‹ Examen du christianismeChapitre 22 sur 49 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

(2) Le gouvernement de Sardaigne ayant voulu (vers 1850) adopter la législation française sur le mariage, c'est-à-dire Tinstitution du mariage civil considéré comme seul valable aux yeux de la loi, avec faculté pour les époux de recevoir le sacrement, le pape Pie IX écrivit au roi que rËglise repoussait de toutes ses forces une telle innovation et n'y souscrirait jamais (bien qu'en France TÉglise n'en ail fait Tobjet d'aucune protestation), que sur cette question aucune transaction n'était possible ; et il menaça de mettre le royaume en interdit.

même de se quitter pour faire cesser un état de péché (i)... Voilà comment l'Église entend moraliser le monde !

S 11. — De quelques autres parties du culte.

Article 1«'. — De la célébration des fêtes et dimanches.

La célébration du sabbat formait une partie essentielle de la loi de Moïse; c'était un jour consacré au Seigneur, et tout travail était interdit sous peine de mort (Ex,, xxi, 14, 45). Nous avons vu (§ 8) que Jésus, sans s'élever formellement contre cette institution, l'enfreignait souvent et posait des principes qui devaient la renverser. Si ses premiers disciples s'y conformèrent dans le commencement (Luc, XXIII, 56), le concile de Jérusalem vint ensuite anéantir tout l'édifice du mosaîsme; il n'en conserva que l'abstinence des viandes consacrées aux idoles , du sang , des chairs étouffées et de la fornication {Act. ap., xv, 28, 29); tout le reste fut supprimé. Ainsi toutes les règles si souvent et si solennellement réitérées, que Dieu avait décrétées dans sa sagesse et qui devaient perpétuellement régir son peuple chéri, celte loi du sabbat qui joue un si grand rôle dans l'Ancien Testament , tout cela disparut. Il n'y a plus dès lors de Jour consacré spécialement à Dieu et où le travail soit interdit. I/ËgUse qui , à une époque postérieure , a ressuscité en faveur da dimanche toutes les anciennes règles relatives au sabbat, a introduit

(1) Voici un exemple édifiant pour ceux qui ont été mariés sans le concours de l'Église. A Rome, pendant roccupalion française, une juive avait été mariée selon le rit juif à un juif nommé Padova, et de cette union étaient nés plusieurs enfants. La femme prit pour amant un catholique, s'enfuit du domicile conjugal pour aller vivre avec lui, se fit catholique, et tons deux se présentèrent devant le curé de la paroisse pour recevoir le sacrement de mariage. Le curé consulta son supérieur qui n'hésita pas à décider que le prétendu mariage juif étant radicalement nul, cette femme était libre j et, en conséquence, on la maria à son amant. Le clergé loua beaucoup sa conduite et laissa crier les librespenseurs qui prétendaient que c'était sanctionner l'adultère, la bigamie, l'abandon des enfants et l'oubli des devoirs les plus sacrés.

uDe ionovation ; car, nt les Évangiles, ni les Actes des apôtres, ni les épîtres apostoliques ne font mention d'une telle institution (1), et cependant, si elle eût existé alors, il en aurait nécessairement été patrie, les apôtres n'auraient pas manqué de recommander l'observation du dimanclie comme un devoir impérieux. Le concile, en supprimant le sabbat, se serait exprimé sur son remplacement par le dimanche, s'il eût entendu conserrer l'institution avec une simple transposition d'an jour à l'autre ; mais du moment qu'il supprime purement et simplement, dès qu'il déclare, au nom du Saint-Esprit, que toute l^ncienne loi est abrogée, sauf les quatre articles conservés, le repos sabbatique se trouve ainsi supprimé avec toutes les prescriptions gênantes et minutieuses qui s'y rattachaient; c'était là un de ces fardeaux que les Juifs n'avaient pu porter ^ et dont les apôtres de Jésus n'avaient pas voulu cluirger les nations converties à sa loi.

Paul prohibe comme superstitieuse toute distinction entre les joursy en recommandant toutefois de ne pas blesser ceux qui, observant cette distinction, croient être agréables à Dieu (Aom.,xv,6); 11 blâme ceux qui, restant attachés aux anciennes observances, suivent les jourSy les mois, les saisons et les années (Gai., iv, 9, 10) ; il interdit de tourmenter les fidèles relativement aux jours de fête, aux nouvelles lunes et aux jours de sabbat (Col,, ii, 16) (2).— On voit que cet apôtre combattait les tendances à l'introduction de nouvelles superstitions et à la restauration du sabbat ; mais ses efforts ont été impuissants ; l'Église qui se prétend infaillible, a pu dire oui et non sur la même question, proclamer mauvaise l'institution du sabbat, puis la rétablir en ne changeant que le nom... E sempre bene,

(1) 11 n'y a, dans tout le Nouveau Testament, qu'un passage où il soit fait mention du dimanche (dies dominica) : c'est dans l'Apocalypse (i, 10); l'auteur dit que sa révélation lui est venue un dimanche. Cette mention prouve seulement qu'à l'époque où l'auteur écrivait, il y avait un jour de la semaine auquel on donnait le nom du Seigneur^ au lieu de celui du SoUil qu'il portait chez les Grecs et les Romains. Mais il ne s'ensuit pas qu'il y ait eu autre chose qu'une simple appellation, et que ce jour ait été revêtu de la solennité qui avait appartenu au sabbat.

(2) Les chrétiens fixent encore leur grande fête de PAques d'après la lune.

Article 2. — Du culte des anges et des saints.

La religion juive n'accordait de cuite qu'à Dieu seul, au Dieu fort et jaloux (Ex.j xx, 5); c'était un point rondamental. La distinction introduite depuis par les théologiens catholiques entre les cultes de latrie et de dulie, était inconnue ; et tout hommage rendu à une créature, si haute qu'elle fiit, était regardé comme un vol Tait à Dieu, et comme un crime digne de mort : Je n'abandonnerai point ma gloire à un autre, dit le Seigneur (Is., xlviii, i 1).

Les anciens Juifs admettaient l'existence des anges dont il est parlé plusieurs Tois dans le Pentateuque ; mais ce n'est qu'à leur retour de la captivité de Babylone , qu'ils adoptèrent les idées des Chaldéens sur la hiérarchie des divers ordres d'anges, qu'ils leur donnèrent des noms tous tirés de la langue chaldéenne (Michel, Raphaël, Gabriel, etc.), et qu'ils les individualisèrent. Cette innovation n'en entraîna aucune dans le culte qui ne fut toujours adressé qu'à Dieu. Quant aux saints , ils ne pouvaient être connus chez un peuple qui ignorait l'immortalité de l'âme; quand cette doctrine pénétra chez les Juirs , comme elle ne fut admise que par certaines sectes et ne fut jamais regardée que comme une opinion facultative, le corps officiel du sacerdoce n'y eut aucun égard et s'en tint à la lettre de Moïse, sans interposer son autorité pour résoudre les questions relatives à l'état des âmes après la mort; et jamais aucune des sectes juives ne songea à invoquer les âmes des justes ou à leur rendre des honneurs.

L'Ëglise catholique ayant admis le culte des anges et des saints, aurait à justifier une telle innovation ; il serait bien étrange, pour ne rien dire de plus, que Dieu, après avoir réprouvé d'une mauière aussi formelle tout honneur rendu aux créatures, et après avoir exterminé des nations pour cette seule faute, eût tout à coup changé d'avis, autorisé et prescrit ce même culte qu'il avait eu en abomination, et se fût enfin départi de sa jalousie jusqu'à consentir au partage d'hommages entre lui et des êtres inférieurs. Pour faire accepter une telle inconséquence, une telle versatilité, peut-on au moins s'appuyer de l'autorité de Jésus au nom duquel s'estopérécechangemenl? Nullement , et l'on ne peut citer une seule de ses paroles ; il rappelle

(Mat., IV, iO) comme ayanl toujours Torce de loi, le précepte si net et si absoiu de Jehovati : «Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras. que lui {Deut,, vi, 13). » Si cependant son intention eût été d'apporter une modiflcation si profonde à l'ancienne loi , comment supposer qu'il n'en eût rien dit? Il aurait déclaré formellement qu'ii y avait une lacune à combler dans l'ancienne loi, et que, malgré les défenses si expresses de Jebovab, à l'avenir un culte de dulie (et il aurait défini exactement ce mot) serait rendu aux anges et aux saints, bien différent du culte de latrie réservé à Dieu seul ; il aurait même prêché d'exemple, et si à cette époque les saints n'étaient pas encore arrivés à un état de glorification qui permît de leur adresser des bommages, il aurait au moins prié les anges. Mais on ne voit rien de semblable, ni chez lui, ni chez les apôtres. Etienne meurt en contemplant le ciel, il donne sa vie pour la cause de Jésus; mais il n'est point dit que les fidèles en aient fait un saint ou un demi-dieu, et lui aient adressé leurs prières.

Non seulement le polythéisme actuel de l'Église romaine n'a aucune base dans les écrits canoniques, mais il y est même condamné. Paul dit aux Golossiens (ii , 18) : a Que personne ne vous séduise par une démonstration d'humilité et par le culte des anges (i), parcourant, par ses discours, des choses qu'il n'a point vues, et enflé vainement par les sensations de la chair. > Paul interdit par là toute espèce de culte rendu aux anges, et de plus il défend aux fidèles de suivre les sensations de la chair en donnant une forme matérielle aux esprits célestes, et surtout de s'occuper de questions au-dessus de la portée de l'homme, et dont la solution, quelle quelle soit, ne peutavoir pour lui aucune utilité. Il aurait été à désirer que l'Église eût suivi ses sages avis. — L'auteur de l'Apocalypse rapporte (xxii, 8, 9) qu'après sa vision il se prosterna pour adorer l'ange qui lui avait dévoilé tant de merveilles, et que range lui dit : « N'en faites rien, je suis serviteur de Dieu comme vous et comme vos frères les pro-

(1) Lemaître de Sacy, pour accommoder le texte à la doctrine orthodoxe, se permet d'ajouter un mot et met le cuUe mperstitievx des anges^ comme s^il y avait un culte superstitieux et un autre qui ne le fût pas, et que Papôtre ne condaron&t que le premier. Nous en sommes fâché pour Sacy et pour l'Église romaine ; mais saint Paul ne distingue pas.

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