II
avec action de grâces par les fidèles et par tous ceux qui connaissent la vérité. Car tout ce que Dieu a créé est bien^ et Von ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâces (I Tim,y iv, i-5). Les aiimenls par eux-mêmes ne nous rendront pas agréables à Dieu ; si nous mangeons, nous n'en aurons rien davantage; ni rien de moins, si nous ne mangeons pas (I Cor., vni,8).» Au mépris de textes aussi formels, l'Ëglise catholique a ressuscité la distinction des mets, au moins pour certains jours de l'année, et frappé amsl d'une impureté relative la viande des mammifères et des oiseaux, dont elle interdit Tusage les vendredis et samedis, pendant tout le carême, les quatre-temps, les vigiles, etc., c'est-à-dire près de la moitié de l'année (1); il y a même des jours où l'usage du lait et des œufs est interdit. 11 est vrai que le clergé se réserve d'accorder, moyennant finance, la dispense d'observer ces règles, et il se fait ainsi une source abondante de revenus. II allègue qu'il ne s'agit là que d'une question de discipline qui peut varier suivant les temps ; qu'en prononçant ces problbitions, l'Ëglise a agi en vertu de ses pouvoirs généraux qui l'autorisent à lier et à délier; qu'elle peut ainsi ajouter, si bon lui semble, aux règles tracées dans les livres canoniques... Mais ces pouvoirs ont une limite et ne peuvent s'étendre jusqu'à la violation des principes posés par Jésus et par les apôtres; or, il est clair que l'Ëglise s'est mise en opposition avec le précepte de Jésus, qui dit que ce n'est pas ce qui entre dans la bouche de Vhomme qui le souille^ et avec la décision du Concile de Jérusalem, qui a supprimé la distinction des mets et les autres observances minutieuses de l'ancienne loi ; en érigeant en pécbé le simple fait d'user, même avec modération, de certains mets désignés, elle a méconnu la maxime de saint Paul, qui dit que tout ce que Dieu a créé, est bon, et que l'homme peut en user légitimement, elle est frappée par l'anatbème prononcé par cet apôtre contre les imposteurs qui interdiront l'usage des viandes.
(1) Guy Coquille donne pour motif de rétablissement des étangs seigneuriaux, la loi d^abstinence, « parce que plus du tiers de Van est des jours maigres t qu'on ne mange point de chaire et, sur trois cent soixantecinq jours, il y a cent quarante-six jours maigres. » Coutume de Niverfiai>,ch. XVI, art. 5.
g 13. — Condasion.
Ainsi, rien de ce qui constitue le christianisme actuel ne vient de Jésus, et le titre même que porte cette religion est une déception, puisqu'elle ne dérive point du Christ. Jésus, en supposant même authentiques les discours qui lui sont attribués, n'a rien fondé, n'a innové en rien, et s'est borné, à l'exemple de Jean*Baptiste, à essayer de moraliser les Juifs, non pas en leur apportant de nouveaux principes de morale, mais en leur exposant des maximes connues de temps immémorial. Les textes évangéliques laissent même indécise la question de savoir si Jésus a voulu laisser intact le Judaïsme et maintenir la loi de Moïse avec tout son rituel et tontes ses superstitions ; il en est malheureusement de même de celle de la vocation des gentils. Sur ces deux questions, le pour et le contre peuvent également trouver des armes dans les Évangiles. Mais ce qui est certain, c'est que Jésus a combattu de toutes ses forces l'esprit pharisien qui, à force de s'attacher au maintien de la forme et des cérémonies extérieures, négligeait le but essentiel de la religion, c'est-àdire la morale ; et ses efforts ont tendu constamment à faire prédominer au-dessus de tous les préceptes de la loi celui qui commande aux hommes de s'aimer tous comme des frères. C'est là le fond essentiel de son enseignement ; il néglige toutes les questions sur lesquelles les chrétiens ont si longtemps et si vainement disputé, aussi bien que toutes les pratiques bigotes par lesquelles les nouveaux pharisiens ont surpassé les anciens, et qui ont fini, comme du temps de Jésus, par tenir lieu de toutes les vertus et par étouffer la charité.
Jésus a établi l'égalité entre ses disciples, a proscrit tonte prééminence entre eux, toute Juridiction des uns sur les autres : rien n'est plus opposé que ses préceptes, à l'autorité que s'arroge l'Ëgtise catholique.
Jésus n'a Jamais rien dit de ce qui constitue aujourd'hui le dogme chrétien, non plus que des divers éléments ;du culte actuel, qui, d'après le clergé, sont indispensables au salut. 11 crut remplir une mission divine et se regarda (surtout d'après le quatrième évangile)
âOO EXAMEN DU CHRISTIANISME
comme élevé au-dessus de l'humanité ; mais Jamais 11 ne s'esl dit Dieu : il s'est toujours placé dans une position infiniment inférieure à Dieu, et jamais il n'a dit qu'on dût l'adorer comme un Dieu, ni même qu'on dût lui rendre aucune espèce de culte. 11 n'a rien dit de la Trinité ni du péché originel. II a annoncé que dans un temps extrêmement rapproché, ia fin du monde aurait lieu, qu'il descendrait du ciel pour juger l'humanité, et qu'alors Dieu récompenserait les hons et punirait les méchants ; il n'a pas dit que les souffrances de ces derniers pussent être soulagées par les prières des vivants. Il résulte même des écrits des apôtres, que les âmes des justes languissent sans jouir de leur récompense jusqu'à l'époque d'une première résurrection à la suite de laquelle ils régneraient sur terre avec Jésus pendant mille ans ; après quoi ia seconde résurrection devait avoir lieu, puis le jugement universel ; de sorte que le supplice des méchants ne devait commencer qu'à une époque où 11 n'y aurait plus d'hommes vivants sur terre. Ce système est tout à fait en contradiction avec les idées actuelles sur l'autre monde et surtout avec le purgatoire et les prières pour les morts.
Jésus fait consister la piété dans l'amour de Dieu et des hommes, et méprise les vaines cérémonies qui composent l'attirail de toutes les religions. S'il recommande la prière, ce ne doit être qu'un élan de l'âme vers Dieu; mais elle doit être secrète, faite de cœur et non des lèvres ; il condamne les longues prières, et il veut qu'on s'en rapporte à Dieu, du soin de nous accorder tout ce dont nous pouvons avoir besoin, ce dont il est meilleur juge que nous. Jésus n'a institué aucun des sept sacrements : le baptême dont il a parlé, n'est qu'un signe d'initiation; et ce signe même n'est pas nécessaire; c'est dans l'Esprit-Saint que l'homme doit être baptisé, c'est-à-dire régénéré. L'eucharistie n'est également qu'un symbole exprimant l'union des hommes en Dieu. La juridiction n'appartient à personne en particulier, mais à l'assemblée de tous les fidèles : point de confession, point d'hommes investis du pouvoir de juger leurs frères et de remettre les fautes. Point de rites ni de cérémonies; point de jours sacrés auxquels le travail soit interdit. On ne doit prier que Dieu ; point de culte aux anges ou aux saints. Plus de distinction entre les viandes pures ou impures : l'homme peut faire .usage de tous les dons du créateur.
Que l'on compare à l'Ëvangile les religions établies chez les peuples qui se disent chrétiens : on verra que toutes s'en éloignent plus ou moins. La sette qui s'en éloigne le plus, est sans contredit l'Église catholique : Voltaire a dit avec autant de raison que d'esprit que le pape est l'antlchrist ou l'antipode de Jésus. Les diverses parties dont se compose le catholicisme, ou ne se trouvent point dans les Évangiles, ou y sont condamnées. Aussi conçoit-on que le clergé mette tant de soin à interdire la propagation des bibles en langue vulgaire, et qu'il empêche, autant que possible, les laïques de lire l'Évangile; il se réserve le droit de leur en distribuer à son gré quelques fragments qu'il dénature en les isolant du reste et qu'il interprète à sa guise; il craint par-dessus tout la lecture d'un livre qu'il déclare divinement Inspiré et qui le condamne à chaque page.
Les diverses sectes appelées hérétiques se sont d'autant plus rapprochées de l'Évangile, qu'elles ont plus retranché du catholicisme : Henri VIII était plus chrétien que le pape , Luther l'était plus que Henri VIII, Calvin plus que Luther, Socin et Newton l'étaient encore davantage. Quelle est la communion qui peut se dire la plus fidèle à l'Évangile?
Bien que la chose puisse au premier abord sembler paradoxale, les Juifs pourraient avoir de légitimes prétentions au prix. Ils sont en droit de dire : « Laissons de côté la condamnation de Jésus : qu'elle ait été bien ou mal fondée, la responsabilité de ce Jugement n'appartient qu'à ceux qui y ont concouru et ne peut être étendue sar toute une race ou sur toute une église. N'examinons pas non plus si Jésus a été un faux prophète en prédisant pour la durée de la génération de ses contemporains, des événements qui ne se sont pas réalisés. Ne considérons que son enseignement. Jésus, né juif, a pratiqué les cérémonies Juives, a vécu et est mort juif; il a déclaré vouloir maintenir dans toute son intégrité la loi de Moïse; il est donc un des nôtres. Nous seuls sommes restés fidèles à cette ancienne loi, de laquelle il a dit qu'il n'en serait pas retranché un iôta tant que dureraient le ciel et la terre. Arrière, vous tous qui avez foulé aux pieds les commandements donnés par Dieu à nos ancêtres et qui doivent être observés jusqu'à la fin des siècles! Que nous refusions de reconnaître à Jésus le litre de Messie, c'est un point peu important et