‹ Examen du christianismeChapitre 13 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

venlualité des peines' éternelles de l'enfer, comment se fait-U qu« Dieu, qui énumère les conséquences fatales de cette chute, ait omis la plus terrible? Pour que rassujettissemenl à la mort ait été regardé comme une peine, il faut nécessairement admettre qu'Adam ignorait celle immortalité et que Dieu n'ait pas voulu la lui révéler, ou, ce qui est infiniment plus probable, que l'auteur de la Genèse ignorait ou repoussait ce dogme. Si l'bomme est essentiellement immortel, comment expliquer Ja crainte conçue par Dieu, qu'Adam ne goule du fruit de Tarbre de vie? Qu'est-ce que ce fruit lui donnera de plus que ce qu'il a? Peut-on ajouter à l'élernité? Et si Dieu, pour l'empécber de manger de ce fruit, le chasse du jardin, il lui interdit donc l'immortalité ! L'homme doit donc être la proie du néant!...

Celte partie de la Genèse, considérée comme récit d'événements réels, serait, comme on le voit, d'une extravagance telle, qu'aucun homme de bon sens ne peut l'admettre. L'Ëglise, en s'attachaot au sens littéral, sur lequel elle a édifié l'un de ses principaux dogmes, s'est donc chargée de difficultés insolubles. Les anciens se donnaient à ce sujet plus de liberté. Philon parmi les Juifs, saint Augustin (i), Origène (2) et Cajetan parmi les chrétiens, et beaucoup d'autres auteurs ne voyaient, dans les premiers chapitres de la Genèee,que des allégories. Plusieurs écrivains hétérodoxes onl depuis cherché à expliquer comme mythe le récit de la chute de l'homme et l'ont rapproché de divers systèmes religieux dans lesquels on a cherché à rendre compte de l'existence du mal , tels que les fables de Tâge d'or , de la boile de Pandore , etc., qui ont la plus grande analogie avec celle qui nous occupe en ce moment. Dans ces sortes d'explications (3) chacun peut

(1) De Geneii coHlrà ManichnoSi liv. I,cb. ii.

(2) Contra Celsum, liv. IV, ch. xxxviii.

(3) Voici celle qui nous semble la plus rationnelle :

Si le bonheur d'un être consiste dans le plein et libre développement de toutes ses facultés et dans la satisfaction de tous ses penchants, les animaux peuvent être regardés comme bien plus près que Thomme d^atteindre ce but ; ils n'ont nul souci, nulle crainte de l'avenir ; la nature leur fournit abondamment de quoi pourvoir à leurs besoins, et le travail auquel ils se livrent dans l'état sauvage n'est qu'un plaisir ; la pontrainle

donner carrière à son imagination, el l'allégorie n'est pas assez transparente pour que personne puisse affirmer avec certitude avoir dé-' couvert ia véritable pensée de l'auteur.

leur est inconnue. L^bomine, «a contraire, est voué, dès son enfance, à la misère, aux maladies, au travail forcé et répugnant; il est obligé de conquérir par d'énormes fatigues la satisfactioQ des besoins Les plus impérieui, et il n'est pas toujours sûr d'y réussir; il est tourmenté par les regrets du passé et par Tinquiétude de ravenir; les procès, les guerres et les mille fléau que la société engendre si abondamment, viennent ajouter à la somme des malbeurs dont la nature Tavait déjà si libéralement pourvu. Il n'est pas étonnant qu'en faisant ce désolant parallèle on en soit venu à envier le bonheur des animaux et à dire, comme on philosophe moderne, que Vhomme qui pense est un animal dépravé. De là cette supposition que la science est bien prés de confirmer, savoir qoe rhomrae a d'abord vécu de la vie pnremant animale, et que son intelligence s'élant développée plus tard, il a acquis, avec la raison, de nouvelles facultés et en même temps la notion du juste et de l'injuste, ei H découvert les arts destinés à embellir sa vie. Alors il connut la mort, c'est-à-dire qu'il en eut la prescience que n'a pas la brute, et c'est en ce sens qu'il devint mortel ; ce triste résultat survint après qu'il eut godté du fruit de l''arhre de la science du bien et du mal. Tout cela sans doute fut un immense progrès par lequel il est devenu semblable aux dieugs. Mais à quel prix l'a-t^il payé? Au prix de son repos, de Finnoeenee pri'^ ffiitive qui était celle de Tignorance. Chaque pas dans eetle nouvelle voie a été marqué par de nouvelles infortunes qui sont toujours venues empoisonner ses jouissances ; et, romme Promélhée, il n*a pas pu dérober le feu du ciel sans avoir aussitôt les entrailles rongées par un vautour insatiable. De là les regrets de cet âge d'or et du bonheur perdu. Il sent sa grandeur et en est fier à juste titre. Pourtant un sentiment d'amertume lui fait jeter les yeux en arrière, et il eontemple en soupirant l'Ëden oO ont coulé si paisibles les premiers jours de l'humanité et où il loi est interdit de jamais rentrer. Pourtant la perte de l'Éden est loin d'être une déchéance ; c'est, au contraire, un ennoblissement ; c'est là le cours régulier des destinées de l'homme qui n'est pas fait pour végéter dans une molle torpeur, mais pour s'élancer, à travers les dangers, les orages et les fatigues, vers le beau et le vrai, et qui trouvera plus tard dans une société mieux constituée la récompense de ses labeurs. C'est ainsi qu'aux yeux d'une philosopbie plus avancée, le véritable âge d'ori

Quelle qoe soit l'inlerprétalion mythique qui semble préférable, on peut regarder comme établi que ce récit de la Genèse, outre le tort qu'il a de donner de Dieu une idée mesquine, odieuse et déraisonnable, ne contient rien sur le péché originel.

L'histoire d'Adam n'est, dans la Bible, qu'un épisode isolé, auquel rien ne se rattache dans les institutions religieuses ou politiques des Israélites. On ne trouve pas, dans l'Ancien Testament, une allusion à cette aventure (1) , ni un seul mot sur la prétendue tache dont les hommes seraient souillés en naissant, ni sur la nécessité d'un rédempteur. Dans tous les passages où il est question du Messie, on

bien loin d^étre dans un passé perdu sans retour, est dans Tavenir qui nous tend les bras; Tége d'or, ce n'est pas Tenfance, c^est Page viril de rhumanité.

Le mythe du paradis terrestre exprime le passage de Thommc, de rétal simplement animal à Fétat d^étre raisonnable. Quant au rôle de la femme, voici comment Texplique Ch. Fourier. Les premiers hommes placés dans un climat fort doux où la nature leur prodiguait sans culture une nourriture sufiSsaute, ignoraient la propriété individuelle : tout était à tous. Mais quand la race s'est multipliée et que les subsistances furent devenues insuffisantes, régoîsme, comme un serpent, se glissa dans le cœur de quelques individus : la femme chez laquelle l'esprit de famille tient plus déplace que chesThomme, dut naturellement être la première à se préoccuper des besoins de ses enfants et à s'approprier pour l'avenir une certaine quantité de fruits qui furent ainsi soustraits à la masse commune, et elle fit partager à son mari cette prévoyance égoïste. De là la propriété individuelle et tous les maux qu'elle devait entraîner à sa suite. Le mal moral avait été jusqu'alors à peu près inconnu, puisque personne n'avait eu intérêt à nuire ù autrui. Mais dès que le tien et le mien furent connus, il fallut des lois, et l'homme s'initia à la connaissance du bien et du mal. Nous avons là une seconde branche du mythe exprimant le passage de la communauté confuse des premiers âges aux périodes supérieures de la société humaine, passage qui, bien que constituant un progrès réel, est douloureux comme tout enfantement.

(i) Le passage de la Sagene (ii, 24), que nous avons cité plus haut, fait peu/-élre allusion à l'histoire d'Adam comme cause de la mortalité des hommes; mais il est encore loin de rien fournir sur le péché originel.

prédit de lui qu'il glorifiera la nation juive, qu'il fera régner sur la terre la paix et l'harmonie. (Voyez Isaib, cli. xi, xxxt, etc. ; et le eh. Yi ci-dessus). Mais ce n'est pas un rédempteur dans le sens actuel de l'Église, et il n'est jamais dit que l'homme soit essentiellement vicié dans sa nature et ne puisse recouvrer sa pureté que par le sang d'un médiateur. Il se trouve bien, il est vrai, des passages où l'on déplore la tendance que l'homme en naissant apporte au mal. o J'ai été conçu dans l'iniquité, et ma mère m'a conçu dans le péché (Ps. L, 6). » Il ne faut voir là qu'une manière poétique d'exprimer la nécessité où se trouve l'homme , de lutter contre les mauvais penchants qui se font sentir chez lui aussitôt qu'il peut faire usage de son libre arbitre. Ce n'est qu'un aveu de l'Imperfection et, par conséquent, de la peccabilité de l'homme. La doctrine de la transmission du péché et des peines méritées par le péché, est même formellement condamnée dans l'Ancien Testament. Jérémie dit que chacun mourra dans son iniquité, et que si les pères mangent des raisins verts, ils en auront seuls les dents agacées (xxxi, 29, 30). Ézéchiel dit que le fils ne portera point l'iniquité du père : « La justice du juste sera sur lui, et l'impiété de l'impie sera sur lui (xvin, 1, 20). » On ne peut rien dire de plus contraire au système du péché originel.

Jésus s'annonce comme étant venu pour sauver les hommes et pour les faire entrer dans son royaume céleste ; mais il ne dit jamais que les hommes aient besoin d'être rachetés d'autres fautes que des leurs propres ; jamais il ne fait mention du péché d'Adam (dont le nom ne se trouve même pas une seule fois dans ses discours)^ni ne fait entrer cet événement au nombre des causes qui ont nécessité sa mission.

Les épîtres apostoliques ne peuvent davantage servir d'appui au système actuellement dominant. Paul fait un contraste entre Adam et Jésus-Christ (i{om.,v,i4 et suiv.). « Sl,dit-il, par le péché d'un seul plusieurs sont morts, la miséricorde et le don de Dieu se sont répandus abondamment sur plusieurs par la grâce d'un seul homme qui est Jésus-Christ.~ Nous avons été condamnés par le jugement pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. Si, par le péché d'un seul, la mort a régné, à plus forte raison l'abondance de la grâce et le don de la justice

régneront dans la vie p^r uo seul liorame quiesl Jésus-Cbrist. Comme donc c'esl par le péebé d'un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, aussi c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justiflcallon qui donne la vie ; car plusieurs sont devenus pécheurs p^rla désobéissance d'un seul ; ainsi plusieurs seront rendus justes par l'obéissance d'un seul. » — Bien n'indique que Paul, en parlant de la mort, ail voulu désigner autre chose que la mort pliysique ; son raisonnement consiste à dire que, par suite du péché d'un seul, tous ont été condamnés à subir la mort, et que par la vertu d'un seul, les hommes deviendront aptes à entrer, à la suite de Jésus, dans le séjour 4e la vie éternelle. Quant à la dernière phrase qui semblerait favoriser la doctrine de l'Ëglise, on peut l'entendre dans ce sens que la faute du premier homme i'a fait déchoir du rang élevé où Dieu l'avait placé, que cette dégradation s'est éiendue à toute sa race qui, par suite de l'imperfection de sa nature, s'est trouvée dès lors beaucoup plus exposée à l^erreur et au péché ; d'où il suit, comme conséquence éloignée, que plusieurs (Paul ne dit pas tous) sont devenus pécheurs par la désobéissance d^un seul y de même que le crime d'un père qui donne à ses enfants une mau* valse éducation et de mauvais exemples, est la cause génératrice des crimes d^es enfants ; mais il ne résulta pas des paroles de l'apôtre, que l'homme naisse coupable du péché d'Adam. Ainsi on volt com* bien est peu décisif le seul passage du Nouveau Testament allégué à l'appui de la doctrine du péché originel ; el encore ce passage est-il pris en dehors de l'enseignement de Jésus.

D'après l'ËglIse qui admet la transmission du péché d'Adam, l'enfant qui naît est coupable avant d'avoir pu agir et, à plus forte raison, avant d'avoir pu discerner le bien et le mal , et mérite un châtiment éternel, dont il ne peut être affranchi que par le baptême. Nous parlions plus bas de cette cérémonie (§ 11, ari. 1).

§ 6. — De rimmortalilé de râmc.

Le dogme de rimmortaiité de l'âme a été regardé avec raison par tous les législateurs et par les plus grands philosophes comme la meilleure sanction de ta morale : la religion juive est peut-être la seule chez laquelle on ne trouve pas cette vérité consolante. Dans

Jes discours moraux adressés par Moïse aux Israélites, il ne leur promet pour récompense de leur fidélité à observer ses préceptes, que des biens terrestres, l'abondance de leurs troupeaux, des pluies qui fécondent leurs champs, la victoire sur leurs ennemis, etc. ; et il ne les menace, en cas d'infidélité, que de châtiments corporels, de maladies , de guerres , de l'asservissement par les peuples étrangers, c Honorez, leur dit-il, votre père et votre mère, afin que vous viviez longtemps sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera (Eœ. XX, 12). Gardez les préceptes que je vous donne, afin que vous soyez heureux, vous et vos enfants après vous, et que vous denieu-* riez longtemps dans la terre que le Seigneur doit vous donner... Mais si vous vous laissez séduire jusqu'à vous fabriquer quelque figure en commettant devant le Seigneur un crime qui attire sur vous sa colère, j'atteste le ciel et la terre que vous serez bientôt exterminés de ce pays que vous dev^z posséder après avoir passé le Jourdain. Vous n'y demeurerez pas longtemps; mais le Seigneur vous détruira, il vous dls})ersera ehez tous les peuples et vous ne resterez qu'en petit nombre chez les nations où le Seigneur vous aura conduits (DeuL, iv, 40, 25, 27; v, 33; vi, 18, 24, 25; viii, 19y20;xi, 13, 15, 21-25,'etc.). » Le caractère purement matériel de la sanction des préceptes de Jebovah est surtout sensible au chapitre xi du Deutéronome, où, après avoir énuméré les conséquences physiques qui résulteront, pour les Israélites, de la manière dont ils observeront la loi, il ajoute : < Vous voyez que je mets aujourd'hui sous vos yeux la bénédiction et la malédiction ; la bénédiction, si vous obéissez au commandement du Seigneur votre Dieu, et la malédiction si vous n'obéissez pas aux ordonnances du Seigneur votre Dieu, et si vous vous retirez de la voie que je vous montre maintenant, pour courir après des dieux étrangers. Mais lorsque le Seigneur votre Dieu vous aura fait entrer dans la terre que vous allez habiter, vous ferez publier la bénédiction sur la montagne de Garizim, et la malédiction sur la montagne d'Hébel (v. 26-29). » il résulte clairement de tous ces passages que Moïse, se bornant à attacher une bénédiction temporelle à la pratique de sa loi, et une malédiction temporelle à son inexécution, n'avait pas la . notion d'une autre vie où la vertu devait être récompensée .et

le crime puni ; ou, s'il connaissail ce dogme, qu'il avait pu apprendre des Égyptiens, il ne jugea pas à propos de l'enseigner à son peuple. Par sa loi religieuse, il n*élève pas rhomme au delà de son existence terrestre; seulement il cherche à agrandir son horizon en le rattachant par un lien solidaire aux générations futures qui doivent jouir de ses bienfaits ou souffrir de ses méfaits.

 l'instar de Moïse, Salomon, après avoir énuméré les principaux devoirs de l'homme, ajoute : « Alors vos greniers seront remplis de blé, et vos pressoirs regorgeront de vin {Prov,, m, 10). » C'est là la seule récompense qu'on offre à la vertu.

Les théologiens modernes ont prétendu que les promesses et les menaces de Moïse avaient un double sens, l'un matériel et vulgaire, l'autre spirituel et figuratif des peines et des récompenses de l'autre vie. Avec un pareil système d'interprétation, on pourrait vraiment dire que tout est dans tout, et dans le premier livre venu on pourra tout aussi bien trouver figurés tous les dogmes imaginables. Si les paroles du Pentateuque renfermaient réellement ce double sens, comment supposer que Moïse, ou plutôt Dieu qui le faisait agir, connaissant l'esprit épais des Israélites et leur tendance aux choses matérielles, ne les ait pas avertis nettement et explicitement de la double signification de ce qu'il leur disait? Comment leur aurait-il parlé constamment en un langage vdflé, sachant qu'ils ne percevraient que le sens littéral? Comment leur aurait-il ainsi fermé l'accès d'une vérité aussi essentielle et aurait-il ainsi privé sa loi d'une sanction aussi puissante? Il n'y a, dans le Pentateuque, pas un seul mot qui autorise cette double signification; jamais on ne voit se dégager ce prétendu sens caché que les modernes voudraient y trouver. Et, au contraire, les discours de Moïse, les plaintes du peuple, la conduite que tiennent tous les personnages de son histoire, tout fait voir qu'il n'y a rien d'allégorique, et que le texte ne doit être pris que dans le sens littéral (1).

Dans les livres juifs antérieurs à la captivité de Babylone, on

(1) Nous ne parlons ici que de Thisloire du peuple hébreu : les onze premiers chapitres de la Genèse, contenant une cosmogonie, forment an ^ ouvrage à part et où le mythe domine.

voit même formellement niée l'immortalité de l'âme : « Les morts ne vous loueront point, seigneur, non plus que ceux qui descendent dans l'abîme (Ps. cxiii, 17). L'bomme entrera dans le lieu de la demeure de ses pères; et durant toule l'éternité il ne verra plus la lumière (Ps. xjltiti, 19). Quelqu'un racontera-t-il dans le sépulcre votre miséricorde, et votre vérité dans letombeau(Ps.Lxxxvii,li)î L'abîme ne te glorifiera pas, les morts ne le loueront paSy et ceux qui descendent dans les lieux bas, n'attendront pas la vérité de tes promesses (Is. xxxvm, 18). Ceux qui sont morts ne reviennent point {id., XXVI, 14). Ce ne sont point les morts qui sont sous la terre, dont l'esprit a été séparé de leurs entrailles, qui rendront l'honneur et la gloire à la justice du Seigneur (fiar., ii, 17). » Les morts sont donc anéantis comme êtres pensants, puisqu'ils ne peuvent pas louer Dieu. L'ËccIésiaste est encore plus explicite : « Les hommes meurent comme les bêles, et leur sort est égal. Comme Tbomme meurt, les bétenl meurent aussi. Les uns et les autres respirent de même, et Vhomme n'a rien de plus que la bête. Tout est soumis à la vanité, et tout tend en un même lieu. Ils ont tous été tirés de la terre, et ils retourneront tous en terre. Qui sait si Pâme des enfants des hommes monte en haut, et si Vâme des bêtes descend en bas (iii, 19-21)? Il n'y a personne qui vive toujours, ni qui ait même cette espérance. Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort. Ceux qui sont en vie, savent qu'ils doivent mourir. Mais les morts ne connaissent plus rien, et il ne leur reste plus d^ récompense (ix, 4, 5). » D'où l'auteur conclut qu'il faut boire son vin avec allégresse et jouir de la vie avec la femme qu'on aime. On a cru trouver, au dernier chapitre de ce singulier livre, une doctrine différente ; on s'est rattaché à cette périphrase de la mort : « Avant que la poussière rentre en la terre d'où elle a été tirée et que l'esprit retourne à Dieu qui l'avait donné. » Mais ce n'est là qu'une manière d'exprimer que la mort a lieu par la dissolution des parties, et que l'espritou plutôt le souffle retourne au grand réservoir d'où 11 était émané : continue- t-il, quoique séparé des organes, une existence individuelle, ou s'absorbe-t^l dans le grand esprit? C'est ce que l'auteur ne dit pas, il n'insinue même pas qu'il y ait des récompenses et des peines dans une autre vie; et les pensées qui régnent

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