‹ Examen du christianismeChapitre 18 sur 49 · II · texte numérisé non relu

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IbO EXAMEN DU CHRISTIANISME

Le quatrième Ëvangiie nous présente Jésus et ses disciples prati-» quant le baptême (m, 22) ; mais il est expliqué plus bas (iv, 2) que Jésus ne baptisait pas lui-même, et que c'étaient ses disciples. Il est dit aussi que, dans le même temps, Jean continuait de baptiser, et que ses disciples lui faisaient remarquer que Jésus attirait beaucoup plus de monde auprès de lui. Mais on ne dit pas en quoi consiste la différence entre l'un et l'autre baptême, et tout porte à croire que la plus grande popularité du baptême de Jésus venait de la supériorité de son enseignement; chacun de ces baptêmes n'était qu'une cérémonie d'initiation et d'admission dans l'une ou l'autre école. Le quatrième Ëvangiie ne rattache même pas la rémission des péchés au baptême de Jean ; il ne parle pas plus du péché originel que les autres Évangiles. Il y a un passage d'où l'on a cru pouvoir induire la nécessité du baptême. Jésus dit à Nicodème que si un homme ne renaît de Veau et du Saint-Esprit^ il ne peut entrer dans le royaume de Dieu (Jean, m, 5). Ce discours est métaphorique d'un bout à l'autre, et la figure qui y domine est celle de la renaissance^ qui sert à exprimer l'état d'un homme initié à une nouvelle doctrine et transformé moralement par le nouvel esprit dont il est animé. Jésus y Insiste sur la nécessité de s'élever au-dessus des images corporelles et de pénétrer le sens spirituel de ses paroles. Ce qui est né de la chair est cMir, dit-il, et ce qui est né de Vesprit est esprit (v.6). C'est par TEsprit-Saint que le disciple intelligent entre dans une nouvelle vie ; mais l'eau n'est qu'une image servant à exprimer que l'âme de l'adepte est, par l'effet de l'Initiation, lavée de ses souillures. Supposer que cet effet moral doive être produit païenne ablution matérielle, ce serait se montrer aussi grossier que Nicodème qui entendant parler de la nécessité de renaître j demande (v. 4) si un homme déjà vieux pourra rentrer dans le sein de sa mère et naître une seconde fois. Ce qui prouve qu'il ne s'agit pas ici d'une eau matérielle, c'est que les évangéllstes emploient indifféremment une autre figure pour exprimer l'effet du baptême. Quand Jean-Baptiste annonce que le Messie baptisera dans le Saint- Esprit et dans le /eu (Mat., m, il), il n'indique, par le feu, que la rénovation qui consume toutes les impuretés du vieil homme. Personne ne s'est avisé de prendre cette figure à la lettre et de préten-

dre qu'il ait été institué un sacrement ayant le feu pour matière. Pourquoi interpréter différemment les paroles adressées à Nicodème? 11 s'agit, dans les deux cas, d'une renaissance par le Saint-Esprit et par un instrument matériel qui est ici l'eau et là le feu. S'il ne s'agit que d'un feu symbolique, nous ne devons voir également qu'une eau symbolique. Si,au contraire, nous prenons une eau matérielle, il faudra aussi admettre un feu matériel. Du reste, quand même on conclurait du discours à Nicodème , que le baptême par l'eau soit nécessaire au salut, il resterait encore à définir la nature de ce baptême; et ni ce discours, ni aucun autre passage des Ëvangiies, n'autorise à y voir une expiation du péché originel. Â partir du V. 2 ch. IV de l'Ëvangtie de Jean, il n'est plus rien dit du baptême, bien que l'occasion s'en soit souvent présentée; dans les discours longs et multipliés que Jésus adresse au peuple, et dans lesquels il explique comment et à quelles conditions on peut obtenir la vie {voir surtout ch. vi), il ne dit rien du baptême. Cette omission n'a rien que de fort simple, si nous admettons que le baptême pratiqué par ses disciples n'était qu'un signe d'initiation ; mais elle est inexplicable dans le système de l'Église. Et si l'on prend dans le sens orthodoxe les paroles adressées à Nicodème, il faudra supposer que Jésus a révéléà un inconnu, dans un entretien nocturne et secret, un des points essentiels de sa doctrine, dont il n'aurait rien dit, ni dans les instructions confidentielles à ses apôtres, ni dans son enseignement public; ou du moins que l'évangéliste aura présenté les choses de manière à faire peser sûr Jésus une aussi énorme inconséquence. Jésus, avant de monter au ciel, annonce à ses apôtres la réalisation prochaine de la promesse qu'il leur avait faite , de l'envoi de l'Esprit, et leur dit : Jean a baptisé dans Veau, mais vous serez baptisés dans le Saint-Esprit (Act. ap., i , 5). Il ne s'agit plus ici, pour ce futur baptême, d'eau ni de feu^ ni d'aucun autre signe matériel ; c'est une opération purement spirituelle et piour laquelle le même mot, celui de baptême est employé, comme dans les autres ' cas où il y est joint une image sensible. Il en résulte donc que ce mot indiquait une régénération spirituelle qui n'avait besoin d'être accompagnée d'aucun appareil visible, que par conséquent ce n'était pas un sacrement dans le sens orthodoxe. Il résulte encore de ces

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mêmes paroles, que le baptême n'était pas, dans la pensée de Jésus, ce qui efface le péché originel; car alors il faudrait admettre que Jésus aurait taissé les apôtres souillés de celte tache jusqu'après son ascension. Mais, d'après la doctrine de l'Église, la rédemption du péché d'Adam est une condition de rigueur pour pouvoir devenir chrétien et recevoir les autres sacrements. On ne soutiendra pas sans doute que les apôtres, avant le Jour de la Pentecôte qui suivit la mort de Jésus, n'étaient pas encore .entrés dans l'Église ni devenus chrétiens; d'après le système orthodoxe, ils avaient reçu au moins le sacrement d'eucharistie et le pouvoir d'administrer tous les sacrements. Et cependant, quand Jésus se sépare d'eux, ils ne sont pas encore baptisés, puisque Jésus leur promet sous quelques jours un baptême supérieur à celui de Jean, ce qui se trouve d'accord avec ce qu'avait annoncé Jean lui-même. Les théologiens ayant besoin, pour l'harmonie de leur système, de soutenir que les apôtres ont dû être baptisés par Jésus dès avant le commencement de leur mission^ sont obligés d'admettre que, dans le passage en question, le mot baptiser n'est pas pris dans son sens exact et signifie l'effet niorai que devait produire la descente du Saint-Esprit. Mais de quel droit supposent-Ils que leur maître, v>e le révélateur a commis une impropriété d'expression? Et si le mot baptiser ne se rapporte pas ici au sacrement qui efface la tache originelle, quelle raison avons-nous de croire qu'il s'y rapporte ailleurs, quand rien ne l'exprime? Ne serait-ce pas se faire un jeu de tromper ses auditeurs, que de détourner ainsi, sans nécessité, de leur signification véritable, des expressions qui, en matière de dogme, doivent avoir un sens nettement défini et invariable? Mais il est clair que Jésus n'a pas commis l'inconséquence qu'on pourrait lui reprocher si l'interprétation des théologiens était exacte. En opposant au baptême d'eau administré par Jean, le baptême du Saint-Esprit, il est d*accord avec Jean qui n'avait présenté son baptême que comme un emblème transitoire de celui que Jésus devait donner dans le Saint-Esprit (Lvc, m, i6); il confirme également, et son discours à Nicodème, dont il reproduit en partie les expressions, et ses précédentes promesses (Jean,xvi,7 et suiv.). On ne peut citer un seul texte duquel on puisse conclure que Jésus, dans les diverses circonstances où il a parlé du baptême,

j5. en ait distingué deux sortes différant par leur nature et ieurs effets. oe Ainsi le baptême normal annoncé par Jean et iégué par Jésus au oc monde, celui que Jésus recommande à ses disciples de conférer aux t nations, c'est la communication du Saint-Esprit, telle que les apôijr Ires Font reçue après sa mort, c'est la régénération de Tbomme par 35 la doctrine nouvelle qui éclaire son intelligence et purifie son cœur; il il n'y entre aucune cérémonie matérielle, et il n'y est aucunement

question du péché originel (1).

u II résulte des Actes des apôtres, que les premiers chrétiens con-

5 réraient le baptême à tous ceux qu'ils admettaient dans le sein de ( l'Ëglise, qu'ils baptisaient au nom du Seigneur Jésus y et qu'ils I jugeaient nécessaire d'administrer ce baptême à ceux qui n'avaient reçu que le baptême de pénitence d'après Jean. Cette cérémonie semble figurer comme signe d'initiation ; mais il n'y est rien dit de ses effets ni de la prétendue nécessité de laver une tache originelle. D'après le système de l'Église, le baptême est le premier des sacrements, sans lequel l'homme n'est pas apte à recevoir les autres sacrements. On voit néanmoins (Act, ap., x, 34 et suiv.) qu'à la suite d'un discours de Pierre aux gentils, le Saint-Esprit descendit sur ses auditeurs qui se mirent aussitôt à parler diverses langues et à glorifier Dieu (v. 46); Pierre dit alors : Peut-on refuser Peau du baptême à ceux qui ont déjà reçu le Saint-Esprit comme nous (v. 47)? 11 s'ensuit donc que, chez les premiers chrétiens, l'homme pouvait recevoir ie Saint-Esprit, c'est-à-dire entrer en communication avec Dieu autant que la nature humaine le comporte, sans aucune condition de rite matériel et sans la préparation du baptême, et que par conséquent le baptême n'était pas pour eux, comme pour les chrétiens d'aujourd'hui, le rachat du péché d'Adam.

(1) Plusiears passages prouvent que le mot baptême était pris dans le sens d'uue initiation , soit à une certaine doctrine, soit à un certain état. Il dit aux fils de Zébédée : Pouvez-vous être baptisés du baptême dont je dois être baptisé (Marc, x, 58)7 II indiquait par là les fatigues et les périls de Tapostolal. Il dit chez Luc (xii, 49, 50) : « Je suis venu mettre le feu sur la terre, et que demandé-je, sinon qu'il s'allume? Je dois être baptisé d'un bapUme (ce qui indique évidemment le sacrifice sanglant de sa vie), et ne suis-je pas tourmenté jusqu'à ce qu'il s'accomplisse? »

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