‹ Examen du christianismeChapitre 26 sur 49 · II. 4T · texte numérisé non relu

II. 4T

âOâ EXAMEN DU CHRISTIANISME

purement historique. Ce qui est bien plus essentiel, nous suivons ponctuellement tous ses préceptes comme s'ils émanaient d'un prophète ou du Messie lui-même ; tandis que vous qui lui donnez le titre dérisoire de Messie , vous méconnaissez son enseignement et méprisez la loi dont il s'est toujours dit le défenseur. Nous reconnaissons avec lui la permanence de cette loi. Quant à ses règles de morale, comme elles ne font que répéter celles de nos livres saints, et qu'au surplus elles se retrouvent chez tous les peuples et dans toutes les religions, nous nous y soumettons sans restriction. Nous sommes donc vraiment chrétiens. Mais vous ne Têtes pas, vous qui avez ajouté à l'enseignement de Jésus une foule de dogmes contraires è la majestueuse simplicité de la doctrine biblique, et vous surtout qui êtes tombés dans les abominations du polythéisme et de l'idolâtrie si sévèrement réprouvés par Jehovah! »

D'un autre côté, les sociniens(on peut y joindre les unitaires, quakers, etc.) peuvent dire : « Quand, dans un livre divin, il se trouve des parties qui semblent contradictoires, l'homme doit chercher, à l'aide de sa raison, à discerner ce qu'il y a de plus conforme à l'idée qu'il se fait de la haute sagesse de Dieu. Nous pensons trouver les véritables sentiments de Jésus dans les discours où il s'élève audessus des prescriptions légales et en fait ressortir l'inanité. Nous croyons donc, comme tous les chrétiens, que le Concile de Jérusalem a suivi ses intentions en abolissant le cérémonial juif; mais nous adhérons complètement aux décisions de ce concile, et nous nous en tenons à la doctrine des apôtres qui, en supprimant l'ancien cuite, n'en ont pas fondé de nouveau. Nous avons pour guide l'Ëvangile, sans y rien ajouter, sans en rien retrancher. Jésus est pour nous le Messie, le plus grand des prophètes; mais ce n'est qu'un homme. Nous laissons de côté la Trinité, les discussions sur ce sujet n'ayant jamais contribué à rendre les hommes meilleurs et n'ayant servi qu'à troubler le monde. Nous croyons aux peines et aux récompenses dans l'autre monde, mais sans admettre que l'argent donné aux prêtres pour dire des messes puisse profiter à ceux qui pendant leur vie ont mai rempli leurs devoirs. Nous n'avons point de prêtres : nous nous donnons le titre de frères, et nul parmi nous n'est docteur, maître ni seigneur. Nous nous réunissons pour prier, et

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ceux d'entre nous qui ont le don de la parole et Hnspiration religieuse, nous font des exhortations morales ; c'est là tout notre culte, si Ton peut donner ce nom à des assemblées d'où sont bannies toutes cérémonies superstitieuses. Nous ne connaissons ni messe ni sacrements; nous ne prions que Dieu, et nous ne rendons pas d'hommage sacrilège à de froids simulacres. Nous nous secourons réciproquement comme les premiers chrétiens. Nous aimons tous les hommes; nous plaignons ceux qui sont dans l'erreur, mais sans chercher à les persécuter pour leurs opinions religieuses ou à leur imposer de force nos croyances. Nous sommes les seuls qui nous abstenions de tout serment, ainsi que le prescrit l'Ëvangile (i). Ne sommes nous donc pas les vrais disciples du Christ? El s'il revenait sur terre, n'est-ce pas chez nous qu'il trouverait l'Ëvangile réalisé et le véritable dépôt de son enseignement? Ne fuirait-il pas les pontifes catholiques, grées, anglicans, etc., comme les successeurs de ces pharisiens qu'il a si rudement flagellés?... »

Mais est-il bien sûr que les unitaires eux-mêmes n'aient pas altéré la simplicité évangéilque ? Voici un nouveau chrétien qui se prétend, non sans raison, encore plus près de Jésus : c'est J.-J. Rousseau (2). Jésus, selon lui, n'a donné mission à personne de recueillir ses paroles et de retracer ses actions ; il n'est donc pas étonnant que ses disciples grossiers se soient si mal acquittés de cette tâche et aient défiguré des actes fort ordinaires pour les transformer en miracles. Je n'admets, dit-il, desËvangiies, que les discours de Jésus, et encore autant que le sens de ses paroles est intelligible. Quant aux récits de miracles, je les rejette comme des fables Ineptes, indignes d'un

(1) Rien de plus catégorique que les paroles par lesquelles Jésus interdit toute espèce de serment : « Et moi je vous dis de ne jurer en aucune sorte, ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu ; ni par la terre, parce que c*cst l'escabeau de ses pieds ; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand roi. Vous ne jurerez pas non plus par votre tête, parce que vous ne pouvez en rendre un cheveu blanc ou noir. Mais contentezvous de dire : Cela est, ou cela n'est pas. Car tout ce qui est de plus vient du mal (Mat., v, 53-37; Conf. Jac.^ v, 12). » Les catholiques et les chrétiens autres que les quakers, ne tiennent aucun compte de ces textes.

(2) LeUres de ia Montagne,

tel sujet, et qui ne peuvent rien prouver. La divinité de la mission de Jésus m'est suffisamment démontrée parla sublimité de sa morale; je n'ai pas besoin, pour y croire, de savoir s'il a changé de l'eau en vin (1) ou s'il a fait passer deux mille diables dans un troupeau de pourceaux (2). Les superstitieux croient à la doctrine de Jésus à cause des miracles ; mol, J'y crois malgré les prétendus miracles qui ne seraient propres qu'à nuire à la meilleure cause. Jamais Jésus n'a fait une loi de croire à ses miracles, mais il en a fait une de pratiquer la morale qu'il a enseignée. J'imite Pierre qui s'attachait à lui, non à cause des prodiges que la crédulité lui attribuait, mais parce quHl avait les paroles de la vie éternelle (3). Quant à la partie inintelligible de ces discours , Je ne m'en occupe pas , et je ne vois aucune utilité à vouloir en percer le sens. La partie intelligible est suffisante; c'est là la vraie boussole de l'humanité, c'est là ce qui constitue véritablement le christianisme; c'est la charité qui contient la loi et les prophètes. Je suis donc véritablement chrétien, puisque Je prends pour guide la loi morale du Christ. Je n'assiste à aucune assemblée ayant pour but de prier. Je prie de la manière prescrite par Jésus, c'est-à-dire seul et en secret; je contemple la grandeur infinie de Dieu, J'ai confiance en sa bonté. Voilà tout mon culte (4).

(i) Jean, ii.

(2) Marc,v, 1-13.

(3) Jean, vi, 69.

(i) Boilcau qui se croyait sans doute bon catholique, a fait cependant du catholicisme une critique dont la portée va loin, quand il a dit :

L'Ëvangile au chrétien ne dit en aucun lieu : Sois dévot ; elle dit : Sois doux, simple, équitable. Car d^in dévot souvent au chrétien véritable La distance est deux fois plus grande, à mon avis, Que du pôle antarctique au détroit de Davis.

(Satire XI.)

Cette observation Judicieuse ruine en deux mois le catholicisme qui a substitué à la morale de Jésus, des dogmes arbitraires dont Tadoption constitue le fidhléy et des cérémonies arbitraires dont la pratique constitue le dévot; mais ce qui fait le chrétien véritable, c'est uniquement Tesprit de TÉvangile.

En effet, il n'y a dans TËvangile ni dogme ni culte; il y a une morale, c'est vrai ; mais comme elle n'appartient point en propre à Jésus, il en résulte que celui qui s'attacbe à cette morale , ne peut pas plus être appelé ctirétien que disciple de Confucius , de Platon ou de Marc-Âurèle. Il n'y avait donc besoin, pour en faire une nouvelle promulgation, ni de Messie ni de révélation.

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