‹ Examen du christianismeChapitre 12 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

aaeuD aalre endroit du PenUteaque, i! n^est question de Satan, noir plus que de démon ou d'anges déchus. En outre, si l'auteur de la Genèse eût réellenoent connu un Satan chargé de présider au mal et eût voulu lui faire jouer un rôle dans cette histoire, on ne concevrait pas pourquoi il n'aurait pas exprimé explicitement une Idée aussi importante, qu'il était d'autant plus nécessaire de ne pas envelopper de voile, qu'aucune autre partie de son livre ne pouvait aider à déchiffrer cette énigme. Enfin la suite du récit prouve qu'il ne s'agit que da serpent, puisque Dieu établit une Inimitié entre la race humaine et la race des serpents, et impose à cette dernière des conditions physiques d'existence considérées comme châtiment* Nous avons donc ici un merveilleux tellement révoltant, que l'esprit le plus crédule ne peut l'accepter; tandis que, si le récit se change en ailé^ gorie, rien ne sera plus simple que d'y voir figurer un animal comme personnification d'une qualité morale^ ainsi qu'on le voit dans une fouie d'apologues.

Le serpent assure à la femme qu'en mangeant do fruit, elle ne mourra point : mai», dit-il, Dieu sait qu'aussitôt que vous en aurez mangé, vo» yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bie» et le mal. Il y avait don« plusieurs dieux; dès le premier verset,, le texte hébreu porte : t Au commencement, les dieux (Elohim) fit. » Nous verrons cette pluralité des dieux encore mieux marquée dans la suite du récit.

La femme cède aux suggestions du serpent; elle mange du fruit et en fait manger à son mari. Pour qu'elle ait ainsi préféré les conseils du serpent à ceux de Dieu, il faut que celui-^ci n'ait pas su lui manifester clairement son autorité divine; sans quoi, cette préférence serait inexplicable. Si Dieu a négligé d'établir ses qualités.

Livres taintt vengéSy 1. 1, Ir« partie, ch. i, art. % § S) en supposant que c'était un serpent dans le eorps doquel un diable était entré, à Tinstar de ce qui se faisait dans les possessions démoniaques. Mais c*est réunir les emballas de» denx systèmesv Le vrai coupable, selon Ini, c'est le diable, être intelligenf et libre, et non I» brute, instraneiit passif; et pourtant, dans le jugement qui va suivre, il n'est aucunement question du diable, toutes les malédictions s'adressent à la brute et ne contiennent que des peines physiques poar sa race.

EXAMEN BV GHRISTIAJ^ISME 91

il ne peut raisonn^iblemeDl reprocher à l'bomœe d'avoir pris un mauvais parti à défaut d'un guide 8Ûr qni le prémunît contre l'erreur.

Aussitôt après la désobéissance, ce que le serpent avait annoncé se réalise : les yeux de Phomme et de la femme s'ouvrent, ils reconnaissent qu'ils sont nus et se couvrent de feuilles de figuier; ils ont donc acquis le sentiment de la pudeur que ne connaissent pas les animaux ; il y a donc progrès et non déchéance. -^ Quand Us entendent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin après midi^ ils cherchent à se cacher devant sa face, parce qu'ils se sejatent coupables ; Ja notion d« bien et du mal, qu'ils n'avaient pas auparavant, leur est acquise, Içur esprit est éclairé. Dieu /ait comparaître à son tribunal l'homme, la femme e( le serpent. Ce dernier continue d'être regardé comme une personne morale et intelligente, puisqu'on lui fait son procès. Son châtiment consiste à être maudit entre tous les animaux, à ramper sur le ventre et à manger de la terre tous les jours de sa vie. Cette malédiction n'a réellement pas de sens, puisque le serpent vit, se meut et se nourrit conformément aux lois de son organisation, comme tous les autres animaux. On ne peut dire que, par rapporta l'homme, le serpeni soit maudit entre tous les animaux; car il n'est pas plus hostile à l'homme^ que beaucoup d'autres animaux tout aussi dangereux, lel^qoe le scorpion, le crocodile, etc. ; et mêcae, bien des espèces de serpents sont tout à fait inoCTensives et s'apprivoisent aisément. Quant à Tobligation de ramper, elle fait croire que précédemment le serpent marchait sur des pieds, ce qui est ridicule, sa constitU'* lion étant faite pour la reptation, et ce mode de locomotion répon* dani parfaitement à ré«onojttJe de eet animal. Enfin il est faux que \B serpeni mange de la (erre et surtout qu'il en mange tous les jours de sa vie : les serpeiUs sont généralement carnivores, et ils ne mangent pas tous les jours de leur vie; car, à la suite de leur repas, jls restent plusieurs jours dans une espèce de léthargie, et ils pen^ Yent demeurer un temps fort long sans prendre aucune nourriture. La malédiction du serpent se termine ainsi : « La femme Vécrasera la tête, et tu dresseras des pièges à son talon. » Les théologiens chrétiens ont vu dans ces paroles la prédiction d'un rédempteur :

el, selon eux, la femme qui écrase la tête du serpent, c'est Marie donnant naissance au Messie. Noos avons réfuté cette interprétation (ch. vi, § 3). Ajoutons que, du moment que ce n'est plus le diable qui figure dans cette narration, leur explication messianique n'est plus soutenable. Il ne faut donc voir dans ce dernier passage, que l'expression figurée de la répulsion qu'inspire le serpent à l'homme : on assigne, comme cela arrive souvent, une origine merveilleuse à un fait naturel. — Viennent ensuite les châtiments de la femme et de l'homme. La première est condamnée à enfanter dans la douleur et à vivre sous la puissance de son mari ; ainsi le législateur sacré couvre de l'autorité divine l'infériorité sociale de la femme. Quant à l'homme, Dieu lui annonce qu^il se nourrira de Pherbe de la terre (ce qui n'est pas un châtiment, les plantes herbacées pouvant fournir d'excellents aliments), que la terre sera maudite et ne lui donnera ses fruits qu'à l'aide d'un travail pénible, et enfin qu'il mangera son pain à la sueur de son visage, jusqu'à ce qu'il retourne dans la terre dont il a été tiré. On peut demander comment figure ici le pain qui devait être inconnu à Adam, puisque. Jusque-là, il avait vécu sans effort et sans travail, des fruits du jardin; l'auteur ne place qu'à une époque bien postérieure (ch. iv) l'invention des arts; il y a donc anachronisme. Ce qu'il importe de remarquer, c'est que les châtiments infligés par Dieu sont purement physiques et se résument en deux points, la nécessité de mourir et la perte d'un lieu de délices où la vie eût coulé sans travail. Mais il n'est pas dit que la vengeance divine ne soit pas satisfaite de cette double peine, qu'il faille une autre expiation, que tous les hommes à venir doivent naître souillés d'un crime héréditaire, que tous les efforts humains soient impuissants pour expier le crime de toute la race, et que le sang d'un Dieu fût nécessaire pour racheter l'humanité. En un mot, le récit de la Genèse ne contient absolument rien qui autorise le dogme actuel. On n'y voit que la déchéance de l'homme et l'explication du mai.—Quand la sentence est prononcée, Dieu tient ce discours : « Voilà Adam devenu comme Vun de nous, sachant le bleu et le mal. Empêchons donc maintenant qu'ii ne porte sa main à l'arbre de vie, qu'il ne prenne aussi de son fruit, et qu'en en mangeant il ne vive éternellement. » Pour ôter à l'homme cette

faculté, il le chasse du jardin de délices, el il en /ait garder rentrée par des chérubins armés d'épées flamboyantes.

Remarquons en passant que ce dernier trait ne peut être pris à la lettre. Dieu paraît ici animé d'un sentiment d'envie; il craint de voir l'homme devenir son rival; l'expression Vun de nous confirme pleinement que l'auteur admettait la pluralité des dieux. Il résulte de ce discours, que, malgré la sentence portée contre Adam devenu sujet à la mort, il eût pu, en mangeant le fruit de l'arbre de vie, rendre cette sentence Inefficace et braver la colère de Dieu; la puissance de ce Dieu est donc bien bornée. S'il ne destinait pas à l'homme le fruit de l'arbre de vie, pourquoi avait-il placé cet arbre dans le jardin? Dans les idées de l'auteur, c'était au moins une haute Imprudence; car si l'homme eût mangé et le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal et le fruit de Tarbre de vie, il agirait acquis la science du bien et du mal, sans perdre l'immortalité; il aurait donc enfreint impunément la défense de Dieu, et il serait devenu, comme avait très-bien dit le serpent, semblable aux dieux; le serpent n'avait donc pas menti. Ses conseils auraient pu réussir, et il n'est pas dit qu'il les ait donnés à mauvaise intention. On ne peut donc voir en lui un être malfaisant; tandis que le Dieu de la Genèse se conduit comme un tyran capricieux, envieux et féroce; son rôle est beaucoup plus odieux que celui du serpent; et l'homme, condamné au malheur, a pu se demander lequel de ces deux êtres était le vrai Dieu, le bon Dieu.

Tout ce récit suppose évidemment que l'homme, par suite de la perte du paradis ou jardin de délices, a sa vie bornée à son existence terrestre ; on y définit la mort, le retour à la terre d'où l'homme a été tiré, ce qui exclut toute vie ultérieure; il ne s'y trouve pas un seul mot touchant l'immortalité de son âme dans un autre monde, et l'auteur s'exprime comme si ce monde n'existait pas. En efl'et, si l'homme est immortel par sa nature, que signifie l'obligation de mourir? La mort corporelle, loin d'être un châtiment, sera un bienfait, puisqu'elle sera le terme des misères inhérentes au séjour sur une terre maudite, et le signal de l'entrée dans un séjourcé leste, bien supérieur au jardin de délices. Si, comme le prétendent les chrétiens, l'homme, par suite de sa chute, avait été assujetti à l'é-

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