'ayant appelé bon maître, Jésus lui répond : « Pourquoi m'appelez-vous bon? Personne n'est bon, hormis Dieu . seul (Marc, x, 17, 48). » En déclinant une qualité qu'il déclare n'appartenir qu'à Dieu, il reconnaît donc n'être pas Dieu.

Quand Jésus comparait devant ses juges, il est méconnu d'eux, il accepte devant eux les titres de Christ, de Fils de Dieu, de Roi des Juifs. S'il se fût cru doué d'une nature supérieure, il eût dû la leur révéler. Il s'annonce bien comme devant prochainement apparaître au haut des nuées et juger l'humanité (Mat., xxvt, 63, 64); mais il ne parle pas de sa divinité.

Dans toute sa conduite, il agit comme un homme ayant reçu, il est vrai, une haute mission, mais confessant par cela même son infériorité à l'égard de celui qui l'a envoyé. ]i déclare que le Fils ne peut rien faire par lui-même (Jean, v, 49) ; quHl juge selon ce quHl entend et que de lui-même il ne peut rien {id,, v. 30); qu^il ne dit au monde que ce qu'il a appris de celui qui Va envoyé {Jeât^, vTiï, 46); qu'il n'a point parlé de lui-même, mais que son Père lui a prescrit ce qu'il devait dire (Jean, xii, 69); que toute puissance lui a été donnée (Mat., xxviit, 48), et que, par conséquent, cette puissance n'est qu'une délégation et ne lui appartient pas en propre. Interrogé sur le temps de son avènement futur, il répond que nui ne le sait, ni les anges qui sont dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul (Marc, xiii, 82) ; le Fils est donc Inférieur en science au Père, et 11 est des choses que Jésus avoue ignorer; donc il est borné, donc il n'est pas Dieu. — Il annonce que le Père montrera au Fils de plus grandes choses que ce qu'il lui a enseigné (Jean, v, âO); le Fils n'a donc qu'une science Inférieure à celle du Père, et la science du Fils devant s'accroître par la suite, est limitée; ce Fils n'est donc pas Dieu. — Enfin Jésus dit formellement: Mon père EST PLUS GRAND QUR MOI (Jean, XIV, 48). Est-cc là le langage de Dieu, c'est-à-dire de l'Être absolu, source de tous les êtres, principe de toute lumière? Non, sans doute, mais bien plutôt celui d'un être contingent et limité.— Jésus prie souvent Dieu ; donc il n'est pas Dieu, car il ne peut se prier lui-même. — Il reproche même à son père de l'avoir abandonné (Mat., xxvii, 46); donc, bien loin qu'il soit Dieu, il y a opposition de vues et de volontés entre Dieu et lui. /• Les théologiens invoquent ici la distinction des deux natures de Jésus; mais,' dans ce système, la personne de Jésus est une et se compose de l'union Indissoluble de ces deux natures. On ne peut donc pas admettre qu'une de ces deux natures adresse à l'autre des

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prières ; ce serait faire de ces natures deux personnes et dans un même individu, ce qui serait absurde et en même temps hétérodoxe. D'ailleurs, en supposant même que le grand mot de mystère pût couvrir toutes ces inconséquences, Jésus, sMi était Dieu et homme tout à la fois, s'exprimant néanmoins comme un homme placé sous la dépendance de Dieu en tenant de lui son existence, sa science et son action, aurait trompé sciemment ses auditeurs. Il aurait dû au moins les prémunir contre cette erreur et leur /expliquer nettement qu'il possédait deux natures; que lorsqu'il priait, c'était comme homme, et que dans le même temps comme Dieu il était prié; que ce qu'il ignorait comme homme (par exemple, l'époque de son avènement), ii le savait comme Dieu, et que Jésus- Dieu refusait de le faire connaître à Jésus-homme. Au lieu de tenir toujours le langage d'un homme, il aurait quelquefois tenu celui de Dieu, et aurait averti que c'était bien à lui Jésus qu'étaient dus l'adoration et l'hommage suprême. S'il était Dieu, il aurait dû, au moins une fols, en parlant de Dieu, employer la première personne; et puisque dans le passage ci-dessus cité (Mon Père est plus grand que moi) (1), l'Ëglise admet que le dernier mot moi s'applique à Jésus en tant qu'homme seulement, Jésus-Dieu sera en cette qualité sujet du discours qui pourra être ainsi formulé : Je suis plus grand que moi^ c'est-à-dire : Je (Dieu) suis plus grand que moi (homme)!... Si Jésus, au lieu de se prendre comme homme pour régime de la phrase, se fût pris comme Dieu, il aurait pu dire : Mon Père n-est pas plus grand que moi; ce qui aux yeux de l'Ëglise aurait été d'une vérité rigoureuse (et que sans doute elle voudrait bien pouvoir substituer à la phrase malencontreuse rapportée par saint Jean). Alors il faudra admettre que deux propositions contradic-

(1) « Que dans la multitude des croyants il s'en rencontre quelquesuns qui, se mettant en contradiction avec les autres, aflSrment que notre Sauveur est le Dieu souverain , je Taccorde. Pour nous, nous n'avons pas les mêmes pensées. Nous ajoutons foi à sa parole quand il nous dit : Le Père qui m'a envoyé est plus grand que moi (Origène, Contra Celsunif liv. VIII, ch. xiv). Nous soutenons que le Fils, loin d'être plus puissant que le Père, lui est inférieur... Nous ne disons pas que le Fils est supérieur à Dieu le Père, qui, au contraire, a autorité sur lui (•'(<., cb. xv). »

toires sool également vraies, ce qui est absurde... Mais de ces deux propositions, dont l'une affirme la divinité de Jésus et l'autre la nie, celle-ci ayant seule été émise par Jésus, doit être regardée comme la véritable expression de sa pensée ; et la proposition contraire ne se trouvant nulle part, ni en propres termes, ni par équivalent, dans les discours de Jésus, appartient en propre à TËglIse qui seule en a la responsabilité (i).

Ainsi l'examen des discours de Jésus repousse invinciblement ridée de sa divinité. Non seulement il ne s'est Jamais dit Dieu, mais plusieurs de ses expressions prouvent de la manière la plus claire qu'il n'a voulu se donner que comme un homme.

L'opinion orthodoxe a cherché à s'appuyer sur divers autres passages du Nouveau Testament. Avant de les discuter, nous devons rappeler la distinction capitale que nous avons faite au commencement de ce chapitre, quant à l'autorité, entre les paroles mises par les évangélistes dans la bouche de Jésus, et le langage appartenant en propre aux apôtres.

. Le passage considéré comme le plus concluant est le prologue du quatrième évangile, qui cependant, à bien l'examiner, n'est ni clair ni explicite. — L'évangéliste commence par établir l'éternité du verbe qui était en Dieu dès le commencement, qui est Dieu lui-même, et par lequel tout a été fait (I, i, 2, 3). C'est exactement le système platonicien sur le Verbe. On nous dit ensuite qu'un homme nommé Jean fut envoyé de Dieu pour rendre témoignage à la lumière (v. 7, 8), c'est-à-dire au Verbe, a 11 (le Verbe) était dans le monde, et le monde ne l'a pas compris. » Ces derniers mots signifient que l'homme a fermé les yeux à la lumière qui éclaire tout être intelligent et a résisté ainsi au Verbe; il n'y a là rien de spécial, il n'y est fait allusion à aucun fait particulier. La même idée est rendue sous une autre forme, dans le verset suivant : « Il est venu en ses do-

(I) Voici un texte invoqaé par saint Cyrille d'Alexandrie {Contra Juiianutnj liv. IX) : « Le Fila de rhomme enverra tes' anges (Marc, xiii, 27). » Il s'ensait seulement que Jésus s'attribuait, dans Tavenir, une supériorité sur certaines créatures surhumaines, ce qui n'implique pas la divinité. L'Ëglise actuelle, en donnant à Marie le titre de Reine des anges, se défend d'en faire une déesse.

maines (in propria), et les siens ne Tont pas reçu. » C'est toujours l'obstination des hommes qui restent sourds aux enseignements de la raison divine {à X^yo;) dont la raison humaine est une émanation. Ceux qui reçoivent le Verbe et qui s'inspirent, non du sang ni de la chair, mais de la pensée de Dieu, deviennent fils de Dieu (y. 12, 13). I6 Verbe s'est fait chair et il a habité en nous (habitabit IN nobis, h upuv) (v. 14). Toutes les traductions françaises disent : « Il a habité parmi nous, » et font ici un contre-sens évidemment calculé pour favoriser Topinion anthropomorphile qu'exclut le texte. Le Verbe s'est fait chair, en ce sens que l'humanité, fille de Dieu, ayant reçu un soufiQe divin, ayant été faite semblable à Dieu et participant à l'intelligence divine, cette émanation du Verbe a pris un corps et une forme visible : le Verbe a habité en nous , en ce sens que cette lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, réside en chacun de nous. Bien loin que le fameux verset du Verbum caro factum est confirme la divinité de Jésus, il la contredit évidemment; car si le Verbe a habité en nous, il n'est pas un de nous (1). L'auteur ajoute : « Nous avons vu sa gloire, la gloire du fils unique du Père, plein de grâce et de vérité », c'est-à-dire : Nous avons vu les merveilles de la sagesse accomplies par un homme dont le Verbe a éclairé l'esprit. Jusqu'ici il n'est aucunement question de Jésus. L'évangéliste, entrant ensuite dans son récit, dit que Jean rendit témoignage sur lui (le Verbe) et annonça la mission prochaine de celui dont il n'était lui-même que le précurseur, et qui n'est autre que Jésus, comme on le voit au verset 30. Jésus étant le fils chéri de Dieu, son Christ, son interprète auprès des

(1) Spinoza (Lettre à Oldembiirg) explique d'une manière fort satisfaisante ces mots : Le Verbe s^ett fait chair ^ en ce sens que ce Verbe s^est manifesté aux hommes par la bouche de Tun d'eux. Quand TÉcrilure dit que Dieu s'est manifesté dans la nuée ou qu'il a habité dans le tabernacle ou dans le temple, certainement il ne s'ensuit pas qu'il ait revêtu la nature de la nuée ou du tabernacle ou du temple. De même, quand il est dit que le Verbe s*est fait chair, ou que Jésus est le temple de Dieu, il ne s'ensuit pas que Dieu ail revêtu la nature humaine en la personne de Jésus, mais seulement qu'il s'est manifesté dans Jésus d'une manière spéciale.

hommes, on conçoit que ce soit rendre témoignage au Verbe , que d'annoncer l'homme qui doit faire connaître le Verbe; mais il ne s'ensuit pas que cet homme soit lui-même le Verbe. L'évangéilste ne le dit pas, et, dans aucun passage du Nouveau Testament, Jésus n'est qualifié de Verbe ; le mot Verbe n'est même employé que dans ce prologue. Jean lui-même, dans ses épîlres, ne s'en sert jamais dans le sens du préambule de son évangile (i), et ne donne à Jésus d'autre titre que ceux du Christ et de Fils de Dieu (1 £p., i, 22; ii, 8, 15), mais jamais celui de Dieu.

Il est un seul passage dans les Évangiles où l'on a prétendu que le titre de Dieu avait été adressé à Jésus : Thomas, après avoir mis ses mains dans les plaies de Jésus ressuscité, reconnaît son identité et prononce ces paroles : Mon Seigneur et mon Dieu (Jban, xx, 28). D'après les traductions françaises, on pourrait croire qu'elles s'adressent à Jésus : mais il faut remarquer que, dans le texte, ces expressions sont, non pas au vocatif, ce qui les rendrait applicables à Jésus, mais au nominatif {Dominus meus et Deus meus\ et que par conséquent elles sont le sujet d'une phrase elliptique que chacun peut compléter à son gré, comme par exemple : Mon Seigneur et mon Dieu soit béni de vous avoir rendu à notre amour!... Jésus» au lieu de faire aucune observation, comme on aurait dû l'attendre s'il eût réellement reçu (pour la première fois} un titre aussi extraordinaire que celui de Dieu, se borne à reprocher avec douceur à Thomas de n'avoir cru qu'après avoir vu , et à exalter le bonheur de ceux qui croient sans avoir vu. Mais le discours de Thomas n'amène aucune explication et passe inaperçu, ce qui prouve qu'il ne s'y trouve rien de nouveau sur la nature de Jésus ; et, deux versets plus bas, l'évangéilste clôt son récit en disant que les miracles ont été écrits afin que les lecteurs connussent que Jésus est le Christ Fils de Dieu, et non pas Dieu.

Pierre, dans son premier discours aux Juifs, rapporté aux Actes des apôtres (ch. ii), leur enseigne la doctrine qu'il a reçue de Jésus :

(1) Si ce n'est dans le passage intercalé (I Ep., y, 17) dont nous parlerons an paragraphe suivant ^ mais le mot Fer6equi s'y troave n'est pas appliqué à Jésus.

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