XI. u
i66 EXAMEN DU CHRISTIANISME
Fils de l'homme monter où il était auparavant ? C^est Pesprit qui vivifie; la chair ne sert à rien. Mes paroles sont esprit et vie. 9 Cependant plusieurs d'entre eux l'abandonnent. Jésus alors se tourne vers les douze et leur demande si eux aussi veulent le quitter. Mais Pierre lui répond : « A qui irions- nous, Seigneur? Vous avez les paroles de la vie éternelle. »
Reprenons le parallèle entre cette scène et celle de la Samarilaine. Dans les deux cas, Jésus tire une occasion d'enseignement d'une circonstance où il était question de nourriture ; la première fois , c'était l'eau du puits; la seconde fois, la multiplication des pains. Chaque fois, son discours figuré roule sur l'opposition entre la nourriture du corps et celle de l'âme. Ses auditeurs ne le comprennent pas et prouvent, par leurs reparties, que pour eux l'entretien ne s'élève pas au-dessus du «ujet matériel qui avait servi de point de départ; la Samaritaine ne songe qu'à l'eau de son puits, les Juifs à une nourriture qui puisse être mise en comparaison avec la manne du désert. D'après la manière babituelie du quatrième évangéliste qui aime le langage énlgmatique et se plaît à établir un contraste tranché entre la sublimité de Jésus et la paresse d'Intelligence de ses auditeurs, le malentendu ne cesse de régner pendant tout l'entretien entre lui et ses interlocuteurs. Jésus, au lieu de les avertir qu'ils se fourvoient en prenant ses paroles dans le sens propre, continue l'emploi de sa première métaphore, en exagère les images et rend son idée de moins en moins accessible à ceux qui l'écoutent. Le fond de son discours est le même dans les deux cas. De même qu'il dit à la Samaritaine, que celui qui boira de son eau n^aura jamais soif et que celle eau rejaillira en lui pour la vie éternelle, de même il dit aux Juifs, que si la manne que leurs ancêtres ont mangée, ne les a pas empêchés de mourir, celui qui mangera le pain du ciel vivra éternellement (v. 59). La Samaritaine reste en définitive sans percer le voile allégorique qui enveloppe la pensée de Jésus; et si elle le regarde comme un prophète, c'est seulement parce qu'il a pénétré ses secrets (iv, 16-19). Les Juifs également sont rebutés de l'accumuiatlon de figures dont le sens leur échappe, et les disciples eux-mêmes se retirent fatigués de ce style d'oracle. Les deux scènes sont donc parfaitement semblables dans tout leur
développement. L'idée de Jésus est exactement la même, c'est que lui seul est en état d'apporter la lumière aux esprits, de les vivifier par sa parole féconde et de les conduire à l'union en Dieu (vi, 58). II n'y a pas de raison pour prendre à la lettre l'un de ces discours plutôt que Tautre. Les catholiques qui ont voulu absolument que Jésus désignât, dans le second cas, une véritable chair à manger et on véritable sang à boire, devraient, pour être conséquents^ admettre aussi que, dans le premier, il s'agissait d'une boisson, et faire aussi un sacrement de l'eau de Jésus.
On conçoit comment l'enchaînement des idées a pu conduire Jésus à employer des expressions aussi énergiques que celles dont l'Église a fait une si étrange interprétation. En disant d'abord qu'il est le pain de vie, il se donne comme étant la véritable nourriture des âmes, il relève la supériorité d'une semblable nourriture intellectuelle sur la manne qui n'alimentait que le corps. Puis, outrant la métaphore, il dit que celui qui mangera ce pain^ c'est-à-dire qui se nourrira de sa doctrine, vivra éterneilen|ent. Enfin , il va jusqu'à dire, pour donner plus de force à son raisonnement et mieux faire sentir la nécessité de se pénétrer de ses préceptes , que celui qui mange sa chair et qui boit son sang, demeure en lui, c'est-àdire que celui qui reçoit ses paroles avec fruit, qui se les assimile et fait passer en quelque sorte les idées de Jésus dans sa substance, celui-là arrive à n'avoir plus d'autre pensée que Jésus, et à ne faire qu'un avec lui ; alors il demeure en Jésus, et Jésus en lui. C'est une manière saisissante d'exprimer l'union intime à laquelle les âmes peuvent arriver par la communauté des idées et des sentiments et par la puissance de l*8mour. Les Juifs grossiers ne peuvent s'élever jusqu'à de telles conceptions. Mais le discours tenu ensuite par Jésus à ses disciples, fait voir comment ses paroles devaient être comprises. Il leur parle de sa future réunion à son Père comme d'une conception encore plus ardue que celle dont il venait de les entretenir. En leur disant que c'est V esprit qui vivifie et que la chair ne sera de rien, il fait voir assez clairement que ses précédents discours ne doivent pas être pris dans un sens matériel. Quand il déclare au milieu de son discours, que celui qui croit en lui, n'aura jamais soif, il donne la clef de tout le mystère et explique suffisam-
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ment que c'est d'une faim et d'une soif morales qu'il s'est agi dans tout le cours de son entretien^ et par conséquent aussi d'une nourriture morale, et non de chair et de sang. Pierre, en lui déclarant qu'i^ avait les paroles de la vie éternelle, fait voir aussi que pour lui et pour les plus éclairés des disciples, il s'agissait de tout autre chose que d'une nourriture corporelle. Ceux qui se sont obstinés à ne voir, dans cet entretien, que chair à manger et sang à boire, ont fait preuve d'un grossier matérialisme, pareil à celui du peuple juif. — Enfin, si Jésus eût attaché à ses paroles le sens que leur donne l'Église, il est impossible d'admettre qu'il ait longuement entretenu le public d'un sacrement qu'il ne devait fonder que la veille de sa mort, qu'il ait ainsi fait une ouverture sur un sujet aussi étrange, on peut même dire aussi révoltant , sans le compléter par aucune définition ni explication, et ait, en dernier résultat, laissé ses auditeurs dans l'erreur où il les avait volontairement plongés. Il serait également inadmissible que le quatrième évangéliste qui ne rapporte pas la cène eucharistique, et qui, à partir de l'entretien que nous venons d'examiner, ne dit plus un seul mot sur le même sujet, ait ainsi privé ses lecteurs d'éclaircissements indispensables et n'ait pas même indiqué comment il fallait s'y prendre pour manger le corps de Jésus et boire son sang. Cette manière de procéder, qui se conçoit très-bien si les discours sont pris au figuré, devient inexplicable quand on les prend à la lettre.
Les trois premiers évangélistes ne rapportent rien de ces discours, et, chose étrange, ils racontent la cène eucharistique dont Jean ne parle pas ; le silence de ce dernier sur ce fait important est certainement très-significatif ; nous nous bornerons ici à rechercher comment on peut s'expliquer que les trois autres narrateurs l'aient accueilli. La tradition a sans doute conservé quelques fragments des discours de Jésus, dans lesquels il se sera servi des images employées chez Jean et aura parlé de la nécessité de manger son corps et de boire son sang. Avec sa tendance habituelle à donner un corps aux idées, elle aura représenté Jésus donnant matériellement son corps à manger et son sang à boire ; et comme l'image de pain se trouvait fréquemment dans ses discours allégoriques, le pain se sera olTert naturellement pour l'emblème^ l'aide duquel devait se faire
celte manducalion. Il Tailait aussi an emblème pour le sang : le vin élant la boisson la plus fortlflante, a élé choisi. Mais dans l'origine, la scène fictive où Ton peignait Jésus donnant comme aliment ce pain et ce vin symboliques, n'a sans doute signifié que ce qui se trouve réellement dans les discours rapportés par Jean, c'est-à-dire qu'il fallait, pour arriver à la vie éternelle, se nourrir de la doctrine de Jésus et confondre tellement ses idées et ses sentiments avec ceux de Jésus, qu'on* arrivât à le faire demeurer en soi et à ne faire qu'un avec lui. Plus tard, cette conception métaphysique s'est matérialisée et a dégénéré en un repas d'anlhropopbages.
Ce qui prouve que les trois premiers évangélisles n'avaient pas sur ie pain et le vin eucharistiques les idées actuelles du catholicisme, c'est l'absence complète de commentaires et d'explications sur ce sujet, dans tout le cours de leurs livres. On ne peut supposer que Jésus, arrivé au terme de sa carrière et sur le point de se séparer des apôtres, leur ait présenté brusquement une idée aussi extraordinaire et aussi choquante que celle de leur donner son corps à manger. Si tel eût été le sens de ses paroles, chaque évangéliste n'aurait pas manqué d'amener ses lecteurs à cette institution au moyen de discours dans lesquels, sans aucun doute, Jésus aurait fait comprendre la nécessité d'une telle cérémonie et en aurait présenté le but et les effets. On ne peut dire que la cène eucharistique s'explique par les discours que rapporte le quatrième Évangile. En effet, chacun des trois premiers évangélistes a dû se proposer pour but d'exposer la vie et la doctrine de Jésus, et de faire entrer dans son ouvrage tous les points essentiels. Si donc, dans leur pensée, Tes paroles prononcées par Jésus lors de la cène avaient dû être prises à la lettre, on ne concevrait pas que ces historiens eussent omis les discours de Jésus, indispensables pour expliquer ces dernières paroles qui, privées de tout commentaire, sont inintelligibles , et qu'ils ne se fussent nullement préoccupés de l'impression qu'éprouveraient leurs lecteurs en arrivant, sans préparation aucune, au chapitre de la cène où se trouvent ces bizarres paroles : ceci est mon corps, ceci est mon sang. S'il est vrai, au contraire, que ces évangélistes n'ont entendu ces paroles qu'au figuré, on conçoit très-bien qu'ils aient omis les développements
que) d'après Jean, Jésus aurait donnés précédemment à sa pensée, \u qu'elle ressort suffisamment de nombreux entretiens où il avait parlé de la nécessité de se nourrir de sa doctrine, présentée figurément comme le pain spirituel.
S'il se fût agi d'une véritable mandncation, Jésus, après avoir donné à manger son corps tout entier, n'aurait pas encore donné son>3ang qui était contenu dans son corps ; c'eût été une redondance inutile. Si, au contraire, toutes ces expressions^ont figurées, Jésus, voulant faire comprendre qu'il était en état de satisfaire à tous les besoins de l'âme, ainsi qu'il l'avait dit à la Samaritaine et aux Juifs, suivant ie quatrième Évangile, a très-bien pu employer par métaphore les deux besoins les plus impérieux de la vie, la faim et la soif, et s'est donné figurément comme devant les rassassier, son corps pour la faim et son sang pour la soif.
11 est encore une circonstance qui prouve que les évangélistes n'ont pas eu l'intention qu'on leur attribue, c'est que Luc fait dire à Jésus (xxii, 19) : Faites cela en mémoire de moi. Ces paroles n'ont pas de sens satisfaisant avec l'opinion catholique sur l'eucharistie; Jésus n'a pu dire : Chaque fois que vous me mangerez, mangez-moi en mémoire de moi. Mais ces mêmes paroles s'expliquent très- bien si l'on conçoit que le repas eucharistique était emblématique ; alors Jésus a pu dire : Chaque fols que vous vous réunirez en un banquet où la participation du pain et du vin sera la figure de la communauté de sentiments qui doit régner entre vous, chaque fois que vous communierez pour vous rappeler le but que Je vous ai assigné, de ne faire tous qu'une même chose {ul omnes unum sint, Jean, xvti, 2i), souvenez- vous alors de celui qui a souffert la mort pour vous afin d'introduire le règne de la charité; ne cessez de vous nourrir de sa doctrine comme du pain le plus fortifiant pour vos âmes; souvenez-vous de ma dernière cène ; faites cela en mémoire de moi.
La déclaration qu'avait faite Jésus à ses disciples, qu'ils ne l'auraient pas toujours parmi eux (Mat., xxvi,ii),est inconciliable avec le dogme eucharistique, d'après lequel Jésus est constamment présent au milieu des fidèles et se met corporellement à la portée de chacun d'eux.
Ainsi l'examen et la comparaison des textes font voir que les
paroles de Jésus n'ont pu avoir le sens littéral sur lequel est fondée reucharislie, et que le sens figuré est le seul rationnel, le seul acceptable.
En supposant que Jésus ait réellement donné son corps à manger à ses apôtres, il resterait à TËglise à prouver qu'il leur a donné, ainsi qu'à leurs successeurs à perpétuité, le pouvoir de transformer à volonté le pain et le vin en son corps et en son sang, et ait fait à tous les fidèles l'obligation de s'en nourrir. Or, ni Matthieu qu'où doit regarder comme le mieux informé des trois évangélistesqui rapportent le fait en question, puisqu'il est censé témoin oculaire et acteur, ni Marc n'attribuent à Jésus un seul mot d'où l'on puisse déduire que la cérémonie qui va se faire, dût se renouveler. Luc, plus exposé à ne pas reproduire textuellement les paroles de Jésus, puisqu'il ne les avait pas entendues, et ne les tenait même pas d'un témoin oculaire, lui fait dire : Faites cela en mémoire de moi. Mais à quoi s'applique le mot cela? Est-ce à la pâque juive telle qu'on venait de la célébrer, est-ce à un repas fraternel, destiné à rappeler le souvenir de Jésus? On peut admettre l'une ou l'autre explication. Mais Jésus ne dit pas qu'on doive renouveler éternellement la métamorphose qu'il venait d'opérer; et surtout il ne dit pas par quel secret merveilleux on pourrait le faire, ni à qui appartiendrait ce privilège. Ce n'est pas ainsi qu'il se fût exprimé s'il eût fondé une cérémonie qui eût dû entrer comme partie essentielle dans le culte ; il eût dit clairement : Chacun de vous, et chacun de ceux auxquels vous en déléguerez la faculté, pourra, en prononçant telles paroles, en accomplissant tels rites, changer le pain et le vin en mon corps et en mon sang. Voilà comment on parle quand on veut être compris. La précaution aurait été d'autant moins superflue, que diverses églises se disputent encore sur le mode de consécration. Les Latins pensent qu'il sufllt que le prêtre prononce les paroles dont s'est servi Jésus ; les Grecs regardent comme de rigueur de les faire précéder d'une prière spéciale, et déclarent nulles toutes les transsiibstantiations des Latins. Le choix des paroles est d'absolue nécessité, et pourtant Jésus serait resté muet à cet égard et aurait exposé ses disciples, pendant toute la suite des siècles, à d'innombrables nullités!...
Dans le repas d'adieu donUean donne le récit, Jésus, après avoir lavé les pieds h ses disciples, leur dit : < Vous devez aussi vous Javer les pieds les uns aux autres; car je vous ai donné l'exemple, afin que ce que je vous ai fait, vous le Tassiez aussi vous autres (Jean, xiii, 13, 14). » Malgré la solennité de cette recommandation, l'Église n'a point introduit dans son culte le lavement des pieds réciproque, elle n'en a point fait un sacrement. Si l'on a pu se dispenser ainsi de la cérémonie prescrite dans l'un des Ëvangiles, pourquoi s'attacher strictement à celle que les autres narrateurs placent dans la même circonstance ? Pourquoi supposer que Jésus aurait donné des règles permanentes cbez les uns, quand il n'en aurait dicté, chez l'autre, que de temporaires?...
Si les paroles de Jésus doivent être prises à la lettre, du moins devrait-on n'y voir que ce qu'elles contiennent, et il en résulterait seulement que Peucharistie renferme son corps et son sang, c'est-àdire un objet purement matériel, mais non son âme dont il n'est pas question ; Jésus ne s'offre pas lui-même à manger, il ne parle pas de sa personne complète : puisqu'il n'a parlé que de son corps, c'est donc un cadavre qu'il a donné pour nourriture, le même qui depuis a été renfermé dans le tombeau. Il ne dotait ses disciples que d'une nourriture corporelle, d'une viande, résultat bien peu digne d'un miracle permanent qui devait, à chaque instant, bouleverser les lofs de la nature. Encore moins Jésus parle-t-11 de sa divinité : il ne dit pas que le pain qu'il tient à la main et qu'il offre à ses apôtres, soit Dieu, et que ceux-ci doivent manger Dieu. Puisqu'il avait, suivant l'Ëglise, deux natures et deux âmes, l'une de Dieu et l'autre d'homme, et qu'il pouvait faire en l'une de ces qualités ce qu'il ne faisait pas en l'autre, puisqu'il pouvait naître, souffrir et mourir comme homme seulement et non comme Dieu, Il pouvait aussi se faire manger comme homme et non comme Dieu; et dès qu'il ne s'est pas expliqué sur ce point, il y a bien de la témérité à lui attribuer des idées qu'il n'a pas émises, et à affirmer qu'il a voulu être mangé tout à la fois comme homme et comme Dieu. Une explication catégorique sur un sujet si important n'eût certes pas été superflue, et c'est là une des mille circonstances oà l'on ne peut justifier la réserve de Jésus 'ui venu, nous dit-on, pour fonder une religion, en laisse toutes les
parties indécises ^^t abandonne au basard le soin de compléter son enseignement, au risque de fournir aux générations futures des sources intarissables de discordes et de guerres... En définitive, les paroles de Jésus, même prises à la lettre, ne suffisent pas, comme on \oit, pour justifler la doctrine de TËglise qui enseigne que l'hostie consacrée est Dieu et que le Adèle qui communie mange Dieu.
L'examen des autres écrits du Nouveau Testament ne prouve pas moins la fausseté de l'interprétation catholique des paroles de la cène. En effet, si Jésus eût donné à ses apôtres son propre corps à manger et leur eût conféré le pouvoir de changer à volonté le pain en son corps, avec ordre de le manger et de le faire manger par tous ceux qui entreraient dans la société chrétienne, comment se fait-il que les disciples immédiats de Jésus, Pierre, Jean, Jacques et Jude, ne disent rien, dans leurs épîlres, d'une cérémonie aussi essentielle et qui aurait dû être un de leurs principaux sujets d'instruction? Comment les apôtres et leurs disciples n'en font-ils pas mention dans leurs discours rapportés au livre des Actes ? Ce livre nous retrace en détail la vie des premiers chrétiens : on n'y voit figurer ni la messe ni la communion. Les théologiens orthodoxes qui savent se contenter de peu, ont invoqué les passages où il n'est question que de repas pris en commun. Ainsi il est dit : < Ils (les nouveaux disciples) persévérafent dans la doctrine des apôtres, dans la communication et la fraction du pain et dans les prières (ii, 42). Chaque jour, ils demeuraient ensemble, dans le temple, rompaient le pain chez eux et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur (id., v. 46). » Tout étant commun entre les chrétiens qui vivaient unis comme des frères, il était bien naturel qu'ils prissent leurs repas ensemble; rompre le pain est une expression usitée dans toutes les langues pour désigner l'action de manger ensemble. Mais supposer gratuitement qu'il s'agit là du pain eucharistique', c'est torturer un auteur pour lui faire dire ce qu'il n'a pas dit. Pas un mot, dans le livre des Actes, ne justifie cette supposition chimérique. S'il se fût agi de la manducation du corps de Jésus, comment croire que l'auteur ne l'eût pas exprimé explicitement, qu'il eût parlé de ce mystère redoutable aussi sèchen. <»
ment et en termes aussi équivoques, et qu'il eût rapprocbé, dans son verset 46 , le banquet mystique et le repas matériel , mettant ainsi sur la même ligne deux choses aussi profondément différentes, sans que rien avertit le lecteur de cette confusion? La même expression rompre le pain se trouve chez le même auteur, dans un passage où il est impossible de voir autre chose qu'un repas matériel : Paul se trouvait sur un vaisseau au milieu des païens ; après un long jeûne, il les exhorta à manger; alors il prit le pain, et ayant rendu grâces à DieUy il le rompit et commença à manger, tous les hommes de l'équipage suivirent son exemple et Turent rassasiés (xvir, 33-38). Les termes de ce récit rappellent le dernier repas de Jésus avec ses disciples, et sont conformes à ce qui est dit ailleurs des réunions ayant pour but de rompre le pain (Act. ap.,xx, 7, il); la signification est la même dans ces divers cas, et il ne s'agit que de nourriture corporelle prise en commun. Le silence d'un pareil livre sur Teucharistie est on ne peut plus significatif; c'est la preuve la plus claire que le dogme actuel de TËgiise sur la transsubstantiation et la théophagie était tout à fait inconnu des disciples directs de Jésus et de toute la primitive Église.
Le diacre saint Etienne, dans son discours aux Juifs {Act, ap.^ VI, 48), et saint Paul, dans son allocution aux Athéniens (id,, xvn, 24), proclament que Dieu a fait le monde et quHl n'habite pas dans des temples faits de main d'homme. Ces propositions sont conformes à la raison et à la doctrine du judaïsme ; mais ce sont des hérésies aux yeux de r£glise romaine ; un catholique doit croire que Dieu habite dans le ciboire et Postensoir fabriqués de la main de rorfévre; les paroles apostoliques contiennent la négation du dogme de la présence réelle.
On a appliqué à l'eucharistie un passage de l'Apocalypse (v, 6), où quatre animaux et un chœur de vieillards chantent les louanges d'un agneau ayant sept cornes et sept yeux (1). Quel rapport y a-t-il entre cette fantasmagorie et le pain changé en corps de Jésus-Christ, entre ces allégories énigmatiques et la manducation de Dieu?...
Les catholiques se sont flattés de trouver un appui dans la pre-
(I) Bergier, Dict. de théoL, yo Eucharistie,
mière épilre de Paul aux Corinthiens. Nous devons répéter ici que Tautorité de cet apôtre est très-secondaire, puisqu'il n'a jamais connu Jésus, et que quand un point du dogme, absent des Évangiles, des Actes des apôtres et des écrits des disciples immédiats de Jésus, ne se trouve que chez Paul, on ne peut le considérer que comme la conception individuelle de ce dernier en faveur duquel on ne peut revendiquer le caractère divin. Cette réserve étant préalablement faite, voyons si les textes de Paul sont aussi signiâcatifs que le prétendent les écrivains ecclésiastiques. Rappelons d'abord le fait mentionné plusieurs fois dans les Actes des apôtres, c'est que les premiers chrétiens vivaient en communauté et se réunissaient souvent à des repas d'amour ou agapes qui servaient à fortifier entre eux le lien de la fraternité, et qui avaient ainsi une signification symbolique; comme ils nourrissaient leur corps d'un même aliment matériel, ainsi un même sentiment nourrissait leurs âmes, et ils se regardaient comme les membres d'un seul corps qui était le Christ (l Coi\y xii). Paul se plaint {id,, xi, 17 et suiv.) de certains abus qui s'étaient glissés dans ces agapes ; car il y avait des divisions (scissuras) venant sans doute de ce que quelques uns des fidèles se triaient et ne voulaient pas être confondus avec ceux qu'ils regardaient comme leurs inférieurs ; se réunir ainsi, dit l'Apôtre, ce n'est pas manger la pâque du Seigneur. Ainsi il est bien entendu que c'est de cette pâque qu'il s'agit, et que les détails qui vont suivre, nous apprennent en quoi elle consistait. « Chacun, dit-il, apporte son souper et le mange sans attendre les autres, de sorte que Vun est affamé et Vautre rassasié à Vexcés. N'avez*vous pas vos maisons pour y boire et pour y manger? Ou méprisez-vous l'Église de Dieu, et voulez- vous faire honte à ceux qui sont pauvres? Que vous dirai-Je? Vous louerai-je? Non, Je ne vous loue pas en cela. » Ainsi il paraît que la communauté de biens n'avait pu durer; l'inégalité avait reparu, et les riches se séparaient des pauvres jusque dans les assemblées ayant pour objet de rappeler aux hommes qu'ils étaient égaux devant Dieu. Quel que fût le but religieux de ces réunions, c'était bien d'un vrai souper qu'il s'agissait, puisque plusieurs convives apportaient de chez eux une nourriture délicate et abondante, et se gorgeaient de viande, pendant que les pauvres jeûnaient. Il n'y
a pas moyen de voir là le repas eucbarl&lique où la substance matérielle contenant le corps du Christ, est la même pour tous, est exiguë quant au volume, et est distribuée par le prêtre seul.— Immédiatement après le texte que nous venons de citer, Paul s'exprime ainsi :« Car c'estdu Seigneur que j'ai appris ce quejevousai enseigné, que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il Tut livré, prit le pain, etc. » Suit un récit à peu près semblable à celui de Luc, de la cène de Jésus ; il est suivi de ces réflexions : « Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez de ce calice , vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. C'est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira du calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme s'éprouve lui-même, et qu'il mange de ce pain et boive de ce calice; car celui qui en mange et en boit indignement, mange et boit son propre jugement, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur. Cest pourquoi^ mes frères, quand vous vous réunissez pour manger ^ attendez-vous les uns les autres. Si quelqu'un a faim, qu'il mange chez lui, afin que vous ne vous réunissiez pas à un jugement. » Ces dernières paroles concordent parfaitement avec les premières et prouvent invinciblement qu'il ne s'agit, dans tout ce chapitre, que des agapes ou repas de charité. En rappelant les paroles de Jésus, Paul ne leur donne donc qu'un sens métaphorique et en fait rapplicallon aux réunions commémoratives du dernier repas du Seigneur, afin de pénétrer les fidèles des sentiments d'union et de charité dont ils doivent y être animés. On voit par là à quelles erreurs on s'expose en acceptant de confiance les textes isolés que citent les théologiens, et qui le plus souvent ne peuvent s'entendre que par la lecture des discours d'où ils sont tirés.
Il y a encore un autre passage de saint Paul qil! doit s'entendre comme le précédent : « N'est-il pas vrai, dit-il, que le calice de bénédiction que nous bénissons, est ta communion du sang du Christ, et que le pain que nous rompons, est la communion du corps du Seigneur? Car nous ne sommes tous ensemble qu'un sçul pain et un seul corps, parce que nous participons tous à un même pain. Considérez les Israélites selon la chair; ceux d'entre eux qui mangent de la victime immolée, ne parlicipenl-lls pas à l'autel (I Cor., x,
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16-18)? » En disant aux fidèles qu'ils sont un même pain et une même chair, il n'a certainement pas l'intention que ces paroles soient prises à la lettre. Il faut donc en dire autant de celles qui précèdent, et où les mêmes Images sont employées; les deux propositions qui découlent l'une de l'autre, sont également figurées. Comme le banquet fraternel unissait tous les fidèles aussi bien de cœur que de corps, et que pour eux le lien commun était le Christ Invisible et néanmoins toujours présent au milieu d'eux, ils étaient tous des membres du Christ, la participation à ces repas religieux répandait dans leurs veines d'une manière mystique le sang du Christ, et la charité qui fortifiait les âmes, était comme le corps du Christ.
Les épîtres de Paul prouvent qu'à l'époque où elles ont été écrites, la communauté n'existait plus entre les chrétiens et qu'ils continuaient de s'assembler de temps en temps pour prendre part à des repas en commun dans le double but d'entretenir la fraternité entre eux et de s'inspirer du souvenir de la passion de Jésus-Christ. Mais l'eucharistie catholique n'avait pas encore été inventée. Paul a même un passage contraire à ce dogme; comparant l'ancienne el la nouvelle loi {Hebr,, x), il dit qu'autrefois les prêtres étaient obligés de renouveler tous les jours l'oblation des mêmes hosties, tandis que, sous la nouvelle loi, la victime ayant remis les péchés par une seule oblation, il n'y a plus désormais d'hostie à offrir; ces paroles sont la condamnation du sacrifice de la messe.
Article 5. — De Vextrême-onction.
L' extrême-onction a pour objet de remettre les péchés aux malades ; elle fait donc double emploi avec la pénitence qui les remet à toutes personnes et dans tout état de santé. Ce prétendu sacrement n'a donc pas de raison d'être, et Ton peut affirmer qu'il n'a été inventé que parce que l'Ëglige tenait à compléter le nombre cabalistique de sept, qui joue un grand rôle dans toutes les anciennes mythologies où il a été introduit originairement en l'honneur des sept planètes.
On a cru trouver l'origine de rextrême-oncllon dans un passage
m EXAMEN DU CHRISTIANISME
de Marc (v, 13), où il esl dit qae les apôtres oignaient (Thuile beaucoup de malades et les guérissaient. Il n'est pas dit qae ces onctions aient eu pour but ou pour résultat de remettre les fautes ou d*exercer une action morale ; elles accompagnaient les guérisons miraculeuses, comme l'imposition des mains et les autres gestes employés par les divers thaumaturges et par Jésus lui-même. Ceux qui se disent les successeurs des apôtres, ayant malheareasement perdu la recette de ces guérisons merveilleuses, il est tout à fait oiseux de conserver ce qui n'en était que le signe. C'est comme si un homme voyant un médecin opérer des cures par la saignée, faisait le simulacre de saigner en gesticulant avec sa main vide et prétendait ainsi être le disciple et le continuatélir du médecin. Les prêtres aussi gesticulent comme les apôtres, mais leurs mains sont vides des grfices dont étaient remplis les apôtres.
Il y a encore sur ce sujet un texte de l'Ëpîlre de Jacques, atnsi conçu : « Quelqu'un de vous est-il malade? Qu'il appelle les anciens (1) de rËglise, qu'ils prient sur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur, et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le soulagera ; et ses péchés, s'il en a commis, lui seront
(I) Il y a dans le texte le mot irpeaSûiepou^ qai se trouve souvent dans les écrits apostoliques et que la Vulgate traduit ordinairement avec exactitude par le mot Btniorta^ mais qu'elle rend Ici par presbyteri : littéralement il signifie hs plus âgés. Lemattre de Sacy met très-inexactement les prêtres afin de favoriser les prétentions de l'Église catholique sur Texistence d*un corps de prêtres dès Torigine du christianisme. Mais le mot icpevSuTspoi n'a jamais eu cette signification chez les auteurs grecs antérieurs au christianisme, qui n'avaient, pour exprimer cette idée, que le mot Upeuç. Les premiers écrivains ecclésiastiques parlent fréquemment des plus anciens de chaque ville, qui étaient, à cause de leur âge et de leur expérience, Tobjet d'un respect particulier, et qui avaient l'administration de la communauté; on ne parle jamais d'eux qu'au pluriel ; et leurs fonctions, dans l'origine, n'ont rien de sacerdotal. Peu ft peu ces anciens étendirent leurs fonctions, introduisirent de nouveaux rites dont ils s'attribuèrent exclusivement la célébration, et devinrent alors de véritables prêtres ; on leur conserva la dénomination consacrée par l'usage et qui seule suffirait pour prouver ce qu'ils étaient primitivement.
remis (y, 14-15). d Ces prescriptions tiennent encore au pouvoir mif acaleux des premiers disciples. Que ce pouvoir fût réel ou chimérique, ce n'est pas là ce dont il est question. On y croyait, et cela suffit. Ceux qui croyaient posséder ce pouvoir, l'exerçaient à l'aide de certains gestes et de certaines paroles dont on leur avait appris remploi. Mais ces rites ne se conçoivent plus dès que le don des miracles a disparu. L'apôtre ne dit pas que la guérison est à espérer ; non, il la promet formellement : La prière sauvera le malade, La cérémonie qu'il prescrit, n'est donc autre chose que l'emploi d'une thérapeutique surnaturelle. Que l'Église retrouve son secret, et alors elle pourra faire figurer l'onction d'huile dans son rituel. Jacques mêle la guérison de l'âme à celle du corps. C'est la suite d'une idée généralement reçue chez les Juifs, que les maladies étaient envoyées de Dieu comme punition de quelque faute. Ainsi il arriva plusieurs fois que Jésus remit les péchés au malade en même temps qu'il le délivrait de sa maladie (Mat., ix, 2 ; Marc, ii, 5 ; Luc, Y, 20); c'était opérer deux cures à la fois, toutes deux miraculeuses. Si l'onction des prêtres actuels ne guérit plus le corps, quel motif avons-nous de croire qu'elle a conservé pour l'âme sa vertu purifiante? Des deux parties de la promesse de l'apôtre, la première étant devenue caduque, quelle fol pouvons-nous avoir dans la seconde?...
Article 6. — De VOrdre,
En prouvant au § 2, que Jésus n'a pas fondé de sacerdoce, nous avons prouvé par cela même qu'il n'a point institué le sacrement de Vordre, Pour qu'il en fût l'auteur, il aurait fallu : 1° qu'il établît, en termes formels, un certain nombre de ses disciples au-dessus du reste de l'humanité, et leur conférât le privilège d'être seuls intermédiaires entre Dieu et les simples fidèles; 2° qu'il les autorisât expressément à transmettre ces prérogatives à leurs successeurs ; 3* qu'il réglât la forme de transmission de ces pouvoirs et le mode de consécration des élus. Comme il n'y a rien de semblable dans les Évangiles, nous sommes en droit de traiter de chimérique ce sacrement.
Article 7. — Dm mariage.
11 n'est pas moins difficile de trouver dans l'Évangile le sacrement de mariage. D'après la Genèse (ch. ii), Dieu a uni lui-même le premier homme à la première femme et a ainsi sanctiflé le mariage. Il n'a point jugé à propos de fixer suivant quelles formalités les mariages se célébreraient à l'avenir, encore moins d'y faire intervenir le prêtre, puisque, même d'après rËglise, l'humanité devait rester sans prêtre légitime Jusqu'à Aaron qui même ne devait obtenir, pour lui et ses successeurs, de juridiction que sur le petit peuple juif. Le mariage fondé par Dieu était donc saint, pourvu qu'il fût célébré conformément aux lois de chaque nation. Jésus n'avait pas à innover sur ce sujet; aussi ne l'a-t-il pas fait. Il n'a parlé du mariage que pour prohiber la répudiation arbitraire de la femme par le mari (Mat., v, 31 ; xix, 3-9; Marc, x, 2-12 ; Luc xvi, 18). En donnant plus de stabilité à l'union des époux, il n'en a changé ni la nature ni la forme. Il est donc impossible de prouver par ses paroles, qu'il ait voulu faire un sacrement de ce qui n'en était pas un.
Les catholiques interpellés par les protestants de déclarer quand Jésus avait institué le sacrement de mariage, répondent que ce fut sans doute aux noces de Cana(l)... Oui peut-être, à moins que ce ne fût ailleurs, ou qu'il ait oublié de le faire. Les Evangiles n'en disant rien, ceux qui se permettent de suppléer à son silence, substituent leur autorité privée à celle de Jésus.
A défaut de paroles de celui-ci, on a eu recours à celles de Paul qui, après avoir comparé l'union de Jésus et de l'Église à celle du mari et de la femme, dit : Sacramentum hoc magnum esi in Christo et in Ecclesia {Ephes., v, 32) ; ce qu'on a eu soin de traduire par : Cestun grand sacrement. Mais il y a ici abus de mots. Le mot sacramentum (2) qui signifie, à proprement parler, ser-
(1) Bergier, Dict. de théol.^ v» Mariage. ,
(2) Le texte grec porte fJLUcrnipiov, mystère : dans la Bible polyglotte, le syriaque est rendu par mysterium, et Tarabe par arcanum.
772^71^, n'est pris, dans le Nouveau Testament, que dans le sens de mystère{i) ; c'est ainsi quMI est dit dans l'Apocalypse : Voici le mystère (aacramentum) des sept étoiles et des sept chandeliers (r, 20). Paul n'a donc dit qu'une chose, c'est qu'il y a un grand mystère dans le rapprochement qu'il vient de faire de deux unions, l'une tout humaine, et l'autre mystique et surnaturelle. Mais on ne trouve pas dans ses écrits le moindre mot qui ait trait au mariage considéré comme sacrement.
L'Église catholique a sur le mariage des prétentions étranges dont elle ne trouve certainement pas la justiflcation dans l'Écriture, c'est que le prêtre catholique est seul apte à unir légitimement les époux, et que ceux qui n'ont pas reçu le sacrement de mariage suivant les rites qu'elle a établis, quand même leur union aurait été célébrée par le magistrat local suivant les lois civiles (2), ne sont pas véritablement mariés, que leur union n'est qu'un concubinage odieux et que leurs «nfants sont bâtards. Si le mariage civil sans le sacrement n'a aucune valeur, il s'ensuit rigoureusement celte conséquence, que chez tous les pétiples non catholiques il n'y a pas de véritable mariage; qu'avant Jésus^hrist, comme les sacrements n'avaient pas été institués, il n'y avait pas non plus de mariage légitime ; qu'alors l'humanité tout entière (y compris le peuple chéri de Dieu, y compris les prophètes, les saints patriarches, les ancêtres du Messie et sa mère elle-même) n'était composée que de concubins et de bâtards. Non seulement il n'y a pas de salut hors l'Église, mais il n'y a pas même de famille; et ceux qui sont mariés sans elle,
ne sont tenus l'un envers l'autre par aucun lien, leur devoir est
(i) Voyez £pAe«., i, 9; m, 3,9; Coloss., i,27; I Ttm., m, 16; Apoc^