II
ment pas parlé de sa domination sur une localité. — Les mages guidés par un oracle divin, vont rendre hommage, non pas au Sauveur du monde, mais au Roi des Juifs (Mat., ii, 2).
Quand Jésus donne une première mission aux douze apôtres, il les adresse exclusivement aux brebis perdues de la maison dls^ raéV (Mat., X, 5), en leur défendant d'aller vers (es gentils et même d'entrer dans les villes de Samarie. On a prétendu que celte limitation de mission était provisoire et avait pour but de ménager les préjugés des Juifs. Mais Jésus qui, dans la circonstance, ne s'adressait qu'à ses disciples intimes, aurait dû au moins les avertir que, pour des raisons particulières, il ne les envoyait alors que vers les fils d'Abraham, qu'il viendrait un temps où ils Iraient évangéiiser toutes les nations et que dès à présent la distinction des races était anéantie. Quantaux préjugés juifs, il montre assez, en plusieurs antres cas, qu'il ne craint pas de les froisser. — Jésus a un langage encore plus formellement restrictif, quand il dit : Je ne suis envoyé que vers les brebis qui ont péri, de la maison d^ Israël (Mat., xv, 24). Sa mission est donc uniquement juive.
Après sa mort, ses apôtres, déçus dans leurs espérances, regrettent celui qui devait racheter Israël (Luc, xxiv, 21); ils ne lui avaient donc attribué qu'une mission nationale. Même après sa résurrection, ils sont si peu fixés sur la nature et l'étendue de leur apostolat, que, le jour même où Jésus se sépare d'eux pour monter au ciel , ils lui demandent sHl va rétablir le royaume d^IsraU (Act, ap,, 1, 6 ) ; et Jésus, au lieu de dissiper leur erreur, répond qu'il ne leur appartient pas de connaître les temps arrêtés par le Père dans sa puissance : c'ét^t reconnaître que le rétablissement d'Israël aurait lieu dans un temps quelconque. Jésus ajoute, il est vrai, qu'ils lui rendront témoignage jusqu'aux bornes de la terre. Mais cet ordre rapproché de la question et de la première partie de la réponse, ne peut s'entendre que de la prédication aux Juifs dispersés pour les réunir en un corps de nation, afin de restaurer le royaume de David ; et Jésus ne fait rien pour détruire chez ses disciples le préjugé étroit qui leur faisait regarder les enfants de Jacob comme le seul peuple élu de Dieu, et les autres nations comme pro/an^s et indignes de leur mission.
. Il est admis par TËglise que les apôlres ne reçurenl la plénitude de la grâce, que par l'effasion du Saint-Esprit qui descendit sur eux dix Jours après l'ascension. On devrait s'attendre au moins qu'après cette illumination divine, ils auraient enfin compris la destination universelle de l'Ëvangile ; il n'en est rien. Ce n'est que longtemps après que Pierre eut une vision qui lui apprit qu'aucun des mets créés par Dieu, ne devait être impur (AcL ap., x); et réfléchissant sur la signification de ce qu'il regardait comme un enseignement d'en haut, il y vit tout à la fois un sens littéral, la suppression de la distinction des viandes, et un sens allégorique, la suppression de la distinction des hommes en purs et en impurs. Aussi étant requis de se rendre auprès d'un centenier romain nommé Cornélius, ne fit-il aucune difficulté d'aller le trouver, et il lui dit : « Vous savez que les Juifs ont en grande horreur d'avoir quelque liaison avec un étranger ou d'aller le trouver chez lui ; mais Dieu m'a fait voir que je ne devais estimer aucun homme Impur ou souillé (v. 28). » En conséquence, il se détermina à instruire Cornélius et tous ceux de sa suite. Pendant cette instruction, le Saint-Esprit descendit sur eux, et. Pierre alors Jugea à propos de les baptiser. Mais les fidèles circoncis qui jusque-là n'avaient prêché qu'aux Juifs et avaient regardé l'Ëvangile comme destiné aux seuls Juifs (xi, 19), apprenant que des gentils avaient reçu la parole de Dieu, en furent indignés et reprochèrent à Pierre ses relations avec les incirconcis. Il leur raconta, pour se justifier, sa récente vision et l'effusion du Saint-Esprit sur ces gentils : qui était-il, lui, pour empêcher les desseins de Dieu Xxi, 1-18)? Il résulte de tout ce récit que Pierre n'avait point regardé les gentils comme appelés à participer à la grâce de l'Ëvangile, et que lorsqu'il commença pour la première fois à professer une opinion contraire, il se fonda seulement sur deux faits surnaturels arrivés la veille, et non sur l'enseignement de Jésus. Donc, si ces faits sont exacts, celui-ci n'avait pu s'exprimer sur ce point, comme le prétendent les évangélistes, et il n'est nullement certain qu'il ait annoncé que son enseignement fût destiné à d'autres qu'aux Juifs.
Malgré les prétendus prodiges qui convainquirent Pierre de la vocation des gentils, ce principe nouveau eut beaucoup de peine à pénétrer dans son esprit et dans celui des apôtres chez lesquels do-
minaient toujours les préjugés Juifs; car Paul nous apprend {GaL, II, 11 et suiv.) qu'à Antiocbe, Pierre (auquel il conserve son nom hébreu de Céphas) ne faisait pas de difficulté de manger avec les gentils, mais qu'après l'arrivée de plusieurs Juifs chrétiens, il se sépara de la société des gentils dans la crainte de blesser les circoncis. Les autres Juifs, et même Papôtre Barnabe qui cependant était cypriote, imitèrent cette dissimulation. Mais Paul voyant quHls ne marchaient pas droit suivant la vérité, reprit courageusement Pierre et lui prouva l'inconséquence de sa conduite. Paul est celui des premiers chrétiens qui a le mieux compris l'universalité de la loi chrétienne; il déclare avoir reçu la charge de prêcher l'Ëvangile aux incirconcis, comme Pierre celle de la prêcher aux circoncis (/({., v. 7). Il est extrêmement vraisemblable que c'est lui qui le premier imprima à la propagande chrétienne son caractère de généralité et arracha les apôtres à leurs préoccupations exclusivement juives. Il compléta l'enseignement insuffisant de Jésus, et la vision de Pierre n'a sans doute été que le résultat de la vive impression produite sur lui par les paroles éloquentes de l'ardent néophyte... Ce qu'il y a de certain, c'est que la conduite des apôtres pendant les premiers temps qui suivirent la mort de Jésus, et notamment les hésitations de son principal disciple, ne peuvent s'expliquer si Jésus a été aussi explicite que le supposent les évangélistes à l'égard de la vocation des gentils. Ainsi, de deux choses l'une ; ou les évangélistes ont prêté à Jésus des discours qu'il n'a pas tenus ; ou le livre des Actes des apôtres et Paul, dans son Ëpîlre aux Galates, rendent un compte infidèle de ce qui s'est passé après sa mort. Dans l'un ou l'autre cas, les livres canoniques sont en défaut.
§ tO. — Du culte en général.
Si Jésus ne s'est pas prononcé catégoriquement sur la conservation de l'ancien culte juif, et s'il a du moins fourni des armes à ceux qui l'ont détruit en son nom, il ne s'est pas mieux expliqué sur la fondation d'un nouveau culte à substituer à l'ancien, et il résulte plutôt de l'esprit de ses discours, qu'il a entendu établir une religion purement morale, sans aucun appareil de cérémonies extérieures.
Il prescrit, à la vérité, la prière; il en donne même une formule.
EXAMEN DU CHRISTIANISME Ul
Ses disciples lui ayant demandé qa'it leur montrât à prier, comme Jean avait fait aux siens, il leur dit : Lorsque votis prierez, vous direz, etc., (Luc, xi, i et suiv.). li semble donc qu'il leur ait présenté le Pater comme renfermant substantiellement l'expression de tous les sentiments que l'homme peut élever vers Dieu, et comme devant être la seule prière en usage. Il recommande de prier du cœur et non des lèvres (Mat., xv, 8), éC éviter de beaucoup parler dans les prières, comme les paiens qui se figurent que &est par la multitude des paroles qu'ils parviendront à être exaucés : ne les imitez donc pas, ajoute-t-il ; < car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez (Mat., vi, 7, 8). > Il est impossible de condamner plus énergiquement les pratiques des catholiques, leurs longues prières, semblables à celles des païens, leur chapelet consistant à répéter cinquante fois de suite les mêmes formules, comme si Dieu et les Saints avaient l'oreille dure ou l'intelligence paresseuse, et ne pouvaient comprendre du premier coup ce qu'on leur demande; et ces litanies où sont exprimés des vœux si multipliés, bien que le Père sache d^avance ce quHl nous faut. En maudissant les Pharisiens qui par leurs longues prières ruinent les maisons des veuves (Mat., xxiii, 14), Jésus n'a-t-ii pas condamné d'avance la corporation qui fait payer si cher ses messes et ses longues cérémonies ; qui sait si bien, au nom de la religion, lever de lourds tributs, principalement sur le patrimoine des veuves, et qui ruine les vivants sous prétexte de tirer les morts du purgatoire?
Jésus a indiqué les conditions de la prière par ces préceptes : « Lorsque vous priez, ne ressemblez pas aux hypocrites qui aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux coins des rues pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. Mais vous, lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre; et, la porte étant fermée, priez votre Père dans le secret ; et votre Père qui voit ce qu'il y a de plus secret, vous en rendra la récompense (id., vi, 5, 6). » Le culte public est interdit par là, ainsi que les édifices consacrées à la prière ou aux cérémonies religieuses : ce n'est point devant les hommes qu'on doit prier ni en se conformant à certains rites, mais c'est en particulier; et le cuite